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28/07/2018

Père Jc.NIEUWIARTS

Jacques Nieuviarts :

"Quand le cœur se met en marche"

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Chemins de Compostelle

 


Le P. Jacques Nieuviarts, bibliste et marcheur. © Alexa Brunet
Le P. Jacques Nieuviarts, l'un de nos anciens chroniqueurs, est un bibliste et un marcheur passionné. À l'écouter, la marche est un art de vivre, une attitude qui ne se mesure pas au nombre de pas accumulés.
Comment êtes-vous venu à la marche ?
Enfant, je rechignais à la marche ! Puis, étudiant, j'ai fait des pèlerinages. Mais je relie mon goût pour la marche et sa dimension intérieure à un souvenir précis. Nous marchions, avec quelques-uns de mes frères et sœurs, près de Saint-Offenge, en Savoie. J'avais 18 ans, et nous étions prêts à courir sur le sentier. C'est alors qu'un vieil homme rencontré en chemin nous a dit ces mots : « Un montagnard monte à son pas. » J'ai appris ce jour-là qu'il importe de marcher à un pas régulier, le sien. Un jour, bien plus tard, comme je proposais à une de mes sœurs de venir marcher avec moi, elle m'a répondu : « Tu sais, je ne marche pas bien, mon mari m'a toujours dit que je ne savais pas marcher. » Elle était à un tournant difficile de sa vie. Je l'ai encouragée : « Mais si ! Marche à ton pas, et tu vas aller très loin ! » J'ai la conviction que tout le monde peut marcher ainsi. La dimension spirituelle de la marche est déjà là : elle pose chacun dans sa respiration, son souffle, son rythme propre.
Voilà vingt ans que l'Unesco a inscrit les Chemins de Compostelle en France au patrimoine mondial de l'humanité. Pourquoi les gens marchent-ils, si nombreux ?
Certains marchent par goût de la performance, équipés d'appareils pour compter les battements de leur cœur et mesurer leur vitesse. Pourquoi pas. La plupart, probablement, éprouvent en marchant une profonde régénération intérieure. Marcher un peu longuement conduit à faire place à son corps. Dans l'effort physique, le marcheur s'accorde avec son centre de gravité, dans un mouvement au rythme régulier. Alors sa pensée rationnelle s'estompe. Elle devient flottante, ouverte, comme son regard, qui ne se fixe pas durablement sur un point du paysage. Il pense à tout et à rien. Il a quitté ses vêtements de ville, il a quitté un « chez-soi » car il doit être plus léger pour aller à l'essentiel. Il s'est rendu disponible. Son être intérieur, détaché des impératifs régissant habituellement le quotidien, se repose. Il reprend contact avec les éléments du cosmos : le grand air, la pluie fine sur le visage, le bruit d'un ruisseau, le cri d'un oiseau, l'odeur de la végétation, de la terre.
Et quand on ne peut pas ou plus marcher ?
Je pense beaucoup à ceux qui ne peuvent pas marcher. Pour moi, la marche ne s'évalue pas au nombre de pas. À la montagne, j'ai souvent vu mon père regarder longuement le paysage depuis le balcon de notre logement. Cette attitude est déjà une entrée dans le mouvement de la marche. Une nuit de février, cette année, je logeais au Mont-Saint-Michel. Ma chambre donnait sur la baie. Avant de me coucher, j'ai ouvert la fenêtre. C'était une nuit de pleine lune et de grande marée. Le spectacle des vagues dans le faisceau de lumière de la lune m'a saisi. J'ai dû rester là une demi-heure ou plus, malgré la fraîcheur. C'est une grande chance de pouvoir marcher, mais la marche est d'abord dans une certaine qualité de regard. Le cœur se met en marche. Il lui suffit d'avoir un espace habitable. Pour le jubilé de la Miséricorde, en 2015-2016, le pape François avait invité chacun à faire de sa marche une marche jubilaire. Jusqu'aux prisonniers, invités à faire de la porte de leur cellule une porte jubilaire.
Autrement dit, marcher n'est pas le tout de la marche ?
En effet. Les pèlerins de Compostelle éprouvent souvent un sentiment étrange, une fois arrivés. Ils ont investi énormément d'eux-mêmes dans une longue marche et se trouvent d'un coup privés de quelque chose. Ils ont atteint leur but… et après ? Cela fait penser à la dépression post-partum qui peut affecter une femme après avoir mis au monde son bébé. Alors il faut se dessaisir de quelque chose. Le pèlerin de Compostelle est d'ailleurs censé aller au-delà de Compostelle, jusqu'au cap Finisterre, en Espagne, qui représentait au Moyen Âge le bout du monde connu. De là, il devra repartir, vers l'Orient, et l'« à-venir ».
Il y a un art de marcher ?
Dans la marche qui ressource intérieurement, la disposition d'esprit importe. Une année où j'avais peu de vacances, j'étais arrivé épuisé à la montagne. Et pourtant, je m'étais lancé sur les sentiers avec une ardeur redoublée, comme pressé par le temps. Avec le recul, je comprends que j'essayais de soigner une inquiétude, mais avec une mauvaise méthode. Le marcheur, au contraire du sportif, prend le temps. Il voit qu'il y a ici un pied de menthe, là un lis martagon. Il entend le clapotis d'un ruisseau. Sa façon de recevoir le lieu où il passe permet à son univers d'être doucement restauré. Cela n'est pas spontané dans notre société du rendement. Cela s'apprend. Il convient de « débrayer » de son quotidien.
Vous accompagnez des marcheurs. Que se passe-t-il lorsque l'on marche ensemble ?
Si je suis animateur d'un groupe, que ce soit dans le désert du Néguev, en Terre sainte, ou au Mont-Saint-Michel, je propose de marcher en silence pendant un temps. De façon à ce que chacun prenne le temps d'entendre, de regarder, de se laisser imprégner par le lieu, ses bruits et ses silences. Tout prend une autre dimension, et l'espace intérieur de chacun peut s'élargir. Alors, le temps long de la marche, avec une part de silence, dispose à des échanges profonds. Mais cela dépend du désir de chacun.
Qu'est-ce qui distingue le pèlerin du randonneur ?
Le pèlerin va généralement vers un sanctuaire. Et celui-ci est toujours le lieu de mémoire d'une histoire qui un jour a commencé là. Le marcheur met ses pas dans ceux de générations d'autres pèlerins, depuis des siècles ! Le pèlerinage est souvent aussi l'occasion d'une prière d'intercession. On emporte avec soi les visages de proches en souffrance. Un jeune me disait, de retour de pèlerinage : « Je suis bronzé de l'intérieur. » Le pèlerin bénéficie d'une reconfiguration intérieure qui l'émerveille. Il accueille autrement les réalités de la vie, la parole de l'autre ou celle qu'il lit. Mais faut-il tracer une frontière entre le randonneur et le pèlerin ? Tout marcheur, par la simple expérience du silence prolongé, est disposé à l'expérience intérieure.
Se mettre en route, est-ce déjà faire preuve d'une forme de foi ?
La marche est image de la vie. La choisir, c'est une façon symbolique d'aborder sa vie dans ses dimensions profondes. Dans la Bible, elle est une figure de l'espérance : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l'appel de Dieu : il partit vers un pays qu'il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait », affirme la lettre aux Hébreux (He 11, 8). En marchant, l'espérance, la foi, le regard se ressourcent.
Qu'est-ce que la Bible dit d'essentiel au sujet de la marche ?
La Bible présente l'homme comme un nomade, mis en marche par la Parole créatrice. Une Parole qui est aussi bénédiction, et promesse qui l'oriente vers un avenir de surabondance. L'homme y est constamment invité à « marcher avec Dieu » : « Homme […], on t'a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t'appliquer à marcher avec ton Dieu », selon les mots du prophète Michée (Mi 6, 8). Au sujet de cette marche, la Bible dit également avec force combien la rencontre de Dieu réoriente la vie de celui qui la fait. À cet égard, le récit du combat de Jacob avec l'Ange (Gn 32, 23-33) – en fait, Dieu lui-même – m'habite personnellement profondément depuis l'âge de 20 ans. Jacob sort d'une nuit de combat blessé à la hanche, désormais boiteux. À chaque pas, dès lors, sa démarche lui rappelle sa rencontre avec Dieu, et la bénédiction qu'il a reçue.
(Pèlerin)Jacques Nieuviarts : "Quand le cœur se met en marche"

11:41 Publié dans DIVERS | Lien permanent | Commentaires (0)

05/05/2018

BÉNÉVOLE EN HAÏTI

Francis, jeune retraité : "N'hésitez pas, partez comme volontaire !"

© Ludovic Leleu/Lightmotiv

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Pèlerin. Pourquoi avez-vous décidé de devenir volontaire ?
Francis Firmin. Je pense à ma retraite depuis un moment. À l'origine, mon projet était de l'occuper avec un simple travail de bénévole. Mais, avant de me lancer, je voulais faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne) avec un ami. Malheureusement, celui-ci est mort en mai 2016. J'ai alors envisagé de m'engager dans une cause humanitaire. Puis, en septembre 2016, une amie m'a parlé de son fils, volontaire à Madagascar avec la Délégation catholique pour la coopération (DCC).
Le volontariat n'est donc pas réservé aux jeunes ?
Non ! La majorité des volontaires sont des jeunes mais, avec la DCC en tout cas, on peut partir jusqu'à 74 ans, seul ou en couple. Pour une mission d'un an, renouvelable six fois. Dans la promotion des cinquante-cinq qui partent cette année, la moyenne d'âge est de 26 ans. Ce fut très enrichissant de se retrouver en stage de préparation avec ces jeunes. J'avais le sentiment d'être comme eux.
Vous vous êtes porté candidat rapidement ?
J'ai appelé le fils de cette amie, qui m'a parlé de sa mission. Le site de la DCC m'a donné envie. Il se trouve que, depuis presque cinquante ans, j'étais très impliqué dans la vie associative et sportive. Outre mon travail d'éducateur spécialisé, j'étais président bénévole du Comité départemental d'athlétisme de la Somme, pendant vingt-cinq ans. Je voulais changer. Partir loin était une belle opportunité.
Comment s'est passé le recrutement ?
Le processus a été assez long. Avec la DCC, vous n'avez la certitude de partir qu'après avoir suivi plusieurs formations. J'ai déposé ma candidature en janvier 2017, et effectué un premier stage de deux jours en avril 2017. Puis un deuxième de trois jours en novembre. En janvier, dernière formation de neuf jours, à l'issue de laquelle j'ai signé mon contrat. Je suis en retraite depuis le 31 mars et je pars le 3 mai, pour deux ans.
Avez-vous choisi votre destination, Haïti ?
Non. On ne choisit pas, on se contente d'émettre des souhaits. J'avais demandé l'Afrique. Ce qui m'importait, c'était un projet en lien avec des enfants. Quand, en décembre dernier, on m'a demandé si j'acceptais de partir en Haïti, j'ai d'abord été un peu inquiet car je ne connaissais pas du tout. Depuis, j'ai travaillé sur le projet de ma mission avec la présidente de l'ONG (organisation non gouvernementale) allemande Haiti Kinderhilfe, pour laquelle je pars. J'ai appris beaucoup de choses sur le pays. Je suis rassuré. D'autant que, durant notre séjour, nous sommes suivis, à distance, par un chargé de mission. Nous avons également la possibilité de contacter quelqu'un de la DCC 24 heures sur 24.
Haïti est un pays très pauvre. Cela ne vous fait pas peur ?
Non. Plus jeune, j'ai connu la grande misère dans mon quartier. Nous étions cinq enfants, mon père était ouvrier maçon, ma mère restait au foyer et il arrivait que mes parents aient des fins de mois difficiles. Donc la pauvreté me motive. Dans l'encyclique « Loué sois-tu », le pape François appelle à un retour à la simplicité et au partage des richesses. Cela me parle.
Quelle sera votre mission ?
Je vais travailler comme éducateur auprès de trente jeunes de 14 à 27 ans originaires de Cité Soleil, un bidonville de Port-au-Prince, la capitale. La plupart sont orphelins ou issus de familles trop pauvres pour les élever. Parmi eux, certains sont accueillis dans un foyer géré par Haiti Kinderhilfe. Ma mission sera à la fois d'occuper leur temps libre avec du sport et des activités culturelles, mais aussi de les accompagner dans leur orientation professionnelle. Pour les sortir de la pauvreté, jusqu'à ce qu'ils soient capables de gérer leur vie.
Financièrement, comment cela se passe ?
L'ONG paye mon billet d'avion, me nourrit, me loge et me donne de l'argent de poche.
Quitter vos proches n'est-il pas trop compliqué ?
Divorcé depuis treize ans, j'ai deux enfants de 27 et 30 ans, rassurés de me voir occupé. Ils ont promis de venir me voir. Mais laisser ma maman de 92 ans… C'est plus difficile pour moi que pour elle ! Heureusement, avec Internet et le téléphone, je l'appellerai souvent.

J'avais un peu abandonné la spiritualité. C'est le moment de m'y remettre !

Ce temps est aussi un moment privilégié pour prendre du recul, non ?
Oui. J'ai besoin de me ressourcer, d'aller voir ailleurs. En dehors de la messe, j'avais un peu abandonné la spiritualité. C'est le moment de m'y remettre ! Avant de partir, j'ai demandé à être parrainé sur le plan spirituel par la congrégation des Sœurs ermites de Mont-morin. Elles vont prier pour moi.
Quel conseil donneriez-vous à des personnes qui hésitent à partir ?
N'attendez pas ! Ne réfléchissez pas trop. Avec une association comme la DCC, on bénéficie d'un accompagnement. Quand on a la santé, on peut partir.
Pèlerin

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05/03/2018

JEANNE D'ARC 2018

 

Jeanne d’Arc

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En 2016, les fêtes étaient présidées à Orléans par M.Macron


Dans la bonne ville d’Orléans, un jury hardi a désigné une jeune et belle métisse, âgée de dix-sept ans, pour jouer le rôle de Jeanne d’Arc lors des festivités qu’organise la ville à la fin du mois d’avril et au jour du 8 mai.
C’est elle qui caracolera sur un cheval lors des défilés organisés en ville pour honorer la « pucelle d’Orléans ».

Dès que la nouvelle fut connue se déclencha sur les réseaux dits sociaux, ces forums où n’importe quel zozo anonyme peut déverser ses pensées les plus moches et les plus fausses, un tollé, un tombereau d’injures racistes et d’une stupidité sans nom, telle que même des sites « identitaires » les on condamnés. Marine Le Pen a stigmatisé nettement la sottise de ces opposants à la « Jeanne métisse ».

Était-il tolérable, expliquaient les maniaques anonymes des forums du Web, qu’une métisse, fût-elle jolie, née d’un père du Bénin et d’une mère de Pologne, représentât notre Jeanne, de pure race franco-franque, Lorraine sans mélange ? N’était-ce pas trahir d’un seul coup d’un seul et l’histoire et la France, sa vérité et notre identité à nous les « purs souchiens » ?

Ces considérations, bien liées au penchant de la sottise le plus froussard et le moins généreux de l’époque traduisent le flottement des liens névrotiques entre la terre et l’esprit, la nation et les hommes, tel qu’il se manifeste en France depuis que des mouvements politiques en ont fait leur fonds de commerce, quitte à dénoncer les aberrations des dérives auxquelles elles conduisent dans l’anonymat de la lâcheté numérique. On veut croire que la foule d’Orléans, sauvant l’honneur de la France, fera un triomphe à la jolie métisse.
Bruno FRAPPAT (LA CROIX)

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ANNEXE

Je ne connais pas les personnes chargées du choix de la jeune fille qui doit incarner Jeanne d’Arc aux fêtes d’Orléans…Mais je pense qu’elles ont commis une énorme bêtise en choisissant celle de 2018: car il y a eu un précédent qui aurait dû les faire réfléchir avant ce choix malencontreux: il y a déjà pas mal d’années, mais les vieux Orléanais ne peuvent l’avoir oublié, c’était du temps de Mgr PICANDET, l’élue était une Portugaise… Résultat (il n’y avait pas encore de « réseaux dits sociaux »: le soir du 7 mai, lors de la remise de l’Etendard, Mgr Picandet, qui s’était félicité du choix d’une non-orléanaise (qu’avait-il fait là?) s’est fait copieusement huer par la foule, avant de recevoir, les jours suivants, des courriers incendiaires: preuve que les Orléanais sont stupidement chauvins et qu’i vaut mieux ne pas les exciter! On aurait pu et dû y re-penser cette année! (G.Jeuge)

 

 

 

 

 

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30/01/2018

LES EHPADS EN GRÈVE

 

Ehpad et services à domicile: la première grève nationale


Par Jean-Christophe Martineau le 26 janvier 2018

 

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L’exaspération des personnels débouche sur une grève nationale le 30 janvier 2018. À l’appel de sept syndicats, ils dénoncent la dégradation des conditions de travail et réclament l’augmentation des moyens destinés au secteur du grand âge.

C’est inédit. Pour la première fois, l’ensemble des organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, Sud-Solidaires, Unsa), appellent à la grève, le 30 janvier 2018, les salariés des établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD) et des services à domicile. Le mouvement national est soutenu par l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), la Fédération des responsables d’établissements et de services pour personnes âgées, la (Fnadepa) et dix syndicats de retraités. La grève se traduira par des débrayages dans les maisons de retraite, des rassemblements devant les Agences régionales de santé et, à Paris, devant le ministère de la Santé et des Solidarités. Leurs revendications: l’augmentation des moyens destinés au secteur du grand âge, l’amélioration des conditions de travail et des salaires des personnels, la titularisation des emplois aidés, l’abrogation de la réforme de la tarification des EHPAD, en vigueur depuis 2016. Ils dénoncent dans le cas des services à domicile, des tarifs horaires, fixés par les Départements, trop bas pour rémunérer correctement des employés et permettre aux services de rester économiquement viables.
 
Sous-effectif chronique et personnel éreinté
Pour les EHPAD, les signataires de l’appel à la grève exigent l’application de la règle prévue par le plan Solidarité grand âge de 2008, fixant le ratio de personnel des maisons de retraite à 1 salarié par résident. Une norme qui n’a jamais été atteinte, le taux d’encadrement se situant aujourd’hui, en moyenne, à 0,6 intervenant par personne âgée hébergée. Ce manque d’effectif se traduit par une surcharge de travail des aides soignant(e)s, confronté(e)s à des résidents de plus en plus fragiles, car entrant en institution plus tardivement que par le passé. 

Cette situation a fini par pousser nombre de soignants à se mettre en grève en 2017. De source syndicale, pas moins de 120 mouvements ont eu lieu en 2017 dans l’Hexagone, dont le plus emblématique, celui des aides-soignantes de l’Ehpad des Opalines (Jura) a duré 117 jours. Une situation qui a entrainé l’organisation, dès l’été 2017, d’une première mission parlementaire, pilotée par Monique Iborra, députée de Haute Garonne (LREM). Dans son rapport, elle constate les sous-effectifs chroniques; l’absence d’infirmier de nuit "dans la grande majorité des établissements"; les conditions de travail "particulièrement préoccupantes, tant du point de vue physique que psychologique", entraînant un taux d’absentéisme important et des accidents de travail en nombre supérieurs à ceux enregistrés dans le BTP… Depuis le début de l’année 2018, l’élue a repris son bâton de pèlerin, enchainant les visites de terrain dans le cadre d’une nouvelle mission dont l’un des objectifs est d’essayer d’élaborer des normes minimales de personnels par structure. Elle doit rendre son rapport à la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, au tout début du mois de mars.
 
Seule pour veiller sur 99 résidents…
La médiatisation de ces mouvements sociaux a révélé au grand public l’exaspération et l’épuisement des personnels en nombre insuffisant pour assurer correctement leur travail. Comme en témoigne Syndie, aide-soignante dans un établissement public de l’ouest de la France. "Les résidents rentrent chez nous dans des états plus dégradés qu’avant. Il y a beaucoup de grabataires et la surcharge de travail est quotidienne puisque nous ne sommes pas plus nombreux pour faire face. On court toujours après la montre. Les agents sont rappelés pendant leurs jours de repos pour remplacer les personnes en arrêts de travail. Ou bien on fait appel à des contractuels plus ou moins formés, décrit-elle, notre travail se déshumanise. Un jour, j’ai entendu un élu dire: "Votre boulot ce n’est pas tenir la main et discuter…" C’est choquant! Notre travail c’est aussi cela: garder de l’humanité dans nos relations avec les personnes âgées et pas seulement faire la toilette et donner le repas!" Fin 2017, Mathilde Basset, infirmière dans un établissement ardéchois, a écrit à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lui indiquant qu’il lui était arrivée de se retrouver seule pour veiller sur 99 résidents… Preuve de l’extrême sensibilité de l’opinion à ces questions, une pétition réclamant des moyens pour les ehpad, lancée le 15 janvier par trois médecins - dont l’urgentiste Patrick Pelloux- a réuni plus de 300 000 signatures en dix jours.
 
La nouvelle tarification contestée
Les organisateurs de la grève réclament également l’abrogation des décrets de la loi d’adaptation de la société au vieillissement, relatifs à la réforme de la tarification des Ehpad. Ces décrets impliquent, depuis décembre 2016, la convergence d’ici à 2023 des enveloppes soins et dépendance des établissements publics, associatifs ou commerciaux. Dans le cas de la dépendance, le nouveau mode de calcul, basé sur un tarif moyen départemental, aboutit, selon les syndicats et aussi la Fédération hospitalière de France (FHF), à une réduction des moyens alloués aux maisons de retraite publiques. La FHF évalue ainsi le transfert financier des établissements publics vers le secteur privé à 200 millions d’euros. "De nombreux établissements voient leur forfait dépendance diminuer sensiblement. Il s’agit pour l’essentiel d’Ehpad publics", confirment les députées Agnès Firmin Le Bodo (UDI) et Charlotte Lecocq (LREM), dans leur rapport d’information du 5 décembre 2017. « Avec cette réforme tarifaire, la majorité des établissements sont gagnants, assure de son côté Florence Arnaiz-Maumé, Déléguée générale du Synerpa, le syndicat des maisons de retraite privées, il faut continuer à augmenter de crédit, mais on ne peut pas dire que rien ne va. Le niveau de qualité des EHPAD n’a rien à voir avec ce qu’il était il y a 10 ans!"  Les députées Le Bodo et Lecocq proposent, elles,  un moratoire d’un an de la convergence des forfaits dépendance, le temps de remédier aux effets négatifs de la nouvelle réglementation. Dans un courrier adressé aux deux parlementaires, Agnès Buzyn rappelle que "le cumul des convergences soins et dépendance devrait apporter 397,9 millions d’euros de financement supplémentaires aux Ehpad, à l’issue de la période 2017-2023." "(…) Bien que le solde de la convergence dépendance soit négatif de 65,6 millions d’euros pour les Ehpad publics, celui-ci est plus que compensé par la convergence sur le forfait soins (+165,8 millions d'euros)". Au final, la ministre estime que seuls 10% des 7000 EHPAD que compte le pays seront perdants.
 
Des mesures pour parer aux difficultés les plus urgentes
Cette approche globale ne convainc pas les opposants à la réforme. Pour Luc Delrue, secrétaire fédéral FO santé, la convergence tarifaire consiste "à déshabiller Pierre pour habiller Paul." Mais si le gouvernement n’entend pas abroger les dispositions contestées, un certain nombre de mesures ont d’ores et déjà été annoncées face à l’exaspération des professionnels et au sourd mécontentement des familles. La loi de financement de la sécurité sociale prévoit pour 2018 100 millions d’euros afin d’améliorer l’encadrement des résidents et 10 millions pour expérimenter l’astreinte des infirmières de nuit. De même, sont programmées 4 525 nouvelles places dans les EHPAD. Fin 2017, Agnès Buzyn a lancé une mission sur la qualité de vie au travail dans les établissements médico-sociaux.  Enfin, le 25 janvier 2018, à cinq jours du déclenchement de la grève, elle a ajouté 50 millions d’euros et annoncé dans Le Parisien un "Plan de détection des Ehpad en difficulté", la mise en place de missions d’appui et la nomination d’un inspecteur des Affaires sociales comme médiateur. Luc Delrue, lui, a sorti sa calculette: "50 millions, cela finance environ 2500 postes… ce qui compense un tiers des emplois supprimés par la convergence!"Les syndicats placent leur action dans un mouvement général de défense des emplois publics du secteur sanitaire. Ils se réuniront le 31 janvier 2018 pour tirer le bilan de la grève. 
 Notre Temps
 

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22/12/2017

AMITIÉS

HISTOIRES D'AMITIÉ

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Quand Camille a rompu avec son amour de jeunesse, elle a appelé une copine qui lui a dit : « Bien sûr, viens ! » Elle s’est réfugiée chez elle, puis une deuxième et une troisième amie sont arrivées. « Je nous revois encore dans ce salon, à pleurer et à rire autour de quelques verres, raconte-t-elle, près de quinze ans plus tard. On a fini par aller se coucher et je me souviens que j’avais un sourire aux lèvres : je me sentais à la fois épuisée et un peu plus légère. L’amitié, c’est ce qui reste quand tout le reste fout le camp. »
Cette définition se vérifie au fil des études. En septembre dernier, l’enquête des petits frères des Pauvres sur « la solitude et l’isolement des plus de 60 ans »(1) retenait trois « bonnes nouvelles » dans un tableau globalement sombre. Première d’entre elles : l’amitié se révélait être le « cercle relationnel » qui « résiste » le mieux avec « 86 % des personnes de plus de 85 ans qui voient ou sont en contact à distance avec leurs amis au moins plusieurs fois par mois ».
Une découverte qualifiée d’« extrêmement surprenante » : alors que les relations s’étiolent avec l’âge – parce que la mobilité est moindre, parce que la santé faiblit –, les liens familiaux auraient pu être les plus résistants… Mais non. « Alors que la famille peut avoir tendance à reléguer la personne à son statut de personne âgée, l’ami, lui, nous conforte dans notre identité », explique Danièle Brun, psychologue et psychanalyste.
Il nous prend tel qu’on est, « sans tenir compte du statut social, riche ou pauvre, jeune ou vieux » : « L’amitié est une relation très ancienne, la première après celle nouée avec les parents, une relation qui émancipe, révèle, et dont on attend qu’elle traverse tous les événements de la vie, qu’elle soit à toute épreuve, poursuit-elle. Elle représente un espoir. »
L’amitié est ainsi considérée comme une valeur fondamentale. « Plus d’une personne sur deux lui accorde une place centrale en France », notait en 2016 une étude de la Fondation de France sur les solitudes en France(2), précisant que c’était plus « qu’en Allemagne, en Italie ou Espagne ». La Croix [11]
Elle est néanmoins une valeur partagée par nos voisins européens : une étude de la Commission européenne montrait, en 2012, qu’elle était la cinquième valeur la plus importante, derrière la santé et l’amour mais devant la paix, la liberté et le plaisir(3).
le regard de Stéphanie Tétu
Dans un contexte de crise, l’amitié est aussi une valeur refuge. « Notre société est actuellement en recherche de sécurité, analyse le psychologue Daniel Coum. Avec la mutation des liens familiaux et conjugaux, on a gagné en liberté mais on a perdu en sécurité. Dans ce contexte, l’amitié a quelque chose d’intemporel : elle est moins soumise aux variations culturelles de la société. » On attend ainsi de l’amitié qu’elle soit au-dessus des ruptures de la vie et de l’amour. « L’amitié est en quelque sorte une sublimation de l’amour dans la mesure où elle implique un consentement à renoncer à la captation de l’autre pour soi, poursuit Daniel Coum. Dans l’amour, il y a une dimension narcissique plus intense. En amitié, on consent à ce que l’autre ne nous appartienne pas. » [12] La Croix
L’amitié serait finalement un lien aussi fort qu’il est souple. « Il y a des amis que l’on peut ne pas voir pendant des mois et pourtant, quand on les retrouve, c’est comme si on ne s’était jamais quittés », relève Martin, dont plusieurs amis de longue date vivent désormais à l’étranger. Un constat confirmé par l’étude de la Fondation de France : « Ces liens souples, choisis, que l’on peut poursuivre dans le temps sans que des pauses ponctuelles ne les remettent en cause et qui s’appuient sur une proximité de valeurs ou de vécu, rejoignent beaucoup les aspirations et valeurs de nos concitoyens. »
Reste qu’au-delà de la « valeur amitié », les relations amicales, elles, méritent qu’on les entretienne. « Parce qu’on attend autant de l’amitié, les ruptures amicales, notamment quand on ne partage plus les valeurs et centres d’intérêt qui ont fondé la relation à ses débuts, peuvent être particulièrement radicales, prévient Danièle Brun. L’amitié est un lien exigeant et qui n’a rien d’un long fleuve tranquille ! »
Flore Thomasset
(1) Enquête des petits frères des Pauvres réalisée par le CSA auprès d’un échantillon représentatif, selon la méthode des quotas.
(2) Crédoc, Enquête « Conditions de vie et aspirations », étude pour la Fondation de France, 2016.
(3) Étude réalisée par TNS Opinion & Social à la demande de la Commission européenne, mai 2012.
le mot mon ami
par Jean Pruvost
Amitié concaténée…
Si le mot amistet fait son apparition au XIe siècle, avec quelques variantes avant d’être fixé définitivement en « amitié » à la fin du XVIe siècle, il va vite attirer l’attention des lettrés. Ainsi, Maurice de La Porte, auteur en 1571 des Épithètes – un dictionnaire des adjectifs à installer derrière quelques noms choisis pour les poètes – ouvre sans hésiter un article au mot « amitié ». Combien d’épithètes propose-t-il ? Quarante-quatre ! Voici les premiers : Amitié cordiale, vraie, heureuse, privée, immuable, sainte, cimentée, divine… Mais aussi contre-aimée, qui s’oppose à la précédente épithète, « mutuelle ». Sans oublier, disparues de l’usage, l’amitié pyladéanne, Pylade étant l’ami fidèle par excellence dans la tragédie grecque, et l’amitié concaténée, par enchaînement. Les amis de mes amis sont…La Croix [13]
Au bout du fil, une écoute bienveillante
Ceux qui n’ont personne à qui confier leur détresse peuvent se tourner vers des associations comme SOS Amitié.
Ils ne savent pas avec qui partager leur détresse. Mais, ils ne sont pas tout à fait seuls. Ils peuvent se confier aux bénévoles de Suicide Écoute, SOS Chrétiens à l’écoute, SOS Suicide Phénix, Agri’écoute ou SOS Amitié. Cette dernière association regroupe à elle seule 1 600 « écoutants », spécialement formés. « Mais nous ne sommes pas des thérapeutes », rappelle Alain Mathiot, le président de SOS Amitié. Si « l’écoute par écrit » s’est développée sur Internet, l’usage du téléphone reste très majoritaire dans ce type d’échange. « Depuis notre création, en 1960, les fondements même de notre écoute n’ont pas changé, poursuit le responsable associatif. C’est une écoute bienveillante et sans a priori, ni jugement et conseil, qui respecte strictement l’anonymat et la confidentialité. »
Depuis dix ans, les appels ont fortement augmenté sur les lignes de SOS Amitié, pour atteindre les 700 000 par an. « Nous sommes un miroir de la France qui souffre », constate Alain Mathiot. « Ce n’est pas vraiment de l’amitié, on reste parfaitement inconnu l’un à l’autre, on ne se lie pas, observe de son côté Romain Huët, maître de conférences à l’université de Rennes 2, qui étudie ces dispositifs d’écoute. C’est un lieu de soutien, de l’urgence. On desserre l’angoisse. Mais on sent que cette souffrance est une matière explosive. »
Pour l’universitaire, écouter revient d’ailleurs aussi à gérer « un potentiel agressif ». « L’écoute est une forme de gouvernement de la personne, souligne-t-il. Je me demande dans quelle mesure ce genre de dispositif n’incite pas à individualiser la souffrance, pour la vider de tout sens politique. Il y a, me semble-t-il, un excès de psychologisation et une incitation à l’accommodement à la vie qu’on mène. »
Mais Alain Mathiot croit en l’utilité d’associations comme la sienne. « Souvent les gens qui nous appellent sont déjà passés par d’autres structures, rappelle-t-il. Comme nous fonctionnons 24 heures sur 24, nous sommes le dernier recours. L’idée est d’arriver à ce que les gens qui vont très mal arrivent à se reprendre un petit peu en main. Cela ne marche pas toujours. Mais c’est quand même notre objectif. »
(La Croix)

17:26 Publié dans DIVERS | Lien permanent | Commentaires (2)

 
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