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07/07/2017

SSIMONE VEIL


Avec Simone Veil, morte le 30 juin, disparaît un grand témoin du XXe siècle.

 

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La tragédie des camps de concentration, la lutte des femmes pour l’égalité et la volonté de construire l’Europe. Telle fut la triple obsession de Simone Veil, décédée le 30 juin, chez elle, à Paris, à l’âge de 89 ans. Ceux qui ont eu la chance de la croiser et de partager ses combats soulignent unanimement la force de conviction qui se dégageait de sa personne. Une détermination qui lui permit de faire adopter la loi, aujourd’hui encore controversée, sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et la dépénalisation de l’avortement. Son opiniâtreté à défendre ce texte, adopté en 1975, lui vaudra bien des attaques.

Comment ne pas se souvenir de la photo prise à l’Assemblée nationale, lors de l’intervention d’un député hostile à la loi, où l’on voit Simone Veil pleurer, la tête entre les mains, sous les propos injurieux ? Ancien maire de Versailles et député UMP des Yvelines, Etienne Pinte se souvient de cette période houleuse. « Je côtoyais Simone Veil tous les jours. Son texte sur l’IVG fut, pour moi, un cas de conscience déchirant. Nous étions du même parti mais, chrétien convaincu, le terme d’avortement m’effrayait. Dans un tête-à-tête, je l’ai priée d’ajouter les mots « interruption volontaire de grossesse dans des cas de détresse » (ce qui fut fait, NDLR).»

Quand ses collègues, hostiles à cette loi, lui demandaient ce qu’il pouvait bien trouver à Simone Veil, Etienne Pinte répondait : « Sa beauté, sa prestance. Elle n’était pas seulement une jolie femme, elle respirait l’intelligence, elle était dotée d’une incroyable charge d’âme. Et puis nous avions un point commun : la Résistance. Mon père avait été gaulliste de la première heure. Comme elle, ma famille avait connu l’horreur des camps. Cela nous rapprochait. Nous avions horreur de l’injustice.»

Les droits des femmes furent donc un des grands combats de Simone Veil. Françoise Gaspard, ancienne députée socialiste d’Eure-et-Loir (1981-1988) et féministe de la première heure, confie que, pour les mouvements de libération des femmes, « Simone Veil était inattaquable. Son passé de rescapée des camps, sa rigueur et son honnêteté politique étaient admirés par les plus progressistes. Ses prises de position en faveur des femmes avaient dix ans d’avance ».

Mais d’où lui venait ce goût de la réforme et de la révolte sociale, elle qui avait grandi dans une famille plutôt conservatrice ? Les nombreux témoignages de ses proches convergent : Simone possédait un esprit d’indépendance inouï. Enfant, elle était la seule à oser tenir tête à son père, un homme très autoritaire. En politique, ses uniques maîtres furent la justice et le droit. « Elle croyait aux idées plus qu’aux idéologies », dit d’elle sa tante Suzanne Weismann (1).

Ministre de la Santé sous Valéry Giscard d’Estaing (1974-1979), ministre des Affaires sociales de François Mitterrand (1993-1995), elle appuya la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, avec la même conviction. Née le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes), Simone Jacob est la benjamine d’une fratrie de quatre enfants. Une enfance choyée qu’elle raconte dans sa biographie (2) : « Les photos conservées le prouvent : nous formions une famille heureuse. Nous voici, les quatre frère et sœurs, serrés autour de maman. Quelle tendresse entre nous ! » confie Simone Veil.

André, son père, architecte de talent, reçoit le Prix de Rome en 1919. Sa mère, Yvonne, s’occupe non seulement de ses enfants, mais aide aussi des familles frappées par la crise économique des années 1930. Simone héritera de la générosité maternelle, l’aiguillon qui l’aidera à conduire ses missions.

Si les fées s’étaient penchées sur son berceau, le bonheur fut de courte durée. Simone est frappée très tôt par la tragédie. Dès 1940, les lois anti juives l’obligent à quitter le giron familial pour aller vivre à Carcassonne (Aude) avec ses trois frère et sœurs. À 13 ans, elle connaît ainsi sa première rupture. Des années terribles, qu’elle passe dans la clandestinité, sous un nom d’emprunt. Elle s’accroche et réussit tout de même son baccalauréat, avant d’être arrêtée le 30 mars 1944 par la police française. Elle est déportée, avec ses parents, frère et sœurs.

La famille est dispersée dans différents camps de la mort. Elle se retrouve à Auschwitz-Birkenau (actuelle Pologne). Au milieu de l’horreur, elle lutte pour rester digne. Sa compagne de captivité, Anne-Lise Stern, raconte qu’elle était « la seule à se laver le visage après une journée de travail sous le fouet des gardes-chiourme du camp ». Simone ne reverra jamais son père et son frère Jean, morts en déportation, quelque part en Lituanie. Sa mère mourra du typhus en mars 1945.

À la Libération, Simone a 18 ans. La volonté de témoigner de l’horreur décuple sa volonté. L’envie de vivre et le goût de la justice ne la quitteront jamais. La justice surtout ! Est-ce pour cette raison qu’elle s’inscrit, dès son retour à Paris en 1945, à la faculté de droit ? Elle y rencontre son futur mari, Antoine Veil (mort en 2013), futur inspecteur des finances, qu’elle épouse l’année suivante. Trois fils naîtront de leur union.

Brillante, opiniâtre, travailleuse, Simone Veil, ses études terminées, choisit d’être magistrat plutôt qu’avocate, par passion pour les affaires publiques. Elle se distingue par son talent. « Quand elle s’était décidée à défendre une cause, elle ne lâchait jamais rien, se remémore Jean d’Ormesson, qui la côtoya à l’Académie française. Elle avait le don de rester ferme sans jamais élever le ton, s’emporter ou être blessante envers un adversaire. » En 1970, elle est élue secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, un poste où elle se fait remarquer par Valéry Giscard d’Estaing, le futur président de la République. C’est le début de sa carrière politique. En 1974, ce dernier, élu Président, la nomme ministre de la Santé. C’est à ce poste qu’elle s’engage pour faire adopter la loi sur l’IVG.

Le troisième grand épisode de la vie de Simone Veil sera la construction de l’Europe. En 1979, c’est elle qui conduit la liste de l’Union pour la démocratie française (UDF) aux premières élections européennes. Simone Veil, qui a vécu l’horreur de la guerre et des camps, est viscéralement attachée aux idées d’une Europe unie et forte. Présidente du Parlement européen (1979-1982), elle cite souvent les Pères de l’Europe, Jean Monnet et Robert Schumann. Comme eux, elle œuvre au rapprochement franco-allemand, base sur laquelle se construira la future Europe. Elle en est persuadée.

Lors de sa réception à l’Académie française, en 2010 – elle fut la sixième femme de l’Histoire à revêtir l’habit vert brodé d’or -, elle fait graver sur son épée d’immortelle son matricule de déportée (78651, tatoué sur son avant-bras) ainsi que deux devises : celle de la République française - « Liberté, égalité, fraternité » - et celle de l’Union européenne -« Unis dans la diversité ». « Elle avait compris bien avant tout le monde que l’Europe était l’avenir de la France », estime Valéry Giscard d’Estaing.

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Les discours de Simone Veil sont réunis dans Mes combats, Éd. Bayard, 474 p. ; 19,90 €.

(1) Dans Simone Veil Destin, de Maurice Szafran, Éd. Poche/ J’ai lu, 381 p. ; 6,70 €.

(2) Simone Veil, une vie, Éd. Le livre de poche, 343 p. ; 7,60 €.
(Pèlerin)

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