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01/10/2018

FEMME DE MARIN (Nouvelle)

 

La femme du marin

Caroline Audouin

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Longtemps j’ai rêvé d’être la femme d’un marin. En écoutant les vagues, en respirant les embruns, je peux imaginer le ténébreux blond ou le brun qui me ferait chavirer et la vie que je mènerai, par la passion emportée... 

« Mes matins, je me réveille. Mes yeux s’ouvrent sur la moitié de la couche vide mais intouchée. Jamais je ne m’étale, jamais je ne m’étire, car sa place, je lui garde, fraîche et paisible. 
Frissonnante, enveloppée par ma robe de chambre, je me précipite exaltée vers le pas de la porte pour guetter la mer qui, tel un jardin, s’étend devant moi. Point de navire, point de retour. Il me faudra encore commencer sans lui ce jour. 
Un seul bol, pas un bruit. Pourtant des petits « lui », Dieu sait que j’en ai envie, mais la nature est mal faite : elle a pris mon époux sans m’en laisser un extrait. Parfois, je rêve, je ferme les yeux et j’imagine nos traits formant un visage, des gestes qui me rappelleraient les siens, une petite voix qui sonnerait dans mes oreilles comme l’air familier de ses mots à lui... puis j’ouvre les yeux et je me languis... 
Le jour suit son cours, ponctué par des coups d’œil répétés vers cette voleuse de mari qui me nargue où que je sois, sur cette île sans avenir, et lui qui tarde à venir pour me redonner vie... 
Entretenir son foyer, ses meubles, chauffer son lit pour être prête à l’accueillir, fatigué, mais enfin apaisé, rendre visite à la famille pour ne pas qu’ils l’oublient, faire les courses, faire des projets, faire comme s’il était là, juste parti pour un tour, ne jamais penser « toujours », oublier le calendrier, puis aussi rester belle, ou du moins rester celle à qui un jour il a dit oui, l’image qui partout le suit, fidèle à son souvenir. Ne vivre que pour lui n’est pas vivre vraiment, mais que voulez-vous, c’est mon alcool violent, ma raison d’exister, ce n’est pas ma moitié, c’est mon intégralité, à lui je suis liée... 
Le soir, lourde d’avoir traversé le jour, je m’assieds sur le ponton. Mon regard sur l’horizon, j’essaie de ne pas l’imaginer dans ses ports lointains, heureux et si vivant, caressant d’autres mains, suant sur d’autres corps, faisant l’aventureux, mais tel est son sort. 
Car il va revenir, oui, il me reviendra bientôt... 
En me levant un matin, scrutant l’horizon lointain, je verrai l’ombre de son navire tâcher le soleil qui se lève et mon cœur ralenti cessera sa grève. Je courrai jusqu’au port, pensant accélérer la flottaison. Mais les nœuds marins se jouent de moi : 0,5399556 km par heure. Ils divisent le temps, multiplient la longueur. Tic tac tic tac... Il est plus près de moi... tic tac tic tac... il se rapproche ! J’ai si hâte de le sentir que je me mets à frémir... 
Le navire est à quai. En descendent des corps fatigués. La peur un bref instant me prend. Suis-je encore celle qu’il attend ? Les doutes se dissipent quand enfin je reconnais sa silhouette. 
Il est là, beau, resplendissant de vigueur, sourire brillant, muscles bombés, plus fort que mon souvenir, plus grand que personne d’autre ne le voit. Il n’est enfin qu’à moi. J’en oublie ma langueur, je sors de ma torpeur, La vie peut reprendre, la joie réapparaître. Mes joues sont en feu. Il me voit. Me sourit. Je m’avance vers lui. Ses bras sur moi se serrent. Enfin ! 
Le reste de la journée n’est que retrouvailles familiales et rires. Il avait manqué aux uns, fait rêver les autres. Ses récits mettaient dans ses yeux encore un peu de l’excitation du moment. Il coupait parfois son histoire, tournant la tête vers moi et chacun comprenait que certaines choses pouvaient se passer quand un homme est loin de son foyer depuis une éternité... Mais ça, je veux l’oublier... 
Le soir viendra, moment où les dieux laissent aux humains le bonheur de n’être plus que deux. Tout doucement il me dira des mots très tendres, tout ce que je veux entendre. Je l’écouterai me mentir, me dire que repartir est le dernier de ses souhaits, que mes bras sont plus doux que le sable des tropiques, mes yeux plus étincelants que les aurores boréales. Mais le chant des sirènes a atteint une fois son âme, depuis, il en est vassal. Alors, pour qu’il soit heureux, je caresserai sa joue, les yeux dans les yeux, et je le croirai encore un peu, mon amoureux... »

 ShortEditions

17:48 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

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