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29/05/2017

NOUVELLE DE FERGUS

De l’influence des pets sur l’enseignement des mathématiques 

Fergus

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UNE CLASSE ANCIENNE

1963 : une classe de garçons, tous vêtus d’une blouse grise, dans une austère institution catholique cernée de hauts murs, tel un pénitencier...

Je le reconnais sans peine : ma scolarité a été chaotique. Régulièrement viré pour indiscipline des courageux établissements – tant publics que privés – qui m’accueillirent, je connus en outre de longues heures de colle entre deux exclusions, mobilisant parfois un pion pour ma seule personne. Pas vraiment rentable pour le système répressif. Ces temps de colle ne furent toutefois pas perdus pour moi : je mis en effet ces périodes d’incarcération à profit pour m’intéresser à de nombreux sujets peu ou pas abordés dans les programmes scolaires, tels les civilisations précolombiennes, la révolte des Camisards ou les gisements minéralogiques du Massif Central. Je les mis surtout à profit pour dévorer le Petit Larousse en m'imprégnant de mots rares et de citations latines pêchées dans les pages roses du dictionnaire et dont je me mis à émailler mes rédactions. Au point de me faire rappeler à l'ordre par mon excellente prof de lettres : « Le latin doit rester au devoir de français ce que le caillou est au plat de lentilles : une exception ! » Cette année-là, et pour la première fois de ma scolarité, j’avais en outre affaire à un prof d’histoire passionné dont l’enthousiasme communicatif pour la Révolution – quel que soit le programme, il revenait toujours sur les Cordeliers ou les Jacobins – rejaillissait sur toute la classe, moi y compris. Bref, tout allait pour le mieux, et la seconde se présentait sous les meilleurs auspices.

C'était compter sans l'arrivée de la brabançonne Léopoldine Zwertvaegher, la nouvelle prof de maths. De taille moyenne, sans âge, sans seins, sans fesses, sans humour, sèche comme une trique, elle était, avec son chignon maintenu par un incroyable peigne bleu azur surmonté de deux angelots grassouillets, l’archétype de la vieille fille revêche et autoritaire. Une caricature à la Justine Putet*. Et son accoutrement vestimentaire ne contribuait pas à améliorer son image de grenouille de bénitier atrabilaire et grotesque. Car Mademoiselle Zwertvaegher avait un don réel pour dénicher les fringues les plus improbables. Dès qu'une horreur apparaissait sur le marché, c'était pour elle. Dès qu'un invendable surgissait des réserves d'un commerçant désabusé à l'occasion d'une braderie de la dernière chance, elle se jetait dessus avec l'appétit d'un insecte nécrophage pour un cadavre décomposé. Plus c'était démodé, plus c’était conster-nant, plus c'était hideux, plus ça l'emballait. Il fallait lui reconnaître ça : Léopoldine Zwertvaegher avait pour la laideur un goût très sûr !

Laideur ou pas, cela ne nous regardait pas. Après tout, libre à elle de se transformer en épouvantail à étourneaux pourvu qu'elle soit une bonne prof. Au sens où l'entendait la Direction, cela va sans dire. Et sur ce plan, force est de reconnaître que Mademoiselle Zwertvaegher s'acquittait de sa tâche avec efficacité. Et pour cause : le malheureux qui séchait sur une équation se voyait illico appelé au tableau pour subir de plein fouet le châtiment redouté : une démo personnalisée. L'infortunée victime prenait alors en pleine tronche les relents fétides d'une haleine professorale à mi-chemin entre le fumet plantaire d'un clodo et les remugles d'un charnier avicole.

Conséquence inattendue : le travail personnel redoubla d’intensité. Euclide, Pythagore et Thalès reléguèrent aux oubliettes Guy des Cars, Simenon et San-Antonio. Tout naturellement les notes s'en ressentirent et les moyennes en mathématiques atteignirent cette année-là des sommets inexplorés. Sauf pour le gros Marcel. Nul en maths il était, nul en maths il resta, par manque de motivation : le pauvre était privé d'odorat !

En l'occurrence, Marcel ne connaissait pas sa chance. Insensible à l'haleine nauséabonde de Léopoldine, il était également indifférent à ses flatulences lorsque, par malheur pour nos narines, la prof de maths dégazait jusque dans la classe, pour cause de dérèglement intestinal chronique. Car, en plus de puer du bec, Mademoiselle Zwertvaegher pétait !

Véridique : elle pétait ! Mais attention, pas des pets francs et sonores d'amateur de fayots. Pas plus que des perlouses espiègles et sympathiques de noctambule en virée. Et moins encore des vents aimables ou des flatulences délicatement parfumées comme les vôtres ou les miennes. Enfin, surtout les vôtres... Léopoldine Zwertvaegher diffusait des pets silencieux, hypocrites et chafouins. Des pets à son image. Des pets sournois qui envahissaient peu à peu votre espace vital, s'insinuaient sous les bureaux, glissaient sur les cahiers, s'infiltraient dans les manches, grimpaient le long des blouses, et finissaient par vous envelopper d'une puanteur pestilentielle et durable. Léopoldine Zwertvaegher n'avait pas le pet cassoulet. Léopoldine Zwertvaegher avait le pet fourbe !

Remarquez, moi je m'en fichais. Installé au fond de la classe, le dos calé contre le mur, la lame de mon Opinel en main pour graver le pupitre de chêne, je n'étais guère soumis aux émanations délétères du méthanier ambulant : Léopoldine déambulait de préférence dans les premiers rangs, comme si elle répugnait à s'aventurer vers les marécages où se rassemblaient les médiocres, les paresseux et les fauteurs de troubles. Ce qui, paradoxalement, avait pour effet d'asphyxier le clan des chouchous, d'intoxiquer les fondus du cosinus, d'anéantir les surdoués de l’hyperbole.

Jusqu'au jour funeste où cette peau de toutou prit conscience de son erreur tactique et décida de concentrer ses attaques sur la chienlit mathophobe des derniers rangs, sur ce ramassis de vauriens incapables d’apprécier la rigueur d’un théorème, la poésie d’un tronc de cône ou l’indicible beauté d’un calcul trigonométrique.

Dès lors, le méthanier mit régulièrement le cap sur nous, intestins en éveil et sphincter aux ordres. Parvenue à distance de tir, Léopoldine larguait une caisse de concentré avant de se carapater mine de rien à l'autre bout de la classe. Bonjour le parfum d’équarrissage ! Une véritable infection !

En huit jours, je dus subir trois dégazages de magnitude maximale. Le premier m'irrita. Le deuxième me révolta. Au troisième, j'explosai :
─ Y'en a marre, allez chier ailleurs !
La vieille taupe n'en crut pas ses oreilles :
─ Plaît-il, Monsieur Fergus ?
─ Vous m'avez parfaitement entendu. C'est pas parce que les maths sont emmerdantes qu'il faut vous croire obligée de l'illustrer constamment. Ras le bol de vivre dans les odeurs de chiotte ! De l'air !

Suffoquée, la mère Zwertvaegher. Jamais de sa vie on n'avait osé lui parler sur ce ton, jamais quiconque n’avait ainsi attenté à son autorité. Mais on pouvait faire beaucoup mieux, la suite le lui démontra :
─ Vous... vous... Sortez ! glapit la momie.
─ Avec plaisir ! Je ne vais pas me laisser intoxiquer par une vieille bigote ridicule, une déchaînée du trou de balle, une latrine ambulante. Même quand tu parles, ça empeste. T'as la gueule qui pue l’vieux cul, Léopoldine !... Et ton corps. T'as vu ton corps ? Sexy comme un bidet. Attirant comme une clé à molette. T'es pas une femme, Léopoldine, t’es un ersatz. Et t’auras beau invoquer Dieu tous les soirs dans ta piaule, c'est pas demain la veille que tu mettras le grappin sur un mâle. À la rigueur un dingue. Ou un infirme : aveugle, sourd et anosmique comme Marcel. Et encore, abstinent depuis vingt ans !... Tu veux que je sorte ? T'as raison, je préfère me tirer. Salut Léo, à tes amours !

Fin de la tirade. Effondrée, la mère Zwertvaegher, laminée, détruite, anéantie. Incapable d'émettre la moindre protestation. Incapable, une nouvelle fois, de contrôler ses émanations intestinales, au grand dam de mes condisciples.

Je quittai la classe dans une odeur de merde. Et l'école dans le parfum automnal des feuilles mordorées qui tournoyaient avant de s’abattre sur un sol humide où perçaient, ça et là, clitocybes et agarics. De l'air, enfin ! Et une liberté retrouvée. Pour quelques jours ?... Quelques semaines ?... Allez savoir...

Nous étions le 11 octobre 1963. Édith Piaf et Jean Cocteau venaient de mourir à quelques heures d’intervalle. La radio diffusait Blowin’ In The Wind. 

_________
* Justine Putet est le nom de l’un des personnages du célèbre roman Clochermerle de Gabriel Chevalier. Pour mémoire, rappelons que ce roman de mœurs narre les déchirements d’une communauté villageoise du Beaujolais autour du projet d’érection d’une... vespasienne.
Vous avez aimé cette œuvre, partagez-la !
(Short Editions)

17:23 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

26/05/2017

UN ROMAN E PH.LABRO


Philippe Labro :

"Ma mère, je lui dois énormément"

© Philippe Quaisse/Pasco

LETTRES


Il a touché à tout avec succès : radio et télévision, écriture de chansons et de scénarios pour le cinéma. Plus que jamais, l’écrivain se livre, avec un récit dévoilant le mystère de la vie de sa « petite maman ».
À 80 ans,  vous écrivez un livre sur « votre petite maman »*, comme vous dites avec tendresse. Pourquoi ?
Quand vous regardez votre vie avec du recul, les êtres humains les plus importants, qui sont vos parents, surgissent dans votre mémoire. « Si tu es devenu ce que tu es, c’est un peu à cause de ce qu’ils étaient », se dit-on. J’ai toujours su qu’il y avait un mystère autour de la vie de ma mère. Et comme journaliste et romancier, cela m’intéressait. Ma femme, Françoise, qui m’a souvent indiqué la bonne direction à prendre, m’a dit : « Il faut qu’un jour tu écrives la vie de Netka – c’est le surnom de ma mère, Henriette – parce que sa vie est un roman ! » Mes frères, également, m’ont encouragé. J’ai donc commencé à réfléchir à ce projet, de son vivant. Je l’interrogeais, je prenais des notes. Lorsqu’elle a disparu, j’ai eu accès à des archives, des lettres, des poèmes. Ceci, ajouté à des fiches d’état-civil, des éléments de généalogie, un voyage en Pologne, a donné la matière du livre.
Quel est donc le mystère de la vie de Netka ?
C’est une enfant illégitime. Elle est née de père inconnu. Elle a un frère, Henri, plus âgé d’un an. Leur mère les a posés comme des valises, de pension en pension, jusqu’à ce que Netka se mette à travailler, à l’âge de 20 ans.Elle a vécu des abandons successifs. Elle a connu la honte et l’humiliation de ne pouvoir dire de qui elle était la fille.
Il est apparu que sa mère était une jeune institutrice française tout à fait anonyme, et son père, un comte polonais richissime, qui possédait la moitié de la Biélorussie. Tous ces éléments ont construit, au départ, une existence privée d’amour. Mais, miracle de la vie – c’est plus fréquent qu’on le croit –, à 20 ans, elle rencontre l’amour avec mon père, qui a le double de son âge. Ils ont quatre garçons, et elle devient alors une sorte de diffuseur d’amour, en s’oubliant elle-même. Elle avait pourtant beaucoup de talents. Elle écrivait des poèmes et était très cultivée. Mais elle a tout abandonné pour se consacrer aux siens. Elle a préféré le bonheur à la gloire. Je lui dois énormément. Avec mon père, elle a eu cette vertu que je conseille à tous les parents : encourager la vocation d’un enfant, sans jamais la contrarier.


Ma mère a tout abandonné pour se consacrer aux siens. Elle a préféré le bonheur à la gloire. Je lui dois énormément.

Comment a-t-elle encouragé la vôtre ?
Lorsque j’avais 15 ans, elle a lu dans Le Figaro l’annonce d’un concours à l’occasion du Salon de l’enfance, pour créer un petit journal fait par des lycéens. Elle m’a dit : « Vas-y ! C’est pour toi. » Je m’y suis tellement lancé que j’ai été nommé directeur du journal. Quelque temps plus tard, elle apprend que la bourse Zellidja – qui existe toujours – permet à des jeunes de partir à l’étranger.
La contrepartie est d’écrire un mémoire sur ce que l’on a découvert. Je propose un sujet sur la presse britannique et pars, à 16 ans, en stop en Grande-Bretagne. Puis, à 18 ans, en classe, j’entends dire que quelques bourses d’étudiants restent à attribuer. Je lève le doigt. Là encore, ma mère m’a conforté. Je suis resté deux ans aux États-Unis. À ce moment, nous avons entamé avec ma mère une correspondance hebdomadaire. Elle ne s’est jamais interrompue, même quand elle aurait pu être remplacée par le téléphone. Je crois beaucoup au pouvoir des mots, à la correspondance écrite. Dans ses dernières lettres, sa main tremble – elle est morte à 99 ans.
Il faut s’écrire, se parler en famille ?
En famille, il faut se dire les choses, même quand elles ne sont pas agréables. Entretenir le lien. Quand mes parents sont morts, je me suis posé la question : Les ai-je assez vus ? Assez écoutés ?Je pense que tout se ramène à un simple mot : amour. La phrase la plus universelle est celle du Christ : « Aimez-vous les uns les autres. »
Votre mère a aimé au-delà du cercle familial…
Toute personne qui passait dans la maison, ami, copain, était accueilli. Elle qui avait souffert d’être abandonnée avait le désir d’accueillir. Avec mon père, elle l’a fait au risque de leur vie, en recueillant des réfugiés juifs pendant la guerre, ce qui leur a valu le titre de Justes parmi les nations du mémorial Yad Vashem, en Israël. Je pense qu’elle s’identifiait à ces fuyards, des êtres abandonnés.
Et vous, votre tour venu, avez-vous donné de vous-même ?
Pendant la première partie de ma vie, je me suis trop occupé de moi. Quand j’ai débuté, j’avais de fortes ambitions et le journalisme ne me suffisait pas. J’ai écrit des scénarios, des chansons, j’ai commencé à écrire des romans. Mais avec l’âge vient la réflexion. Si vous ne donnez pas, vous ne recevez rien. À mes enfants, j’ai enseigné que  la vie n’est pas un boulevard à sens unique, mais à deux voies. Tu donnes, je reçois ; je donne, tu prends. Le proverbe indien, « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », est tellement vrai ! Le chanteur Guy Béart, lui, disait : « Le meilleur des choses ne coûte rien. »
Cette attitude devant la Vie – avec un grand V – ne peut venir, selon moi, qu’avec l’expérience. Cela inclut la confrontation avec le malheur, la souffrance, les échecs, les erreurs. Au bout d’un moment, vous savez qu’il faut ouvrir votre cœur si vous voulez que celui des autres s’ouvre. Aujourd’hui, c’est un bonheur extraordinaire de voir grandir mes petits-enfants. Observer leur développement, les talents poétiques de leur innocence, me donne une joie intérieure indescriptible. Tous les grands-parents peuvent témoigner de cela.
Après : « Aimez-vous les uns les autres », le Christ dit : Comme je vous ai aimés ». Pour vous, d’où vient l’amour ?
Qu’est-ce qui fait que ce globe terrestre existe, qu’il abrite les plantes, les animaux, et le génie de l’homme ? Je me pose régulièrement ces questions. Et n’ai pas trouvé la réponse. À la question : « Croyez-vous en Dieu ? », le génial physicien Albert Einstein répondait : « Donnez-moi une définition de Dieu, et je vous dirai si j’y crois. » Mais il écrivait par ailleurs : « Nous sommes prédéterminés, objets d’une force que nous ne contrôlons pas, c’est aussi vrai pour l’insecte que pour l’étoile, pour les plantes que les hommes. Nous dansons au son d’une musique mystérieuse jouée à distance par un flûtiste invisible. » J’ai fait de ce « flûtiste invisible » le titre de l’un de mes livres.
Avons-nous encore une liberté, si nous sommes prédéterminés ?
Bien sûr. Je précise que la liberté se gagne. La chance s’attrape. Comme le dit une jolie métaphore venue d’Orient : « Il faut vivre la main tendue et ouverte vers le ciel : si l’oiseau passe, il faut l’attraper. » La conscience de la précarité nous fait dire que chaque jour est un miracle. Demain matin, où serons-nous ? Les Orientaux, plus que nous, sont conscients de l’impermanence, de l’intranquillité, de la fragilité. Nous accordons beaucoup de valeur à la raison. C’est précieux, la rationalité, mais il faut savoir un peu l’oublier. Savoir s’émerveiller. Il y a ceux qui savent regarder la mer, comme le faisait ma mère, du balcon de son appartement sur les hauteurs de Nice, et ceux qui ne savent pas.


Nous accordons beaucoup de valeur à la raison. C’est précieux, la rationalité, mais il faut savoir un peu l’oublier. Savoir s’émerveiller.

Au milieu de l’écriture du livre sur votre mère, vous avez subi un épisode de dépression. Y avez-vous vu un lien avec ce travail de mémoire ?
Je ne le pense pas. J’avais eu une grave dépression lorsque j’avais une cinquantaine d’années. J’étais vice-président de la radio RTL et l’on me demandait d’être président. Je me trouvais devant un obstacle infranchissable. On parlerait aujourd’hui de « burn out ». Cette fois-ci, je pense que ce sont à nouveau des causes professionnelles qui m’ont fragilisé. Mais au bout d’un an, j’ai repris l’écriture du livre. C’est ma fierté. Mes enfants, mes neveux et nièces pleurent en le lisant !
* Ma mère, cette inconnue, de Philippe Labro, Éd. Gallimard, 188 p.  ; 17 €.

Source : "PELERIN"

17:24 Publié dans LETTRES, Loisirs | Tags : lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2017

L'ASCENSION


Jeudi 25 Mai 2017

Fête de l'Ascension

Année A


L'ailleurs de Jésus


Fête de l'Ascension : Un commentaire de Marcel Domergue, jésuite des lectures bibliques. L'Ascension est déjà là quand Jésus ressuscite

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L'Ascension est déjà là quand Jésus ressuscite : en effet, il ne ressuscite pas à sa vie antérieure mais dans ce que l'on peut appeler la vie de Dieu. C'est pourquoi les évangiles nous le montrent insaisissable. Il se montre quand il veut, mais seulement pour faire comprendre aux disciples qu'il est bien vivant, même si cette nouvelle vie est tout autre. Matthieu ne parle pas d'ascension. Pour Jean et Marc, il n'y a aucun intervalle entre la Résurrection et l'Ascension. Seuls les Actes parlent de quarante jours, nombre symbolique représentatif d'une génération, donc d'une vie. De toute façon Jésus disparaît. S'il est avec eux «jusqu'à la fin du monde» (Matthieu 28,20), ce ne sera plus de la même façon. Notons la curieuse expression de Luc 24,44 : «Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous…» Il n'est donc plus avec eux au sens habituel. Marc et Jean nous disent qu'il disparaît en montant au ciel, comme jadis le prophète Élie (2 Rois 2). Il s'agit là évidemment d'une image, d'ailleurs lourde de signification. En effet, «ciel» n'est pas à prendre au sens cosmologique du terme, comme si Dieu, qui est pourtant reconnu Esprit, donc non localisable, disposait d'un territoire où habiter. L'Ascension n'est donc pas un déplacement à travers l'espace. De quoi s'agit-il donc ? Avant de répondre, remarquons que, même dans le langage courant, l'inférieur et le supérieur, au-delà de leur sens topographique, sont chargés d'une forte portée symbolique.
Le poids du «ciel»
Un mot lourd s'il en est. Il représente en premier lieu ce qui est «au-dessus», ce qui nous domine. Il est aussi figure de l'inaccessible : même si nous arrivons à l'explorer, nous savons que nous pourrons toujours aller plus loin ; il représente l'inépuisable. Non pas l'infini mais du moins l'indéfini. Il surplombe tout notre univers terrestre ; rien ne lui échappe, ce qui induit l'idée de connaissance parfaite. Puissance absolue également : c'est du ciel, d'en haut, que foudroient les éclairs et gronde le tonnerre. Pluies diluviennes parfois, incontrôlables et souvent meurtrières. Mais il y a aussi la sérénité des ciels bleus et le scintillement des astres. Paix céleste et joie de la lumière. Dans la Bible, au-delà des couches ou étages célestes, il y a Dieu. Ni lui ni son «séjour» ne font partie de cet ensemble cosmique, si bien que l'on peut dire que le «ciel théologique» se trouve partout, aussi bien au-dessous qu'en dessus ; il n'est pas localisable et si l'on veut à tout prix le localiser, il faut dire qu'il est tout proche. Le ciel divin est en quelque sorte la face cachée de notre univers et c'est bien pour cela que les «récits» des apparitions du Christ ressuscité nous le montrent inopinément visible n'importe où, comme si brusquement le ciel crevait la surface de l'enveloppe terrestre. Ainsi, nos morts nous sont aussi proches que le Christ ressuscité.
Les cieux où le Christ monte
En un certain sens le ciel est, pour nous, déjà là. Non encore révélé, mais présent. C'est la proximité enveloppante de l'amour. Plus qu'enveloppante : pénétrante. Les cieux où le Christ monte, c'est en effet l'humanité, nous tous. Nous ne le voyons plus parce qu'il a cessé de nous être extérieur. Cependant il ne vient nous habiter que dans la mesure où nous nous unissons aux autres dans une relation d'amour, de bienveillance : «Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux» (Matthieu 18,20). La demeure de Dieu, le Temple de l'Esprit, c'est nous faisant corps. Il se produit en quelque sorte un changement de visibilité. Le corps de Jésus de Nazareth nous est devenu invisible, et c'est là un des sens de l'Ascension. «On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a mis» : ces mots de Marie-Madeleine en Jean 20,13 restent valables. Mais voici que Jésus se donne un autre corps visible, ce corps qui est Église. C'est donc nous, ensemble, qui rendons le Christ visible au monde. C'est pourquoi nous lisons en Jean 17,22-23 : «Qu'ils soient un comme nous sommes un (le Père et le Christ), moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient parfaitement un et que le monde reconnaisse que c'est toi qui m'as envoy酻 C'est donc notre unité qui est maintenant la seule parole par laquelle Dieu se dit au monde. Par moments cela peut nous faire peur, mais cela nous dit dans quel sens doit aller notre marche pour que le ciel puisse habiter la terre.
Père Père Marcel Domergue, jésuite


11:27 Publié dans LITURGIE | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2017

LES FUGITIFS (Short Editions)


LES FUGITIFS

par FLORANE

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William sauta du haut du talus et atterrit dans les ronces. Il serra les dents quand les épines acérées lui labourèrent le mollet à travers la jambe de son pantalon. Jason hésita à le suivre.
— Dépêche-toi ! Saute !
Au loin, des aboiements de chiens résonnaient dans la profondeur de la forêt de mélèzes. Le soir tombait. Leurs poursuivants étaient tout au plus à un demi-mile et l’écart diminuait régulièrement. Jason s’élança et eut plus de chance à la réception. Ils progressèrent avec difficulté dans le roncier, dans l’espoir que les chiens ne voudraient pas s’y aventurer et perdraient leur trace. Ils en sortirent griffés, meurtris, et continuèrent leur fuite en courant. Ils étaient entre chien et loup, sans éclairage et ne connaissaient pas l’endroit. Bientôt ils n’y verraient plus et devraient chercher à se dissimuler. Jason était toujours à la traîne. Il avait de l’embonpoint et pour seul entraînement à cette fuite éperdue, sa motivation à ne pas se faire rejoindre. Mais depuis un grand moment, son corps commençait à ne plus encaisser l’effort. Il s’arrêta soudain, appuyé contre un arbre, cherchant désespérément son souffle.
— J’en peux plus, fit-il entre deux halètements. Je bouge plus d’ici.
William revint sur ses pas, le regard furieux.
— C’est quoi ces simagrées ? Tu veux te faire reprendre ?
— Tant pis... Je... je peux plus avancer... Ça fait cinq heures qu’on crapahute dans cette maudite forêt et ils sont toujours derrière nous !
Il s’effondra sur les talons, le dos contre le tronc.
— Laisse-moi et enfuis-toi. Moi, je suis à bout.
William se fit menaçant, Il empoigna son acolyte par le col et le redressa d’un élan rageur. Il le menaça d’un cutter sorti de sa poche.
— Tu vas te bouger gros tas, dit-il en lui plaçant l’arme contre la gorge. Pas question que je te laisse ici. Tu m’as promis un tas de fric pour t’avoir amené avec moi. Alors en route ! Je te préviens... Si je suis obligé de t’abandonner, je te saigne. C’est compris ?
Jason fit oui de la tête, les yeux écarquillés d’effroi et la respiration coupée. Au loin, les aboiements redoublaient, les chiens semblaient avoir retrouvé leur piste. William poussa Jason devant lui.
— Tu vas marcher devant moi. S’il le faut, je te ferai avancer à coup de lattes !
La cavale reprit. Il faisait de plus en plus noir. Bientôt le sol devint en pente, ils entendirent le bruit de l’eau.
— Une rivière !, s’écria William.
Ils se trouvèrent rapidement sur la berge et sans hésitation, William obligea Jason à entrer dans l’eau avec lui.
— Tu es fou, on va se noyer ! Je ne sais pas nager !
— La ferme, trouillard ! Tu vois bien qu’on a d’eau que jusqu’aux genoux. Allez ! Avance ! On va remonter le cours. Cette fois c’est sûr, les chiens vont perdre notre trace !
Ils avancèrent dans le lit de la rivière, à contre courant d’une eau glacée. Le débit était fort et malgré le peu de profondeur, ils manquèrent plusieurs fois de glisser sur le fond inégal tapissé de galets. La nuit était maintenant complète et ils ne voyaient plus où ils posaient les pieds.
Une ombre imposante barra la rivière à la sortie d’une courbe, il s’agissait d’un gros arbre sans doute foudroyé qui s’était abattu en travers du lit.
— Grimpe sur le tronc !, ordonna William. On en descendra à la souche.
Les deux fugitifs progressèrent sur le tronc couché, se frayant un chemin entre les branches sèches. A dix mètres de la berge, ils sautèrent au sol et, à la faveur de la lune qui venait de se lever, reprirent leur fuite entre les arbres. Au loin, les aboiements s’étaient tus, les hommes du Marshall Dickens avaient dû atteindre la rivière.
Les deux hommes progressaient rapidement, éclairés par la lune dans le ciel dégagé. Ils débouchèrent sur une route forestière qui partait vers le nord. La direction était bonne, celle qui allait les amener à la voie ferrée. Leur moral remonta. Ils recommencèrent à y croire. Leur plan était de trouver le moment propice pour embarquer clandestinement dans un des longs trains de marchandises qui rejoignaient la frontière avec le Canada.
Ils marchèrent pendant une heure d’un pas rapide sur la route bordée d’arbres, l’oreille aux aguets, prêts à sauter à couvert si un véhicule arrivait.
— Regarde !, fit William en désignant une trouée d’arbres. De la lumière ! Sûrement une maison. On y va.
— T’es malade ? On va se faire dénoncer. Peut-être même flinguer. Notre signalement a dû être diffusé partout !
— Boucle-la !, ordonna William en sortant à nouveau son cutter. On va neutraliser les culs terreux qui vivent là. On changera de vêtements et on pourra bouffer. Je suis sûr qu’on trouvera une caisse pour prendre le large.
Ils se dirigèrent vers l’habitation. C’était une maison en bois, apparentée à un chalet. Une construction massive et traditionnelle des bûcherons du Montana.
Les deux hommes inspectèrent les lieux : Un vieux Dodge dormait dans la remise attenante. Aucun chien n’avait donné l’alerte. La situation se présentait bien. Les deux hommes s’approchèrent discrètement de la fenêtre éclairée. A l’intérieur, une jeune femme assise dans un fauteuil, lisait près de la cheminée. Un feu y brulait avec de belles flammes.
Ils essayèrent la porte arrière, elle n’était pas verrouillée.
— Je fais le tour pour frapper à la porte principale, chuchota William en enlevant sa veste de prisonnier pour se retrouver en T-shirt. Je vais lui faire croire que je suis en panne sur la route. Toi, pendant ce temps, tu entres par là et on la coince.
— Et s’il y a quelqu’un d’autre ?
— Elle est seule, j’en suis sûr. Y a que ce vieux clou dans la remise. Son mari doit être en ville. C’est peut être bien un de ces salopards qui nous traquent.
Une minute plus tard, Jason entendit grincer la charnière fatiguée de la sur-porte en moustiquaire, suivi de trois coups sourds contre l’huis. Il hésita un court instant. Des images insidieuses des sévices infligés par ses codétenus envahirent son esprit. Pour rien au monde il ne voulait revivre cela. Il respira fort, ayant retrouvé la motivation de pénétrer dans la maison. Il se retrouva dans la pénombre d’une arrière cuisine et écouta à travers le bruit interne des pulsations accélérées de son cœur. Il se guida à la voix de William qui dialoguait avec la jeune femme à travers la porte. Il avait pénétré dans le living-room à pas feutrés au moment où elle libérait le battant protégé par un entrebâilleur. Il la vit de dos, si vulnérable alors qu’elle expliquait à William qu’elle allait téléphoner à Freddy Hook, le dépanneur local. Il s’approcha encore jusqu’à n’être qu’à deux mètres de sa proie et se figea, incapable de passer à l’acte. William qui l’avait vu se tétaniser dans le dos de la jeune femme cria soudain :
— Et bien, qu’est ce que t’attend ? Chope là ! Vite !
La jeune femme réalisant qu’il ne s’adressait pas à elle se retourna et découvrit Jason. Ses yeux s’horrifièrent en même temps qu’elle poussa un cri de frayeur.
— Attrape là ! Attrape là vite !, criait William qui avait passé la main dans l’encoignure de la porte pour tenter de décrocher l’entrebâilleur.
La jeune femme profitant de l’hésitation de Jason, tenta de fuir vers le couloir. L’homme se ressaisit. Il la rattrapa et la ceintura alors qu’elle hurlait de peur.
— Tiens-la bien !, cria William, je fais le tour et te rejoins.
Jason avait placé sa grande main sale contre la bouche de la jeune femme pour l’empêcher de crier. William eut tôt fait de rejoindre son acolyte. Un sourire carnassier se dessina sur son visage en marchant sur la jeune femme maîtrisée. Il posa son cutter sur la peau laiteuse de son cou et vint humer son visage.
— Hum... Comme tu sens bon. Ça fait trop longtemps que je n’avais pas senti un parfum si délicat.
La jeune femme eut un sursaut rapidement maitrisé par Jason.
— Farouche hein ?, continua vicieusement William. J’aime ça quand on me résiste. Tu vas être gentille, très gentille sinon je te plante mon joujou dans la gorge. C’est bien compris ?
La jeune femme bâillonnée fit oui de la tête, les yeux exorbités d’effroi.
— Laisse-la parler !, ordonna William.
Jason enleva sa main tout en maintenant les deux bras de sa victime douloureusement repliés dans son dos.
— Tu es seule ?
— Oui.
— Maman ?
Une petite voix craintive venait de s’élever du haut de l’escalier de bois. Un garçonnet d’environ quatre ans en pyjama surplombait sans comprendre, la scène de l’agression.
— Non de dieu ! Y a un gosse !, lança Jason. Je savais que c’était pas un bon plan. Fichons le camp pendant qu’il est encore temps.
William serra les dents de rage et gifla violemment la jeune femme.
— J’aime pas qu’on me mente ! T’avise pas à recommencer ? C’est compris ? Combien ils sont là haut ?
— Il est tout seul, c’est mon fils, il n’y a que lui. Laissez-le, je vous en prie. Je vous donnerai tout ce que vous désirez mais ne lui faites pas de mal, je vous en supplie.
Sa voix était noyée de larmes.
— Maman ! 
Cette fois la voix était effrayée. William s’approcha de l’escalier.
— Il s’appelle comment ?
— Timothy. Laissez-le, je vous en prie.
— Fichons le camp ! , recommença Jason d’une voix affolée tout en maitrisant toujours sa captive.
William leva la main dans un signe d’irritation pour imposer le silence.
— Tim ! Viens mon garçon. , appela-t-il du bas des marche en prenant une voix aussi douce qu’inhabituelle. Viens rejoindre ta maman. Fais attention de ne pas tomber en descendant. Tiens-toi bien à la rampe.
Les propos prévenant sur un ton doux et rassurant calmèrent l’angoisse du petit Timothy qui descendit tranquillement l’escalier.
— Lâche-la !, ordonna William. Elle ne partira plus maintenant.
La jeune femme se précipita sur son enfant et l’enleva du sol pour ses bras protecteurs. Elle recula instinctivement vers le living-room et sa cheminée ; endroit protecteur le plus chaleureux de sa maison.
— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
— Où est ton mari ?
— Il est en voyage pour son travail. A Helena.
— Quand rentre-t-il ?
— Dans trois jours.
William se détendit un peu, la situation était à nouveau sous contrôle. Ils étaient au chaud, planqués pour la nuit et il avait le champ libre pour cette jeune maman qui lui plaisait bien. Jason était beaucoup plus inquiet. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre en direction de la route, redoutant l’arrivée d’intrus.
— Tu as des armes ?
— Nous avons un fusil, à cause des grizzlis. Il est à la cave.
— Pas de révolver dans un placard ou dans la table de nuit ? Attention si tu me mens encore... Il s’était avancé, menaçant de sa main levée. Le petit Timothy se mit à pleurer en serrant sa mère.
— Non, nous n’avons pas autre chose que ce fusil. C’est la vérité, je vous le jure.
William sembla la croire. Il reluqua les seins et les hanches de cette jeune mère encore en fleur. Cela fit monter en lui des pulsions trop longtemps réfrénées, depuis le temps qu’il avait été incarcéré... pour viol et meurtre. Il se ressaisit.
— Tu vas nous faire à bouffer. Ensuite, tu nous fileras des fringues bien chaudes de ton mari. J’espère que ce n’est pas un gringalet. 
Il la toisa encore une fois avec envie.
— Non. Ça ne peut pas être un gringalet, ajouta-t-il insidieusement. Tu es trop bien roulée pour te taper un minable.
Il chercha des yeux un cadre photo. Il le trouva sur le rebord de la cheminée. Il s’en empara et examina le cliché en pied.
— C’est lui ?
Elle fit oui de la tête.
— Beau poulet ! Félicitations. Il a l’air de faire ma taille.
Il se tourna vers Jason qui n’arrêtait pas de scruter la nuit à travers la fenêtre.
— Ton bide risque de te trouver un peu à l’étroit dans les fringues de Môsieur.
Il s’adressa à nouveau à son otage.
— Le vieux Dodge dans la remise, est-ce qu’il tourne ?
— Oui. Mais il n’a pas démarré depuis six mois au moins. Sa batterie est sûrement à plat.
— T’entends ça Jason ? Tu sais ce qu’il te reste à faire ?
— OK. J’y vais.
Il allait sortir de la pièce lorsqu’il s’immobilisa soudain, pensif.
— Qu’est ce que t’as ?, lui lança William.
— T’avise pas de profiter de mon absence. Laisse-la tranquillement nous faire à bouffer... c’est clair ?
— Sinon ?
Jason s’était approché des placards de la cuisine. Il ouvrit un tiroir et trouva ce qu’il cherchait : un couteau à trancher.
— Sinon, je te jure que je te fais la peau. Et maintenant que moi aussi je suis armé, on verra lequel de nous deux aura le dessus sur l’autre.
Il sortit par la porte arrière. Son aplomb inhabituel avait troublé William. Une crainte sournoise s’était distillée en lui. Il s’adressa méchamment à la jeune femme :
— Pose ton gosse et fais nous à bouffer. Dépêche-toi, j’ai faim.
Elle s’exécuta, posant Timothy sur un tapis de jeu. Ce dernier retrouva ses cubes avec lesquels, il se mit à faire des empilages.
La cuisine ouvrait sur la pièce principale et la jeune femme s’affairait, tournant le dos à William. Avec des gestes nerveux, elle venait de casser des œufs dans un bol pour préparer une omelette. Le silence régnait. D’un œil, William surveillait la cour et le chemin, de l’autre, il observait son otage avec concupiscence. Elle battait maintenant les œufs avec un fouet à main et son mouvement énergique et circulaire du bras faisait onduler son bassin et frémir le tissu de sa robe sur ses fesses.
William qui n’avait de cesse de les reluquer, se passa la main sur la bouche en proie à ses obsessions charnelles.
— C’est quoi ton prénom ?
— Nancy, fit-elle d’une voix éteinte.
William sourit en s’approchant d’elle.
— C’est joli Nancy, prononça-t-il doucement. Ça te va bien.
Il était dans son dos alors que tremblante de peur, elle feignait de porter son attention sur le mélange des œufs et du lait. Il vint se plaquer contre elle, appuyant son bas ventre gonflé de désir contre ses fesses. Elle sursauta de ce contact salace qu’elle ne pouvait repousser et s’efforça de continuer sa tâche en réfrénant des sanglots.
— Tu aimes ça, hein ? Petite salope, lui susurra–t-il dans l’oreille en faisant courir ses mains le long de ses cuisses.
— Laissez-moi, je vous en prie, prononça-t-elle d’une voix pleine d’angoisse.
Mais l’homme n’était pas disposé à cesser. Ses mains avides étaient remontées le long des jambes, troussant la robe, glissant sur la peau douce de la jeune femme.
— Oh Nancy, comme tu m’excites, soupira-t-il dans son cou. Sa main droite partit à la conquête de son sexe en suivant l’élastique de son slip. Il pénétra dans la zone intime de son ventre et le contact de ses doigts avec la naissance de sa toison lui provoqua un soupir immense. Sa main chercha à plonger au plus profond de son intimité lorsque Jason entra dans la pièce.
— Hey ! Qu’est ce que tu fais ?, hurla-t-il en se précipitant sur son acolyte. Lâche là !
William abandonna sa proie et fit volte face, furieux de cette irruption.
— Occupe-toi de tes affaires !, lança-t-il violemment.
Les deux hommes se faisaient face prêts à en découdre. Nancy profita de ce répit pour se précipiter sur Timothy et l’arracher à son tapis pour ses bras encore tremblants.
— Tu veux qu’on s’étripe, c’est ça ?, fit William en désignant le couteau que brandissait Jason. C’est con. On ferait mieux de partager. Elle est sacrément bonne tu sais. Je suis pas contre un plan à trois...
— Tais-toi ! Tu me répugnes. T’avise pas à recommencer de la toucher !
Les yeux des deux hommes se croisèrent, durs, déterminés.
William rompit le premier. Il se tourna vers Nancy.
— Toi, ce n’est que partie remise. Retourne à ta cuisine ! Dépêche ! Te peloter m’a donné faim.
Il fit trois pas dans la pièce sous le regard méfiant de Jason. Il ouvrit le bar et découvrit avec un cri d’extase ce qu’il convoitait.
— Regarde ça Jason !, s’exclama-t-il en brandissant une bouteille de scotch. Du Bowmore ! Môsieur ne se refuse rien. Une bouteille à trois cents bucks. Allez ! Amène-toi. Pendant que Betty Boop fait la bouffe, nous, on va faire la paix.
Ils s’installèrent face à face dans les fauteuils du salon. William tendit un Whisky bien tassé à Jason.
— T’as pu brancher la batterie ?
— Oui. Elle était complètement à plat. Demain, ça sera bon. Les pneus aussi mériteraient d’être gonflés mais ça ira.
— Et l’essence ?
— Y en a. On devrait atteindre Shelby. Il y a un jerrycan plein qu’on pourra emporter.
Il se tourna vers Nancy qui mettait la table. Une odeur de bacon s’était appropriée la pièce. Les deux hommes étaient affamés.
— Qu’est ce qu’on va faire d’elle et du marmot ? On va quand même pas les amener.
— On les enfermera dans la cave avec des vivres... Son mari rentre bientôt.
Jason respira, soulagé. Il avait eu peur que les intentions de William soient plus radicales. Mais pouvait-il pour autant se fier à ce qu’il disait ?
William attrapa la télécommande et alluma la télévision. Un flash d’informations locales relatait la cavale des deux hommes. On voyait des images de la battue. En bas de l’écran, le signalement des deux hommes passait en boucle.
— Vise un peut ça !, s’exclama William. C’est la gloire ! Regarde ! Regarde Chérie ! lança-t-il à la jeune femme. Yeah ! C’est moi, sur la photo : William Dawson ! Sans blague, je passe à la télé. Je suis célèbre.
— La ferme !, lui lança Jason qui voulait écouter.
La journaliste expliquait que chaque secteur du comté était ratissé.
— C’est pas bon, fit-il. A un moment ou un autre, ils vont débarquer ici.
Comme pour faire écho à ses propos, une vive lumière rouge et bleu vint auréoler les murs à travers la fenêtre. Une voiture de police venait de s’arrêter dans la cour.
— Les cops !, cria William en bondissant comme un ressort. Cours chercher le fusil en bas !
Il se rua sur Nancy et l’attrapa fermement par l’avant bras. Elle gémit de peur et de douleur.
— Tu vas aller leur parler à la porte. T’avises pas à leur dire qu’on est là sinon je m’occupe de ton fils. C’est compris ?
Elle fit oui de la tête, alors que Jason réapparaissait, un fusil à canons superposés dans une main, une boite de cartouches dans l’autre.
Des coups francs contre la porte résonnèrent dans la pièce.
— Nancy ! C’est la police. C’est moi, Ben.
— Tu le connais ?
— Oui, c’est un ami d’enfance. Je vous en prie, ne lui faites pas de mal, il a trois enfants...
— Ça, ça dépend de toi, ma chérie. Arrange-toi pour le faire partir sinon il est mort.
Ils se placèrent chacun d’un coté de la porte. Nancy ouvrit, s’efforçant de dissimuler ses émotions.
Un homme usé par une longue journée de traque apparut sur le perron.
— Salut Nancy. Je fais le tour de toutes les maisons isolées pour voir si tout va bien... Tu es au courant pour les deux évadés ?
— Oui, bien sûr. J’ai vu les infos.
— Tu n’as rien remarqué sur le chemin et aux alentours ?
— Non. Je n’ai rien vu. Personne n’est venu.
— Le maire a mis à disposition la salle des fêtes pour regrouper toutes les personnes qui vivent isolées. Il y a déjà plein de familles. Je t’y amène, si tu veux.
— Non ! Ce... ce n’est pas la peine. Je préfère rester ici pour ne pas perturber Tim.
— Ce n’est pas très raisonnable. En plus, Harry qui n’est pas là... Il rentre quand ?
— Samedi.
— Tu as l’air étrange Nancy. Tu es sûre que tout va bien ?
Les deux hommes eurent une décharge d’adrénaline. William serra la crosse du fusil qu’il avait arraché des mains de Jason. Ce dernier était couvert de sueur tant il vivait l’angoisse de cette situation.
— C’est que... J’ai une affreuse migraine et... Tim ne dors pas si bien quand son père est absent. Je somnolais au coin du feu quand tu as frappé.
— Oh ! Je suis désolé. Bon ! Je continue ma tournée. Verrouille toutes tes portes et n’ouvre à personne sans l’avoir complètement identifié. Ces deux hommes sont dangereux. Un des deux a commis des meurtres. Au moindre doute, tu nous appelles. Tiens.
Il lui tendit une petite affichette imprimée pour la circonstance portant les consignes de sécurité et le numéro d’urgence de la police.
Il retourna à sa voiture et avant de monter ajouta :
— Je vais passer aussi chez ta sœur. Peut-être arriverais-je à les convaincre d’aller s’installer en ville.
— Ça m’étonnerait. Elle est encore plus têtue que moi. Dis-lui que ce n’est pas la peine qu’elle passe. J’ai assez de provisions.
Ben lui fit un signe voulant dire qu’il ne manquerait pas de faire la commission. Il repartit sur la route par le sud auréolé des teintes rouges et bleues de son gyrophare.
Nancy referma la porte.
William l’attrapa et la plaqua contre le battant en lui enserrant le cou de sa main droite.
— C’est quoi cette entourloupe avec ta sœur ? Hein ? Réponds !
— Il n’y a rien. Rien du tout... C’est pour qu’elle ne m’appelle pas ou qu’elle ne passe pas.... 
— C’est sûr ça ?
Elle fondit en larmes.
— Je voulais juste la protéger.
Il la lâcha. Elle rejoignit le living-room pour retrouver son fils sur son tapis de jeu, hébété de voir sa mère aussi malmenée.
— Qu’est ce t’en penses ?, fit Jason. Je crois que je vais aller voir si le Dodge démarre.
— Non c’est bon... Ça craint pas. On est peinard pour la nuit. On partira demain matin à l’aube. Viens bouffer.
Ils mangèrent tout leur soûl, dévalisant les quelques provisions d’avance de la maison. William, avait abusé du whisky et commençait à montrer des signes d’ébriété. Nancy était assise sur une chaise près du feu et Timothy avait fini par s’endormir, allongé sur son tapis de jeu, emmitouflé dans un plaid.
— Je me suis éclaté la panse !, dit William en se levant de table.
Il rota bruyamment ce qui le fit rire. 
— Non seulement t’es bonne, fit-il à l’intention de Nancy, mais en plus tu cuisines bien. T’es une perle rare. Je finirais bien la soirée...
— Laisse la tranquille !, le coupa Jason dans son élan. Tu es bourré. Tu ferais mieux d’aller dormir. Je vais monter le premier tour de garde. Tu me remplaceras quand tu auras dessaoulé.
— Ah ouais ?, répondit William. Moi j’ai une autre idée.
Il prit d’un geste prompt le fusil posé sur le canapé et menaça son acolyte.
— Mais qu’est ce qui te prend ? Tu es fou ?
— J’en ai marre de tes remontrances. Embarque le mioche et va faire un tour dans la cave, voir si j’y suis.
— Il n’en est pas question. Tu lâche ce fu...
Une forte détonation emplit la pièce en même temps que la porte vitrée du vaisselier volait en éclat. Nancy hurla et se précipita sur Timothy.
— Le prochain, il est en plein dans ta tête connard !, hurla William. Prends le gosse et descends à la cave. Dernier avertissement.
Timothy pleurait à chaude larmes, complètement terrorisé par cet homme qui hurlait. Jason arracha l’enfant à sa mère qui hurla à nouveau et il obtempéra. Timothy redoublait de pleurs dans les bras de cet inconnu quand William referma la porte à double tour.
— Et maintenant, ma chérie, fit William avec un sourire prédateur, maintenant tu vas me donner du plaisir.
Il marcha en direction de Nancy, le fusil toujours braqué. Elle recula en hurlant.
— Non ! Non. Laissez-moi ! Je vous en prie, je vous en supplie.
— William !, hurlait Jason d’une voix étouffée par la porte de la cave. Laisse là ! Espèce de salopard !
Il frappait contre la porte et William riait, jouissant de la frayeur de Nancy qui continuait à reculer. Elle heurta violemment le mur décrochant un sous verre qui tomba et se brisa. Elle chancela quelques secondes sous le choc. Il vint, avec le bout du canon, au contact de son ventre. Elle était tétanisée de peur, les yeux gonflés de larmes. Il souriait narquoisement pendant que Jason continuait à l’insulter et à cogner dans la porte. Le sadique se mit à promener l’extrémité de l’arme sur le corps de la jeune femme. Il l’amena soudain contre son sexe en l’appuyant fortement. Nancy cria de douleur.
— Tu sens comme il est gros ? Tu l’aimerais bien celui là hein ? Attends de sentir le mien. Tu vas en redemander. Chienne.
— Arrêtez, je vous en supplie.
— Déshabille-toi ! 
— Non ! Pitié ! Laissez-moi !
Il la gifla sauvagement. Du sang coula de sa lèvre fendue alors que Jason continuait à cogner dans la porte en hurlant.
— Déshabille-toi je te dis ! Ne me force pas à recommencer.
Le corps tressautant de ses énormes sanglots, Nancy s’employa à dégrafer sa robe qui glissa au sol, dévoilant sa plastique superbe dans des sous-vêtements sexy.
— Putain, j’ai de la chance ce soir...T’es sacrément canon. Sept ans que j’ai pas touché une gonzesse. Je vais me rattraper ! Il posa le canon du fusil contre sa gorge.
— A genoux ! Tu vas commencer par me faire une gourmandise. T’as pas intérêt de me mordre.
Nancy tressaillit d’horreur. Elle fit mine de refuser. Il la tapa violemment sur la clavicule avec le fut. Elle hurla de douleur et s’abattit à quatre pattes devant lui. Il la releva par les cheveux.
— A genoux, j’ai dit ! A quatre pattes c’est pour tout à l’heure quand...
Il finit sa phrase par un cri de douleur. Nancy venait de lui planter dans le bras gauche, un morceau de verre acéré venant du portrait cassé. Elle profita de l’effet de surprise pour s’enfuir vers l’escalier. William hurla de rage et tira un coup de feu dans sa direction. La rambarde explosa mais Nancy était passée. Il arracha le bout de verre fiché dans son bras. La blessure était superficielle. Il serra les dents de colère et se lança à la poursuite de la jeune femme. Derrière la porte de la cave, Jason avait redoublé d’effort pour casser la serrure dès qu’il avait entendu la déflagration.
William eut tôt fait d’atteindre l’étage et, l’arme au point, avança sur la moquette du couloir.
— Où te caches-tu ? Petite salope. Je t’aurai de toute façon. Tu peux pas m’échapper. Je te jure que tu vas me payer ça !
Il avançait dans la pénombre scrutant chaque chambre dont il ouvrait la porte de la pointe de son arme. Le bureau, la chambre de Tim, la salle de bain...
— Je me rapproche ! Bientôt tu seras à moi, ma chérie. Je viens te chercher.
La blessure de son bras gouttait en grosses pièces sur la moquette blanche. En bas Jason tapait toujours contre la porte. William était arrivé devant la dernière porte du couloir. Elle était fermée à clé vraisemblablement de l’intérieur. Il sourit sadiquement et toqua à la porte.
— Room service, madame. Vous avez commandé un viol ?
Il se recula et d’un grand coup de pied enfonça la porte. Il fit irruption dans la chambre du couple. Nancy était acculée dans l’angle de la fenêtre. Elle brandissait d’une main tremblante un révolver.
— N’approchez-pas !, dit-elle avec des sanglots dans la voix. N’approchez-pas ou je tire.
— Espèce de salope ! Tu avais donc un revolver dans ta table de nuit. C’est pas beau de mentir.
Il fit un pas vers elle, le fusil au point. En bas Jason tapait toujours.
— N’approchez-pas, je vous dis...
Sa main était tendue mais tremblait énormément. William jaugea l’assurance de son adversaire et conclut qu’elle ne s’était sans doute jamais servie de l’arme. Il partit d’un rire moqueur et brusquement s’élança. Nancy hurla et appuya sur la détente. L’arme fit un ‘clic’, déjà William était sur elle et la désarmait. Il lui envoya un coup de crosse de son fusil dans la mâchoire et elle s’écroula sur le lit. Déjà il était à califourchon sur elle pesant sur son bassin. Il la gifla plusieurs fois à grandes volées.
— Alors ? T’as voulu jouer au cowboy, hein ?
Il saisit le révolver.
— Première leçon il ne s’agit pas que de retirer la sécurité.
Il fit coulisser la culasse, une balle venait de s’engager dans le canon
— Il faut aussi charger !
Il lui colla l’arme contre le front. A demie assommée par le coup de crosse et la violence des gifles, elle ne cherchait plus à se débattre, vaincue par la sauvagerie de son agresseur.
— Bonne idée de m’avoir attiré dans ton lit ma chérie, dit-il en défaisant son pantalon. On va prendre du bon temps et après je vais te buter avec ton révolver. Petite conne ! J’avais décidé de t’épargner si tu t’étais montrée docile. Tu as voulu me résister, tant pis pour toi, tu vas me le payer !
Dans un ultime sursaut, Nancy essaya de se dégager mais l’homme était fort. Il avait libéré son sexe et arraché le slip de sa victime. Il tentait de forcer le passage entre ses cuisses quand Jason fit irruption dans la pièce et agrippa William par le dos.
— Lâche-là, salopard ! Je vais te tuer pour avoir fait ça !
William réussit à se dégager et les deux hommes s’empoignèrent dans une lutte à mort sur le plancher de la chambre. Nancy ne pouvant atteindre la porte du couloir alla se cacher dans le dressing. Elle s’enfonça dans l’épaisseur des longues robes oubliées de ses vingt ans, haletant de frayeur. Elle réalisa qu’elle était dans un cul de sac, complètement dépendante de l’issue du combat. Des coups sourds, et des cris de douleurs lui parvenaient en flots sans qu’elle puisse dire qui avait le dessus. Elle boucha ses oreilles comme pour fuir l’horreur de sa situation. Un coup de feu la fit sursauter. Une lourde masse s’abattit sur le sol faisant trembler les murs. Puis, ce fut le silence. Elle refréna une envie d’éclater en sanglots, se mordit les doigts pour s’empêcher de crier espérant que sa présence au fond de ce placard n’ait pas été remarquée. Elle sursauta quand la lumière du dressing s’alluma soudain. Des larmes énormes revinrent gonfler ses yeux à l’idée que le cauchemar allait recommencer. Une main écarta les cintres et l’homme la découvrit. Elle se mit à pleurer abondamment. C’était Jason.
Il lui apporta son peignoir de la salle de bain et la soutint pour descendre l’escalier. Elle se précipita pour récupérer Timothy qu’il était allé chercher à la cave. Il trouva des compresses et du désinfectant pour nettoyer les plaies de la jeune femme. Elle ne voulut pas qu’il l’aide.
— Dans le dressing où vous m’avez trouvée, il y a les habits de mon mari. Prenez ce que vous voudrez. La batterie du Dodge doit être suffisamment chargée. Dans le tiroir du buffet il y a quatre cents dollars. Prenez-les et partez.
Le ton était ferme mais non méprisant. Jason s’exécuta. Il redescendit bientôt dans des vêtements neutres et chauds. Il prit l’argent et s’apprêta de sortir. Il voulut dire quelque chose à Nancy. Formuler quelques regrets ou peut être un merci. Elle était prostrée près de la cheminée éteinte, son fils blotti au creux de ses bras. Il commença à parler.
— Partez !
Elle ne le regardait pas. Il n’insista pas. Quelques minutes plus tard, le Dodge démarra après quelques soubresauts. Le bruit du moteur s’estompa lentement à mesure que le véhicule s’éloignait.
Jason fut abattu deux heures plus tard alors qu’il forçait un barrage de police.
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(Source : Short Editions)

17:38 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

16/05/2017

FATIMA : LE FILM

FATIMA : LE FILM

18:12 Publié dans FATIMA | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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