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17/07/2017

LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE


Les Animaux malades

de la peste

 

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Un mal qui répand la terreur,


Mal que le Ciel en sa fureur


Inventa pour punir les crimes de la terre,


La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),


Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,Faisait aux Animaux la guerre.


Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :


On n’en voyait point d’occupés


À chercher le soutien d’une mourante vie ;


Nul mets n’excitait leur envie ;


Ni Loups ni Renards n’épiaient


La douce et l’innocente proie ;


Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.


Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis


Pour nos péchés cette infortune.


Que le plus coupable de nous


Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents


On fait de pareils dévouements.


Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence


L’état de notre conscience.


Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,


J’ai dévoré force moutons.


Que m’avaient-ils fait ? nulle offense ;


Même il m’est arrivé quelquefois de manger


Le berger.
J

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense


Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi ;


Car on doit souhaiter, selon toute justice,


Que le plus coupable périsse.


– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ;


Vos scrupules font voir trop de délicatesse.


Et bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce,


Est-ce un péché ? Non, non.

Vous leur fîtes, Seigneur,


En les croquant, beaucoup d’honneur ;


Et quant au berger, l’on peut dire


Qu’il était digne de tous maux,


Étant de ces gens-là qui sur les animaux


Se font un chimérique empire. »


Ainsi dit le Renard ; et flatteurs d’applaudir.


On n’osa trop approfondir


Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,


Les moins pardonnables offenses.


Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples Mâtins,


Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Âne vint à son tour, et dit :

« J’ai souvenance


Qu’en un pré de moines passant,


La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense


Quelque diable aussi me poussant,


Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ;


Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »


À ces mots, on cria haro sur le baudet.


Un Loup quelque peu clerc, prouva par sa harangue


Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,


Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.


Sa peccadille fut jugée un cas pendable.


Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !


Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait.

On le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,


Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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03/04/2017

TROIS HOMMES GRIS


Trois hommes gris 

par Anabelle

Capture d’écran 2017-04-03 à 17.20.58.png


Ils sont trois.
Trois hommes gris.
Quelconques, fatigués, le regard rendu inexpressif par la lassitude.
Ils sont assis à quelques mètres les uns des autres, dans un bus de banlieue.

Il est très tôt. 5 h 30. 5 h 45 peut-être. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il fait encore nuit, il fait froid, l’humidité du petit matin leur colle à la peau et les fait frissonner.
En dehors de ces trois ombres tristes et du chauffeur, le bus est vide. Vide comme leurs regards. Vide comme leurs cœurs qu'en cet instant aucune pensée, aucun sentiment, aucune sensation ne traverse.
Sans opposer de résistance, les trois fantômes se laissent ballotter par les nids de poule et les dos d’âne qui ponctuent leur trajet. Par intermittence, ils poussent de longs soupirs, puis sombrent à nouveau dans leur torpeur habituelle.

Leur journée commence à peine. Pourtant, ils sont déjà las. Las de ce qu’ils ont vécu, las de ce qui les attend, las de la grisaille ambiante qui les enveloppe et les étouffe à petit feu.
Oui, c’est vrai, leur journée commence à peine. Mais ils sont épuisés. Épuisés et découragés de se sentir si laids, si peu vivants, si inutiles, à l’image de ce qui les entoure.

Les freins du bus, usé d’avoir tourné en rond sur le même parcours des milliers de fois, poussent à chaque feu rouge des cris aigus d’agonie douloureuse. Mais cela fait bien longtemps que les trois hommes gris ne perçoivent plus cette plainte. On s’habitue à tout. On se ferme à tout lorsque l’on est profondément malheureux.
De la buée recouvre les vitres et transforme en halo imprécis les rares lumières de la ville endormie. Une odeur entêtante de chien mouillé alourdit l’air.


Elles sont trois.
Trois petites vies grises.
Trois histoires sans scénario, sans message, sans lecteur.
Trois solitudes immenses. Voilà bien la seule caractéristique de taille chez nos trois hommes, mais là, le Créateur a fait les choses de façon étonnamment démesurée.
Trois silhouettes immobiles, têtes baissées, repliées sur elles-mêmes.

Le terminus approche et, avec lui, l’instant où les trois hommes vont descendre pour s’éparpiller dans la nuit.
Ne va pas t'imaginer qu’il va enfin se produire quelque chose, qu’ils vont soudainement relever la tête et découvrir qu’ils ne sont pas seuls dans ce bus sinistre, qu’ils vont faire connaissance, s’intéresser les uns aux autres.
Ne va pas espérer qu’un événement spectaculaire va se produire et donner de l’épaisseur à des vies qui n’en auront jamais.

Ne rêvons pas. Nous ne sommes pas dans un conte. Je te parle de la vraie vie, avec tout ce qu’elle comporte de cloisonnements, de murs invisibles, de freins, d’indifférence, de moments d’hiver comme suspendus, quand la vie semble s’être retirée pour hiberner en attendant des jours meilleurs.
Non. Ils ne se parleront pas. Ils ne prendront jamais conscience de la présence de deux autres battements de cœur tout près d’eux. Ils se seront juste frôlés, auront respiré le même air moite pendant quelques minutes, auront sursauté aux mêmes soubresauts du bus.

C’est tout.

Voilà que le bus s’arrête dans un hurlement strident de frottements mécaniques.
Terminus. Tout le monde descend.
L’un après l’autre, les trois hommes se lèvent lentement, traversent le véhicule et descendent. Leurs gestes sont automatiques, stéréotypés, déshumanisés. Peut-être l’un d’entre eux marmonne-t-il au chauffeur un « bonne journée » à peine audible. Ce dernier ne répond pas, impatient de rentrer au dépôt après cette nuit interminable à sillonner des rues désertes à la recherche d’improbables voyageurs.

Ils sont trois.
Trois hommes gris, un instant côte à côte sur le trottoir.
Une pluie fine et froide se met à tomber, comme pour leur confirmer qu’il ne faut rien attendre du jour qui va bientôt se lever.
Ils se mettent en marche. Chacun sa direction, chacun sa destination, chacun son métier. Englués dans leur train-train, ils n’ont pas conscience du rôle qu’ils vont jouer. Ils n’ont pas conscience de la partition à trois instruments qu’ils vont être amenés à exécuter, là, maintenant. D’une certaine façon, le morceau de musique a déjà commencé. Je sais, c’est bizarre une partition qui commence par une succession de silences, ponctués de quelques soupirs. Mais pourquoi pas ? Toute partition est unique et le compositeur de celle-ci l’a ainsi débutée : soupirs et silences de trois hommes gris dans un bus de banlieue.


— Un p’tit noir serré.
Le serveur n’a pas écouté la voix sourde et grave. Inutile, il sait. Déjà, il attrape une tasse et exécute avec dextérité des gestes des milliers de fois répétés. Dix ans que tous les matins de la semaine, à peine descendu du bus, notre premier homme gris vient chercher ici, dans une petite tasse de caféine, l’énergie et la motivation qui lui manquent.
Dix ans d'assiduité sans failles : jamais absent, jamais malade, jamais en déplacement. Toujours là, à 6 h 04, pour son p’tit noir serré. Debout, tout au bout du comptoir comme pour ne pas déranger. Raide comme la mort dans son imperméable gris. Silencieux et sinistre comme une friche industrielle plongée dans le brouillard. Alors plus besoin de l’écouter. Plus besoin de le saluer, ni de lui demander « comme d’habitude ? ». La journée sera longue. Autant s’économiser.
Le serveur dépose la tasse sans un regard pour son client. Il ne lui accordera pas la moindre attention. Il sait que, dans six minutes précises, il repartira sans un mot et laissera à côté du sucre qu’il n’aura pas utilisé le montant exact de la note. Sans un centime de pourboire. Je te jure ! Pas un centime de pourboire en dix ans. Alors inutile de se fendre d’un sourire ou d’entamer une conversation de courtoisie.

Pourtant, le rituel immuable de l'homme gris va connaître ce matin une infime variante. Tellement subtile que lui-même ne s’en rendra pas compte. Elle sera pourtant à l’origine de tant de bouleversements dans d’autres vies, à commencer par la tienne !...

Comme tous les matins, l’homme gris repousse le sucre de quelques centimètres, jette un œil absent à l’image qui en décore l’emballage, puis tourne sa cuillère dans la tasse pour amener le café à température idéale. Son geste est lent, précis. Il part du fond de la tasse pour remonter à la surface avant de replonger. Obtenir la température idéale : la seule quête qui habite encore l’homme gris. Le seul idéal qui le fasse se mouvoir et dont la vie ne l’ait pas dépouillé concerne la température de son café.
Triste vie, songe-t-il, triste époque...
Le rituel dure quelques minutes, tandis qu’il écoute deux routiers installés à l’autre bout du comptoir.
— Le patron veut me confier les livraisons à destination du sud de l’Espagne. J’ai accepté. Ça me changera des Teutons ! Vivement le soleil, les tapas et les petites brunes à fort caractère. Je ne supporte plus la pluie, les saucisses et les grandes blondes mollassonnes...
Tu souris ? Le second routier, lui, acquiesce d’un gros rire gras. L’homme gris approuve aussi. Il voudrait s’adresser à l’inconnu pour le lui dire. Ça se fait au comptoir d’un café, non ? S’immiscer dans une conversation. Donner son opinion quand personne ne vous la demande.
Une petite flamme vient de naître dans son regard habituellement vide. Une petite flamme qui vient de loin. Une petite flamme qui renaît de cendres anciennes, froides depuis si longtemps. Une petite flamme qui brûla en Andalousie, il y a presque vingt ans... 
La petite flamme se bat vaillamment pour durer, réchauffe soudain l’homme gris, envahit tout son corps et va jusqu’à remuer les strates les plus profondes de sa mémoire.

— Andalousie, juillet 1993, murmure-t-il pour lui-même.
Ce fut son rêve à Elle avant de devenir son paradis à lui. Elle dut le tanner pour qu’il consente à l’accompagner un mois dans cette région dont il ignorait à peu près tout. Elle dut le tanner pour qu’il consente à partir pour ce mois qui s'avérerait être Le mois de bonheur de sa vie.
Un mois passé main dans la main, dans un éblouissement de tous les instants.
Un mois de fusion des corps comme des esprits. Loin du train-train quotidien, il découvrait l’amour fou : celui qui submerge, qui illumine, qui éblouit, qui enjolive tout ce qui l’entoure.
L'ambiance de conte de fées des palais de Séville, de Grenade, de Cordoue semblait là pour refléter la féerie de leur histoire. L’animation exubérante des soirées, lorsque les Espagnols se déversaient joyeusement dans les rues, était l’image de leur propre exaltation. Les spectacles de flamenco mettaient en scène la passion tourmentée qui leur faisait passer des nuits blanches et torrides.

L’homme gris tremble.
Il tremble à l’évocation de cette période bénie où il vécut si intensément, où il fut un homme double, tant Elle était devenue un autre lui-même, où il ne douta pas un seul instant que leur amour était unique, éternel, invincible.
Il tremble d’avoir pourtant perdu son âme sœur, d’avoir brisé le lien qui les unissait alors qu'il le croyait indestructible. Il tremble d’errer maintenant, amputé de la moitié de lui-même, dans un monde gris et glacé. Depuis longtemps. Depuis si longtemps.
Triste vie, songe-t-il, triste époque...

La main de l’homme gris tremble encore lorsqu’elle plonge dans la poche de l’imperméable où attendent quelques pièces. Il s’en saisit. Son trouble rend son geste brusque, si bien que sa main entraîne dans son sillage une carte de visite. Elle tombe lentement de la poche, comme une feuille morte portée par un vent d’automne. Elle finit sa course au pied du comptoir, entre un mégot écrasé et une petite flaque de boue laissée par les chaussures de l’homme.

Il se lève. Il quitte le café sans un mot, sans un geste à la cantonade. Pour une fois, il est pressé de gagner son bureau et ses tâches routinières. Se souvenir fait mal. Or il ne veut plus avoir mal. Il ne veut plus jamais ressentir le déchirement de la perte de l’Autre, la souffrance de l’amputé.

Il n’a pas senti la carte tomber. Il ne s’apercevra pas qu'il l'a perdue. Il ne l’a d'ailleurs jamais regardée. En faisant un effort, il pourrait se remémorer le visage lumineux de la jeune fille qui la lui a donnée quelques jours plus tôt, dans le bus du soir. Quand elle s’est approchée de lui et lui a dit sans préambule « aucune nuit n’est éternelle, vous devez croire au retour du jour », il s’est demandé comment être humain pouvait être si beau. Il a bu la jeune fille du regard sans écouter ses paroles, a saisi la carte qu’elle lui tendait sans la voir et l’a fourrée dans sa poche sans y penser.
— Comment peut-on être si belle ? s’est-il répété plusieurs fois alors que la jeune fille descendait du bus en lui faisant un signe amical.
Puis, de nouveau, le gris a tout recouvert, l’homme s’est concentré sur sa lassitude et a oublié la jeune fille.

C’est ainsi que la carte a atterri sur le carrelage malpropre du bistrot, sans que personne ne la remarque. C’est ainsi que, finalement, tu seras sauvée.


« Dans la vie, on ne fait pas ce que l'on veut, mais ce que l'on peut ».

Le deuxième homme gris marche rapidement, les yeux résolument fixés sur ses chaussures fraîchement cirées. Comme chaque matin, entre la gare routière et l’entrée de son entreprise, il se répète en boucle cette phrase si souvent entendue, tellement rabâchée par son père qu’elle fait maintenant partie de lui, aussi sûrement que son gros grain de beauté sur l’épaule et que les touffes de poils disgracieuses sur ses phalanges.
Inutile de prononcer ce qui vient après. La première phrase suffit à faire résonner dans tout son être la remarque cinglante qui suivait la devise de son père et qu’il lui asséna durant toute son enfance.
— Et dans ton cas, mon fils, ça se limite à bien peu de choses.

Le deuxième homme gris accélère, le regard plus que jamais collé à ses chaussures. Ne rien voir autour. Ne pas se laisser distraire. Ne penser à rien d’autre. Se remplir des reproches et du mépris paternels avant de pénétrer dans les locaux de l’entreprise. Qu’ils imprègnent tous les pores de sa peau, ses veines, ses neurones. Qu’ils investissent les milliards de cellules de son corps. Pour que, tout à l'heure au travail, ses actes, ses décisions, le moindre de ses mouvements n'obéissent qu'à un seul objectif : faire mentir le jugement de son père.

À trop contempler ses chaussures, l'homme gris finit par buter sur un tas informe. Surpris, il se fige et oublie pour quelques secondes la litanie paternelle. Une chose (comment l'appeler autrement ?) occupe tout le trottoir. Il devra passer au-dessus ou patauger dans le caniveau pour poursuivre sa route. C'est une forme longiligne, recouverte d'une épaisse couverture miteuse. Autour, des sacs en plastique au ventre rebondi : les quelques restes d'une vie qui mérita un jour ce nom. Deux bouteilles de vin, vides, gisent à proximité. Elles ont rempli leur mission : offrir la chaleur et l'oubli qui ont permis à la chose de survivre à cette nuit glacée et humide.
L'odeur est épouvantable. L'homme gris a la nausée. Pourtant, il ne bouge pas. Au contraire, il s'imprègne de cette vision, il se laisse envahir par les effluves acides. Car il en est sûr, la chose est là pour lui, elle a un service à lui demander et elle a un message à lui délivrer.

Il ne fait aucun doute qu'un être humain s'est réfugié sous la couverture. Aucune partie de son corps n'est visible, mais l'homme gris le sait. Il est même certain qu'il s'agit d'une femme. D'où vient cette conviction ? Une intuition, car rien de ce qu'il voit ne le lui prouve. Il est pourtant catégorique : c'est une femme qui gît sur le bitume et, par sa seule silhouette, elle lance un appel au secours muet que l'homme gris perçoit aussi bien que si elle hurlait.

Sans un mot, il prend dans sa poche le billet de 5 € gagné la veille à un jeu de hasard. Il n'a même pas pris la peine de le ranger dans son portefeuille. 5 € ! Qu'en fera-t-il ? Ce n'est pas avec cela qu'il changera de vie, qu'il prouvera quoi que ce soit à son père, qu'il fuira la grisaille et le vide de son existence. La chose en revanche en tirera peut-être le moyen de survivre une nuit de plus.
L'homme gris se penche, lentement. L'odeur le force à retenir son souffle. Il glisse le billet entre la couverture et un sac en plastique. La chose le trouvera lorsqu'elle ramassera son barda avant de reprendre sa route.
Ah non ! Tu n'y es pas du tout. Il n'y a aucune générosité, ni aucune révolte dans ce geste. Le sort de la chose laisse notre homme gris complètement indifférent. Il a déjà suffisamment de raisons pour pleurer sur lui-même pour verser une larme sur autrui. Ses yeux sont secs à jamais pour ses semblables. Mais il a perçu le message que doit lui livrer la chose : s'il ne parvient pas très vite à prouver à son père et au monde qu'il est un homme digne d'intérêt et de respect, c'est bientôt lui qui se cachera sous une misérable couverture, c'est lui qui aura besoin des 5 € d'un passant pour noyer dans l'alcool la peur, la faim et les souvenirs d'une vie ratée. Il l'a toujours su. La chose le lui rappelle : s'il ne convainc pas très vite son père, il finira comme elle, épave engloutie, oubliée comme si elle n'avait jamais existé. 

Au risque de mouiller ses chaussures fraîchement cirées, l'homme gris descend dans le caniveau et poursuit sa route.
« Dans la vie, on ne fait pas ce que l'on veut, mais ce que l'on peut », murmure-t-il.
Il a déjà oublié la chose. Il a déjà oublié le billet de 5 € qu'une bourrasque vient chercher dans sa cachette pour l'entraîner loin de son destinataire initial. Il vole un moment, s'engouffre dans une ruelle protégée du vent où il retombe, tranquillement. Ne t'inquiète pas, il y restera jusqu'à ton arrivée, jusqu'à l'instant où tu te pencheras pour le ramasser.
Et c'est ainsi que, finalement, tu seras sauvée.


Le troisième homme gris tente pour la énième fois de remonter le col de son imperméable. Il a froid, mais il ne peut accélérer le pas pour se réchauffer. Une méchante bronchite lui coupe les jambes, de violentes quintes de toux l'obligent régulièrement à s'arrêter pour reprendre son souffle.
Il semble si mal que les rares passants et les balayeurs déjà à l’œuvre le dévisagent un instant : a-t-il besoin d'aide ? Mais dès qu'ils découvrent son visage, ils détournent la tête et pressent le pas : ils ont vu, ils ont compris. Ils ne veulent pas en savoir davantage. Ils préfèrent oublier au plus vite la vision qui pourrait bien perturber leur début de journée.
Car, si certains cachent la noirceur de leur cœur, ce n'est pas le cas de l'homme gris. Oui, il est violent. Oui, il est cruel et malfaisant. Et il en est fier. En tout cas, il l'assume, il l'affiche sur son visage comme sur un étendard. Ses traits durs, ses sourcils toujours froncés, la méchante cicatrice qui barre l'une de ses joues, le rictus sadique qui fige ses lèvres laissent peu de place au doute : l'homme gris déborde de haine comme une décharge déborde d'ordures.

Mes mots t'effraient ? Pourtant, cet homme détestable sera le principal acteur de ton sauvetage. S'il connaissait son rôle dans cette histoire, je crois bien qu'il en serait malade ! Imagine : un homme abject dans le rôle du chevalier délivrant la princesse ! A-t-on jamais vu contre-emploi si flagrant ? Sans doute le refuserait-il et préférerait-il rentrer chez lui sur le champ, utilisant sa bronchite comme prétexte pour ne pas aller travailler et, ainsi, empêcher que ne se réalise ce qui doit arriver.

L'homme gris entre dans un bâtiment. L'écart de température avec l'extérieur déclenche une nouvelle quinte de toux. À moins que son corps, rongé par la haine, ne tente désespérément de se débarrasser du fiel qui finira par le tuer. Peine perdue : ce fiel-là se régénère, se renforce lorsqu'on essaie de l'éradiquer, se propage comme une gangrène.

L'homme gris prend l'ascenseur. Au dixième étage, il pénètre dans les locaux de l'entreprise qui l'emploie. Comme tous les matins, il est le premier arrivé. Parfait, il n'aura pas de mains à serrer, pas de café à partager, pas de bavardages à supporter. Pendant deux heures, il étudie ses dossiers de la journée : il recense les « clients » à visiter, prend connaissance des sommes à leur extorquer, définit dans quel ordre les rencontrer. À un moment, il s'arrête sur le dossier qui nous intéresse. Peut-être hésite-t-il ? D'autres agents de recouvrement s'y sont cassé les dents, la somme à percevoir n'est pas élevée, le contrevenant semble occuper une position importante dans une puissance étrangère... Mais ne t'inquiète pas, je suis certaine que, loin de le décourager, ces informations renforcent son intérêt pour notre dossier : il aime la difficulté, il aime se battre, il aime faire plier les forts. Je ne serais pas surprise qu'il le place tout en haut de la pile. À moins qu'il ne décide de le traiter en dernier, s'il veut garder le meilleur pour la fin.
Je ne peux pas te dire à quelle heure il sonnera à notre porte. Mais il sonnera.
Et c'est ainsi que, finalement, tu seras sauvée.


Le troisième homme gris a quitté son bureau. Son attaché-case renferme les dossiers des mauvais payeurs qu'il va harceler aujourd'hui. Il n'est pas tout à fait 8 h. Les premiers employés ne vont pas tarder. L'homme gris est content de les avoir évités. Arrivé à l'accueil, avant de retrouver le froid et la grisaille, il vérifie la première adresse de sa liste. Tu vois ! Je te l'avais bien dit. Cette adresse est la nôtre. Ou plutôt celle de nos employeurs. Nous, bien sûr, nous n'avons pas d'adresse, puisque nous n'existons pas. Officiellement en tout cas.

L'homme gris marche à nouveau dans la rue, tête baissée, refrénant les quintes de toux qui l'assaillent dès qu'il sort. En quelques minutes, il arrive devant notre porte. Avant de sonner, il tente de mémoriser le nom de celui qu'il cherche. Que ces noms étrangers sont compliqués, alambiqués ! Il renonce : tant pis, il lira son papier, même si cela impressionne moins que lorsqu'il plonge son regard haineux, lourd de menaces, dans les yeux de la personne qui ouvre et qu'il clame d'une voix métallique :
— Je viens voir M. Untel.

Ça y est ! Il sonne. Aussitôt sur le qui-vive, tu abandonnes ton repassage en cours et te caches au plus près de la porte d'entrée. Madame s'inquiète :
— Qui cela peut-il bien être à une heure pareille ?
Monsieur est en train de s'habiller. Je finis de préparer les enfants qui partiront bientôt pour l'école. C'est donc Madame qui ouvre. L'homme gris se montre immédiatement agressif. Il n'aime pas les riches, et encore moins les riches qui n'honorent pas leurs dettes. Il agite un document sous le nez de Madame qui ne comprend pas tout. Il prononce des chiffres, récite des articles de lois, menace d'intenter un procès jusqu'à ce que Madame s'affole.
— Attendez. Je vais chercher mon mari.
C'est l'instant que tu guettes, que tu espères depuis si longtemps. Des mois, peut-être même des années, vu le nombre de saisons que nous avons vues défiler derrière les fenêtres de notre prison.
Quand Madame a gagné le fond de l'appartement, tu bondis. Comme toujours, tu es pieds-nus. Tu as la présence d'esprit de saisir la paire de chaussures que j'ai sortie pour l'un des enfants, puis tu sors de l'appartement comme une flèche, sous le regard interloqué de l'homme gris.
Il n'essaie pas de te retenir : ce ne sont pas ses affaires. En revanche, Monsieur arrive déjà et il t'a vue. Il a compris le danger. Il va partir à ta poursuite.
Nos trois hommes gris ont terminé leur partition. À toi, à présent, de te lancer dans ton morceau de soliste. Je ne peux plus rien pour toi. Qu'espérer et prier. 

Tu dévales les escaliers, enfiles les chaussures et te voilà dehors. Tu cours, tu cours, tu cours jusqu'à l'épuisement.
Quand un violent point de côté t'oblige à faire une courte pause, tu te caches dans une ruelle. C'est là que tu tombes sur le billet de 5 €. Bien sûr, tu as faim. Il n'y a pas un instant où je ne t'ai vue affamée depuis que nous avons été vendues. Alors, malgré la peur, tu sors de ta cachette et entres dans un café tout proche. Au comptoir, le serveur te regarde avec méfiance. Tu as les cheveux ébouriffés, tu portes un tee-shirt à manches courtes en plein hiver et une vieille jupe trop courte et déchirée. Mais le billet que tu agites ostensiblement devant ses yeux le rassure :
— Que prendra cette petite demoiselle ?
— Comme le monsieur, là-bas.
— Un chocolat chaud et un croissant ? C'est parti.

Tu dévores le croissant, bois le chocolat d'un trait, quitte à te brûler. Puis tu récupères les miettes tombées sur ta jupe. Ce faisant, tu remarques la carte de visite qu'un des hommes gris a laissée tomber par terre quelques heures plus tôt. Tu la trouves jolie : un cœur y est dessiné, ainsi qu'une main tendue vers une autre. Tu as appris à lire avant notre exil, tu peux donc en déchiffrer le texte : « aucune nuit n’est éternelle, vous devez croire au retour du jour ».
Tu demandes au serveur si tu peux utiliser le téléphone. Il accepte, en râlant. Tu composes le numéro inscrit sur la carte et tombe sur une belle voix de femme qui t'invite à parler, à lui raconter. Alors tu lui dis. Tout.
Elle te rassure. La police viendra bientôt te chercher.
Et c'est ainsi que, finalement, tu seras sauvée.


— J'aime ton histoire, maman. Crois-tu qu'elle m'arrivera un jour ?
— J'en suis certaine.
— Tu veux bien me la raconter à nouveau ?
— Non, il faut dormir. Il est très tard et tu sais combien la journée sera dure demain. Mais je te promets que je te la raconterai à nouveau. En attendant, n'oublie pas :
Un jour, ils seront trois.
Trois hommes gris.
Quelconques, fatigués, le regard rendu inexpressif par la lassitude.
Ils seront assis à quelques mètres les uns des autres, dans un bus de banlieue.
Et c'est ainsi que, finalement, tu seras sauvée.
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31/03/2017

INA COMPIL

                                                     INA COMPIL

18/01/2017

LES LUTINS

 Les lutins
  • Conte de Grimm

    - LES LUTINS


     

    C'était un cordonnier qui était devenu si pauvre, sans qu’il y eût de sa faute, qu’à la fin, il ne lui resta plus de cuir que pour une seule et unique paire de chaussures. Le soir, donc, il le découpa, comptant se remettre au travail le lendemain matin et finir cette paire de chaussures ; et quand son cuir fut taillé, il alla se coucher, l'âme en paix et la conscience en repos ; il se recommanda au bon Dieu et s'endormit.
    Au lieu du cuir le lendemain matin, après avoir fait sa prière, il voulait se remettre au travail quand il vit, sur son établi, les souliers tout faits et complètement finis. Il en fut tellement étonné qu'il ne savait plus que dire. Il prit les chaussures en main et les examina de près : le travail était impeccable et si finement fait qu'on eût dit un chef-d’œuvre : pas le moindre point qui ne fut parfait. Un acheteur arriva peu après, trouva les souliers fort à son goût et les paya plus cher que le prix habituel. Avec l'argent, le cordonnier put acheter assez de cuir pour faire deux paires de chaussures, qu'il tailla le soir même, pensant les achever le lendemain en s’y mettant de bonne heure. Mais le matin, quand il arriva au travail, les deux paires de souliers étaient faites, posées sur son établi, sans qu'il se fût donné la moindre peine ; au surplus, les acheteurs ne lui manquèrent point non plus : et c’étaient de vrais connaisseurs, car il lui laissèrent assez d'argent pour qu'il pût acheter de quoi faire quatre paires de chaussures. Et ces quatre paires-là aussi, il les trouva finies le matin quand il venait, plein de courage, pour se mettre au travail. Et comme par la suite, il en alla toujours de même et que ce qu’il avait coupé le soir se trouvait fait le lendemain matin, le cordonnier se trouva non seulement tiré de la misère, mais bientôt dans une confortable aisance qui touchait presque à la richesse.
    Peu de temps avant la Noël, un soir, après avoir taillé et découpé son cuir, le cordonnier dit à sa femme au moment d'aller au lit : « Dis donc, si nous restions éveillés cette nuit pour voir qui nous apporte ainsi son assistance généreuse ? »
    L’ épouse en fut heureuse et alluma une chandelle neuve, puis ils allèrent se cacher, tous les deux, derrière les vêtements de la penderie et où ils restèrent à guetter. À minuit, arrivèrent deux mignons petits nains tout nus qui s'installèrent à l'établi et qui, tirant à eux les coupes de cuir, se mirent de leur agiles petits doigts à monter et piquer, coudre et clouer les chaussures avec des gestes d'une prestesse et d'une perfection telles qu'on n’arrivait pas à les suivre, ni même à comprendre comment c'était possible. Ils ne s'arrêtèrent pas dans leur travail avant d'avoir tout achevé et aligné les chaussures sur l'établi ; puis ils disparurent tout aussi prestement.
    Le lendemain matin, l'épouse dit au cordonnier :
    - Ces petits hommes nous ont apporté la richesse, nous devrions leur montrer notre reconnaissance : ils sont tout nus et il doivent avoir froid à courir ainsi. Sais-tu quoi ? Je vais leur coudre de petits caleçons et de petites chemises, de petites culottes et de petites vestes et je tricoterai pour eux de petites chaussettes ; toi, tu leur feras à chacun une petite paire de souliers pour aller avec.
    - Cela, dit le mari, je le ferai avec plaisir !
    Et le soir, quand ils eurent tout fini, ils déposèrent leurs cadeaux sur l’établi, à la place du cuir découpé qui s'y entassait d'habitude, et ils allèrent se cacher de nouveau pour voir comment ils recevraient leur présent. À minuit, les lutins arrivèrent en sautillant pour se mettre au travail ; quand ils trouvèrent sur l'établi, au lieu du cuir, les petits vêtements préparés pour eux, ils marquèrent de l'étonnement d'abord, puis une grande joie à voir les jolies petites choses, dont ils ne tardèrent pas à s'habiller des pieds à la tête en un clin d’œil, pour se mettre aussitôt à chanter :

    Maintenant nous voilà comme de vrais dandys !
    Pourquoi jouer encor les cordonniers ici ?

    Joyeux et bondissants, ils se mirent à danser dans l'atelier, à gambader comme de petits fous, sautant par-dessus chaises et bancs, pour gagner finalement la porte et s'en aller, toujours dansant. Depuis lors, on ne les a plus revus ; mais pour le cordonnier tout alla bien jusqu'à son dernier jour, et tout lui réussit dans ses activités comme dans ses entreprises.

    II

    Il y avait une fois une pauvre servante qui était travailleuse et propre, qui balayait soigneusement chaque jour la maison et portait les ordures sur un grand tas devant la porte. Un matin, de bonne heure, comme elle arrivait déjà pour se mettre au travail, elle y trouva une lettre ; mais comme elle ne savait pas lire, elle laissa son balai dans un coin, ce matin-là, et  alla montrer la lettre à ses maîtres. C'était une invitation des lutins qui demandaient à la servante de servir de marraine à l’un de leurs enfants. Elle n'était pas décidée et ne savait que faire, mais à la fin, après beaucoup de paroles, ses maîtres réussirent à la convaincre qu’on ne pouvait pas refuser une invitation de cette sorte, et elle l’admit. Trois lutins vinrent la chercher pour la conduire dans une montagne creuse où vivaient les petits hommes. Tout y était petit, mais si délicat, si exquis qu’on ne peut pas le dire. L’accouchée reposait dans un lit noir d’ébène poli, à rosaces de perles, avec des couvertures brodées d'or ; le minuscule berceau était d'ivoire et la baignoire d'or massif.
    La servante tint l’enfant sur les fonts baptismaux, puis voulu s'en retourner chez ses maîtres mais les lutins la prièrent instamment de demeurer trois jours avec eux. Elle accepta et demeura ces trois jours, qu'elle passa en plaisir est en joie, car les petits hommes la comblèrent de tous ce qu'elle aimait. Quand enfin elle voulut prendre le chemin du retour, ils lui bourrèrent les poches d'or et l’accompagnèrent gentiment au bas de la montagne. Arrivée à la maison, comme elle pensait avoir perdu assez de temps, elle s'en alla tout droit chercher le balai qui était toujours dans son coin. Elle commençait à balayer, quand des gens qu'elle n'avait jamais vus descendirent et virent lui demander qui elle était et ce qu'elle désirait. Parce que ce n'étaient pas trois jours, mais bien sept ans q’elle avait passés chez les petits hommes de la montagne ; et ses anciens patrons étaient morts dans l'intervalle.

    III

    Une mère avait eu son enfant enlevé du berceau par les lutins qui, qui avaient mis à sa place un petit monstre à grosse tête avec le regard fixe, occupé seulement de boire et de manger. Dans sa détresse, elle alla demander conseil à sa voisine, qui lui dit de porter le petit monstre à la cuisine, de l'installer devant la cheminée et d'allumer le feu pour faire bouillir de l'eau dans deux coquilles d’œuf : « Le monstre ne pourra pas s'empêcher de rire, lui dit-elle, et dès l'instant qu'il rit, c'en est fini de lui. »
    La femme fit tout ce que sa voisine lui avait dit de faire, et Grosse-Tête, en la voyant mettre l'eau à bouillir dans des coquilles d’œufs, parla :

    Moi qui suis vieux pourtant
    Comme les bois de Prusse,
    Je n'avais jamais vu cuisiner et dans un œuf !
    Et le voilà qui éclate de rire, et il riait encore quand déjà surgissaient toute une foule de lutins qui rapportèrent le véritable enfant, l’installèrent devant le feu et emportèrent avec eux le monstre à grosse tête. 

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06/09/2016

LE HORLA (3)

LE HORLA (3)

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(Suite 3)

 

Voilà ! je viens de rentrer ; et je n’ai pu déjeuner,  tant cette expérience m’a bouleversé.

 

19 juillet. – Beaucoup de personnes à qui j’ai raconté cette aventure se sont moquées de moi. Je ne sais plus que penser. Le sage dit : Peut-être ?

 

21 juillet. – J’ai été dîner à Bougival, puis j’ai passé la soirée au bal des canotiers. Décidément,

tout dépend des lieux et des milieux. Croire au surnaturel dans l’île de la Grenouillère, serait le

comble de la folie... mais au sommet du mont Saint-Michel ?... mais dans les Indes ? Nous subissons effroyablement l’influence de ce qui nous entoure.

Je rentrerai chez moi la semaine prochaine.

 

30 juillet. – Je suis revenu dans ma maison depuis hier. Tout va bien.

 

2 août. – Rien de nouveau ; il fait un temps superbe. Je passe mes journées à regarder couler la

Seine.

 

4 août. – Querelles parmi mes domestiques. Ils prétendent qu’on casse les verres, la nuit, dans les armoires. Le valet de chambre accuse la cuisinière, qui accuse la lingère, qui accuse les deux autres.

Quel est le coupable ? Bien fin qui le dirait !

 

6 août. – Cette fois, je ne suis pas fou. J’ai vu... j’ai vu... j’ai vu !... Je ne puis plus douter... j’ai

vu !... J’ai encore froid jusque dans les ongles... j’ai encore peur jusque dans les moelles... j’ai vu !...

 

Je me promenais à deux heures, en plein soleil, dans mon parterre de rosiers... dans l’allée des

rosiers d’automne qui commencent à fleurir.

Comme je m’arrêtais à regarder un géant des batailles, qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je vis distinctement, tout près de moi, la tige d’une de ces roses se plier, comme si une main invisible l’eût tordue, puis se casser, comme si cette main l’eût cueillie ! Puis la fleur s’éleva, suivant une courbe qu’aurait décrite un bras en la portant vers une bouche, et elle resta suspendue dans l’air transparent, toute seule, immobile, effrayante tache rouge à trois pas de mes yeux.

Éperdu, je me jetai sur elle pour la saisir ! Je ne trouvai rien ; elle avait disparu. Alors je fus pris d’une colère furieuse contre moi-même ; car il n’est pas permis à un homme raisonnable et sérieux d’avoir de pareilles hallucinations.

Mais était-ce bien une hallucination ? Je me retournai pour chercher la tige, et je la retrouvai immédiatement sur l’arbuste, fraîchement brisée entre les deux autres roses demeurées à la branche.

Alors, je rentrai chez moi l’âme bouleversée, car je suis certain, maintenant, certain comme de

l’alternance des jours et des nuits, qu’il existe près de moi un être invisible, qui se nourrit de lait et d’eau, qui peut toucher aux choses, les prendre et les changer de place, doué par conséquent d’une nature matérielle, bien qu’imperceptible pour nos sens, et qui habite comme moi, sous mon toit...

 

7 août. – J’ai dormi tranquille. Il a bu l’eau de ma carafe, mais n’a point troublé mon sommeil.

Je me demande si je suis fou. En me promenant, tantôt au grand soleil, le long de la rivière, des doutes me sont venus sur ma raison, non point des doutes vagues comme j’en avais jusqu’ici, mais des doutes précis, absolus. J’ai vu des fous ; j’en ai connu qui restaient intelligents, lucides, clairvoyants même sur toutes les choses de la vie, sauf sur un point. Ils parlaient de tout avec clarté, avec souplesse, avec profondeur, et soudain leur pensée, touchant l’écueil de leur folie s’y déchirait en pièces, s’éparpillait et sombrait dans cet océan effrayant et furieux, plein de vagues bondissantes, de brouillards, de bourrasques, qu’on nomme « la démence ».

Certes, je me croirais fou, absolument fou, si je n’étais conscient, si je ne connaissais parfaitement mon état, si je ne le sondais en l’analysant avec une complète lucidité. Je ne serais donc, en somme, qu’un halluciné raisonnant. Un trouble inconnu se serait produit dans mon cerveau, un de ces troubles qu’essaient de noter et de préciser aujourd’hui les physiologistes ; et ce trouble aurait déterminé dans mon esprit, dans l’ordre et la logique de mes idées, une crevasse profonde. Des phénomènes semblables ont lieu dans le rêve qui nous promène à travers les fantasmagories les plus invraisemblables, sans que nous en soyons surpris, parce que l’appareil vérificateur, parce que le sens du contrôle est endormi ; tandis que la faculté imaginative veille et travaille. Ne se peut-il pas qu’une des imperceptibles touches du clavier cérébral se trouve paralysée chez moi ? Des hommes, à la suite d’accidents, perdent la mémoire des noms propres ou des verbes ou des chiffres, ou seulement des dates. Les localisations de toutes les parcelles de la pensée sont aujourd’hui prouvées. Or, quoi d’étonnant à ce que ma faculté de contrôler l’irréalité de certaines hallucinations, se trouve engourdie chez moi en ce moment !

Je songeais à tout cela en suivant le bord de l’eau. Le soleil couvrait de clarté la rivière, faisait la terre délicieuse, emplissait mon regard d’amour pour la vie, pour les hirondelles, dont l’agilité est une joie de mes yeux, pour les herbes de la rive dont le frémissement est un bonheur de mes oreilles.

Peu à peu, cependant, un malaise inexplicable me pénétrait. Une force, me semblait-il, une force occulte m’engourdissait, m’arrêtait, m’empêchait d’aller plus loin, me rappelait en arrière. J’éprouvais ce besoin douloureux de rentrer qui vous oppresse, quand on a laissé au logis un malade aimé, et que le pressentiment vous saisit d’une aggravation de son mal.

Donc, je revins malgré moi, sûr que j’allais trouver, dans ma maison, une mauvaise nouvelle, une lettre ou une dépêche.

Il n’y avait rien ; et je demeurai plus surpris et plus inquiet que si j’avais eu de nouveau quelque

vision fantastique.

 

8 août. – J’ai passé hier une affreuse soirée. Il ne se manifeste plus, mais je le sens près de moi, m’épiant, me regardant, me pénétrant, me dominant et plus redoutable, en se cachant ainsi, que s’il signalait par  des phénomènes surnaturels sa présence invisible et constante.

J’ai dormi, pourtant.

 

9 août. – Rien, mais j’ai peur.

 

10 août. – Rien ; qu’arrivera-t-il demain ?

 

11 août. – Toujours rien ; je ne puis plus rester chez moi avec cette crainte et cette pensée entrées en mon âme ; je vais partir.

 

12 août, 10 heures du soir. – Tout le jour j’ai voulu m’en aller ; je n’ai pas pu. J’ai voulu accomplir cet acte de liberté si facile, si simple, – sortir – monter dans ma voiture pour gagner Rouen – je n’ai pas pu. Pourquoi ?

 

13 août. – Quand on est atteint par certaines maladies, tous les ressorts de l’être physique semblent brisés, toutes les énergies anéanties, tous les muscles relâchés, les os devenus mous comme la chair et la chair liquide comme de l’eau. J’éprouve cela dans mon être moral d’une façon étrange et désolante. Je n’ai plus aucune force, aucun courage, aucune domination sur moi aucun pouvoir même de mettre en mouvement ma volonté. Je ne peux plus vouloir ; mais quelqu’un veut pour moi ; et j’obéis.

 

14 août. – Je suis perdu ! Quelqu’un possède mon âme et la gouverne ! quelqu’un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu’un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses que j’accomplis. Je désire sortir. Je ne peux pas. Il ne veut pas ; et je reste, éperdu, tremblant, dans le fauteuil où il me tient assis. Je désire seulement me lever, me soulever, afin de me croire maître de moi.

Je ne peux pas ! Je suis rivé à mon siège et mon

siège adhère au sol, de telle sorte qu’aucune force ne nous soulèverait.

Puis, tout d’un coup, il faut, il faut, il faut que j’aille au fond de mon jardin cueillir des fraises et les manger. Et j’y vais. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !

Est-il un Dieu ? S’il en est un, délivrez-moi, sauvez-moi ! secourez-moi ! Pardon ! Pitié ! Grâce !

Sauvez-moi ! Oh ! quelle souffrance ! quelle torture ! quelle horreur !

 

15 août. – Certes, voilà comment était possédée et dominée ma pauvre cousine, quand elle est venue m’emprunter cinq mille francs. Elle subissait un vouloir étranger entré en elle, comme une autre âme, comme une autre âme parasite et dominatrice. Est-ce que le monde va finir ?

Mais celui qui me gouverne, quel est-il, cet invisible ? cet inconnaissable, ce rôdeur d’une race

surnaturelle ?

Donc les Invisibles existent ! Alors, comment depuis l’origine du monde ne se sont-ils pas encore manifestés d’une façon précise comme ils le font pour moi ? Je n’ai jamais rien lu qui ressemble à ce qui s’est passé dans ma demeure. Oh ! si je pouvais la quitter, si je pouvais m’en aller, fuir et ne pas revenir. Je serais sauvé, mais je ne peux pas.

 

16 août. – J’ai pu m’échapper aujourd’hui pendant  deux heures, comme un prisonnier qui trouve ouverte, par hasard, la porte de son cachot. J’ai senti que j’étais libre tout à coup et qu’il était loin. J’ai ordonné d’atteler bien vite et j’ai gagné Rouen. Oh ! quelle joie de pouvoir dire à un homme qui obéit : « Allez à Rouen ! »

Je me suis fait arrêter devant la bibliothèque et j’ai prié qu’on me prêtât le grand traité du docteur Hermann Herestauss sur les habitants inconnus du monde antique et moderne.

Puis, au moment de remonter dans mon coupé, j’ai voulu dire : « À la gare ! » et j’ai crié, – je n’ai pas dit, j’ai crié – d’une voix si forte que les passants se sont retournés : « À la maison », et je suis tombé, affolé d’angoisse, sur le coussin de ma voiture. Il m’avait retrouvé et repris.

 

17 août. – Quelle nuit ! quelle nuit ! Et pourtant il me semble que je devrais me réjouir. Jusqu’à une heure du matin, j’ai lu !

Hermann Herestauss, docteur en philosophie et en théogonie, a écrit l’histoire et les manifestations de tous les êtres invisibles rôdant autour de l’homme ou rêvés par lui. Il décrit leurs origines, leur domaine, leur puissance.

Mais aucun d’eux ne ressemble à celui qui me hante. On dirait que l’homme, depuis qu’il pense, a pressenti et redouté un être nouveau, plus fort que lui, son successeur en ce monde, et que, le sentant proche et ne pouvant prévoir la nature de ce maître, il a créé, dans sa terreur, tout le peuple fantastique des êtres occultes, fantôme vagues nés de la peur.

 

Donc, ayant lu jusqu’à une heure du matin, j’ai été m’asseoir ensuite auprès de ma fenêtre ouverte pour rafraîchir mon front et ma pensée au vent calme de l’obscurité. Il faisait bon, il faisait tiède ! Comme j’aurais aimé cette nuit-là autrefois !

Pas de lune. Les étoiles avaient au fond du ciel noir des scintillements frémissants. Qui habite ces mondes ? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont là-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ? Un d’eux, un jour ou l’autre, traversant l’espace, n’apparaîtra-t-il pas sur notre terre pour la conquérir, comme les Normands jadis traversaient la mer pour asservir des peuples plus faibles ?

Nous sommes si infirmes, si désarmés, si ignorants, si petits, nous autres, sur ce grain de boue

qui tourne délayé dans une goutte d’eau.

Je m’assoupis en rêvant ainsi au vent frais du soir.

Or, ayant dormi environ quarante minutes, je rouvris les yeux sans faire un mouvement, réveillé

par je ne sais quelle émotion confuse et bizarre. Je ne vis rien d’abord, puis, tout à coup, il me sembla qu’une page du livre resté ouvert sur ma table venait de tourner toute seule. Aucun souffle d’air n’était entré par ma fenêtre. Je fus surpris et j’attendis. Au bout de quatre minutes environ, je vis, je vis, oui, je vis de mes yeux une autre page se soulever et se rabattre sur la précédente, comme si un doigt l’eût feuilletée. Mon fauteuil était vide, semblait vide ; mais je compris qu’il était là, lui, assis à ma place, et qu’il lisait. D’un bond furieux, d’un bond de bête révoltée, qui va éventrer son dompteur, je traversai ma chambre pour le saisir, pour l’étreindre, pour le tuer !...

Mais mon siège, avant que je l’eusse atteint, se renversa comme si on eût fui devant moi... ma table oscilla, ma lampe tomba et s’éteignit, et ma fenêtre se ferma comme si un malfaiteur surpris se fût élancé dans la nuit, en prenant à pleines mains les battants.

Donc, il s’était sauvé ; il avait eu peur, peur de moi, lui !

Alors... alors... demain... ou après... ou un jour quelconque, je pourrai donc le tenir sous mes poings, et l’écraser contre le sol ! Est-ce que les chiens, quelquefois, ne mordent point et n’étranglent pas leurs maîtres ?

 

18 août. – J’ai songé toute la journée. Oh ! oui je vais lui obéir, suivre ses impulsions, accomplir toutes ses volontés, me faire humble, soumis, lâche. Il est le plus fort. Mais une heure viendra...

 

19 août. – Je sais... je sais... je sais tout ! Je viens de lire ceci dans la Revue du Monde scientifique : « Une nouvelle assez curieuse nous arrive de Rio de Janeiro. Une folie, une épidémie de folie, comparable aux démences contagieuses qui atteignirent les peuples d’Europe au moyen âge, sévit en ce moment dans la province de San-Paulo. Les habitants éperdus quittent leurs maisons, désertent leurs villages, abandonnent leurs cultures, se disant poursuivis, possédés, gouvernés comme un bétail humain par des êtres invisibles bien que tangibles, des sortes de vampires qui se nourrissent de leur vie, pendant leur sommeil, et qui boivent en outre de l’eau et du lait sans paraître toucher à aucun autre aliment.

« M. le professeur Don Pedro Henriquez, accompagné de plusieurs savants médecins, est parti

pour la province de San-Paulo afin d’étudier sur place les origines et les manifestations de cette

surprenante folie, et de proposer à l’Empereur les mesures qui lui paraîtront le plus propres à rappeler à la raison ces populations en délire. »

 

Ah ! Ah ! je me rappelle, je me rappelle le beau trois-mâts brésilien qui passa sous mes fenêtres en remontant la Seine, le 8 mai dernier ! Je le trouvais si joli, si blanc, si gai ! L’Être était dessus, venant de là-bas, où sa race est née ! Et il m’a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi ; et il a sauté du navire sur la rive. Oh ! mon Dieu !

À présent, je sais, je devine. Le règne de l’homme est fini.

Il est venu, Celui que redoutaient les premières terreurs des peuples naïfs, Celui qu’exorcisaient les prêtres inquiets, que les sorciers évoquaient par les nuits sombres, sans le voir apparaître encore, à qui les pressentiments des maîtres passagers du monde prêtèrent toutes les formes monstrueuses ou gracieuses des gnomes, des esprits, des génies, des fées, des farfadets. Après les grossières conceptions de l’épouvante primitive, des hommes plus perspicaces l’ont pressenti plus clairement. Mesmer l’avait deviné et les médecins, depuis dix ans déjà, ont découvert, d’une façon précise, la nature de sa puissance avant qu’il l’eût exercée lui-même. Ils ont joué avec cette arme du Seigneur nouveau, la domination d’un mystérieux vouloir sur l’âme humaine devenue esclave. Ils ont appelé cela magnétisme, hypnotisme, suggestion... que sais-je ?

Je le ai vus s’amuser comme des enfants imprudents avec cette horrible puissance ! Malheur à nous !

Malheur à l’homme ! Il est venu, le... le... comment se nomme-t-il... le... il me semble qu’il me crie son nom, et je ne l’entends pas... le... oui... il le crie...

J’écoute... je ne peux pas... répète... le... Horla... J’ai entendu... le Horla... c’est lui... le Horla... il est venu !...

 

Ah ! le vautour a mangé la colombe ; le loup a mangé le mouton ; le lion a dévoré le buffle aux cornes aiguës ; l’homme a tué le lion avec la flèche, avec le glaive, avec la poudre ; mais le Horla va faire de l’homme ce que nous avons fait du cheval et du boeuf : sa chose, son serviteur et sa nourriture, par la seule puissance de sa volonté. Malheur à nous !

Pourtant, l’animal, quelquefois, se révolte et tue celui qui l’a dompté... moi aussi je veux... je

pourrai... mais il faut le connaître, le toucher, le voir ! Les savants disent que l’oeil de la bête,

différent du nôtre, ne distingue point comme le nôtre... Et mon oeil à moi ne peut distinguer le

nouveau venu qui m’opprime.

Pourquoi ? Oh ! je me rappelle à présent les paroles du moine du mont Saint-Michel : « Est-ce

que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les édifices, déracine les arbres, soulève la mer en montagnes d’eau, détruit les falaises et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gémit, qui mugit, l’avez-vous vu et pouvez-vous le voir : il existe pourtant ! »

Et je songeais encore : mon oeil est si faible, si imparfait, qu’il ne distingue même point les corps durs, s’ils sont transparents comme le verre !...

Qu’une glace sans tain barre mon chemin, il me jette dessus comme l’oiseau entré dans une chambre se casse la tête aux vitres. Mille choses en outre le trompent et l’égarent ? Quoi d’étonnant, alors, à ce qu’il ne sache point apercevoir un corps nouveau que la lumière traverse.

 

Un être nouveau ! pourquoi pas ? Il devait venir assurément ! pourquoi serions-nous les derniers !  Nous ne le distinguons point, ainsi que tous les autres créés avant nous ? C’est que sa nature est plus parfaite, son corps plus fin et plus fini que le nôtre, que le nôtre si faible, si maladroitement conçu, encombré d’organes toujours fatigués, toujours forcés comme des ressorts trop complexes, que le nôtre, qui vit comme une plante et comme une bête, en se nourrissant péniblement d’air, d’herbe et de viande, machine animale en proie aux maladies, aux déformations, aux putréfactions, poussive, mal réglée, naïve et bizarre, ingénieusement mal faite, oeuvre grossière et délicate, ébauche d’être qui pourrait devenir intelligent et superbe.

Nous sommes quelques-uns, si peu sur ce monde, depuis l’huître jusqu’à l’homme. Pourquoi pas un de plus, une fois accomplie la période qui sépare les apparitions successives de toutes les espèces diverses ?

Pourquoi pas un de plus ? Pourquoi pas aussi d’autres arbres aux fleurs immenses, éclatantes et

parfumant des régions entières ? Pourquoi pas d’autres éléments que le feu, l’air, la terre et l’eau?

– Ils sont quatre, rien que quatre, ces pères nourriciers des êtres ! Quelle pitié ! Pourquoi ne sont-ils pas quarante, quatre cents, quatre mille ! Comme tout est pauvre, mesquin, misérable ! avarement donné, sèchement inventé, lourdement fait ! Ah ! l’éléphant, l’hippopotame, que de grâce ! le chameau, que d’élégance !

 

Mais direz-vous, le papillon ! une fleur qui vole ! J’en rêve un qui serait grand comme cent univers, avec des ailes dont je ne puis même exprimer la forme, la beauté, la couleur et le mouvement. Mais je le vois... il va d’étoile en étoile, les rafraîchissant et les embaumant au souffle harmonieux et léger de sa course !... Et les peuples de là-haut le regardent passer, extasiés et ravis !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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