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23/09/2016

CERVANTÈS

MIGUEL DE CERVANTÈS

 


On aurait pu en faire un roman intitulé La vie mirifique de Miguel de Cervantès, esclave et écrivain manchot. Le parcours personnel de l'écrivain espagnol, dont on commémore cette année les 400 ans de la disparition, est en effet rocambolesque à souhait !
Entre batailles, galères et prisons, retraçons le cheminement de cet aventurier qui, avec son Don Quichotte, a quand même trouvé le temps de révolutionner la littérature.

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Un berceau (presque) doré


Quelle chance d'arriver au monde en plein Siècle d'Or espagnol ! Ce 29 septembre (?) 1547, le petit Miguel, vagissant sur les fonts baptismaux d'une église d'Alcalá de Henares en Castille, ne se rend pas compte qu'il est né à une période bénie pour les ambitieux.

À peine 50 ans auparavant, son pays prenait en effet une longueur d'avance dans la course à la prospérité en arrivant le premier sur les rivages américains. 
Les richesses se mirent à couler à flot et permirent rapidement au royaume, qui venait d'achever sa Reconquista contre les musulmans, de devenir la première puissance du globe.
Mais la fortune ne sourit pas à tout le monde puisque les parents du petit Miguel ne sont pas vraiment des privilégiés. 
Rodrigo, le père, exerce la profession de chirurgien, ce qui n'a alors rien de particulièrement enviable : il s'agit d'assister les médecins, d'arracher quelques dents ou encore de tailler barbes et moustaches.
Pas de quoi faire rêver un enfant, traîné d'une ville à l'autre par ce père itinérant !
La famille finit par se fixer à Valladolid, mais la stabilité tant rêvée n'est pas au rendez-vous. Criblé de dettes, ses meubles confisqués, Rodrigo est jeté en prison. Il est temps de reprendre la route.


Devenir picaro ou poète ?


Puisque Valladolid ne veut pas d'eux, les Cervantès se dirigent vers la perle de l'Espagne, cette ville de Séville que les navires en provenance d'Amérique couvrent de richesses.
A 17 ans, muni déjà d'une bonne éducation, Miguel ne se lasse pas du spectacle de ces rues où se mélangent toutes les couches de la population. Voici les fiers marchands suivis de près par quelques voyous à la recherche d'une bonne fortune, ces picaros (« misérables » « filous ») de la pègre qui vont plus tard peupler ses œuvres.

 

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Il fréquente également le théâtre où il découvre l'œuvre du meilleur dramaturge de son temps, Lope de Rueda. Ses comédies impressionnent tant le jeune homme qu'il n'oubliera pas, la gloire venue, de lui rendre hommage.
Pour le moment le voici à Madrid où il consacre son temps aux leçons de Juan López de Hoyos. Humaniste et admirateur d'Érasme, il est chargé, à la mort de la reine espagnole Élizabeth de France (1568), de composer quelques textes bien pensés en son honneur. C'est l'occasion pour Miguel de mettre la main à la plume et de rédiger plusieurs poèmes qui seront inclus au livre-hommage.
Mais accusé d'avoir blessé en duel un maître d'œuvres, il doit fuir en catastrophe la capitale qui le condamne par contumace à 10 ans d'exil et à avoir la main coupée s'il ose réapparaître en ville. La célébrité attendra.

Le manchot de Lépante
L'errance continue, cette fois au service du futur cardinal Acquaviva qu'il suit dans toute l'Italie en tant que valet de chambre.
C'est l'occasion de découvrir Palerme, Milan, Florence ou encore Venise et de se construire une solide culture littéraire, notamment à la lecture des plus grands poèmes italiens.
Mais l'appel de l'aventure est le plus fort : il choisit de continuer à hanter les routes du pays en se faisant fantassin professionnel. Mauvaise idée ! Il se retrouve, en compagnie de son frère Rodrigo venu le rejoindre, engagé au cœur d'une des plus terribles batailles navales de l'Histoire.
Ce 7 octobre 1571, en effet, l'alliance de la Sainte-Ligue qui rassemble l'Espagne, Venise, Gênes et les États du Pape se retrouve face à la flotte turque au large de Lépante, en Grèce. Il s'agit pour les forces chrétiennes de repousser les Turcs qui, après avoir pris Chypre, regardent avec trop d'insistance du côté de l'ouest de la Méditerranée.
Des centaines de vaisseaux vont s'affronter à coups de canons pendant des heures, faisant près de 40 000 victimes, jusqu'à ce que la défaite de l'amiral Ali Pacha ne fasse plus de doute.
Sur le vaisseau La Marqueza, Cervantès, fiévreux, a bien du mal à tenir debout. Il va pourtant rejoindre son poste et se battre vaillamment avant de devoir abandonner le combat, touché par 3 tirs d'arquebuse dans la poitrine et la main gauche. Il ne retrouvera jamais l'usage de celle-ci mais y gagnera un surnom : le manchot de Lépante.

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La bataille de Lépante expliquée par Cervantès
Dans Don Quichotte, Cervantès fait vivre son expérience à un de ses personnages :
« Quelque temps après que j’arrivai en Flandre, on eut nouvelle de la ligue que Sa Sainteté le pape Pie V d’heureuse mémoire avait faite avec la république de Venise et avec l’Espagne, contre l’ennemi commun, qui est le Turc, lequel en ce même temps avait conquis avec son armée navale la fameuse île de Chypre, qui était sous la domination des Vénitiens, perte lamentable et malheureuse. On sut pour certain que le Sérénissime don Juan d’Autriche, frère naturel de notre bon roi don Philippe, serait le général de cette ligue et l’on publia le très grand appareil de guerre qui se faisait ; ce qui m’incita et m’aiguillonna le courage et le désir de me trouver en la journée que l’on attendait » (Miguel de Cervantès, Don Quichotte, première partie, 1605).
Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?
Cette blessure ne va pas calmer les ardeurs de Cervantès qui continue pendant des années son métier de soldat en participant à diverses expéditions. Mais en 1575, c'est décidé : il est temps de rentrer au pays revoir la famille. 
En compagnie de son frère il s'embarque donc sur une galère, direction l'Espagne. Avec dans la poche une lettre de recommandation du vainqueur de Lépante, Don Juan d'Autriche, l'avenir s'annonce radieux. Las ! Dali-Mami le Boiteux et ses pirates en ont décidé autrement : la galère est prise d’assaut et les passagers transférés directement à Alger.
La désillusion est grande pour Cervantès, qui sait le sort réservé aux prisonniers : « Quand j'arrivais captif et vis cette terre / De si triste renom qui en son sein recèle / Tant de pirates qu'elle accueille et protège, / Je ne pus retenir plus longtemps mes pleurs. » (Cervantès, La Vie à Alger).

C'est alors que la lettre de recommandation entre en scène : grâce à elle, les pirates vont s'imaginer avoir affaire à de nobles personnages espagnols, et s'enquérir d'une rançon. 
Il n'y aura donc pas de vente sur le marché aux esclaves, mais une captivité éprouvante que Cervantès a du mal à supporter. Il va d'ailleurs multiplier les tentatives d'évasion, toujours en vain.
En Espagne, sa famille tente de rassembler l’argent en sacrifiant héritage et dots, mais les deux frères vont devoir attendre que la somme considérable qui est demandée soit apportée par des religieux de l'ordre des Trinitaires, spécialisés dans le rachat de prisonniers. 
Après trois ans de captivité, Rodrigo rejoint sa famille, laissant son frère aîné patienter seul encore trois années dans les geôles algéroises.
Un écrivain au bagne
Dans Don Quichotte, Cervantès s'inspire de son expérience pour relater la vie dans les prisons algéroises. « [Il y avait] une prison que les Turcs appellent un bagne, où ils enferment les captifs chrétiens, aussi bien ceux du roi que ceux qui appartiennent à des particuliers, ou encore à la ville. […] Je faisais partie des gens à rançon ; j'eus beau dire que je manquais de moyens et de fortune, quand on sut que j'étais capitaine, on m'inscrivit au nombre des gentilshommes et des personnes susceptibles d'être rachetées. On m'enchaîna, plus pour marquer que j'étais rachetable que pour s'assurer de ma personne ; et je passais ma vie dans ce bagne […]. Même si la faim et le dénuement nous faisaient parfois souffrir, rien ne nous affligeait plus que de voir et d'entendre à chaque instant les cruautés inouïes que mon maître affligeait aux chrétiens. Il n'y avait pas de jour qu'il n'en fît pendre ou empaler ou essoriller pour un motif futile ou même inexistant » (Miguel de Cervantès, Don Quichotte, première partie, 1605).

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16:30 Publié dans LETTRES | Lien permanent | Commentaires (0)

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