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10/11/2016

11 NOVEMBRE 1918



11 novembre 1918


Un armistice met fin à la Grande Guerre

 

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Lundi 11 novembre 1918, 11 heures. Dans toute la France, les cloches sonnent à la volée. Dans les villes et les villages, c'est la liesse. On sort dans la rue, on rit, on s'embrasse et l'on pleure... 
Au front, les clairons bondissent sur les parapets et sonnent le « Cessez-le-Feu », « Levez-vous », « Au Drapeau ». La « Marseillaise » monte des tranchées. Même soulagement en face, dans le camp allemand. Mais des deux côtés, pas de cris de joie, pas d'embrassades. On est soulagé. C'est tout. Et l'on pense à l'enfer passé et aux copains morts dans la boue.
Pour la première fois depuis quatre ans, Français et Allemands peuvent se regarder sans s'entretuer. Un armistice a été conclu le matin entre les Alliés et l'Allemagne, dernière des Puissances Centrales à rendre les armes. Il laisse derrière lui huit millions de morts et six millions de mutilés.
Les survivants ont perdu la foi dans les valeurs morales et spirituelles qui ont fait la grandeur et l'unité de l'Europe. Mais ils veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la « der des der »...

 

La défaite inéluctable de l'Allemagne

Dès l'échec de leur contre-offensive de juillet 1918, les Allemands ont compris qu'ils n'avaient plus aucun espoir d'arracher la victoire.
Les troupes américaines, potentiellement fortes de quatre millions d'hommes, arrivent en renfort des Anglais et des Français.
La 1ère armée américaine du général John Pershing lance sa première offensive dans le saillant de Saint-Mihiel, près de Verdun, le 12 septembre 1918. Ce tardif engagement suffit à convaincre les Allemands de leur infériorité. Les Alliés mettent aussi en ligne en nombre croissant des chars blindés (« tanks ») qui ont raison des barbelés qui protègent les tranchées allemandes.
Le 28 septembre 1918, le quartier-maître général (« Generalquartiermeister ») Erich Ludendorff, chef des armées allemandes et véritable maître du pays, apprend que ses alliés bulgares s'apprêtent à signer un armistice.
Au quartier général allemand de Spa, en Belgique, Ludendorff, abattu, a un entretien dramatique avec l'empereur Guillaume II. Il lui révèle que la situation militaire est désespérée et que l'armistice est devenu inévitable.
Il encourage l'empereur à démocratiser le régime et donner le pouvoir au Parlement, tout simplement parce qu'il veut transférer aux civils la responsabilité de la défaite et que « ceux qui nous ont mis dans cette situation se chargent de nous en sortir ! » (*).
Le 3 octobre, résigné, l'empereur Guillaume II appelle donc à la chancellerie, sur proposition du Reichstag, le prince Max de Bade, un modéré dont il espère qu'il saura obtenir des conditions de paix raisonnables de la part des Alliés. 
Le nouveau chef du gouvernement adresse aussitôt au président américain une demande d'armistice basée sur les Quatorze Points énoncés en janvier par Wilson. Mais ce dernier refuse toute négociation avec l'empereur comme avec les militaires. Maladroit, il en appelle à l'avènement d'un régime démocratique à Berlin.
De leur côté, les chefs alliés présents à Paris au même moment, le président du Conseil Clemenceau, le Premier ministre britannique Lloyd George et le président du Conseil italien Orlando, encaissent mal cette négociation en solo du président américain avec les Allemands, estimant à juste titre que leur pays ont supporté tout l'effort de guerre pendant quatre ans et qu'il leur revient de négocier avec les Allemands.
Le 26 octobre, Guillaume II, ne sachant que faire, demande et obtient la démission de Ludendorff


Les Puissances Centrales se délitent

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L'Allemagne bascule dans l'anarchie et la guerre civile.
Le 3 novembre, dans le port de Kiel, les marins de la flotte de guerre refusent d'aller à nouveau au combat. Ils se mutinent et entraînent les ouvriers de la ville. La contagion révolutionnaire se répand à Hanovre, Cologne et Brunswick. À Munich, le 7 novembre, un socialiste, Kurt Eisner, dépose le roi de Bavière et installe un Conseil ouvrier. La Bavière menace de faire sécession !
Entre temps, l'un après l'autre, les alliés de l'Allemagne cessent les combats et signent des armistices (l'armistice est un arrêt des combats dans l'attente d'un traité de paix en bonne et due forme).
Les Bulgares, bousculés par l'armée du général Louis Franchet d'Esperey, signent un armistice dès le 29 septembre. Le 30 octobre, c'est le tour des Turcs. Ils signent à Moudros, sur l'île de Lemnos, en mer Égée, un armistice avec les Britanniques (ces derniers négligent d'associer les Français à la signature).
De l'Autriche-Hongrie se séparent les Tchécoslovaques le 28 octobre et les Hongrois le 1er novembre. L'empire croupion de Charles 1er signe le 3 novembre à Villa Giusti un armistice avec l'Italie après que celle-ci eut enfin réussi une percée victorieuse à Vittorio-Veneto.
Le 9 novembre au matin, la contagion révolutionnaire gagne Berlin. Une émeute éclate à l'instigation des spartakistes, un groupe très actif de militants marxistes-léninistes conduit par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Le prince Max de Bade téléphone à l'empereur, à Spa. « Votre abdication est devenue nécessaire pour sauver l'Allemagne de la guerre civile », lui dit-il. Comme ses propres généraux plaident aussi en faveur de l'abdication, Guillaume II s'y résout enfin.

 



L'ancien empereur part en exil aux Pays-Bas. Ses six fils jurent de ne lui succéder en aucun cas.
À Berlin, le même jour, le prince Max de Bade cède la chancellerie au leader social-démocrate Friedrich Ebert tandis que, dans une atmosphère révolutionnaire, un autre chef social-démocrate, Philipp Scheidemann, proclame la République. L'inquiétude est générale. Le quotidien parisien La Liberté titre dans son édition du 10 novembre : La Révolution maîtresse de Berlin, L'armée a pactisé avec les révolutionnaires...


Un armistice mal accepté

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Les militaires s'étant défaussés, c'est à un civil, Matthias Erzberger, que revient la pénible tâche de négocier l'armistice (cela lui vaudra d'être assassiné par les nationalistes allemands le 26 août 1921).
Les négociateurs n'ont pas attendu la démission de l'empereur pour préparer l'arrêt des combats. Partis de Spa le 7 novembre à midi dans cinq voitures, ils ont franchi les lignes ennemies avec un drapeau blanc et sont arrivés à La-Capelle-en-Thiérache (Aisne) le soir même.
En France, leur demande d'armistice fait débat. Le président de la République Raymond Poincaré et surtout le général Philippe Pétain voudraient profiter de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique, envahir l'Allemagne elle-même et signifier à celle-ci l'étendue de sa défaite.
Mais le généralissime des troupes alliées, Ferdinand Foch, qui a été élevé au maréchalat le 6 août 1918, le général Maxime Weygand et le chef du gouvernement, Georges Clemenceau, ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ne croient pas l'armée française capable de se battre encore longtemps et souhaitent en finir au plus vite. Ils craignent aussi qu'à trop tarder, l'Allemagne ne devienne comme la Russie la proie des révolutionnaires bolcheviques.
Surtout, chaque jour qui passe renforce dans le camp allié le poids des Américains, alors que ceux-ci, arrivés très tard, ont encore très peu participé aux combats. En cas de prolongation des hostilités, Foch et Clemenceau craignent non sans raison que les Américains ne tirent toute la couverture à eux et ne relèguent la France à la deuxième place.

La délégation allemande est conduite par Matthias Erzberger, le général von Winterfeldt et le capitaine de vaisseau Vanselow. Les plénipotentiaires sont reçus le soir du 10 novembre dans le wagon spécial du généralissime Foch, au carrefour de Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne. On les fait patienter autour de quelques mets raffinés qui sont consommés en silence.
Erzberger s'inquiète de ne rien connaître encore des propositions adverses alors que le délai pour conclure l'armistice expire le lendemain à 11 heures. Ses inquiétudes redoublent quand il reçoit un télégramme non chiffré du chancelier Ebert : « Le gouvernement allemand accepte les conditions de l'armistice qui lui ont été imposées le 8 novembre ». À  la lecture de ce télégrame en clair, les Alliés ont pu, comme lui, comprendre que les Allemands signeront quoi que ce soit.

Arrive le moment des négociations. À la délégation allemande font face, dans le wagon, l'amiral Sir Rosslyn Wemyss, Premier Lord de l'Amirauté britannique, et le maréchal Ferdinand Foch. Le général Maxime Weygand assiste les deux plénipotentiaires alliés.
Au lieu des « propositions » qu'ils attendent, les Allemands, « à la merci des vainqueurs » selon Foch, se voient soumettre des « conditions ». Aucune marge de négociation ne leur est laissée ! Erzberger, accablé, ne se fait pas faute, toutefois, de contester chaque article et de négocier des concessions  avec le général Weygand, son interlocuteur direct. Ainsi obtient-il que 25.000 mitrailleuses soient livrées au lieu de 30.000...  
Au total, l'Allemagne se voit imposer la livraison de 5000 canons, 25000 mitrailleuses, 1700 avions, de leurs sous-marins et de sa flotte de guerre (celle-ci se sabordera dans la rade britannique de Scapa Flow).
Son armée est sommée d'évacuer sous quinze jours les territoires envahis ainsi que l'Alsace-Lorraine, et sous 30 jours la rive gauche du Rhin et trois têtes de pont sur la rive droite, Coblence, Cologne et Mayence.
L'armistice est enfin conclu le 11 novembre à 5h15 du matin. Des officiers allemands le signent la larme à l'oeil. Erzberger reste quant à lui impassible : « Un peuple de 70 millions d'hommes souffre, mais il ne meurt pas », se contente-t-il de commenter. 
L'arrêt des combats est fixé ce 11 novembre, à 11 heures. Les Français ne manquent pas de noter que ce jour est la fête du saint patron de leur pays, Saint Martin.
L'armistice est conclu pour 36 jours mais sera régulièrement renouvelé jusqu'au traité de paix du 28 juin 1919.
Le dernier...
Ce 11 novembre 1918, dès 9h30, le maréchal Foch s'empresse de remettre le texte d'armistice au Président du Conseil Georges Clemenceau, à Paris. Malgré ses efforts, celui-ci ne peut garder l'information secrète. Les journaux se hâtent d'imprimer des éditions spéciales. La rumeur d'un cessez-le-feu se répand assez vite et atteint le front où l'on se garde de toute action périlleuse.
Tout est calme... ou presque. À la 11ème heure du 11ème jour du 11ème mois de l'année 1918, après 51 mois de conflit, l'agent de liaison Auguste Trébuchon (40 ans) est atteint par une balle alors qu'il portait un ordre concernant le rassemblement du régiment pour le ravitaillement des troupes. C'est le dernier soldat français tué pendant la Première Guerre mondiale. Il repose aujourd'hui dans le cimetière communal de Vrigne-Meuse.

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André Larané

17:05 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

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