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17/06/2017

LE VIEIL HERMANN


LE VIEIL HERMANN


par USUS

 

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Le Vieil Hermann?

Je vous en prie, asseyez-vous et prenez un verre de cet excellent schnaps. Herta va nous préparer le café. Une bonne histoire nécessite un minimum de confort et je suis persuadé que votre rédacteur en chef vous a choisi pour vos qualités d’écoute. Moi, il me faut encore allumer ma pipe pour me concentrer et ne rien oublier de ce récit tant il s’étale sur l’époque. 
Ce fut mon grand père qui, un beau matin d’été 1880 sentit sur sa ligne une traction inhabituelle. Dans la Spreep ne frétillaient que gardons, perches et goujons. Mais là, la force qui pliait sa ligne était d’une autre classe. Le bambou formait un arc extrême, proche de la rupture et s’agitait de soubresauts puissants et répétés. Helmuth, qui n’était pas homme à s’en laisser conter et surtout pas par un poisson, livra bataille. Cette résistance comblait le pêcheur d’un plaisir proche de la jubilation. Il n’avait encore jamais ressenti de telles émotionsj bien qu’il pratiqua la pêche depuis ses quinze ans. Il imaginait déjà sa fierté à la présentation devant amis et voisins d’un trophée hors du commun. Une de ces prises aux dimensions exceptionnelles qui resterait gravée dans la mémoire collective. Alors il rendit coup pour coup, fatiguant l’animal. Parfois un éclat de lumière fugace frappait un dos argenté puis le fil replongeait dans l’eau, entraînant d’amples ondulations concentriques. A la fin, à bout de force, un étrange poisson montra enfin le bout de son museau. C’était un bec plat cerné de barbillons couleur gris jaune. Quelle ne fut pas la surprise de mon grand-père en découvrant le premier poisson chat qu’il n’eut jamais vu ! Mais le plus étonnant c’était sa taille. Son valeureux adversaire ne mesurait pas plus de quinze bons centimètres. Tenant sa prise encore pendue à l’hameçon, Helmuth restait songeur. La voilà donc cette prise exceptionnelle qui était censée lui attirer l’admiration et les félicitations de ses pairs ! Après un instant de réflexion, il décida de le remettre à l’eau. C’est grâce à ce geste de clémence inhabituel pour l’époque que je peux, cher monsieur, aujourd’hui vous conter mon histoire.
Je vous parle d’une époque où il n’était pas d’usage de négliger une friture pour améliorer un ordinaire somme toute assez austère. Lorsque deux garnements du village surprirent le geste d’Helmuth, ils s’empressèrent de le commenter au village.
— Hé le père Kranz il a péché un drôle de truc avec des moustaches, on aurait dit la figure du vieil Hermann. 
Le nom était trouvé tout naturellement pour identifier notre phénomène car celui-ci fut prit à nouveau au piège d’un hameçon par un autre pêcheur curieux de le voir. Par respect envers mon aïeul, il rejeta à l’eau également sa prise après l’avoir bien observée. C’est ainsi qu’au fil des années, le vieil Hermann prit ses quartiers dans les méandres de la Spreep. Il y prospéra en aidant les pêcheurs à réguler la population de la rivière par son appétit croissant. Les années passèrent comme l’eau vive sous le pont du village et chacun pouvait voir dans l’onde claire à chaque printemps la taille du vieil Hermann croître et s’allonger. On s’habituait à sa croissance mais sa physionomie se transformait aussi, et son appétit mit en danger la faune de la Spreep. Les anciens les premiers avaient remarqué les dents effilées qui désormais garnissaient une mâchoire large et puissante. En quelques années, il avait dépassé en taille les brochets du grand fleuve. Le vieil Hermann était devenu un prédateur. Il était grand temps de réagir. 
Le conseil se réunit pour statuer sur le cas. Certains argumentèrent une euthanasie suivie d’un repas offert aux pécheurs. Mais il s’était passé un événement assez remarquable. Avec le temps, année après année, le vieil Hermann avait banalisé sa présence, devenant naturellement partie intégrante du paysage. Quels villageois grands ou petits n’avaient jamais traîné sur les berges de la Spreep, espérant l’entrevoir et admirer sa taille, puis rejoindre sa maison pour raconter aux siens ? Le vieil Hermann devint la mascotte de Mittdoch. Mais comment assurer à la fois les autres espèces et la survie de notre protégé en tenant compte également de la sécurité des gamins qui se baignaient dans la Spreep depuis toujours ? La mâchoire du vieil Hermann incitait à la prudence. On trouva une solution. On installa en amont et en aval du village des filets à trame métallique barrant la rivière et laissant deux kilomètres environ de disponibilité à notre mascotte. Le maillage permettant le passage de poissons de taille limitée. Alors tout redevint tranquille et harmonieux. Le village connut de nouveau le calme. De temps en temps, le vieil Hermann offrait aux promeneurs la vue de son dos aux proportions de plus en plus impressionnantes. Lorsqu’un habitant devait s’éloigner de Mittdoch, sa première visite à son retour était impérativement pour la rivière. 

Mon grand-père s’éteignit avec le siècle. Mon père avait trente ans et le vieil Hermann filait toujours des jours heureux dans son domaine. Il avait atteint une taille extraordinaire pour une créature d’eau douce. Mais il était toujours le fruit d’une vénération bienveillante.
Les années glissèrent sur le pays. Une nouvelle génération vint égayer le village. A quinze ans, nous formions une jolie bande parcourant rues et places en glissades et éclats de rire propres à remuer les pierres. L’année 1920, l’année de la grande sécheresse, nous vîmes pour la première fois le niveau de la Spreep descendre si bas qu’elle se résumait à un filet d’eau de quelques mètres cerné de larges bourbiers. Ce fut Gerda qui vit cet impressionnant dos argenté se débattre dans la vase. Le vieil Hermann était en fâcheuse posture. Rapidement, elle sonna l’alerte et une bonne dizaine d’hommes vint à la rivière. Il fallut agir vite pour sauver le poisson. Le bourgmestre décida de le faire glisser sur une civière improvisée et de le transporter dans le lit restreint où circulait encore suffisamment d’eau pour lui assurer la survie. Le sortir de la vase relevait des travaux d’Hercule mais après d’invraisemblables efforts de la part des hommes, notre mascotte fut enfin installée sur la civière et hors de danger. A ce moment, tous firent cercle autour du vieil Hermann en silence. Ils prirent conscience de la véritable taille de ce qui ressemblait à un de ces silures qui peuplent le grand fleuve. Mais le nôtre possédait dans sa monstrueuse gueule plusieurs rangées de dents acérées, semblables à la mâchoire d’un requin. On courut chercher un outil, on le mesura. Il dépassait les trois mètres vingt et les quatre-vingts centimètres en largeur. Un moment de doute au sein des curieux plomba l’ambiance. Ce monstre, qui fut à une époque une source d’amusement, fallait-il lui permettre de continuer à hanter la rivière ? Cette question inconsciemment trottait dans beaucoup de têtes. C’est le bourgmestre qui décida de sa remise à l’eau. Depuis ce jour, on continua à fréquenter les berges de la Spreep mais on en interdit l’accès aux enfants qui s’empressèrent bien entendu de désobéir.

L’été 1920 fut rude, chaud et sec. La bande, sous l’impulsion d’Otto, mit ses efforts au service de la communauté. Il fallut rationner l’eau de la source et M. Wuthrich le bourgmestre répartit les responsabilités. Pour la population des villages, l’occupation française et le remboursement de la dette de guerre fut une charge insupportable aussi les hommes travaillaient pour l’Etat et les adolescents furent affectés aux tâches subalternes. Otto avait suffisamment d’autorité naturelle pour diriger la petite équipe que nous formions aussi bien dans l’accomplissement des missions qui nous étaient dévolues que dans nos folles échappées juvéniles. Moi, je représentais la tête pensante de la troupe. Helmina et Gerda, la touche féminine depuis notre plus tendre jeunesse. Ulrick et Dierk complétaient cette troupe un peu déjantée. Dès la fin des cours, pour ceux d’entre nous qui avions la chance de poursuivre une scolarité encore aléatoire, le service à la collectivité prenait le relais de l’éducation. J’ai encore au cœur cette chaleur, pur produit de notre bel enthousiasme. Cette présentation de notre équipe serait incomplète si je ne vous touchais deux mots de Jarod et Elina, les enfants du couple d’instituteurs qui furent affectés au village à la fin de la guerre. Bien que leur confession s’avéra différente de la nôtre (nos familles fréquentant l’église réformée), ils intégrèrent rapidement l’équipe et s’y montrèrent redoutablement efficaces.
Cette belle harmonie connut quelques dissonances à la rentrée scolaire. M. Kranz décida d’envoyer Otto parfaire ses études à Munich. Celui-ci partit la semaine pour ne revenir au village que le dimanche. Notre équipe me désigna vite à sa succession. Nous l’enviions tous un peu de cette évasion sur la grande ville, bien que notre camarade insista sur le côté contraignant de la vie de pensionnaire. A son premier retour, nous l’avons littéralement assailli de questions. Il nous a vanté le charme de la grande cité, ses commerces, ses monuments et surtout le foisonnement de la vie dans les cafés et brasseries des grandes artères où se retrouvaient artistes et intellectuels. Il y a découvert un homme hors du commun. Ce petit brun moustachu juché sur une chaise haranguait les habitués en prônant le renouveau de la fierté nationale et la reconquête de nos territoires annexés à la défaite de 1918. En phrases courtes et percutantes accompagnées d’une gestuelle plutôt radicale, il galvanisait son auditoire. Otto visiblement était tombé sous son charme. Il voulait effacer la honte de la défaite mais également réveiller la fierté de cette race de laquelle pourtant, physiquement, il semblait fort éloigné. 
Les mois passèrent et à chacun de ses retours au pays, la personnalité de notre ami changeait. Il était incontestable qu’il subissait une influence, la force de persuasion d’un caractère exceptionnel. A sa deuxième visite, il nous vanta les idées nouvelles d’un ordre qui devait remettre notre nation sur les rails d’une économie redressée. Il nous suggéra également de prendre une certaine distance vis-à-vis des enfants des instituteurs. Mais il ne nous fournit aucune explication sur ce conseil. La semaine suivante, il débarqua sanglé dans une sorte d’uniforme : chemise brune, baudrier, pantalon court et coiffe noir. Il nous a dit s’être inscrit dans une fraternité créée par le petit homme moustachu. C’est à ce moment que son caractère s’affirma. Les sympathiques et joyeux commandements de l’époque juvénile devinrent des ordres incontestables. Il nous fallut refuser tous contacts avec Jarod et Elina pour lesquels il éprouvait une aversion incompréhensible. Otto devenait un homme, peut-être trop vite, en grillant les étapes de la maturité. Mais à chaque retour, jamais il n’oubliait de rendre visite à la rivière. Il y passait de longs moments solitaires, guettant une hypothétique apparition du vieil Hermann. 
Six mois plus tard, il annonça à qui voulait l’entendre l’arrêt de ses études pour prendre des responsabilités au sein de l’organisation de cette jeunesse paramilitaire. A cette époque, le mouvement politique créé par le petit moustachu prenait une ampleur assez inquiétante et les discours de haine mêlés de patriotisme exacerbé se succédaient et dépassaient le cadre munichois. Otto adopta les convictions de son modèle dans leur globalité. Il comprit vite qu’avec son esprit d’initiative et la ferveur de sa foi dans les principes de base de ce nouvel ordre, un avenir radieux s’offrait à lui. Il fut nommé chef de groupe et reçut de la part des membres berlinois une formation politique spécifique conçue pour les jeunes membres du nouveau parti. Je me souviens de l’année 1922 qui vit Otto revenir un dimanche dans un état d’excitation frôlant la colère. Il nous expliqua que le petit moustachu avait été arrêté et condamné à la prison pour trouble à l’ordre publique. Aussi notre ami fustigeait-il les autorités judiciaires pour leur immobilisme et leur partialité. En fait, le délinquant condamné à trois mois d’emprisonnement ne fit qu’un mois et reprit aussitôt sa croisade. 
Otto, le lieutenant Otto Kranz désormais, passait ses dimanches à organiser auprès des jeunes gens des réunions d’information sur la nécessité de suivre cette nouvelle Allemagne. Celle qui allait montrer à l’Europe entière sa formidable envie de vivre et sa volonté de paix. Il expliquait également avec force conviction et un talent d’orateur tout droit sortit des stages de formation du parti, qu’il était incontournable de remettre les territoires annexés dans le giron de la mère patrie, la paix étant à ce prix. Personnellement, toute cette idéologie ne me convainquait nullement. C’est surtout cette attaque permanente contre les personnes d’une certaine confession qui m’effrayait et me choquait. 
Bien que Mittdoch soit éloigné des grandes métropoles, il nous parvenait des nouvelles assez inquiétantes sur les mesures prises par ce parti vis-à-vis de ses opposants politiques. Mais c’est surtout les actions de violences envers les minorités qui m’épouvantaient. Le pays devenait un chaudron de haine, influencé par les harangues perpétuelles du petit moustachu. Celui-ci goûta encore à la prison, ce qui ne l’empêcha pas de diffuser ses théories nauséeuses. Et pendant ce temps, Otto appliquait sur le terrain toute cette idéologie sans plus d’état d’âme. Au village, chacune de ses présences étaient craintes et personne n’osait plus le contredire dans ses prêches. A la tête de son groupe, il appliquait avec efficacité les décisions du parti. Les dimanches après-midi, il organisait des parades où chacun au village pouvait admirer la parfaite tenue des uniformes et l’ordonnancement des défilés martiaux avec ce nouveau drapeau à la croix symbolique noire sur fond rouge. Mais aux yeux d’Otto, ces défilés faisaient pâle figure à côté des grandes messes de Munich ou Berlin où le parti donnait la pleine mesure de sa puissance. Un jour, une délégation fit irruption dans la cour de l’école et emmena la famille de Jarod et Elina vers une destination inconnue. Ils furent remplacés par des instituteurs grands et blonds avec un nouveau programme. 
Voyez-vous monsieur, pour Otto Kranz la vie se déroulait comme un film dont il devenait le héros. Il avait acquis cette faculté d’obéissance absolue due aux maîtres ou aux gourous. Ses actions le propulsaient vers des échelons hiérarchiques jamais imaginés. On lui confia des missions très « spéciales » dont il s’acquitta avec zèle, efficacité et surtout discrétion. Il apporta des solutions à des problèmes de traitement des populations quand l’ordre vint de commencer les déplacements de masse. Il se sentait investi. Dans son propre village, tous le saluaient avec crainte et cette respectabilité de façade lui procurait le plaisir du pouvoir. Suite à des pressions répétées et par peur d’un avenir incertain, Ulrick et Dierk avaient rejoint les rangs de l’organisation de jeunesse. Les filles refusèrent et réussirent à former un petit noyau de résistance que je rejoignis. Souvent, au petit matin, je voyais Otto se promener au bort de la Spreep. Il restait de longues minutes immobiles, guettant l’onde. Lors de rares conversations que j’entretins avec lui, il me confia une partie de ses rêves. Il savait un jour occuper les fonctions suprêmes au sein de l’organisation. Il commanderait la totalité des corps de protection de propagation du nouvel ordre. Plus de trois cent mille fidèles, triés sur le volet et prêts à mourir pour le petit moustachu. Mais il cultivait secrètement un autre but. Celui-ci plus intime, plus inscrit dans sa mégalomanie. 
Le fait qu’au sein de son propre village il puisse y avoir des personnes, jeunes ou adultes, qui ne soient pas encore membres du parti ou sympathisants lui était proprement insupportable. Il y voyait un échec personnel. Et que diraient ses chefs s’ils se renseignaient sur lui ? L’état-major avait des dossiers sur tous. Il serait taxé d’inefficacité, lui qui mettait tant de zèle à accomplir toutes ces missions si « spéciales ». Non il devait montrer une image parfaite, son avenir en dépendait. Mais vis-à-vis de ses amis d’enfance, son éloquence et le prosélytisme habituel n’avait pas suffi, là où les autres l’avaient suivi. Il lui fallait trouver le moyen de les convaincre qu’il représentait l’avenir, qu’il était l’homme, l’élu. Il devait leur montrer une image incontestable, frapper un grand coup. Voilà à quoi Otto Kranz pensait lors de ses promenades matinales au bord de la Spreep.
Ce fut naturellement qu’il pensa au vieil Hermann. Il s’en étrangla presque. La solution était là, sous ses yeux tous les matins. Mais peut-être cela habitait son subconscient depuis toujours. L’image du monstrueux animal, de ses mâchoires garnies de dents abominables, de cette crainte collective et inavouée qu’il inspirait malgré son statut de mascotte, toutes ces raisons justifiaient le projet qui mûrit dans l’esprit d’Otto Kranz, lieutenant du corps des volontaires de Bavière. Quelle gloire, quelle reconnaissance de la part de ses pairs s’il affrontait cette abomination de la nature. Ce geste à la fois héroïque et symbolique le placerait également en défenseur de la race et pourfendeur de tout ce qui peut la polluer. La population, ses amis, ses supérieurs seraient les témoins de la noblesse et de la sincérité de son engagement. Lui, d’extraction paysanne, propulsé par sa volonté aux plus hautes sphères de l’Etat. Plus il y pensait, plus il voyait un plan se dessiner. Il fallait que l’exploit se déroule avec solennité, devant un public sous pression. Il devait rassembler les gens du village, les amis et s’arranger pour faire venir ses supérieurs. Une grande kermesse festive et politique, voilà le décor. La date du 21 juin lui parut la plus favorable. S’il voulait être prêt pour le solstice d’été, il lui restait juste un mois pour tout organiser. Ce soir-là, Otto s’endormit détendu avec des rêves de gloire.
La veille de la fête, Mittdoch fut envahie par une escouade de jeunes gens en uniformes brun. On s’affaira au bort de la Spreep, dans la partie réservée. Les hommes du lieutenant Kranz installèrent des stands et des chapiteaux. On dressa drapeaux et oriflammes aux couleurs de parti. Un franc soleil sécha les herbages. La fanfare de cuivres et tambours s’installa vers dix heures. Les voitures officielles débarquèrent officiers et sous-officiers sanglés dans des uniformes impeccables valorisant le renouveau de cette armée qui relevait la tête. La curiosité gagna la population qui descendit à la rivière. Je dois vous avouer monsieur que, malgré notre aversion pour toute cette faune politico-militaire, Helmina, Gerda et moi-même avons cédé à la tentation d’assister à ce qu’Otto Kranz nous a annoncé comme un événement exceptionnel sans plus de détails. La musique ouvrit les festivités et quelques officiers prirent la parole pour faire l’apologie des idées nouvelles et le réquisitoire d’une race qui à leur yeux représentait une véritable menace. Puis vers onze heures, on écarta la foule et l’instigateur de la fête apparut en haut du talus. Dans son grand uniforme de parade, il descendit calmement vers la basse berge en ménageant ses effets. Il émanait de sa personne une impression de force, de volonté maîtrisée. Comme il était redevenu beau à nos yeux, notre ancien ami égaré dans ses convictions. 
Devant la berge, lentement, posément, il retira ses vêtements ne conservant que son poignard de parade. Il se retourna, fit le salut bras tendu, fier. Puis il entra dans l’eau et attendit. Sur les talus, chacun retint son souffle. Les militaires s’interrogeaient silencieusement sur le sens du comportement de leur lieutenant et les villageois attendaient l’inévitable confrontation. A quelques dizaines de mètres de l’homme, une onde se formait traçant un V à la surface de l’eau. Lentement puis prenant de la vitesse, l’onde s’approcha d’Otto. Celui-ci, bien planté sur ses jambes, la tête émergeant, attendait. Puis tout alla très vite. Un monstrueux tourbillon perturba la rivière, projetant des gerbes d’écume. L’eau prit une teinte rouge quand un grand cri d’épouvante déchira les oreilles du public tétanisé. Cela dura quelques interminables secondes puis tout redevint silencieux. La rivière de nouveau calme miroitait sous le soleil de midi. 
Personne ne revit jamais le lieutenant Otto Kranz du corps des volontaires de Bavière. Otto était mon frère. Mais avant de rejoindre votre journal monsieur, reprenez donc un verre de cet excellent schnaps.
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USUS

11:31 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

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