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16/11/2016

JUBILÉ DES SANS ABRI À ROME

                             LE PAPE FRANÇOIS SE RECUEILLE AVEC DES PRÉCAIRES

16:58 Publié dans PAPE | Lien permanent | Commentaires (0)

15/11/2016

JUBILÉ DES PRÉCAIRES À ROME

Avec les pauvres, au cœur de l’Eglise

Du 10 au 13 novembre à Rome, le pèlerinage de 4 000 personnes précaires rassemblées par l’association Fratello à l’invitation du pape, a rappelé que « les pauvres sont le trésor de l’Église ».

Vendredi 11 et dimanche 13 novembre, François leur a demandé pardon pour les chrétiens qui se détournent d’eux et les a exhortés à « rêver que le monde puisse changer ».

Sur l’estrade du hall Paul VI, à Rome, le pape François, debout, tête inclinée, garde les yeux fermés et les mains jointes pendant que les pèlerins prient silencieusement sur lui, pour lui.
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Sur l’estrade du hall Paul VI, à Rome, le pape François, debout, tête inclinée, garde les yeux fermés et les mains jointes pendant que les pèlerins prient silencieusement sur lui, pour lui. / Kasia Strek pour la Croix/Ciric

« J’ai demandé à Jésus de la part du pape de persévérer dans ma vie, avec la foi, la santé, le courage ! » Souriant et chaleureux, Dany partage avec confiance l’intention de prière personnelle qu’il a déposée samedi soir devant l’autel de Saint-Paul-hors-les-Murs. Lui qui vit désormais avec des jeunes professionnels chrétiens dans une « colocation solidaire » de l’Association pour l’amitié (APA) à Paris, a longtemps connu la rue. Il sait, comme tant des 4 000 pèlerins Fratello venus à Rome de toute l’Europe, que « lorsqu’on est pauvre, c’est un combat de chaque jour de vivre ! ».

> A lire : Sans-abri à Paris, pèlerins à Rome

Dany ne pouvait savoir, en revanche, que son intention de prière rédigée pendant la veillée de la Réconciliation rejoindrait précisément l’évangile lu le lendemain dans la basilique Saint-Pierre : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (Lc 21,19). Car pour la plupart des sans-abri et exclus venus ici à l’invitation de François pour le dernier week-end de l’Année de la miséricorde, il s’agit de lutter non seulement contre le froid et la faim, mais aussi et surtout contre l’isolement et le rejet.

« Chacune de vos vies vaut infiniment plus que toute cette richesse »

D’où la double insistance du pape, lors de l’audience générale, vendredi dans la salle Paul VI, et lors de la messe dominicale dans la basilique Saint-Pierre, à rappeler que « Dieu dirige son regard vers le pauvre » et à demander pardon pour les chrétiens qui ne le font pas (lire ci-dessous). « Feindre de ne pas voir les nombreux Lazare d’aujourd’hui qui sont exclus et rejetés, affirme-t-il en citant un autre passage de l’Évangile de Luc, c’est tourner le dos à Dieu. »

C’est également un double but que visait Fratello en organisant, pour la première fois, ce rassemblement romain : contribuer à ouvrir les yeux et le cœur des chrétiens afin qu’« ils ne tournent pas le dos à leurs frères oubliés et souffrants » et montrer concrètement à ceux-ci qu’ils sont « le trésor de l’Église », comme le leur a rappelé Mgr Benoist de Sinety lors de la messe vendredi soir dans la somptueuse église Saint-André-de-la-Vallée.

« Chacune de vos vies vaut infiniment plus que toute cette richesse », a souligné le vicaire général du diocèse de Paris, après avoir fait admirer les fresques admirables et les colonnes dorées. « C’est notre tâche de prendre soin de la vraie richesse que sont les pauvres », disait aussi le pape dimanche.

« Ce sera la prière des pauvres pour le pape des pauvres »

« Vivre avec les pauvres nous évangélise en profondeur, cela nous apprend à aimer, à pardonner, à dire merci », souligne de son côté Etienne Villemain, fort de ce qu’il vit depuis dix ans, en tant que fondateur de l’APA. D’où le soin particulier apporté par Fratello au logement (dans les bungalows confortables d’un camping de Rome) et aux repas (souvent dans des restaurants du « Centro Storico »).

Porté par cette même certitude que les pauvres sont le trésor de l’Église, le cardinal Philippe Barbarin propose au pape que les dix pèlerins, placés à ses côtés sur l’estrade du hall Paul VI, prient sur lui et pour lui : « Ce sera la prière des pauvres pour le pape des pauvres », résume l’archevêque de Lyon.

Certains mettent alors leur main sur ses épaules. D’autres appuient leur tête contre son cou. Debout, tête inclinée, le pape garde les yeux fermés et les mains jointes pendant que tous les pèlerins prient silencieusement sur lui, pour lui. Les applaudissements fusent, tandis qu’un Veni Sancte Spiritus est entonné par la chorale nantaise « Au clair de la rue », en partie composée de sans-abri.

Internationale de la précarité

Cette image reste l’une des plus fortes de ce « pèlerinage de joie et d’espérance », coorganisé avec divers diocèses et associations de solidarité françaises ou internationales (Aux captifs la libération, Ordre de Malte, Société Saint-Vincent-de-Paul, Secours catholique…). De même, la procession aux flambeaux, samedi soir, sous les hauts pins du parc de Saint-Paul-hors-les-Murs a marqué les esprits.

Derrière une bannière de la Vierge et une vingtaine de drapeaux européens, tous dans cette sorte d’internationale de la précarité s’agenouillent avant de pénétrer, par la Porte sainte, dans la basilique pour une veillée de la Réconciliation.

« Hier, dix fois, le pape vous a dit qu’il a besoin de vous pour construire l’Église, lance le cardinal Philippe Barbarin. Est-ce que vous avez entendu ? C’est une mission que le pape vous a donnée. C’est pour cela qu’il vous faut vous réconcilier avec le Seigneur, comme Jésus l’a fait avec Pierre et Paul, alors qu’ils étaient apparemment peu recommandables. Ils sont devenus ensuite des colonnes de l’Église. Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! », les exhorte encore l’archevêque de Lyon, prolongeant la lecture de la lettre de Paul aux Corinthiens.

Ne pas perdre leur « capacité de rêver et d’aller de l’avant »

Au pied des colonnes, des files se forment pour se confesser auprès des dizaines de prêtres accompagnateurs de fraternités. « Certains ne s’étaient encore jamais confessés », constate le P. Arnaud Nicolas, vicaire de la paroisse parisienne Saint-Joseph-des-Nations, venu avec une vingtaine de pèlerins.

D’autres pèlerins restent longtemps prostrés devant le Saint-Sacrement exposé sur l’autel. « Nous voulons montrer que le Christ lui-même les accueille sur le tabernacle », explique Loïc Luisetto, l’un des organisateurs de Fratello.

> A lire  : « Fratello » en dates et en chiffres

Au fil des trois jours, quelques anciens « gars de la rue » témoignent concrètement de la manière dont « le Seigneur a été miséricordieux » pour eux, selon l’expression de Pierre, ancien punk révolté, aujourd’hui engagé dans la diaconie du Var. Le Français Christian qui a connu « la galère et la schizophrénie » et le Polonais Robert, tombé « dans la déchéance », affirment eux aussi que Dieu les a sauvés.

Répondant à ces témoignages de salut, le pape a invité vendredi les pèlerins Fratello à ne pas perdre leur « capacité de rêver et d’aller de l’avant. Un jour, vous avez rêvé de venir à Rome et cela s’est réalisé. Alors rêvez que le monde puisse changer à partir de l’Évangile. Enseignez aux autres à ne pas être défaitistes ! »

***

« Je vous demande pardon pour toutes les fois où les chrétiens ont regardé de l’autre côté »

Extrait des propos improvisés vendredi par le pape François lors de l’audience avec les participants au jubilé des exclus.

« Je vous demande pardon au nom des chrétiens qui ne lisent pas l’Évangile en y plaçant la pauvreté au centre. Je vous demande pardon pour toutes les fois où les chrétiens, face à une personne pauvre ou dans une situation de pauvreté, ont regardé de l’autre côté. Pardon. Votre pardon pour les hommes et les femmes de l’Église, qui ne veulent pas vous regarder ou n’ont pas voulu vous regarder, est de l’eau bénite pour nous. Elle nous nettoie, elle nous aide à croire à nouveau que, au cœur de l’Évangile, il y a la pauvreté évangélique comme un grand message ; et que nous, les catholiques, les chrétiens, tous, nous devons former une Église pauvre pour les pauvres ; et que tout homme ou femme, quelle que soit sa religion, doit voir dans chaque pauvre le message de Dieu qui s’approche et se fait pauvre pour nous accompagner dans la vie. »

Claire Lesegretain, à Rome (LA CROIX)

17:12 Publié dans PAPE | Lien permanent | Commentaires (0)

28/10/2016

LE PAPE ET L'HUMORISTE

 

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Le célèbre acteur italien Roberto Benigni

révèle le contenu de sa fameuse conversation téléphonique avec le Saint-Père.

Isabelle Cousturié


Il y a presque deux ans, le célèbre acteur et réalisateur du film, La vie est belle, a fait exploser l’audience de la télévision publique italienne en commentant les 10 commandements. Le succès fut tel que des rumeurs couraient que le Pape en personne l’avait appelé pour le féliciter. Mais rien de plus. Roberto Benigni a tenu sa langue jusqu’au 23 octobre dernier, révélant, contre toute attente, le contenu de cet appel téléphonique qui a bien eu lieu.
De l’appel de François
« C’était  le 17 décembre 2014. Le Pape a appelé chez moi à 8 heures du matin, mais le problème c’est que je dormais. On lui a répondu : « Oui Roberto est là mais il dort, veuillez rappeler demain ». Vous imaginez  ? Et il a rappelé ! Il était si tendre que j’aurais voulu le prendre dans mes bras », a révélé l’acteur, le visage rayonnant, lors d’une rencontre publique à la clôture du 11ème Festival international du cinéma à Rome. Anecdotes, souvenirs épiques, histoires incroyables qui lui étaient arrivés, s’enchaînent. Jusqu’à l’épisode du coup de téléphone…
Que lui a-t-il dit ? Ce qu’il dit généralement quand une histoire, une initiative, le touche profondément. « C’est bien ce que tu fais – toujours le tutoiement – tu sais que tu fais vraiment du bien ! », lui a-t-il dit comme à ce jeune blogueur, encore tout récemment, pour le féliciter et l’encourager dans sa démarche de parcourir 4 000 kilomètres à pieds pour récolter des fonds et aider au financement de la recherche contre une maladie qui a tué sa conjointe. « Ce fut un moment extraordinaire ! », a poursuivi l’acteur italien qui dit lui avoir répondu : « Moi, du bien ? Mais c’est vous qui en faites du bien, tant de bien ! ».
Après la diffusion de l’émission, le Vatican n’avait ni démenti ni confirmé le coup de téléphone du Pape. Néanmoins, le président du conseil pontifical pour la famille, Mgr Vincenzo Paglia, s’était avancé un peu plus en affirmant qu’un « nouveau geste » du Pape en ce sens n’aurait rien de surprenant, car cette émission « allait dans le droit fil de l’Église ». Il avait ajouté : « Ici il s’agit d’un artiste “en sortie” qui sait utiliser le bagage de la sagesse biblique mais sans trop l’étaler ».

À lire aussi : Quand Roberto Benigni raconte le premier acte de miséricorde de Jésus

À l’appel de Jean Paul II
Parti dans ses souvenirs, Roberto Benigni, est remonté jusqu’à Jean Paul II, qui avait souhaité voir avec lui le film, La vie est belle, et l’avait appelé pour l’inviter. C’était en 1999. « Il m’a gardé six heures. Plus que le président des États-Unis ! Ce fut une émotion extraordinaire. Je crois en Dieu. De toute façon, si nous ne sommes pas faits par lui, nous sommes faits de lui, non ? », furent les  paroles fameuses de l’acteur à l’issue de cette rencontre.
Roberto Benigni est revenu d’autant plus volontiers sur cet épisode que ses relations avec Karol Wojtyla avaient bien mal commencé. L’avoir traité de « Wojtylaccio », vingt ans auparavant, lui avait valu une interdiction de télévision pendant un an, et une condamnation « pour outrage à la religion », soit un million d’amende  à payer au Saint-Siège et un an de prison avec sursis. « En fait, dans ma région d’origine, c’est une façon affectueuse de nommer les gens, du genre « ce garnement de Wojtyla », avait cherché à se défendre l’acteur.
Mais depuis, La vie est belle, tout semble pardonné. Jean Paul II ne lui en a pas tenu rigueur – « Il ne s’en souvenait même pas ! » aurait-il confié à l’artiste – et « l’a traité en fils », se plait-il à raconter dès qu’il en a l’occasion. Après la vision du film, raconte l’acteur encore une fois : « Il s’est tourné vers moi et m’a dit “Ce film m’a fait pleurer”. C’est vrai, je l’ai vu très ému ! Après, on est resté en contact, il m’a même écrit une lettre, comme un père écrirait à son fils ! ».
Source: Aleteia

 

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27/09/2016

LE PAPE FRANÇOIS AU CINÉMA

De l’Argentine au Vatican : un film part sur les traces de François

"Le pape François" sortira dans les salles françaises le 28 septembre.


 

         
 

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Ana est une journaliste espagnole bientôt quadragénaire, typique de sa génération : parcours professionnel réussi, intérêts multiples, relations cordiales. Pour autant, rien de solide dans sa vie : partagée entre son travail et ses amours, sans convictions autres que ses attachements familiaux, elle est envoyée à Rome couvrir le conclave de 2005, qui élira Benoît XVI, au moment même où elle se découvre enceinte.

Une rencontre hors du commun

Alors qu’elle passe le voyage à se demander si elle cédera au père de son enfant qui exige qu’elle avorte, écartelée entre les exigences de son autonomie et les principes inculqués par sa mère argentine, elle se retrouve soudain, dans le train qui la mène de l’aéroport au Vatican, face à un prélat qu’elle reconnaît immédiatement : le « padre Jorge », archevêque de Buenos Aires. Cette rencontre changera sa vie, au point qu’elle va s’attacher au cardinal Bergoglio et le connaître de mieux en mieux, entraînant les spectateurs que nous sommes dans la découverte du parcours et de la personnalité hors du commun du futur pape François.

En somme, une jeune femme déclassée rencontre un prélat inclassable. Ce qui permet au film, sans prétendre à l’objectivité [1], de nous livrer un regard personnel [2] qui, tout en assumant un ton résolument hagiographique, ancre les personnages dans la réalité contemporaine.

Avec simplicité et audace 

La construction classique du récit fait alterner les scènes de rencontre entre la journaliste et le prélat avec des flashbacks sur la jeunesse et la carrière du padre Jorge. Une belle photo (le chef opérateur est celui de Biancaneves) et une bande son parfois pesante accompagnent ces allers et retours. Loin des ors du Vatican ou de la mythologie jésuite, nous découvrons surtout un archevêque attaché à son peuple et s’efforçant, avec une simplicité et une audace quelquefois déconcertantes, de témoigner de la tendresse du Seigneur.

Maints aspects sont ainsi traités, aussi bien sur l’Argentine, où cohabitent trafiquants de drogue et junte autoritaire, que sur l’Église, qui mêle en son sein « prêtres pharisiens » et pécheurs pardonnés. Du contexte de Buenos Aires aux combats souterrains du Vatican le prisme est large, même si demeurent quelques énigmes, par exemple la trajectoire du jésuite avant son épiscopat ou l’évolution de ses relations familiales une fois sa vocation assumée.

Au terme d’une histoire aux rebondissements émouvants se dégage la vision d’un homme spirituel, à l’intelligence pratique, qui ne cherche pas à tout expliquer mais veut prendre à bras le corps le réel pour y trouver et y manifester la miséricorde de Dieu – comme aussi ses exigences.

Peut-être le portrait aurait-il eu plus de relief en évoquant quelques faiblesses du héros, ou comment son prédécesseur a pu, dans un style différent, lui ouvrir la voie. Il reste que les spectateurs seront souvent passionnés par ce récit très concret, qui éclaire beaucoup de questionnements actuels sur l’Église et le monde.

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[1] L’acteur principal ressemble peu physiquement au pape François, manière sans doute de souligner que le film n’est pas identique au réel. Tout au plus des images authentiques du Saint-Père, à la fin, permettent-elles de faire le raccord.

[2] D’ailleurs inspiré du best-seller Francisco: Vidad y Revolucion, écrit par Elisabetta Piqué à partir de sa propre rencontre avec François.

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05/09/2016

HOMÉLIE DU PAPE À LA CANONISATION DE MÈRE TERESA

 

Canonisation: l’amour gratuit et libre de sainte Teresa de Calcutta
Homélie du pape François

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Canonisation de Mère Teresa © L'Osservatore Romano
« La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance », explique le pape François dans son homélie pour la canonisation de sainte Mère Teresa de Calcutta, ce dimanche, 4 septembre 2016, place Saint-Pierre, devant plus de cent mille de personnes. Il a souligné sa liberté.
Le pape a insisté sur les « périphéries » visitées et soulagées par Mère Teresa, comme un visite de Dieu : « Sa mission dans les périphéries des villes et dans les périphéries existentielles perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres. »
Il a confié ce modèle de liberté à ceux qui sont engagés dans le bénévolat auprès des pauvres et des souffrants : « Aujourd’hui, je remets cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté ! Que cet infatigable artisan de miséricorde nous aide à comprendre toujours mieux que notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion. »
Ce passage de l’homélie a été salué par des applaudissements et le pape a posté ce tweet sur son compte @Pontifex_fr à l’issue de la célébration: « Portons le sourire de Mère Teresa dans le cœur et offrons-le à ceux que nous rencontrons sur notre chemin. »
Voici le texte complet, dans une traduction officielle de l’italien, de l’homélie du pape François.

Homélie du pape François


« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13).
Cette interrogation du livre de la Sagesse, que nous avons écoutée dans la première lecture, nous présente notre vie comme un mystère, dont la clef d’interprétation n’est pas en notre possession. Les protagonistes de l’histoire sont toujours deux : Dieu d’une part et les hommes de l’autre. Nous avons la tâche de percevoir l’appel de Dieu et, ensuite, d’accueillir sa volonté. Mais pour l’accueillir sans hésitation, demandons-nous : quelle est la volonté de Dieu ?
Dans le même passage du livre de la Sagesse, nous trouvons la réponse : « C’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît » (v. 18). Pour authentifier l’appel de Dieu, nous devons nous demander et comprendre ce qui lui plaît. Bien souvent, les prophètes annoncent ce qui plaît au Seigneur. Leur message trouve une admirable synthèse dans l’expression : « C’est la miséricorde que je veux et non des sacrifices » (Os 6, 6 ; Mt 9, 13). Toute œuvre de miséricorde plaît à Dieu, parce que dans le frère que nous aidons nous reconnaissons le visage de Dieu que personne ne peut voir (cf. Jn 1, 18). Et chaque fois que nous nous penchons sur les besoins de nos frères, nous donnons à manger et à boire à Jésus ; nous vêtons, nous soutenons et nous visitons le Fils de Dieu (cf. Mt 25, 40). En somme, nous touchons la chair du Christ.
Nous sommes donc appelés à traduire dans le concret ce que nous invoquons dans la prière et professons dans la foi. Il n’y a pas d’alternative à la charité : ceux qui se mettent au service de leurs frères, même sans le savoir, sont ceux qui aiment Dieu (cf. 1Jn3, 16-18 ; Jc 2, 14-18). La vie chrétienne, cependant, n’est pas une simple aide qui est fournie dans le temps du besoin. S’il en était ainsi, ce serait certes un beau sentiment de solidarité humaine qui suscite un bénéfice immédiat, mais qui serait stérile, parce que sans racines. L’engagement que le Seigneur demande, au contraire, est l’engagement d’une vocation à la charité par laquelle tout disciple du Christ met sa propre vie à son service, pour grandir chaque jour dans l’amour.
Nous avons écouté dans l’Évangile que « de grandes foules faisaient route avec Jésus » (Lc 14, 25). Aujourd’hui, ces « grandes foules » sont représentées par le vaste monde du volontariat, ici réuni à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde. Vous êtes cette foule qui suit le Maître et qui rend visible son amour concret pour chaque personne. Je vous répète les paroles de l’apôtre Paul : « Ta charité m’a déjà apporté de joie et de réconfort, car grâce à toi…, les cœurs des fidèles ont trouvé du repos » (Phm 7). Que de cœurs les volontaires réconfortent ! Que de mains ils soutiennent ! Que de larmes ils essuient ! Que d’amour mis dans le service caché, humble et désintéressé ! Ce service louable manifeste la foi  – manifeste la foi – et exprime la miséricorde du Père qui se fait proche de ceux qui sont dans le besoin.
Suivre Jésus est un engagement sérieux et en même temps joyeux ; cela demande radicalité et courage pour reconnaître le divin Maître dans le plus pauvre ainsi que dans le marginalisé de la vie et pour se mettre à son service. C’est pourquoi, les volontaires qui, par amour pour Jésus, servent les derniers et les démunis n’attendent aucune reconnaissance ni aucune gratification, mais renoncent à tout cela parce qu’ils ont découvert l’amour authentique. Et chacun de nous peut dire : ‘‘Comme le Seigneur est venu vers moi et s’est penché sur moi en temps de besoin, de la même manière moi aussi je vais vers lui et je me penche sur ceux qui ont perdu la foi ou vivent comme si Dieu n’existait pas, sur les jeunes sans valeurs et sans idéaux, sur les familles en crise, sur les malades et les détenus, sur les réfugiés et les migrants, sur les faibles et sur ceux qui sont sans défense corporellement et spirituellement, sur les mineurs abandonnés à eux-mêmes, ainsi que sur les personnes âgées laissées seules. Partout où il y a une main tendue qui demande une aide pour se remettre debout, doit se percevoir notre présence ainsi que la présence de l’Église qui soutient et donne espérance’’. Et cela, il faut le faire avec la mémoire vivante de la main du Seigneur tendue sur moi quand j’étais à terre.
Mère Teresa, tout au long de son existence, a été une généreuse dispensatrice de la miséricorde divine, en se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée.  Elle s’est dépensée dans la défense de la vie, en proclamant sans relâche que « celui qui n’est pas encore né est le plus faible, le plus petit, le plus misérable ». Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité que Dieu leur a donnée ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes face aux crimes – face aux crimes – de la pauvreté qu’ils ont créée eux-mêmes. La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance.
Sa mission dans les périphéries des villes et dans les périphéries existentielles perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres. Aujourd’hui, je remets cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté ! Je crois qu’il nous sera un peu difficile de l’appeler sainte Teresa ; sa sainteté nous est si proche, si tendre et si féconde que spontanément nous continuerons de lui dire : ‘‘Mère Teresa’’. Que cet infatigable artisan de miséricorde nous aide à comprendre toujours mieux que notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion. Mère Teresa aimait dire : « Je ne parle peut-être pas leur langue, mais je peux sourire ». Portons son sourire le dans le cœur et offrons-le à ceux que nous rencontrons sur notre chemin, surtout à ceux qui souffrent. Nous ouvrirons ainsi des horizons de joie et d’espérance à tant de personnes découragées, qui ont besoin aussi bien de compréhension que de tendresse.
© Librairie éditrice du Vatican

4 septembre 2016 : Anita Bourdin

16:44 Publié dans PAPE | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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