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07/12/2017

D'ORMESSON AGNOSTIQUE?

 

JEAN D’ORMESSON : UN AGNOSTIQUE PAS SI AGNOSTIQUE QUE CELA!

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Jean d'Ormesson : "Je mourrai catholique".


Jean d'Ormesson est mort, dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 décembre, d'une crise cardiaque. Il avait 92 ans. A la sortie de son ouvrage, C'est une chose étrange à la fin que le monde, Pèlerin l'avait rencontré. L'académicien se questionnait alors sur le sens de la vie et s’interrogeait sur le rôle de Dieu.

Pèlerin : Pourquoi vous être lancé dans l’'écriture de C'est une chose étrange à la fin que le monde (1), ce que vous appelez un « roman de l’'Univers » ? 
Jean d'Ormesson : Parce que je ressens, depuis toujours, comme une stupeur d'exister. Déjà, lorsque j'étais enfant, je m'arrêtais parfois de jouer en me disant : « Mais qu'est-ce que je fais là ? »
Et puis, il y a cinq ans, un jour d'été, je me baignais dans la Méditerranée quand soudain, en sortant de l'eau, j'ai été envahi par un sentiment d'émerveillement, un vertige. Pourquoi le soleil ? Pourquoi la mer ? Pourquoi les rochers ? Dès lors, j'ai eu l'idée d'un roman qui traduirait cet étonnement d'être au monde.
Avec une interrogation qui revient au fil des pages : pourquoi y a-t-il quelque chose, au lieu de rien ? 
Oui, car cette stupeur d'exister pousse à se demander d'où l'on vient et où l'on va. Des questions éternelles. J'ai donc voulu raconter, de manière simplifiée, de Copernic à Einstein en passant par Galilée et Hawking, comment les sciences ont progressivement permis d'expliquer la création du monde.
Aujourd'hui, les chercheurs pensent - même si cette théorie reste une hypothèse - qu'il y a 13,7 milliards d'années, le big bang, l'explosion originelle, a donné naissance à l'univers. Soit. Mais surgit alors une nouvelle question : avant le big bang, qu'y avait-il ? Le néant ? Ou bien autre chose qui nous dépasse ?
Autre chose, c'’est-à-dire… Dieu ? Vous croyez donc en son existence ? 
Je suis né dans une famille très catholique, je mourrai catholique. Mais je dois avouer que je ne sais pas. J'espère que Dieu existe. Je côtoie tous les jours, d'un côté, des personnes persuadées que c'est le cas : Chateaubriand, Claudel, Péguy...
De l'autre, des personnes convaincues du contraire : Marx, Sartre... Dans les deux cas, impossible d'obtenir la moindre preuve. J'aimerais y croire. Souvent j'en doute. Je doute de Dieu parce que j'y crois. Je crois en Dieu parce que j'en doute. Disons que... je doute en Dieu. Je me résous donc à ne pas choisir et me range dans le camp des agnostiques.
Votre roman parle du temps qui passe et de la mort, que vous évoquez avec un mélange de fatalisme et de malice. Vous écrivez : « Nous ne mourrons pas. Nous mourons, à chaque instant de notre vie. » Comment l’'agnostique que vous êtes envisage-t-il l'’« après » ? 
La mort est un thème qui m'a toujours travaillé. Avoir fêté mes 85 ans cette année ne rend pas le sujet plus urgent à mes yeux. Mais le temps qui file m'obsède. La mort ne me fait pas peur.
Elle vous libère des contingences du quotidien, de la souffrance. C'est mourir qui est contrariant. Que dire alors ? Qu'il est possible qu'il n'y ait rien après. Il est possible que notre existence ne soit qu'une parenthèse entre deux néants. Ça m'étonnerait.
Je crois que la vie a un sens, qui ne saurait être stoppé par notre disparition. Je crois que la justice et la vérité, si souvent contrariées ici bas, doivent bien exister quelque part.
Pour un agnostique, vous avez de belles certitudes… ...
Effectivement. Mon espérance en Dieu est si forte qu'elle s'apparente presque à de la foi.
Êtes-vous satisfait de votre vie ? 
Oui, jusqu'ici, elle a été épatante. J'ai eu de la chance. Grâce à mon père diplomate, j'ai voyagé, j'ai bénéficié d'un grand confort matériel et intellectuel. J'ai été très aimé. Au début de ma carrière, je me suis même demandé si ce n'était pas un handicap pour devenir auteur.
Il semble que les bons sentiments ne fassent pas toujours de la bonne littérature. Le drame, le cynisme, les larmes, ont donné tant de chefs-d'œœuvre.
Cette aptitude à la joie vous a valu le qualificatif d'’« écrivain du bonheur ». Ce surnom vous convient-il ? 
Je me le suis longtemps attribué. Je m'émerveille facilement. Je peux m'extasier devant un coucher de soleil. J'aime la vie. Pourtant, je suis lucide et je vois que la société va mal.
Les histoires d'amour ne durent pas, les gens perdent leur travail. Il y a la violence, la guerre, la maladie... Certes, le monde est sinistre. Mais vivre, vivre ! Cela reste un cadeau !
Qu’'aimeriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous arriverez devant lui ? 
« Je te pardonne. » Qu'espérer de plus ? Je songe souvent à cette hypothétique rencontre. Décidément, il m'occupe beaucoup, ce Dieu dont j'ignore pourtant s'il existe vraiment.
Si, à votre mort, on vous proposait de tout recommencer… ?
Hors de question ! Une vie suffit, quand elle a été pleine. La pire des punitions pour l'homme serait d'être immortel.
Pourtant, vous l’'êtes un peu… Les académiciens ne sont-ils pas surnommés les Immortels ? 
Cocteau affirmait avec justesse : « Nous sommes immortels le temps de notre vie. Ensuite, nous nous transformons en fauteuil. » Néanmoins, il est vrai qu'il existe deux manières de laisser sa trace dans l'histoire.
Faire des enfants et réaliser une œuvre. Je serais heureux d'être encore lu dans cinquante ans. Je reçois des lettres charmantes, si nombreuses que je suis débordé. D'année en année, mon lectorat rajeunit, ce qui me ravit. Même si je sais que ce n'est pas uniquement dû à mon style, mais parce que je passe à la radio, à la télévision.
Parce que je cabotine. Ma mère m'a inculqué trois principes : « Tout courrier mérite réponse », « Ne te fais pas remarquer » et « Ne parle pas de toi »... Voyez comme c'est réussi !
Justement, la famille de votre mère était très conservatrice. Votre père, plus libéral et ancré à gauche. Qu’avez-vous gardé de ce mélange ? 
Mon père a été nommé ambassadeur par le Front populaire. Au sein de ma famille maternelle, Léon Blum était considéré comme un gauchiste. À l'inverse, il était traité de bourgeois par mes camarades de promo à l'École normale supérieure.
Il faut dire qu'ils étaient tous trotskystes. Bref, tout cela m'a appris la tolérance. Peut-être ai-je d'ailleurs poussé ce sentiment un peu trop loin : je suis très influençable. Du genre à penser que mes adversaires ont plus raison que moi. C'est entre autres pour cela que je n'ai pas fait de politique.
Vous avez une petite-fille de 15 ans. Quel grand-père êtes-vous ? 
Sans me vanter, le meilleur ! Alors que, objectivement, je n'ai pas été un bon père. Ma fille Héloïse, devenue depuis éditrice, a été entièrement élevée par sa mère. Je n'étais jamais là. C'est formidable, les petits-enfants ! Vous n'êtes responsables de rien. Vous n'avez qu'à les aimer. Et j'aime beaucoup Marie-Sarah.
Avez-vous réussi à lui transmettre votre fameuse capacité d’émerveillement ? 
En ce moment, elle s'émerveille surtout sur les fringues et la mode, comme beaucoup d'adolescentes de son âge. Elle a bien le temps pour les questions métaphysiques. Moi-même, je n'y suis venu qu'assez tard.
Noël approche. Est-ce une période importante pour vous ? 
Cette fête m'évoque de délicieux souvenirs d'enfance. Des balades en traîneaux, sous la neige, dans la campagne roumaine, à l'époque où mon père y était en poste. Nous balancions des morceaux de viande autour de nous, pour éloigner les loups !
D'un point de vue plus spirituel, c'est aussi une fête qui me passionne parce qu'elle rappelle cette idée qui n'est présente que dans le christianisme : l'incarnation ! Un Dieu qui se fait homme parmi les hommes.

(1) Éditions Robert Laffont, 313 p. ; 21 €.

 

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