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29/01/2017

QUELQUES PHOTOS DU NET

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27/01/2017

LE PAPE ET L'ORDRE DE MALTE

Pourquoi le Pape a-t-il démissionné le grand maître de l’ordre de Malte ?


Règlement de compte entre progressistes et conservateurs ?

La réalité de cette affaire est tout autre.

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Le 25 janvier 2017, le pape François a accepté la démission du grand maître de l’Ordre de Malte. Une secousse importante dans une organisation millénaire où certaines langues se délient.
Progressistes contre conservateurs, toujours cette grosse ficelle. Depuis le 25 janvier 2017, toute la presse agite à nouveau ces deux spectres pour essayer de comprendre pourquoi le grand maître de l’Ordre de Malte, Fra’ Matthew Festing, a accepté de démissionner de son poste à la demande du souverain pontife. Alors que d’aucuns y voient déjà la preuve d’un antagonisme entre le cardinal Burke — légat du Pape à l’Ordre de Malte — et le souverain pontife lui-même, la réalité de cette affaire qui dure depuis au moins deux mois est tout autre.
Quels sont les faits ?
L’affaire remonte au 6 décembre 2016. Ce jour-là, Fra’ Matthew Festing exige la démission du grand chancelier allemand Albrecht Von Boeselager*, numéro trois de l’organisation et membre de l’ordre depuis quarante ans. La raison ? Celui-ci aurait couvert, en 2005, la distribution de préservatifs par un dispensaire de l’Ordre de Malte dans des camps de réfugiés en Birmanie et dans certains pays africains ou des femmes subissaient des viols. Alors qu’Albrecht Von Boeselager refuse de démissionner, Fra’ Matthew Festing le démet de ses fonctions avec l’assentiment du cardinal Raymond Burke.
Ayant appris cette nouvelle, le Pape décide de diligenter une enquête auprès de l’Ordre de Malte, enquête à laquelle s’est fermement opposé le grand maître de l’Ordre, arguant de la « souveraineté », c’est-à-dire de l’indépendance de l’Ordre vis-à-vis du Vatican. Nonobstant cette opposition larvée, les résultats de l’enquête sont parvenus au Pape vers la mi-janvier et ont abouti à la démission de Fra’ Matthew Festing, obéissant à la demande du Pape.
Le Pape a-t-il pris fait et cause pour un grand chancelier progressiste, contre un grand maître conservateur et un cardinal qui s’oppose ouvertement à lui dans l’affaire des « Dubia » (les doutes émis contre certains points de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia par quatre cardinaux dont Raymond Burke) ? L’hypothèse est alléchante mais ne résiste pas à l’examen plus approfondi de toute cette affaire.
Le risque d’une « République bananière »
Ces faits, s’ils sont avérés, doivent en effet être complétés et précisés. Un responsable haut placé de l’Ordre nous a révélé que les deux mois de tensions qui viennent de s’écouler et qui ont abouti à la conclusion que l’on sait, n’étaient que la partie émergée de l’iceberg. Ce serait en fait en 2014, lors de l’élection du Souverain Conseil (qui constitue le gouvernement de l’Ordre) que la dynamique ayant abouti à la démission du grand maître s’est amorcée. Fra’ Matthew Festing, qui en tant que grand maître est élu à vie, aurait composé une liste de collaborateurs qu’il aurait bien vu figurer au sein du Conseil. Seulement, le Chapitre Général (qui rassemble les Chevaliers électeurs) n’en élira aucun ! Le grand maître aurait alors favorisé l’émergence d’un cabinet parallèle composé de collaborateurs non-élus, court-circuitant peu à peu le Souverain Conseil. « Une forme de coup d’État », résume notre informateur.
La destitution d’Albrecht Von Boeselager intervient dans cette logique, visant à remplacer peu à peu les membres du Souverain Conseil par des collaborateurs plus coopératifs. Le refus brutal que le Vatican diligente la moindre enquête, opposé par le grand maître et exprimé au cours de plusieurs échanges en des termes acrimonieux relayés par la presse, apparaît dès lors sous un jour nouveau. Las de cette situation et inquiets pour l’avenir de l’Ordre, plusieurs chevaliers ont répondu à l’enquête diligentée par le Pape et l’ont alerté sur les risques de transformation de l’Ordre en « République bananière ». C’est cette dynamique délétère, enclenchée depuis plus de deux années, qui explique la décision du Pape à l’encontre de Fra’ Matthew Festing.
Quel a été le véritable rôle du cardinal Raymond Burke ?
Cardinalis patronus, c’est-à-dire légat du Pape à l’Ordre de Malte depuis 2014, plusieurs médias affirment que le cardinal Burke aurait lui-même intrigué pour destituer Albrecht Von Boeselager. Il aurait appuyé, sinon fomenté, le départ de celui qui avait Malteser International (les équipes humanitaires de l’Ordre) sous sa responsabilité lors des distributions de contraceptifs il y a onze ans. Un départ que beaucoup interprètent donc comme une vengeance du cardinal Burke à l’égard du Pape, perçu comme plus conciliant sur ces questions (voir l’affaire des « Dubia »).
Selon le National Catholic Register, le pape François, troublé par les révélations du cardinal au sujet de ces manquements anciens mais avérés à l’esprit et à la morale de l’Ordre de Malte, lui aurait pourtant demandé au cours d’une entrevue le 10 novembre dernier de « nettoyer » l’Ordre de « la présence de francs-maçons ». Détaillant son propos, le Saint-Père aurait par la suite souligné les importantes responsabilités qui incombent au légat dans une lettre transmise le 1er décembre 2016, mais jamais rendue publique, à savoir de « supprimer toute affiliation de l’Ordre avec des groupes ou des pratiques qui vont à l’opposé de la loi morale ». Aux dires du magazine, François et le cardinal sont donc sur la même longueur d’onde pour traquer tout abus. Néanmoins, c’est bien Albrecht Von Boeselager qui a obtenu gain de cause à l’issue de l’enquête et Fra’ Matthew Festing qui a été poussé au départ.
Sans avoir lu la lettre et faute de compte-rendu officiel de cette réunion, il est difficile d’imaginer que le pape François ait employé ces mots, n’ayant encore jamais émis l’hypothèse en public du noyautage d’œuvres d’Église par des sociétés occultes. Ensuite, considérer que le cardinal Burke tire les ficelles dans l’ombre est peut-être excessif, dans la mesure où il est représentant du Pape et n’a qu’une influence limitée et aucun pouvoir au sein du gouvernement de l’Ordre. Enfin, si Albrecht Von Boeselager est accusé d’être libéral, il est, selon plusieurs responsables de l’Ordre de Malte, tout à fait en phase avec l’Église sur la question de la contraception. En quarante ans passés au sein de l’Ordre, il n’en a, en tout cas, jamais montré le moindre signe contraire. Le cardinal Burke n’aurait donc eu aucune raison de lui en vouloir personnellement. Ainsi, et c’est l’avis d’un autre responsable de l’Ordre, le cardinal n’aurait joué aucun rôle dans cette affaire si ce n’est d’assister à la convocation d’Albrecht Von Boeselager par Fra’ Matthew Festing qui conduira à son limogeage et d’en avoir référé au Souverain Pontife. La seule question qui demeure est celle de son absence de réaction sur les abus de pouvoir de plus en plus manifestes du grand maître.
Le prétexte des préservatifs et… de la finance

Quoi de mieux que la question des préservatifs pour monter en épingle un débat entre progressistes et conservateurs ? De l’aveu de tous les témoins interrogés membres de l’Ordre, la question de la distribution des préservatifs n’a été qu’un prétexte utilisé pour la destitution d’Albrecht Von Boeselager. En effet, dès qu’il a appris que ces distributions avaient lieu, celui-ci les a immédiatement fait cesser. L’accusation en progressisme est donc nulle et non avenue. La raison du départ du grand chancelier Von Boeselager, qui entretenait par ailleurs des relations cordiales avec Fra’ Matthew Festing, est probablement à chercher du côté des manœuvres du grand maître visant à accroitre l’emprise de son cabinet sur le Conseil.
Les grands médias français soulignent également que le limogeage d’Albrecht Von Boeselager intervient au moment même de la nomination de son frère à la Banque du Vatican « en plein assainissement après avoir été éclaboussée par des scandales ces dernières années » (Le Monde). Seulement, le frère** d’Albrecht Von Boeselager est un expert financier aux compétences reconnues et la conjonction des deux événements (limogeage de l’Ordre pour l’un, nomination à l’établissement financier du Vatican pour l’autre) est, de l’avis de tous, totalement fortuite.
La demande de démission que le Pape a formulée à Fra’ Matthew Festing est donc bien une décision grave, importante et sans précédent. En dépit des cases dans lesquelles les médias français et internationaux aiment à ranger le souverain pontife et les cardinaux, il semble que cette décision soit motivée par une enquête minutieuse dont les résultats sont rigoureusement irréductibles à la logique d’affrontement entre conservateurs et progressistes et qu’ils n’aient rien à voir avec la question de la contraception.
 
* Albrecht Von Boeselager, juriste de formation et ancien avocat, père de cinq enfants, est entré dans l’Ordre de Malte en 1976. Envoyé à Rome, il est élu grand hospitalier de l’Ordre à cinq reprises de 1989 à 2014 avant de devenir grand chancelier, sorte de Premier ministre de l’organisation caritative. Il membre du Conseil pontifical pour la Pastorale de la Santé depuis 1990 et, depuis 1994, membre du Conseil Pontifical « Cor Unum » pour les œuvres de bienfaisance du Saint-Siège. Il est le fils aîné d’une grande figure du catholicisme allemand du XXe siècle, l’officier et résistant Philipp Von Boeselager, qui participa à la célèbre opération Walkyrie visant à assassiner Hitler.
** Le baron Georg von Boeselager, diplômé de l’université de Fribourg-en-Brisgau, banquier, est actuellement président du conseil de surveillance de la banque privée munichoise Merck Finck. Il est lui aussi engagé à l’Ordre de Malte.
ALETEIA

 

17:45 Publié dans PAPE | Lien permanent | Commentaires (0)

26/01/2017

JAMAIS SANS MES FLEURS (nouvelle)

Jamais sans mes fleurs 

Joseph Ouaknine

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Bernadette est allergique au pollen à un point que vous ne pouvez pas imaginer. Toute petite déjà, ses parents limitaient ses sorties aux jours d’hiver, sous la neige ou sous la pluie, de préférence ! Un rayon de soleil printanier, un frémissement de vie à l’aurore d’une belle saison, et elle se retrouvait cloîtrée chez elle, piqûres à l’appui.
Elle a passé toute son enfance et son adolescence à éviter soigneusement de passer trop près des platanes embourgeonnés ou des parterres trop fleuris, toussant à s’en cracher les poumons à la simple vue d’une abeille en train de s’empiffrer jusqu’aux ailes dans une corolle pleine à craquer.
Encore aujourd’hui, sa gorge se gonfle, ses mains déchirent son corsage d’un geste désespéré et elle est emportée aux urgences, toutes sirènes retentissantes, si par malheur la fenêtre de sa chambre reste ouverte, un jour de grand vent... et de printemps ! Pourtant, elle habite en ville ; allergie oblige !
L’idée de sortir autrement qu’emmitouflée dans un cache-nez, même par des chaleurs caniculaires, ne lui viendrait jamais à l’esprit. Une simple photo de fleurs l’incommode à un point tel, qu’elle se cache les yeux derrière d’épaisses lunettes de soleil avant de l’encadrer.
Quand j’ai rencontré Bernadette, elle m’a caché son mal. Il est vrai qu’on ne peut pas tout dévoiler le premier jour, mais tout de même, cela peut parfois vous jouer des tours...

Je l’ai repérée chez des amis dans une ambiance spécialement aseptisée pour elle, mais je ne le savais pas encore. Ah ! Bernadette ! Ma petite chérie à taille de guêpe ! Elle est si douce, si belle avec ses yeux en forme d’amande et ses cheveux blonds, presque nacrés, qui lui encadrent un visage d’une pureté à couper le souffle. Ce fut un vrai coup de foudre. Pourtant, j’ai de suite trouvé ses goûts excentriques et sa façon de s’habiller folklorique : elle n’avait sur elle que du cuir et du latex ! Je n’ai rien dit, trouvant même que cela rajoutait à son charme et contrastait savamment avec son teint clair, me disant qu’après tout, je portais bien des sabots tous les jours de l’année, comme un paysan, même aux bals des samedis soirs !
— Je ne pensais pas trouver une aussi jolie fée ici ce soir ! lui ai-je déclaré en m’approchant du canapé dans lequel il ne restait plus qu’une place à côté d’elle, comme si elle me l’avait déjà réservée.
Elle m’a souri, loin de trouver trivial mon engagement pourtant banal, cela se voyait dans ses yeux :
— Il n’y a de fée que là où des yeux savent leur sourire !
— Vous avez raison, une fleur ne s’épanouit-elle pas quand une abeille la frôle ?
Elle a tiqué, froncé les sourcils, mais comment aurais-je pu deviner qu’un coup de massue ne l’aurait pas plus étouffée ? J’ai pensé qu’elle me trouvait gauche, maladroit...
Heureusement, ce soir-là, j’avais apporté une bonne bouteille de Côte-Rôtie. Je ne sais pas pourquoi, d’habitude j’apporte des fleurs, en pot ou en bouquet, en gerbe ou à l’unité. Il faut dire que Marcel, l’auteur de cette invitation pour son anniversaire, était passablement accro de la bouteille, ceci explique sans doute cela... À ce moment-là, je ne savais pas que si j’étais arrivé avec des fleurs, elles seraient restées sur le palier, et sans doute même enfermées dans un sac en plastique !
Moi, j’adore les fleurs ! Les dahlias surtout ! Ils me font penser à une forêt vierge, touffue et enchevêtrée, gauchement éparpillée en même temps. Mais j’aime aussi toutes les autres fleurs qui n’hésitent pas à présenter leur pollen, tous pistils dehors, celles dont la beauté nacrée et sucrée attire les guêpes et les abeilles, celles qui donnent le goût et l’odeur du miel avant l’heure de leurs pétales assoiffés de vent.
J’aime aussi les pâquerettes, les boutons d’or et le muguet, sans doute un reliquat de l’épopée campagnarde qui a bercé toute mon enfance. Les petites fleurs sauvages éparpillées à perte de vue au milieu d’un champ de blé ou d’un pré verdoyant, des fleurettes fraîchement coupées dans les bois et les bouquets séchés merveilleusement garnis d’épis d’or et entourés de fougères, éveillent en moi autant de sensations que la vue d’un Renoir, un Van Gogh ou un Monet, sans aucune comparaison possible.
Une fleur, c’est comme une femme... c’est souvent si beau ! D’ailleurs, j’adore les comparer. Martine, mon amie d’enfance, est une marguerite ; elle adore s’épiler des heures durant devant son miroir, comme rejetant au vent ses plumes dorés. Ma mère est une tulipe ; très rigide ! Ma tante, Françoise, toujours maquillée à la bleu-mauve, est un chardon ; qui s’y frotte s’y pique ! Ma sœur Béatrice est une pensée ; son air rêveur et ses yeux toujours grands ouverts semblent empreins de nostalgie !
Souvent, j’aime à me balader sur les quais, entre les jardins fleuris et les vitrines endimanchées. Par tout temps, du moment que flottent dans l’air de divins parfums de floraison, je pourrais y passer des heures... Que dis-je ? Ma vie entière ! D’ailleurs, comment imaginer que je puisse passer une journée sans voir et sentir une jolie fleur ?

Ce soir-là, donc, chez Marcel, nanti de ma fameuse bouteille de vin aux arômes de tanin fin, café et mûres sauvages aussi subtils qu’un coulis de roses sur un nougat glacé ou qu’un liseré d’or sur une parure de satin blanc, j’ai passé la soirée auprès de Bernadette sur le canapé. Elle était heureuse comme une grappe de lilas et fraîche comme une fleur d’oranger.
Très volubiles, aussi bien l’un que l’autre, nous avons bavardé jusqu’au bout de la nuit, nous enivrant jusqu’à plus soif de vins fins et légers, engloutissant petits fours sur petits fours, car mon filou de Marcel avait tout prévu. Il faut dire qu’il aimait bien recevoir et qu’il aurait vidé sa cave et celle de ses voisins pour satisfaire aux désirs et féroces appétits de ses convives.
Des convives, en dehors de Bernadette, je n’en ai vu aucun : je n’avais d’yeux que pour elle ! Dans un souffle, entre deux danses, elle m’a avoué qu’elle adorait la poésie alors, en étant moi-même très friand, je lui ai conté Verlaine, puis Rimbaud et « Le Bateau ivre » que je connaissais par cœur, et j’ai terminé avec Les Fleurs du mal, Baudelaire et compagnie...
— J’adore le ton suave que tu prends en récitant des vers, m’a-t-elle susurré à l’oreille en s’agrippant à mon cou tel un liseron.
— Alors, je ne te parlerai plus qu’en prose, ai-je répliqué en m’emparant de sa taille comme d’un brin de muguet.
Nous avons ri ! Nous avons ri ! Je n’ai jamais été aussi heureux que ce soir-là ! Elle m’a conté fleurette, et, roucoulant comme de jeunes pouces, nous avons fini par nous rapprocher l’un de l’autre jusqu’à ne plus pouvoir laisser passer une feuille de trèfle entre nous, avant de nous éclipser au fin fond d’une terrasse pour goûter de nos lèvres, nos caresses et nos baisers, nous promettant déjà de ne plus jamais vivre l’un sans l’autre :
— Les matins blêmes déposent la rosée sur les plateaux fleuris, ai-je soufflé en glissant ma tête au creux de son épaule, toi, ma rose, tu m’engendres une rivière de joie sur un plateau de bonheur.
— Ne me parles pas de ses choses-là ! a-t-elle répliqué en me mordillant les lèvres, cela me fait trop peur...
J’ai pensé qu’elle avait peur de succomber trop vite. Je l’ai trouvé trop vertueuse, mais pour rien au monde, je n’aurais voulu la froisser...
— Ce sera comme tu voudras, je te le promets.
Dans la nuit fraîche, j’ai vu son sourire s’épanouir, j’ai senti son pouls s’accélérer, son corps vibrer de plaisir. Moi-même, je devais ressembler à un jeune arbrisseau poussant ses plus belles fleurs à l’aube de son premier printemps. Nous étions déjà unis pour la vie... pour le meilleur et pour le pire, comme on dit !
J’ai raccompagné Bernadette chez elle aux petites lueurs de l’aube. Elle n’a pas voulu que je monte, mais m’a laissé entendre que je n’attendrais pas bien longtemps... Dans la voiture, nos derniers baisers ont pris des allures de feu-follet. Nos cœurs tumultueux ne battaient plus, ils moussaient ! J’en avais mal aux lèvres à force de l’embrasser, et les siennes étaient devenues rouges de plaisir, tout comme ses joues. Pourtant, pour rien au monde je n’aurais osé abréger ses derniers instants de pur bonheur, ne serait-ce d’une seule seconde...

Peut-être en était-ce la cause, mais je n’ai pas compris le message, quand, m’invitant chez elle pour le vendredi soir suivant, elle m’a susurré à l’oreille :
— Tu apporteras une bouteille de Côte-Rôtie ! C’était fameux !
Bah ! Que voulez-vous, on ne peut pas tout deviner... Ignorant que par ce message, elle voulait s’épargner de mauvaises surprises trop fleuries, j’ai imaginé des choses...
J’ai révisé Kama-Sutra et suis donc arrivé chez elle, à l’heure pile du rendez-vous, avec un paquet de capotes dans ma poche, une bouteille de Côte-Rôtie dans une main et... un immense bouquet de fleurs dans l’autre ! Ah quand j’y repense... j’avais mis tant de passion à concocter ce bouquet ! Cinquante-sept fleurs ! Pas une pareille ! Le Guinness des records m’aurait été promis ! J’avais mis tous les fleuristes du boulevard Saint-Germain à l’ouvrage, choisissant les plus belles, les plus nobles, celles qui devaient sceller notre amour de toute leur splendeur ! Au centre de ce qu’on aurait très bien pu appeler le plus beau bouquet de la planète, il y avait même une magnifique orchidée que j’avais tout spécialement achetée à Rungis et qui l’éclairait de toute sa magnificence.
En ouvrant la porte, Bernadette est devenue aussi rouge qu’une pivoine, passant par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel :
— Non ! a-t-elle hurlé en me regardant, horrifiée, pas ça ! Pas ça !
J’ai brandi l’immense gerbe et l’ai secouée au-dessus de sa tête :
— Pourquoi ? Tu n’aimes pas les fleurs ?
Je n’ai rien compris quand Bernadette s’est écroulée à mes pieds, dans les pommes, bien entendu ! Je me suis rué chez elle, ai jeté pèle-mêle bouteille de Côte-Rôtie, anémone, aubépine, azalée, bégonia, bleuet, bouton d’or, camélia, capucine, chrysanthème, coquelicot, dahlia, datura, digitale, edelweiss, églantine, gardénia, géranium, glaïeul, glycine, hortensia, iris, jacinthe, jasmin, jonquille, lavande, lilas, lis, magnolia, marguerite, mimosa, muguet, myosotis, narcisse, œillet, orchidée, pâquerette, pensée, perce-neige, pervenche, pétunia, pivoine, primevère, reine-marguerite, renoncule, rhododendron, rose, saponaire, sauge, souci, trèfle, tulipe, véronique, verveine, violette, volubilis, yucca et zinnia sur le canapé avant de chercher le téléphone pour appeler police secours...

Dire que j’ai eu la frousse de ma vie serait bien inutile, mais, quand elle m’a tout avoué sur son lit d’hôpital, à moitié cachée derrière un masque à oxygène, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir encore plus peur. J’étais littéralement décomposé :
Jamais je ne pourrais vivre sans mes fleurs ! me suis-je dit, me demandant déjà comment j’allais pouvoir faire un choix aussi draconien...
Et ni sa mère, ni son père, accourus en catastrophe sur ces entre-faits là, ne m’ont poussé à plus de pragmatisme dans mon choix, persuadés qu’ils étaient que je n’étais qu’un pauvre abruti incapable de faire la différence entre la bagatelle et la mise en danger de leur fille !

Oh ! Je n’ai pas hésité bien longtemps. C’est Bernadette qui l’a emporté... J’avais trop envie de la croquer, de m’engouffrer dans son corsage et caresser ses frêles tétons. Mais enfin, j’ai obtenu ma revanche : elle a rapidement donné naissance à la première, Dahlia... Puis sont venues Églantine, Rose, Yasmina et finalement Violette, la petite dernière. J’ai longuement hésité entre ce dernier prénom et Marguerite, mais j’aime bien le parfum des violettes... parfum de femme par excellence !
Mon rêve aurait été de choisir un nom de fleur jamais encore porté par une femme, Tulipe, par exemple, mais Bernadette n’a pas voulu...
Heureusement, nous n’avons jamais eu de garçon. Comment l’aurais-je appelé ? Bouquet garni ? C’est vrai, quoi, vous en connaissez, vous des garçons avec un nom de fleur ?
Vous avez aimé cette œuvre, partagez-la !
(Source: « Short Editions »)

17:02 Publié dans DIVERS | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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