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11/05/2017

- HISTOIRE DE FATIMA

Fatima : le message de paix de Marie

© Francisco Leong/ AFP PHOTO


Samedi 13 mai, le pape François se rend à Fatima (Portugal). Dans le sanctuaire où a retenti en 1917 un appel prophétique à la prière pour la paix, il canonisera deux des enfants auxquels la Vierge Marie s’est manifestée.
« Quand j’ai entendu annoncer, à la fin de la messe, "il reste une place pour le pèlerinage à Fatima",  je me suis dit que c’était pour moi », se souvient Anne, 63 ans. Cette ancienne bibliothécaire a ainsi fait, avec sa paroisse de Meximieux (Ain), une expérience heureuse autant que nouvelle. Elle a été touchée en profondeur par le message de paix délivré dans le grand sanctuaire. « Nous nous sommes d’abord imprégnés de la culture du Portugal en visitant Lisbonne et ses environs. Cela m’a permis de comprendre la ferveur des pèlerins à Fatima. Les jeunes comme les plus âgés font à genoux les dernières dizaines de mètres vers la chapelle des apparitions », remarque-t-elle. Anne a perçu intuitivement ce que le pape François a exprimé précisément : la piété populaire qui s’exprime à Fatima, comme à Lourdes et dans d’autres lieux de pèlerinage, est « un trésor de l’Église », déclarait-il en 2013, car elle garde « vivant le lien entre la foi et les cultures des peuples » (1).

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Les jeunes témoins de l'apparition mariale en 1917 : Lucia dos Santos et ses cousins, Francisco et Jacinta Marto (de g. à d.) © Lusa/AFP

Ce samedi 13 mai, le pape argentin pourra, une fois de plus, honorer cet élan de foi populaire qu’il affectionne, parmi la foule des grands jours. Il passera en effet quelques heures à Fatima pour le centenaire des apparitions, et proclamera la canonisation de deux des trois voyants de 1917, Francesco Marto et sa sœur Jacinta. Les enfants, emportés par la grippe espagnole en 1919 et 1920, deviendront les plus jeunes saints non martyrs de l’histoire de l’Église. Lucia, la plus âgée au moment des apparitions – elle avait 9 ans – n’est morte qu’en 2005.
L’apparition du 13 mai 1917 comporte trois « secrets » : une vision de l’enfer, assortie de la promesse de la paix si l’on met en œuvre les demandes de la Vierge ; une demande à venir de consacrer la Russie à son Cœur Immaculé ; une vision où un évêque vêtu de blanc est tué par balles. Selon Lucia, Marie demande de garder secrètes ces prophéties « durant un temps ». Ce qui alimentera longtemps les spéculations. La révélation concernant la Russie est précisée lors d’apparitions entre 1921 et 1930 : le pape doit prononcer la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, en union avec les évêques du monde entier et en faisant mention de la Russie. En 1937, le pape Pie XI est informé de cette demande. Ce n’est qu’en 1984 que l’acte de consécration fut réalisé selon toutes ces conditions, cinq ans avant la chute du mur de Berlin.

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Le 3 mai 1982, Jean-Paul II rencontrait sœur Lucia, dernier témoin des apparitions de Fatima. © Catholic press photo

Mettre Dieu au centre
Entre-temps, deux guerres mondiales avaient ensanglanté la planète. La révolution bolchevique, éclose la même année que les apparitions, avait enfanté en Russie le régime soviétique, comptable de millions de morts et d’une persécution acharnée des chrétiens orthodoxes. L’actualité du message de la Vierge à Fatima, si liée à l’histoire du XXe siècle en Europe, est-elle pour autant derrière nous ? Ni plus ni moins qu’à Lourdes ou dans d’autres lieux de pèlerinage reconnus par l’Église, si l’on veut bien remarquer que remettre Dieu au centre de sa vie et le prier est l’invariable contenu de ces manifestations prophétiques, comme des Évangiles. Sans compter que le monde d’aujourd’hui, comme celui d’hier, languit pour la paix. Nul doute que le pape François soit sensible à cet aspect du message de Fatima, lui qui a estimé à plusieurs reprises qu’une « troisième guerre mondiale par morceaux » se déroulait sous nos yeux. L’imbrication des événements de Fatima avec l’histoire du XXe siècle est trop riche pour être résumée ici (2).

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À Fatima, dans la province portugaise du Beira Litoral, la basilique Notre-Dame-du-Rosaire a été construite (1928-1953) sur le lieu d'apparition de la Vierge en 1917. © Bruno Perousse/ Hemis.fr


La tentative d’assassinat dont fut victime le pape Jean-Paul II, le 13 mai 1981, jour anniversaire de la première apparition, est le sommet d’une histoire surpassant n’importe quel roman policier. Conduit à la clinique Gemelli de Rome, entre la vie et la mort, le pape se fit apporter pendant sa longue convalescence le « dossier Fatima ». Il put notamment y lire le texte du « troisième secret » confié par la Vierge à Lucia, le 13 juillet 1917. Sur ordre de ses supérieurs, la carmélite avait consigné ce message dans un texte communiqué au pape Pie XII en 1957. Le pape polonais se reconnut alors dans « l’évêque vêtu de blanc… tué par un groupe de soldats » que décrivait sœur Lucia. Un an après, le 12 mai 1982, Jean-Paul II se rendit à Fatima pour rendre grâce à la Vierge de l’avoir sauvé… et y subit une nouvelle agression : un prêtre intégriste muni d’une baïonnette se jeta sur lui, vociférant : « Je t’accuse de détruire l’Église ! À mort Vatican II ! » Le forcené fut maîtrisé.
La paix, à l’horizon des prophéties
Les apparitions de Fatima soulèvent en effet des passions chez certains catholiques intégristes. Peut-être parce que Lucia rapporte ses visions en parlant de « pénitence », de « sacrifice », et en décrivant l’ « enfer », autant de termes qui rejoignent leur spiritualité. Mais ces mots sont à prendre avec un peu de recul, comme le suggère une réflexion du pape François : « La piété populaire est une voie qui conduit à l’essentiel si elle est vécue dans l’Église », insiste-t-il (1).
Aujourd’hui, l’Église nomme autrement la pénitence, le sacrifice et la perspective de l’enfer évoqués par Lucia. Elle parle plutôt de conversion à Dieu, de don de soi et de choix mortifères. Une relecture des événements de Fatima par l’Église est d’ailleurs donnée par le cardinal Ratzinger dans un lumineux commentaire théologique qui a accompagné en 2000 la publication du « secret » (3). Le futur Benoît XVI y rappelait que les « révélations privées », telles celle de Fatima, n’ajoutent rien à la foi, même si l’Église leur reconnaît une dimension prophétique. Les fidèles peuvent y trouver « une aide valable pour comprendre et mieux vivre l’Évangile », sans être tenus d’y croire. En attendant, ce 13 mai, Notre-Dame de Fatima va réunir des artisans de cette paix qui est au cœur de l’Évangile. Juan Manuel Santos, président de Colombie et prix Nobel de la paix, a annoncé sa venue aux côtés du pape François. Un signe de reconnaissance pour la médiation de l’Église qui a permis la signature de l’accord conclu avec la rébellion Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), mettant fin à cinquante ans de guerre civile. La paix est aussi un don du ciel. 

(1) Homélie pour la messe de la journée des confraternités et de la piété populaire, 5 mai 2013.
(2) Lire Fatima. Vérités et légendes, d’Yves Chiron, Éd. Artège, 248 p. ; 15,90 €.
(3) La dernière voyante de Fatima. Ce que m’a dit sœur Lucia, du cardinal Tarcisio Bertone avec Giuseppe De Carli, Éd. Bayard, 192 p. ; 18 €.

(Source : Pèlerin)

17:11 Publié dans FATIMA | Lien permanent | Commentaires (0)

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