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30/09/2016

BYGMALION

(Pour son numéro de rentrée, agrémenté d'une présentation nouvelle, et présenté maintenant par Elise LUCET, 3 sujets au programme : BRÉTIGNY - BYGMALION - ZIDANE-)

En voici un 'replay'mode d'emploi habituel: sélectionner tout l'adresse, clic droit sur la sélection, puis nouveau clic sur 'ouvrir le lien' qui paraît dans le menu déroulant...

 

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/envoye-special-du-jeudi-29-septembre-2016_1837113.html#xtor=EPR-51-[regardez-en-direct-l-enquete-d-envoye-special-consacree-a-l-affaire-bygmalion_1837113]-20160929-[bouton]

29/09/2016

CONFIDENCES DE RESCAPÉS DE ST ETIENNE DU ROUVRAY


CONFIDENCES DES RESCAPÉS DE ST ETIENNE DU ROUVRAY

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«Vous voyez les vaches ?, interroge la dame au téléphone. – Oui, répond le journaliste parisien. J’aperçois six vaches, on dirait même qu’elles broutent – Ça fait plus de vingt ans qu’elles broutent, ajoute Madame Coponet : elles sont en plastique. Bon, vous prenez à droite des vaches, puis la deuxième à gauche. On vous attend. » Sur ce dialogue surréaliste, on enfile une ruelle de pavillons en briques rouges et silex qui va cogner contre la ligne de chemin de fer Paris-Le Havre. Le « rond-point des vaches » est l’un des nombrils de Saint-Étienne-du-Rouvray, commune ouvrière de la banlieue sud de Rouen. En face, les falaises de la Seine. S’y juchent la basilique de Bonsecours et le cimetière, à flanc de coteau, où repose la dépouille du Père Jacques Hamel, assassiné par deux jeunes djihadistes le 26 juillet alors qu’il célébrait la messe dans l’église Saint-Étienne.
Guy et Janine Coponet accueillent dans leur jardinet. Ce couple qui fête ses 63 ans de mariage n’a jamais voulu répondre aux questions des journalistes Guy n’est mentionné dans la presse que comme Monsieur C. Ils ont néanmoins accepté de recevoir Famille Chrétienne. Dans leur salon, devant le buffet normand, à côté de la pendule dont le tintinnabulement égrènera les deux heures de l’entretien, nous rejoint Danielle Delafosse, qui assistait elle aussi, avec deux de ses sœurs religieuses, à la messe ce mardi-là, en la Sainte-Anne. C’est elle qui donna l’alerte. Ensemble, Danielle, Janine et Guy partagent ce qu’ils n’ont jamais dit.
Guy Coponet, vous devriez être mort ?
Guy Coponet – Oui. Ils m’ont frappé de trois coups de couteau, au bras, au dos et à la gorge. L’urgentiste qui m’a soigné m’a dit : «  Il y avait une main divine sur vous car aucun des coups n’a touché un organe vital. Or, ce n’était vraiment pas loin… C’est comme un miracle ! »
Ce « miracle », vous le voyez comme un signe ?
Guy – Le Seigneur a permis que je survive pour témoigner de sa miséricorde. Cela m’est pénible : je n’aime pas paraître. Je suis un ouvrier à la retraite, j’aime la vie cachée de Nazareth. Me retrouver sous les feux des projecteurs me fait horreur.
Quel fut le plus dur pour vous dans cette épreuve ?
Guy – Filmer. Les deux jeunes tueurs m’ont attrapé par le « colbach », m’ont mis une caméra dans les mains et m’ont dit : « Papy, tu filmes.  » Ils venaient même vérifier la qualité des images et constater que je ne tremblais pas trop. J’ai dû filmer l’assassinat de mon ami le Père Jacques ! Je ne m’en remets pas. Car c’est du théâtre leur sale « truc », de la mise en scène. Ils voulaient faire une vidéo destinée à faire le tour du monde sur les réseaux sociaux, ce qui leur permettrait de mériter leur titre de gloire de « martyr » d’Allah. Ils ont même pris le temps de se ceinturer de scotch pour faire croire qu’ils allaient se faire exploser, alors qu’il n’y avait que du scotch. Mais nous ne l’avons appris qu’ensuite…
Après avoir filmé l’horreur, l’un des tueurs se saisit de vous. Vous avez croisé son regard ?
Guy – Oui. Et je lui ai demandé s’il avait des enfants. J’ai ajouté : « Pense à tes parents, tu es sur une fausse route, tu vas les tuer de chagrin. » Il m’a poignardé, puis m’a traîné en bas des marches de l’autel. C’était tout rouge, mais je ne me rendais pas compte que c’était mon sang qui coulait. Je n’ai pas souffert sur le moment. Je me suis serré la gorge parce que ça jaillissait.
Janine Coponet, vous fêtiez ce jour-là les 87 ans de Guy, et vous voyez votre époux se faire égorger sous vos yeux… Que se passe-t-il en vous ?
Janine – J’étais sous le choc, terrifiée. Je me souviens avoir confié mon Guy à sainte Thérèse et au Père Marie-Eugène. On voit passer toute sa vie en quelques secondes. J’ai pensé : « Guy ne va pas voir le dernier de nos arrière-petits-enfants – nous avons cinq enfants –, âgé d’1 mois ; on ne pourra pas non plus fêter notre anniversaire de mariage… »
Vous pensiez que Guy était mort ?
Janine – Évidemment ! Après trois coups de couteau… L’un des tueurs me colle un pistolet dans le cou – j’apprendrai après que c’était un faux – et me pousse vers la sortie de l’église. Je me retourne quand même pour lancer un dernier regard vers mon Guy, et j’aperçois l’une de ses jambes qui bouge ! Je me suis dit : « Il est vivant. Oh Seigneur, merci ! »
Sœur Danielle  – Moi, je me suis échappée durant la tuerie. Kermiche s’acharnait sur Jacques, qui est tombé face contre ciel ; Petitjean [l’autre tueur, Ndlr] tailladait Guy. « Il faut bouger, me suis-je dit, on ne va pas quand même pas se faire égorger sans rien faire ! » Je ne suis pas une grande sportive, mais j’ai eu à cet instant une fusée dans le dos Une voisine m’a accueillie. J’ai appelé les secours. Ils sont arrivés dare-dare.
Guy – J’ai cru que j’étais mort. Alors ça ne m’a pas été très difficile de faire semblant (sourire) Cela dit, le sang continuait de pisser. J’ai prié comme je n’ai jamais prié de ma vie. Tous les saints y sont passés. Et d’abord le petit Frère Charles, lui aussi mort par une main musulmane dans le désert.
 Vous étiez vous-même dans un grand désert ?
Guy – C’est le moins qu’on puisse dire (rires) ! Dans mon for intérieur, j’ai récité ma prière chérie : « Mon Père je m’abandonne à Toi, fais de moi ce qu’il Te plaira… Je remets mon âme entre tes mains. » J’y étais, entre ses mains. Surtout après une messe !
Juste avant d’être égorgé, le Père Jacques crie à deux reprises : « Va-t’en Satan. » Il voit le mal en action ?
Sr Danielle – Sans doute. Cela ne veut pas dire que Kermiche était possédé, mais que Satan était à l’œuvre, de façon puissante. Le Père Jacques a voulu exorciser ce mal. Ce sont ses dernières paroles. Satan n’aime pas l’eucharistie…
Dans l’église, que se passe-t-il pendant ce temps ?
Sr Danielle – Les tueurs semblent se calmer un peu, après avoir tapé sur les bancs avec leurs faux revolvers – ils n’avaient, en fait, comme armes que des couteaux. Là s’est engagé un dialogue incroyable entre Kermiche et Hélène, l’une de mes sœurs religieuses. Ils venaient de l’asseoir de force à côté de Janine : « Avez-vous peur de mourir ?, lance Kermiche à Hélène. – Non, répond-elle. Il s’étonne :  – Pourquoi pas peur ? – Parce que je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse. »
Vous pensez que ces mots ont pu le toucher ?
Sr Danielle – Comment le savoir ? Il murmure : « Moi aussi je crois en Dieu et je n’ai pas peur de la mort. » Puis il clame : « Jésus est un homme, pas Dieu ! »
Janine – Cette conversation pseudo « théologique » était surréaliste, devant deux corps étendus, baignant dans leur sang…
Guy – Moi, je continuais à faire le mort. Ils sont sortis, ça a pétaradé. Il y a eu un immense silence. J’ai essayé de crier : « Y’a quelqu’un ? », mais aucun son ne sortait de ma gorge. J’ai essayé encore : «  Y’ a vraiment pas quelqu’un ? » Rien. Je me suis senti abandonné. À ce moment-là, j’entends : « Ouvrez la porte ! » Comme si je pouvais ouvrir la porte dans l’état où j’étais… [En fait la BRI s’apprête à donner l’assaut, ne sachant pas s’il y a d’autres terroristes à l’intérieur, Ndlr]. Tout d’un coup, plein de gens ont déboulé. Un médecin s’est penché sur moi alors que je récitais la dernière phrase de mon Ave «  …et à l’heure de notre mort. Amen ». Il a dit : « On s’occupe de vous, ne vous souciez de rien. »
Guy, vous parvenez à prier, alors que vous vous videz de votre sang ?
Guy – J’étais convaincu que j’allais mourir, mais je priais Je contemplais ma vie, et j’étais tranquille. Je n’ai jamais été aussi serein. Complètement en paix. Je n’avais aucun remords, seulement l’amour en moi. En fait, c’était un moment de grand bonheur.
Vous allez faire des envieux ! Vous avez un « mode d ’emploi » pour bien mourir ?
Guy – L’abandon. L’abandon total… À l’exemple de Frère Charles et de la Vierge Marie. Je l’ai priée comme jamais. Je savais que j’étais en de bonnes mains. Avec elle, j’étais prêt à dire : « Amen ».
Janine – Pendant ce temps, les deux djihadistes continuaient à discuter. L’un des deux demande à Sœur Hélène : « Connaissez-vous le Coran ? – Oui j’ai lu le Coran, répond-elle. Ce qui me frappe, ce sont les sourates qui parlent de la paix. » Kermiche réagit : « La paix ? Quand vous serez à la télé, vous direz aux autorités : tant qu’il y aura des bombardements en Syrie, il y aura des attentats en France. Tous les jours. » Je pense surtout que c’était un prétexte… Ils n’avaient dans la tête que de la propagande reçue par Internet.
Sr Danielle – Ce sont des jeunes qui n’ont aucun bagage culturel ni religieux. Dans une tête vide, on peut faire rentrer n’importe quoi…
Janine, c’est à ce moment-là que vous demandez  à Kermiche la permission de vous asseoir ?
Janine – Je n’en pouvais plus. Il me répond sans hésitation, avec politesse : « Oui, asseyez-vous Madame  ». À ce moment-là Sœur Hélène, qui était épuisée elle aussi, lui demande sa canne restée à sa place. Kermiche se déplace, prend la canne et la lui tend.
Que se passe-t-il ensuite ?
Janine – La cloche sonne 10 h 30. Mon Guy fait le mort depuis quarante-cinq minutes… Ils nous poussent dehors. Les sirènes hurlent. On franchit la porte. Des policiers se saisissent de nous. Les tueurs sortent en criant « Allahou akbar ». Les policiers tirent. Les deux jeunes meurent sur le coup. Une femme policière me cache derrière une voiture. Elle est en larmes. C’est bizarre : elle pleure et moi je n’arrive plus à pleurer depuis la mort de mon père…
Sr Danielle – C’est un suicide. Ils voulaient mourir. J’ai hâte de pouvoir leur demander au Ciel : « Pourquoi, tout cela ? » Afin d’essayer de comprendre.
Peut-on pardonner ?
Guy – Je ne pourrai le faire pleinement que face à Dieu, avec sa grâce.
Janine – Pour l’instant, on prie surtout pour leurs familles. J’ai une pensée spéciale pour leurs mamans qui doivent se lamenter : « Mon fils est devenu fou ! » Elles ne vont pas se relever de sitôt. On se dit, avec Guy, qu’on aimerait les rencontrer pour essayer de comprendre et les apaiser.
Janine, lorsqu’ils vous poussent hors de l’église, vous ne savez pas si votre mari est encore en vie ?
Janine – Non. Nous, les otages, on nous met à l’abri dans l’épicerie du coin, réquisitionnée comme centre de première aide. C’est là que j’apprends, une heure plus tard, que mon mari est vivant, bien soigné, et qu’il devrait s’en sortir grâce aux transfusions permises par des donneurs de sang. Je me dis : « Chic, on va quand même pouvoir fêter nos 65 ans de mariage. »
Vous êtes des « miraculés ». Mais pas le Père Jacques  : il y a laissé sa vie. Comment expliquez -vous cette « injustice » ?
Sr Danielle – Ce n’est pas une histoire de justice. Disons que ce n’est pas le même miracle. Jacques était prêtre depuis cinquante-huit ans. Il venait de célébrer le sacrifice du Christ quand il a été immolé comme l’Agneau qu’il avait servi et célébré toute sa vie. Il est mort sur le coup. C’est le premier prêtre tué de la main d’un djihadiste sur le sol européen, en ce XXIe siècle. C’est un nouveau martyr.
Sœur Danielle, vous accueillez beaucoup de familles musulmanes dans votre dispensaire. Vous connaissiez la famille Kermiche ?
Sr Danielle – Oui. Elle est totalement « perdue ». Les parents n’arrivent pas à comprendre comment un de leurs enfants a pu commettre cet acte barbare. Adel était en suivi psychiatrique. Car nous sommes là dans des cas complexes où se mêlent fragilité psychologique, vide existentiel, ignorance religieuse et culturelle… C’est un cocktail Molotov prêt à exploser : la flamme qui met le feu aux poudres, ce peut être le prêche d’un imam fou écouté sur Internet.
Vous voulez dire qu’il y a une panne de transmission familiale ?
Sr Danielle – La panne est totale ! Hier, j’accueillais cinq jeunes âgés de 5 à 12 ans. Ils étaient incontrôlables. J’étais en colère, mais comment leur en vouloir ?
Vous arrivez à prier pour vos tueurs ?
Guy et Janine – On arrive juste à dire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Cela vous donne envie de retourner à la messe ?
Guy et Janine – Oui ! On est au cœur d’un immense mystère : celui du Christ qui donne sa vie pour chacun de nous. Il l’a donnée pour nos tueurs. L’eucharistie nous éclaire sur le drame que nous venons de vivre. Nous n’avons jamais été aussi heureux.
(SOURCE : FAMILLE CHRÉTIENNE)

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28/09/2016

LE BELVÉDÈRE DE L'EXILÉE

(L'auteur prête sa plume à une supposée servante de Victor HUGO, Eugénie, qui accompagne le célèbre écrivain dans son exil de GUERNESEY... Cela ne manque pas de charme!)

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Le belvédère de l'exilée 
par Jean Baptiste De Groodt


18 juillet 1856
Ma très chère mère, 
Comme je vous l’ai laissé entendre dans mon précédent courrier, nous avons emménagé il y a huit jours dans cette nouvelle maison dont Monsieur a fait l’acquisition en mai dernier. Je vous avoue que cela me coûte de plus en plus de devoir reconstruire encore et encore la maisonnée qui sied à Monsieur.
Cela fait maintenant cinq ans que nous avons quitté la France, et qu’il nous a fallu aménager autant de maisons. J’ose croire que nous resterons ici un peu plus longtemps que dans les précédentes. À en croire l’enthousiasme de Monsieur et son ardeur à construire, décorer, aménager cette belle bâtisse, je dois pouvoir me projeter pour quelques années sur cette île qui m’étonne de jours en jours. 
Nous ne sommes pour l’instant que quelques domestiques à dormir ici, rue d’Hauteville (pensez à noter la nouvelle adresse, que je vous recopie à la fin de cette lettre, vos écrits me parviennent difficilement mais sont toujours pour moi source d’un grand plaisir, comme ils me permettent de me sentir moins loin de mon pays, de ma terre). Les artisans de tous corps défilent à longueur de journée afin de redonner à ces murs le lustre perdu pendant les neuf années de quasi-abandon. Nous sommes bien loin du calme auquel j’ai toujours été habituée avec Monsieur – si j’oublie là les coups d’éclat dont il s’est fait une spécialité. Monsieur a prévu de s’installer définitivement dans deux mois au plus tard. 
Madame vient régulièrement, mais je la vois en retrait, laissant tout le soin à son illustre mari de choisir tel aménagement, tel meuble, telle peinture. Elle est ici chez lui. Comme elle a accepté de courir l’Europe, exilée volontaire par amour de son mari. Les enfants sont très durs avec nous. Ils dépensent sur le personnel les reproches qu’ils ne peuvent faire à leur père de les avoir arrachés à leur douce vie parisienne. Sauf peut être François-Victor qui semble trouver ici le cadre paisible pour mener à bien le projet fou qu’il s’est fixé de traduire toute l’œuvre de Shakespeare. Il m’en parle, toujours sur le ton de la confidence, quand il vient à l’office.
Je vous écris de la plus belle pièce de la maison, dont je profite tant que Monsieur n’est pas encore installé (et que Dieu me garde qu’il ne découvre jamais que je me suis permise de rester dans cette pièce qu’il fait construire à sa mesure). C’est un belvédère magnifique, aménagé au dernier des trois étages que compte la maison, et dont les fenêtres nous plongent dans l’étendue de l’océan, et au loin, les terres de France.
Mais déjà le jour disparaît pour laisser place aux nuits les plus noires qu’il m’ait été donné de connaitre, et je dois stopper là cette lettre, Monsieur étant très sourcilleux quant aux dépenses non nécessaires. Croyez bien ma chère mère que je me porte au mieux, même si vous me manquez ainsi que mes chers frères que j’espère bien courageux pour vous aider chaque jour que Dieu fait.
Votre fille aimante et dévouée, Eugénie.
Eugénie Laroche, chez Monsieur Victor Hugo, Hauteville House, 38 Hauteville Street, Saint-Pierre-Port, Guernesey. 
 
20 décembre 1856
Ma très chère mère,
Votre courrier m’est bien parvenu et je vous en remercie. Je suis fort marrie de la mort de notre oncle Fernand, qui aura lutté, j’en suis certaine, de toutes ses forces contre la tuberculose qui l’a emporté. Mais cela vous fera aussi une bouche de moins à nourrir. À toute chose malheur est bon, et je vous en conjure, ne vous laissez pas abattre par le chagrin à pleurer sur ce mauvais sort qui veut emporter les hommes de notre famille. Dites à mes frères de prendre soin d’eux et que je les aime de mon île agitée. 
Avec l’hiver qui s’installe, le temps ici devient de plus en plus hostile et nos conditions de vie ne sont pas toujours faciles, sauf bien sûr pour Monsieur dont l’anatomie semble absolument inattaquable. Quand les vents se renforcent au loin, c’est toute la maison qui tremble. Je les sens qui arrivent, à travers les volets, les fenêtres, par les ouvertures des cheminées. Et c’est un soufflement rauque et profond qui s’engouffre alors dans les pièces, une à une, malgré les tentures tirées aux portes. Et si j’ai pu croire, les premiers mois, que d’exil il ne serait jamais question souhaitant me placer dans la peau d’une voyageuse plutôt que dans celle, moins glorieuse, d’une domestique qui s’exile à la suite de la maisonnée de Monsieur Hugo, je dois m’avouer vaincue par notre situation. Certes, je ne suis pas malheureuse et la notoriété de Monsieur, encore accrue dernièrement avec la parution de ses Contemplations (dont j’ai pu entrevoir les premières lignes un soir à Bruxelles), nous rend la vie bien riche à défaut d’être reposante. Quelques visiteurs défilent, qu’ils soient de Guernesey, de France ou d’Angleterre, et tous veulent s’entretenir l’un avec le poète, l’autre avec le dramaturge, celui-ci avec l’homme politique, cet autre avec le grand penseur. Cependant, très peu ont l’honneur de « monter » au belvédère, que l’on n’aperçoit pas de la rue, mais uniquement du jardin. Bien d’entre eux, je suppose, cherchent à garder intacte leur relation, ou à en créer une nouvelle, avec cet homme qui peut-être pourra courir les honneurs lorsque le temps de l’exil aura passé.
Le mois dernier, J. a emménagé dans la maison qu’elle s’est trouvée en face de Hauteville. Madame l’ignore, alors que Monsieur semble s’en accommoder au mieux, et déjà des rituels se sont installés entre eux. Il n’est pas rare de les croiser, paraît-il, sur les chemins qui mènent aux falaises. J’imagine combien ce cadre magnifique peut inspirer Monsieur Hugo, tandis que le physique de J. semble décliner ici.
Ces derniers temps, la petite Adèle s’est montrée bien faible et l’on a craint pour sa santé. Si elle semble maintenant remise, son état mental nous inquiète, d’autant que Monsieur devient de plus en plus tyrannique avec les siens. Il les veut avec lui, près de lui, tout au long de son exil. Ils aspirent à plus de liberté, et à moins d’emprise de cet imposant père. Il a tant souffert du décès de la pauvre Léopoldine que son emprise sur ses autres enfants est plus forte à mesure qu’il vieillit.
Quant à ma santé, soyez certaine qu’elle est au mieux, même si j’ai hâte de traverser cet hiver qui déjà me lasse. 
Écrivez moi, embrassez mes chers frères pour moi, votre toujours aimante et dévouée, Eugénie.
 
10 juillet 1857
Ma très chère mère,
Comme je suis heureuse du mariage de notre cher Ferdinand ! Que la douce Joséphine lui fasse de beaux bébés et nous donnent de jolis neveux et, à vous, vos premiers petits enfants ! Cette nouvelle remplit mon cœur qui n’a pas souvent l’occasion de se réjouir ici, tant les journées se succèdent les unes aux autres, sans d’autre espoir que de se lever en forme le lendemain, toujours ici, sur cette île, loin de vous, loin de tout, et seuls.
Je ne comprends pas tout aux considérations politiques qui nous ont éloignés de notre beau pays, mais de la rugosité de Monsieur quand il parle de l’empereur ne pourra naître sa volonté d’un retour en catimini. Monsieur Hugo voudra un retour sous la lumière, en héros du peuple, et je crains de ne jamais connaitre ce jour, et de ne jamais vous revoir. 
Aux jours qui passent nous mesurons l’épreuve qu’il nous fait subir. Certes, j’ai accepté de venir ici, comme auparavant à Jersey, à Bruxelles, etc. Mais aurais-je imaginé une telle solitude que ma décision eût été tout autre. À l’ombre d’un trop grand soleil il fait froid. Dramatiquement froid. Ma seule lumière dans cette île est de savoir que nous travaillons, à notre façon, à l’œuvre magistrale que Monsieur Hugo écrit ici de jour en jour. Je l’ai trouvé ce matin particulièrement exalté. Alors que je lui montais sa collation habituelle à dix heures, les yeux plus lumineux que jamais, toujours en chemise de nuit, les cheveux en bataille, il s’est adressé à moi sur le ton de la plus glorieuse des victoires en disant : « ma chère Eugénie, tu viens d’assister à la naissance de mon plus grand roman. Il dormait dans les tiroirs, et j’ai repris ce matin même son élaboration. Il sera l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand, de mes romans. J’y parle des tiens, des petites gens de Paris, ce roman s’appelle Les Misérables. »
Je dois vous avouer que j’ignore tout de ce roman et de son devenir hypothétique, mais en descendant du belvédère, alors que derrière moi la voix du grand homme résonnait encore de son enthousiasme, j’étais prise dans l’euphorie de sa créativité et savourais alors les poussières de notoriété que dispersait sur nous Monsieur, et acceptais alors cet exil glorieux.
Embrassez pour moi les jeunes mariés, et sachez que si je ne vous revois plus, j’aurais vécu emprisonnée ici, des années heureuses auprès du plus grand esprit qu’il m’eut été donné de connaitre. Votre fille aimante et dévouée, Eugénie.

 

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27/09/2016

LE PAPE FRANÇOIS AU CINÉMA

De l’Argentine au Vatican : un film part sur les traces de François

"Le pape François" sortira dans les salles françaises le 28 septembre.


 

         
 

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Ana est une journaliste espagnole bientôt quadragénaire, typique de sa génération : parcours professionnel réussi, intérêts multiples, relations cordiales. Pour autant, rien de solide dans sa vie : partagée entre son travail et ses amours, sans convictions autres que ses attachements familiaux, elle est envoyée à Rome couvrir le conclave de 2005, qui élira Benoît XVI, au moment même où elle se découvre enceinte.

Une rencontre hors du commun

Alors qu’elle passe le voyage à se demander si elle cédera au père de son enfant qui exige qu’elle avorte, écartelée entre les exigences de son autonomie et les principes inculqués par sa mère argentine, elle se retrouve soudain, dans le train qui la mène de l’aéroport au Vatican, face à un prélat qu’elle reconnaît immédiatement : le « padre Jorge », archevêque de Buenos Aires. Cette rencontre changera sa vie, au point qu’elle va s’attacher au cardinal Bergoglio et le connaître de mieux en mieux, entraînant les spectateurs que nous sommes dans la découverte du parcours et de la personnalité hors du commun du futur pape François.

En somme, une jeune femme déclassée rencontre un prélat inclassable. Ce qui permet au film, sans prétendre à l’objectivité [1], de nous livrer un regard personnel [2] qui, tout en assumant un ton résolument hagiographique, ancre les personnages dans la réalité contemporaine.

Avec simplicité et audace 

La construction classique du récit fait alterner les scènes de rencontre entre la journaliste et le prélat avec des flashbacks sur la jeunesse et la carrière du padre Jorge. Une belle photo (le chef opérateur est celui de Biancaneves) et une bande son parfois pesante accompagnent ces allers et retours. Loin des ors du Vatican ou de la mythologie jésuite, nous découvrons surtout un archevêque attaché à son peuple et s’efforçant, avec une simplicité et une audace quelquefois déconcertantes, de témoigner de la tendresse du Seigneur.

Maints aspects sont ainsi traités, aussi bien sur l’Argentine, où cohabitent trafiquants de drogue et junte autoritaire, que sur l’Église, qui mêle en son sein « prêtres pharisiens » et pécheurs pardonnés. Du contexte de Buenos Aires aux combats souterrains du Vatican le prisme est large, même si demeurent quelques énigmes, par exemple la trajectoire du jésuite avant son épiscopat ou l’évolution de ses relations familiales une fois sa vocation assumée.

Au terme d’une histoire aux rebondissements émouvants se dégage la vision d’un homme spirituel, à l’intelligence pratique, qui ne cherche pas à tout expliquer mais veut prendre à bras le corps le réel pour y trouver et y manifester la miséricorde de Dieu – comme aussi ses exigences.

Peut-être le portrait aurait-il eu plus de relief en évoquant quelques faiblesses du héros, ou comment son prédécesseur a pu, dans un style différent, lui ouvrir la voie. Il reste que les spectateurs seront souvent passionnés par ce récit très concret, qui éclaire beaucoup de questionnements actuels sur l’Église et le monde.

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[1] L’acteur principal ressemble peu physiquement au pape François, manière sans doute de souligner que le film n’est pas identique au réel. Tout au plus des images authentiques du Saint-Père, à la fin, permettent-elles de faire le raccord.

[2] D’ailleurs inspiré du best-seller Francisco: Vidad y Revolucion, écrit par Elisabetta Piqué à partir de sa propre rencontre avec François.

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25/09/2016

25ème DIMANCHE ORDINAIRE

                                C.PATIER COMMENTE L'ÉVANGILE DU JOUR

 

 

 

PAUVRES RICHES!

 

 

Dans la première lecture biblique de ce dimanche, nous avons entendu la voix  du prophète Amos. Il a des paroles très dures contre l’insouciance insensée d’une bande de vauriens. Il dénonce les responsables qui sont aveuglés par leurs richesses et leurs privilèges. De ce fait, ils sont devenus incapables de voir la situation qui se dégrade dans leur pays. Ils sont enfermés dans leurs lieux sécurisés ; ils abusent de toutes les commodités possibles. Ils n’imaginent pas que leur chute est pour bientôt.
Ce que le prophète leur reproche, c’est surtout d’avoir oublié le Seigneur et les exigences de la justice. Cet oubli de Dieu engendre un gaspillage insupportable des richesses du pays au profit d’une petite clique et au détriment de la masse des paysans et artisans. Si Amos revenait, imaginons un peu ce qu’il dirait : il dénoncerait le gaspillage qui est une gifle pour notre monde et nos sociétés. Quand on sait que 1% des habitants de la planète possèdent 48% du patrimoine mondial, ce n’est pas tolérable.
Dans l’Évangile, nous entendons Jésus nous raconter une parabole destinée à nous faire réfléchir. Il nous parle d’une réalité qui est à nos portes et que nous avons sous nos yeux chaque jour : d’un côté des pauvres de plus en plus pauvres et de l’autre des riches de plus en plus riches ; d’un côté ceux qui ont trop et qui ne savent plus quoi faire de ce qu’ils possèdent, de l’autre ceux qui ne peuvent plus avoir accès aux soins et qui n’ont plus les moyens de se procurer le minimum vital pour survivre ; toujours moins alors que les autres réussissent à acquérir toujours plus.
Voilà une situation bien connue : on en parle chaque jour ; on la dénonce, mais tout continue. Il y a toujours aujourd’hui des milliers de riches « qui portent des vêtements de luxe et font chaque jour des festins somptueux ». A leur porte, se trouvent, se trouvent des millions de Lazare qui voudraient bien se rassasier de ce qui tombe de la table des riches. Comment ne pas penser à tous ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont dû fuir leur pays en  guerre. Ils ont tout perdu et se retrouvent dans la plus extrême précarité.
Cela ne veut pas dire que la richesse  est un mal. A l’époque de Jésus, elle était même considérée comme un signe de la faveur de Dieu. Le péché des riches n’est pas d’être riches. Ce que Jésus leur reproche, c’est de ne pas voir les pauvres. Ils ne voient que les riches ; ils ne voient qu’eux-mêmes. Ils sont trop occupés à s’enrichir ; ils ne veulent pas perdre leur temps à s’occuper des pauvres. Ils s’enfoncent dans leur aveuglement mais aussi dans leur indifférence envers les pauvres. Ce qui cause la perte des riches c’est que leur cœur est devenu un désert d’humanité.
Cet Évangile s’adresse aussi à chacun de nous. Sans doute, nous ne sommes pas de ceux qui sont très riches. Mais nous ne sommes pas non plus parmi les plus pauvres du monde. En ce jour, le Christ voudrait nous inviter à ouvrir nos yeux et notre cœur. Le Secours Catholique, le CCFD Terre solidaire et bien d’autres organismes nous rappellent la nécessité de changer nos habitudes pour que les plus pauvres puissent sortir de leur misère.
Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que nous serons jugés sur nos actes. A travers son disciple Timothée, c’est aussi à chacun de nous qu’il  s’adresse. Il nous invite à garder le commandement du Seigneur. Il s’agit pour nous de vivre « dans la foi et dans l’amour, la persévérance et la douceur ». Les disciples sont appelés à mener le bon  combat » et à « s’emparer de la Vie Éternelle ». Le Royaume divin à venir est déjà dans ce combat.
Voilà ces appels d’Amos, de Paul et de Jésus. Il ne manque pas de moyen pour nous secouer de notre torpeur. Les médias (journaux, radio, télévision, Internet) nous donnent les moyens d’être informés. Les pauvres nous tendent la main. De nombreux organismes de solidarité nous appellent à participer à cette lutte contre la précarité. Et n’oublions pas d’écouter « Moïse et les prophètes » et surtout les Évangiles. A travers eux, c’est Dieu qui nous parle. Il vient nous rappeler que riches et pauvres sont ses enfants bien-aimés. Jésus s’est rendu chez les uns et chez les autres pour combler le fossé qui les séparait.
L’Eucharistie qui nous rassemble nous annonce un monde où il n’y aura plus de pauvres. Dans ce monde nouveau, tous, riches et pauvres se retrouveront à la même table ; ils partageront ce qu’ils possèdent. Personne n’y manquera du nécessaire. Tous auront assez pour entrer dans la fête. Le monde que l’Eucharistie annonce c’est celui-là même que le  Christ est venu instaurer. Rendons-lui grâce et ÉCOUTONS-LE.

Abbé J.Compazieu

16:41 Publié dans LITURGIE | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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