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22/04/2018

RENCONTRE (nouvelle)


Rencontre

Usus

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Fin octobre le vent froid et humide orchestrait un triste ballet de papiers sales le long des rues grises. De trottoirs en ruelles, il traînait son ennui au milieu des fantômes des passants, des poubelles pleines, débordantes aux volumes laids et déprimants. Sur un mur lépreux, une affiche de cirque presque arrachée exhibait ses couleurs passées. Même sorti de l’usine, il avait toujours du mal à soustraire de son esprit les cadences abrutissantes. Verrouillage des brides, contrôle du serrage, envoi de la coupe, lubrification, démontage, la pièce dans le panier, recommencer encore... (Les mains sont automates. L’esprit est si loin de la machine). Il lui fallait quelques heures pour se déconnecter. Parfois il n’y arrivait pas. 

Il passa devant la façade du magasin, noircie par l’incendie, et l’image de Blanche, les chairs brûlées, hurlant de douleur, monopolisa de nouveau ses pensées. Arriverait-il à oublier un jour ? Le drame l’avait plongé au plus profond d’un désespoir morbide. Depuis, il pensait qu'une sécheresse du cœur, une immersion dans un autisme volontaire le protégerait de toute autre blessure future. Il n’avait pas vraiment soif mais l’habitude le fit pousser la porte du café. Assis devant son verre il méditait sur la réelle utilité de sa présence dans ce monde. Même sa gauloise ne lui procurait plus aucune satisfaction. 
Il ne la remarqua pas immédiatement. Pourtant c'était rare de voir une femme debout au comptoir. Elle n’était ni belle ni laide, juste effacée, se faisant discrète, vêtue d’un tailleur gris et sage. Elle aurait pu être une de ces secrétaires entre deux âges qui n’attendent rien de leur job. Pourquoi ne pouvait-il détourner son regard ? Peut-être à cause de cette nuance de bleu dans ses yeux, si proche de l’azur de ceux de Blanche. Et cet imperceptible pli aux commissures des lèvres qui lui donnait cet air résigné. Dans sa mémoire, le doute s’installait. Blanche avait ce détachement sur le visage, un mélange de charme et d’indifférence qui se muait en passion quand elle le couvait du regard comme une louve possessive. Il resta de longues minutes à contempler l’inconnue, immobile. Malgré lui, il ressentit, au fond de son esprit, cette étincelle d’émotion qu’il avait mis longtemps à étouffer. Mais la carapace était coriace. Il l’avait trop bien construite pour qu'elle cède sur une simple impression.
Elle buvait son thé à petites gorgées précieusement, lentement, les yeux fixes, si sereine. Elle tourna la tête dans sa direction. Leurs regards se croisèrent. Elle semblait indifférente. Sur son visage régulier, il eût aimé voir l’esquisse d’un sourire, un semblant de réaction. Puis elle se retourna vers la glace et les étagères à bouteilles. Il se leva et sortit, sans vider son verre. 
Le bruit de la rue le déprima. Il remonta le col de son blouson. L’image de l’inconnue restait en filigrane, sur ses rétines. 
Soudain, il sentit qu'une main lui saisissait doucement le bras.
— Venez.
Il la suivit. A la réception du petit hôtel voisin, le patron leur donna la clé avec juste un soupçon de reproche dans le regard puis retourna composer son tiercé. 
Ils entrèrent dans une chambre d’une banalité navrante, mais sans le remarquer Il s’assit sur le lit et attendit il ne savait trop quoi. Elle retira son tailleur et le rejoignit. Il sentait sa présence, un discret parfum, une enveloppe de tiédeur. Il éprouva le besoin de la toucher. Il posa sa tête sur les cuisses de la femme. Le contact de sa chair nue avait quelque chose de rassurant. Elle lui toucha les cheveux d'un geste machinal. Il ferma les yeux. Un bien-être surprenant l’envahit. Elle le caressa doucement et s’exprima à voix basse comme un murmure. Elle lui dit son enfance, lui parla de son père, elle évoqua la verte campagne, mais il ne l’entendait pas, submergé de sensations contradictoires. Quelque chose se réveilla en lui. Il eut du mal à se reconnaître. Une heure auparavant, il n’imaginait même pas l'existence de cette femme et à présent, il sentait monter en lui le désir. Qu’avait-elle de différent ? Il la regarda pour la première fois comme une partenaire désirable. Il consentit à cette brèche dans sa cuirasse. Il devina d'anciennes douleurs dans les rides de son visage et dans ses yeux si clairs. Sa main, légère sur sa chevelure, trahissait d’imperceptibles frémissements. Doucement, ils s’allongèrent sur le lit et s'accouplèrent. Une onde électrique le transperça. C'était comme une nouvelle naissance, un paradis d’émotions qu’il croyait oubliées. Elle se donna sans retenue, comblée par le plaisir, épanouie. 
Il avait retrouvé la paix, c'était comme un aboutissement. Il s’étira, les yeux fermés pour prolonger cette sensation. Elle se leva silencieusement, se revêtit, et le regarda une dernière fois avec douceur. Une photo glissa de son sac sur le lit.
Dans un demi-sommeil, il ne l’entendit pas sortir. Quand il se réveilla la chambre était vide. Il prit conscience de la laideur du papier peint, des faux tableaux. Il eut soudain peur de retrouver les poubelles pleines, débordantes et cette affiche de cirque en lambeaux. Il venait de vivre la plus belle heure de ses quatre dernières années. Des années de solitudes après la perte de Blanche. Il ramassa la photo et sortit. Les deux jours suivants, il se força à penser à sa vie, à son travail, à tout sauf à elle. Le troisième jour, il entra au café et montra le cliché au patron, celui-ci y prêta à peine attention.
— Connais pas.
— Attendez ! 
Le patron reprit la photo et la regarda attentivement.
— Ah oui, je me souviens. C'était une gentille fille. Elle venait de temps en temps. Je crois qu’elle est morte il y a quatre ans déjà.
ShortEditions

17:31 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

15/04/2018

L'HÉRITAGE (nouvelle)

 

L'héritage

Florane

 

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— Non, je le crois pas ! T’as fait ça avec une Xalactienne dans un téléporteur ?
Gilbario regardait son coéquipier Tanco avec stupeur. Ce dernier se la jouait un peu en gardant les yeux fixés sur le radar de bord.
— Ouais mon pote, répondit-il. Et je peux te dire que ça décoiffe quand il y a dématérialisation. Tu voyages... C’est le cas de le dire.
— Ha ! Ha ! Y a qu'un fêlé comme toi pour oser un truc pareil. T’imagines à l’arrivée ? Et s’il y avait eu symbiose ?
— Bah ! Faut prendre des risques... Sinon tu traverses tes cycles sans peps ! A te demander pourquoi ta génémère t’a mis au monde.
Gilbario haussa les épaules. Les élucubrations de Tanco ne le faisaient pas rêver. Il se dit que son existence n’était pas si mal. En tant qu'hybride Zella, il avait la chance d’exister dans la classe évoluée des humains. Il aurait pu naître Stourb et gratter le sol à longueur de jour avec des mains spatulées sans avoir conscience d’exister. Il se recala dans le siège de l’Overland qui glissait sans bruit à dix mètres du sol. Il était trois heures du matin. Gilbario aimait ces patrouilles dans le secteur mort. Le noir total qui les enveloppait, le ronronnement du gyrosparc de bord. Ce soir, ils n’avaient eu à consigner qu’une intervention près d’un dépôt alimentaire. Une femelle Gojie et son petit qui tentaient de cisailler le grillage avec leurs dents. Ils les avaient abattus suivant le protocole. Gilbario était toujours impressionné de reconnaître la morphologie humaine de ces mutants, sous leur épaisse toison. Ils avaient dû vite partir car l’odeur de chair brulée par les tirs laser avait attiré toute la vermine trans-humaine du coin qui venait se disputer le dîner.
— 37 °C ! , fit Tango. Fait frisquet ce soir.
— On est en octobre. Tu sembles l’oublier.
— Tu parles si j’oublie. Je ne pense qu’à ça. Dans deux semaines, je me fais un Virto. C’est moi qui ai choisi le programme ! Je pars dans les Endrisses avec une droïde de chez Zaac. Ça m’a coûté un max mais elle va être à mes petits soins tout le temps. Tu devrais faire comme moi plutôt que de passer ton temps libre à faire de l’archéo-mes couilles ! Qu’est ce que t’en à foutre de retrouver tes ancêtres ?
— Mes ancêtres sont aussi les tiens... Et...
Le signal strident du détecteur l’interrompit. Une forme humanoïde s’afficha sur l’écran incorporé de leurs casques Viobul. L’individu courrait.
— Qu’est ce qu’il fout là celui la, fit Tanco. Il est fatigué de vivre pour se promener ainsi dans les zones irradiées ?
— Regarde ! Il est poursuivi. Sans doute des Poulçus qui ont dû sentir son odeur.
— Ouais et devant y en a d’autres qui l’attendent en embuscade. Il est foutu si on ne le sort pas de là.
— C’est peut être un mutant. On doit pas intervenir, faut laisser faire la nature.
— Trop grand ! Regarde sa signature thermique. C’est un évolué. Allez ! On va le chercher. Mets-toi au canon et pète-moi la vermine qu’il a autour !
Gilbario activa son implant neuronique et le canon se mit aux ordres de son cerveau. Il ne lui fallut que quelques instants pour atomiser les prédateurs qui avaient encerclé le fuyard.
Tanco, alluma les projecteurs de l’Overland et l’amena face à l’individu. Ce dernier s’était arrêté, complètement aveuglé.
— Police ! Vous êtes dans une zone interdite. Nous allons vous intercepter. N’opposez aucune résistance ou nous vous abattrons.
Les générateurs bio-neuroniques de l’Overland avaient instillé le commandement dans le cerveau de l’individu. Celui-ci avait compris les sommations et levait les mains au ciel.
— Allez, va le cueillir, ordonna Tanco à son coéquipier. T’en fais pas je le garde en point de mire.
Tanco déverrouilla la porte de la soute qui s’abaissa lentement vers le sol. Gilbario sauta dans la steppe marécageuse. Son capteur de radiation indiquait le taux constaté sur toute la planète depuis la guerre qui avait enseveli l’ancien monde, il y avait si longtemps. Gilbario s’approcha de l’individu. C’était un homme. Le policier eut un coup au cœur en découvrant le visage ridé, les cheveux blancs et les étranges vêtements de l’individu.
— Suivez-moi, lança t-il d’autorité, nous allons monter dans l’Overland. Dépêchez ! Ça grouille par ici... Vite !
Mais l’homme ne réagissait pas. Gilbario le poussa au devant de lui. Ils se retrouvèrent dans la soute alors que des bruits se faisaient entendre dans la nuit noire.
— Décolle nom de dieu !, fit Gilbario d’une voix au bord de la panique.
Tout autour de l’Overland, des êtres venaient de surgir dans la lumière des projecteurs. Gilbario venait d’en effacer deux qui avaient sautés sur la porte de la soute avant qu’elle ne se referme. Il grimaçait de dégoût face à la tête mi humaine, mi poisson de ces êtres amphibiens qui était restée à bord, guillotinée par le tir laser.
L’homme était prostré. Les yeux affolés. Il avait peur, très peur.
— Mets-le aux fers, ordonna Tanco. Je rentre au central. J’ai envoyé notre rapport. Ils nous attendent.
L’homme se laissa docilement entraver. Assis sur une sellette peu confortable, il semblait absent. Gilbario rejoignit le poste de pilotage.
— C’est étrange la façon dont cet homme est habillé, dit-il d’un air évasif.
— Quoi? Il ne porte pas la tenue du Erzh ? Le fou ! Il va se faire étriller.
— Non. Il porte ce genre de tenue que j’ai pu voir parmi les documents de la vie de nos ancêtres. Et puis ses cheveux aussi. Ils sont blancs et...
— Blancs ? Comment est-ce possible ?
L’Overland franchit le champ de force qui isolait la cité du reste de la planète dévastée. Sous la coupole virtuelle, la vie des hommes évolués s’était organisée en habitats verticaux. Le véhicule de police survola les rues, et les avenues encombrées de glisseurs à la queue-leu-leu. Un éclairage urbain intense pouvait faire croire qu’on était en journée. De très nombreux citoyens marchaient sur les immenses trottoirs, tous vêtus identiquement. Les deux hommes considéraient avec condescendance cette masse grouillante depuis leur véhicule volant. Ils jouissaient du privilège de ciel octroyé aux élites et à la police. Ils voulaient oublier qu’une fois leur service fini, ils retourneraient à la masse des rampants. Ils survolèrent un immense parc planté d’arbres gigantesques baignés d’un grand lac. Ils arrivèrent au central de police et l’Overland fut guidé jusqu’à leur unité.
Ils escortèrent le prévenu à travers les couloirs immenses du complexe, croisant des centaines de regards intrigués par l’allure du personnage. Ils l’introduisirent dans un bureau. Un homme se tenait près d’un pupitre holographique.
— Salut Hal, fit Tanco. Vise un peu ce qu’on t’amène !
L’homme porta son regard sur l’individu.
— Salut les gars, je viens de consulter votre rapport...
Il s’approcha de l’homme qui jetait des regards apeurés autour de lui.
— D’où tu sors toi ? Réponds ? Décline ton identité ?
L’homme ne répondit pas, pétrifié par la peur.
— Je l’ai passé au scanner dans l’Overland, dit Gilbario. Il n’a pas de puce d’identification. Et il n’en a jamais eu !
— Comment ça jamais eu ? Halbusian ouvrait des yeux ronds.
— Pas de bio implant dans le cou, pas de code de génémère. On dirait... Un naturel.
Halbusian et Tanco croisèrent leurs regards et éclatèrent de rire.
— Sacré Gilbario, fit Hal. Un Naturel. Tu l’as sorti de tes fouilles ? Le dernier naturel connu date de trois mille ans.
Il s’approcha de l’homme et s’adressa à lui en adoucissant sa voix.
— Est-ce que tu comprends ce que je dis ?
L’homme visiblement ne comprenait pas ce langage.
— Il faut communiquer avec lui par bio-neuronique, fit Gilbario. A moins que...
Il s’adressa à l’homme dans un étrange langage.
— « Quel est ton nom ? »
Les yeux de l’inconnu s’allumèrent d’une lueur d’espoir.
— « Je m’appelle Adrien Lormeau. Je suis né à Nevers le 18 octobre 1855. J’ai 63 ans ! », débita-t-il, telle une mitraillette.
Gilbario n’en croyait pas ses oreilles. Il avait à peu près compris la réponse de l’homme.
— Qu’est-ce qu’il raconte ? , le pressa Halbusian.
— Il dit qu’il a plus de 3000 ans. C’est un français. C'est-à-dire un des habitants de cette terre sur laquelle nous vivons et qui s’appelait France.
— C’est n’importe quoi !, s’exclama Tanco.
— Ah oui ? Et comment expliques-tu qu’il parle couramment un langage qui vient du fond des temps ? Un langage que je maîtrise à peine à partir de quelques documents retrouvés dans les fouilles. Regarde ses vêtements. Et surtout, le vieillissement de son corps. Il n’a pas été stoppé. Sûr ! Il n’a pas été crée par une génémère !
Gilbario fit assoir l’homme et lui fixa un récepteur bio-neuronique. Alors s’engagea un dialogue qui laissa stupéfaits les trois policiers.
L’homme expliqua être allé la veille, visiter son frère. Arrivé de nuit à la gare, il avait fini le trajet à pied. Une intense lumière l’avait soudain enveloppé et il s’était senti happé vers le ciel. Il avait aperçu une 'énorme maison volante' avant de perdre conscience. Il s’était réveillé dans le marécage où on l’avait découvert. Il s’était mis à courir devant lui complètement affolé.
— Vous croyez ces fadaises ?, fit Tanco.
— Je sais !, dit Gilbario. Il a été enlevé par des Aliens ! Ils l’ont emmené très loin. Sûrement pour l’étudier. Puis ils l’ont ramené. Avec la loi de la relativité, plus de trois mille ans se sont écoulés sur terre et quelques heures pour ce pauvre homme. C’est incroyable !
—Tu veux dire que c’est un fossile vivant ?
— Oui ! , s’enthousiasma Gilbario. Grâce à lui nous allons apprendre pleins de choses sur ces temps révolus. J’ai hâte de le présenter au comité.
Il n’en eut pas le temps. Deux jours plus tard, Adrien était pris de fortes fièvres et décédait rapidement de complications pulmonaires. Comme la totalité des habitants de la cité d’ailleurs. L’humanité n’utilisait plus depuis longtemps les médicaments. Ceci depuis que les génémères avaient introduit toutes parades aux maladies dans le génome de leurs progénitures. Toutes parades aux affections connues mais incapables de contrer la propagation, dans les organismes, de bactéries vieilles de trois mille ans. Mais Adrien avait transmis un autre héritage à ses lointains descendants : Un virus qui avait terrassé la population et donné le champ libre à l’attaque de ces bactéries. Un virus qu’on avait appelé en d’autres temps, la grippe espagnole.
ShortEditions

17:40 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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