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24/03/2018

COMMUNIQUÉ FINAL DE L'AEF. MARS 18

Communiqué final de l'assemblée des évêques de France

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L’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France s’est achevée ce vendredi 23 mars. Réunis à huis clos depuis le mardi 20 mars à Lourdes, les évêques de France ont travaillé sur différents sujets.

A l’issue du discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, les évêques ont commencé leur réunion par un échange sur l’actualité de l’Église et de la société.
En cette période où sont ouverts les États généraux de la bioéthique dans notre pays, les évêques ont fait le point sur la réflexion et la mobilisation de l’Église de France sur les sujets bioéthiques. Ils se sont unanimement et nommément engagés dans une déclaration mettant en garde contre la légalisation de l’euthanasie qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Dans cette déclaration, « ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres ».
Au cours de cette Assemblée, le jeudi 22, les évêques ont pris un temps notable pour échanger entre eux sur le phénomène migratoire et l’accueil des migrants dans notre pays. Ayant entendu des experts sur la réalité des migrations, ils ont ensuite échangé et se sont enrichis de leurs expériences diocésaines lors de forums.
Parmi les autres dossiers à l’ordre du jour, deux séquences furent dédiées à la lutte contre la pédophilie. Le Père Hans Zollner, jésuite, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, est venu témoigner de son expérience et de son approche de ce sujet au niveau mondial. La deuxième séquence a permis aux évêques de continuer à travailler sur la nécessité de manifester leur proximité et leur compassion aux victimes de la pédophilie dans l’Église.
Ces temps de travail réguliers permettent d’améliorer les dispositifs et de garder une extrême vigilance contre ce fléau.
Animée par un groupe de travail issu du Comité études et projets, une séquence de cette assemblée a voulu favoriser une prise de conscience des nouvelles ritualités civiles et de leur impact sur la société et l’Église. Monsieur Olivier Servais, historien et anthropologue, a notamment éclairé les évêques sur le surgissement de la question rituelle dans le monde virtuel. Il a présenté le champ de ces ritualités et en a proposé des clés d’interprétation anthropologique. Les évêques ont ensuite pu échanger lors de forums sur diverses facettes de ces nouvelles ritualités civiles : les rites liés à un événement (marches blanches…), les rites dans le champ des nouveaux moyens de communication (réseaux sociaux…), les paraliturgies qui répondent à ces besoins de rituels et les rituels qui se transforment dans l’accompagnement des étapes de la vie (naissances, mariages, deuils…).
En vue de la préparation du synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel (3-28 octobre 2018), les évêques ont préparé leur participation en échangeant, en forums, sur les points importants à faire remonter et à travailler lors de ce synode. Cette réflexion a permis aussi de partager sur la pastorale des jeunes de 16 à 29 ans dans l’Église de France tant au plan diocésain que national.
Les évêques ont aussi travaillé sur des sujets liés au fonctionnement de l’institution. Ils ont ainsi abordé les questions économiques et financières des diocèses avec leurs disparités, leurs enjeux à court et moyen terme, les perspectives d’évolution possible. Ils ont poursuivi leur réflexion sur l’évolution des structures de la Conférence des évêques de France en vue de la présentation, lors d’une prochaine Assemblée, d’un nouvel organigramme.
Enfin, dans la perspective de l’éventuelle révision des statuts de l’Enseignement catholique prévue lors de leur adoption il y a cinq ans, les évêques ont engagé un premier échange avant un débat plus approfondi lors de la prochaine Assemblée plénière de novembre 2018.
Lors de cette Assemblée de printemps, les évêques ont aussi procédé à divers votes.
Ont été élus :
• Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, président du Conseil famille et société, pour un premier mandat ;
• Mgr Norbert Turini, évêque de Perpignan, Président du Conseil pour la communication, pour un deuxième mandat ;
• Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, membre de la commission doctrinale, pour un premier mandat.
Par ailleurs, les évêques ont approuvé par vote :
• L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Paulin Enfert
(1853 – 1922), fondateur de la Mie de Pain dans le diocèse de Paris ;
• L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Gérin
(1797 – 1863), prêtre du diocèse de Grenoble ;
• La réouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Bazin, prêtre du diocèse de Séez.
L’Assemblée s’est aussi prononcée favorablement pour la nomination de Saint Irénée de Lyon comme Docteur de l’Unité.
Par ailleurs, en marge de l’Assemblée, le Conseil permanent a nommé :
• Le Père Vincent Breynaert, de la Communauté du Chemin neuf, directeur du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations ;
• Mademoiselle Bernadette Mélois, vierge consacrée, directrice du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle.
Ces directeurs prendront leurs fonctions le 1er septembre 2018.
(Communiqué de la CEF)

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17/02/2018

LES SERVITES

Saint Alexis Falconieri et les sept fondateurs des Servites

LES SERVITES




Retrait de la ville


 XIIIème siècle, Florence. Sept marchands, membres d’une compagnie laïque de fidèles dévots de la bienheureuse Vierge, la Compagnie des Servites ou Serviteurs de Sainte Marie ou Chantres, décident de se retirer dans la pénitence, la contemplation et dans le service à Marie. Un choix certainement influencé aussi par deux grands ordres mendiants du temps, Franciscains et Dominicains, ainsi que par l’expérience des moines Camaldunes, Vallombrosiens et Clunisiens, déjà présents en ces terres, et de groupes pénitentiels comme ceux de S.Augustins et du Mont Carmel, ou des frères et sœurs laïques de la Pénitence. C’étaient  Bonfils, guide du groupe laïque et prieur de la future communauté, Bonagiunta, futur prieur entre 1256 et 1257, Manetti, artisan des premières fondations en France, Amidei, âme du groupe, Sostegni et Uguccioni, amis entre eux, et enfin Alexis. Autour de 1233 les sept abandonnent  donc leurs activités commerciales, laissent leurs propres maisons distribuent leurs biens aux pauvres, alors que Florence est toujours troublée par les guerres fratricides.


Tuniques et manteaux gris


C’est le 8 septembre 1233 que les sept commencent la vie communautaire à Villa Camarzia, à la périphérie de la ville: Jacopo de Poggibonsi, chapelain des Chantres et leur directeur spirituel impose à chacun l’habit des «Frères de la Pénitence», un manteau et une tunique de laine grise. La journée de la petite communauté se déroule entre prière, travail et quête à travers les rues de la ville.Leur vie est retirée, austère et solitaire, mais de nombreuses personnes perturbées et angoissées s’adressent à eux et reçoivent consolation et conseil; surtout ils sont plus frappés par le fait , de riches commerçants qu’ils étaient, les sept sont réduits volontairement à la pauvreté . Ceci encourage la diffusion de la renommée de leur sainteté et de nombreuses personnes commencent à demander à faire partie de leur famille.


Naissance de l’Ordre


Justement les nombreuses et insistantes demandes les poussent à commencer un Ordre expressement dévoué à la Vierge, dont ils se disent Serviteurs, l’Ordre des Servites de Marie .L’évêque Ardingo Foraboschi leur donne en 1234 un terrain sur le sommet du Mont Senario, à environ 18 km de Florence. Les cellules sont au début de simples huttes séparées l’une de l’autre; sur les ruines d’un ancien château va s’ériger rapidement une petite église intitulée à Notre Dame et en 1239, après la visite du Légat pontifical, le cardinal Goffredo Castiglioni, futur pape Célestin IV, leur donne la Règle de Saint Augustin.
 Souvent, après de longues sorties pour la quête, ils s’arrêtent à Florence auprès de l’Oratoire de Sainte Marie de Caffaggio dont ils développent vite l’annexe en hospice où ils commencent à accueillir d’abord ceux qui demandent à faire partie de la communauté.


Tant de vocations


Très vite les sept reçoivent la permission d’ouvrir  d’autres couvents, aussi en dehors de la Toscane, parce que les vocations affluent nombreuses. L’Ordre risque cependant la suppression lorsque le Concile de Lyon, en 1247 décrète la suppression des Ordres Mendiants. Mais Philippe Benizi, accueilli à l’âge de 21 ans dans l’ordre et futur Prieur Général, obtient à nouveau la reconnaissance pontificale; L’approbation définitive arrive en 1304 grâce à l’œuvre de Benoît XI.
 Seulement Alexis Falconieri, dernier survivant des sept peut se réjouir .Il mourra le 17 février 1310, à presque 110 ans d’âge. Sa nièce Julienne Falconieri, elle aussi sainte, sera la fondatrice des Sœurs Mantellates.


En 1888 Léon XIII canonise ensemble les sept pères. A Monte Senario un seul sépulcre recueille leurs dépouilles. Parmi les Servites des dernières années, nous rappelons père David Maria Turoldo, connu comme prédicateur et poète.
 VATICAN NEWS

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16/02/2018

SOEUR BERNADETTE MORIAU TÉMOIGNE

SOEUR BERNADETTE MORIAU TÉMOIGNE

 

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Installée à Bresles (Oise), Bernadette Moriau a été reconnue, dimanche, 70e miraculée de Lourdes. Ce mardi, elle a expliqué son étonnante guérison qui lui donne une soudaine notoriété.
Bernadette Moriau a été reconnue, dimanche par l’Eglise, 70e miraculée de Lourdes (Hautes-Pyrénées). La femme de 78 ans s’est longuement livrée, ce mardi. « Près de 300 médecins se sont penchés sur ce cas, a aussi expliqué le docteur Alessandro de Franciscis, président du bureau des constatations médicales de Lourdes. Il s’agit d’une guérison inexpliquée dans l’état actuel des connaissances scientifiques. » Un « miracle », selon l’Eglise.

Récit de soeur Bernadette, 70e miraculée de Lourdes


Vous étiez malade depuis vos 26 ans. Quelle était votre situation médicale, en 2008, lors de votre départ pour Lourdes ?
BERNADETTE MORIAU. J’étais handicapée, j’avais un corset important, une attelle au pied, qui était à l’équerre. J’avais une paralysie, j’étais sous morphine et sous neurostimulateur pour calmer la douleur de mes jambes. Et je devais vivre avec des auto-sondages à cause d’une paralysie de la vessie. Pour les médecins, il y avait une atteinte des racines lombaires et sacrées pratiquement totale. Pour eux, ce n’était pas récupérable, je savais que j’allais finir ma vie comme ça.

C’est pourtant votre médecin traitant qui vous a poussé à aller à Lourdes.
Il est lui-même responsable de l’équipe médicale de l’hospitalité de Lourdes, qui accompagne les malades. En février 2008, il m’a proposé de venir avec eux durant l’été. J’ai accepté avec joie, car c’était l’année des 150 ans de l’apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous… Comme je m’appelle Bernadette, j’ai vu ça comme un signe du ciel. A Lourdes, je n’ai pas demandé la guérison pour moi, mais j’ai prié pour tous les malades.
C’est à votre retour à Bresles que vous avez constaté un changement de votre état de santé.
Le 11 juillet 2008, j’ai senti, à 17 h 45 - on se souvient de l’heure d’une telle chose - une détente de tout mon corps. A 18 heures, j’ai enlevé mes appareils dans un acte de foi. J’ai vu que mon pied était redressé, que je n’avais plus rien. J’ai arrêté tout mon traitement le jour même. Le lendemain, j’ai marché 5 km. C’était une grande joie, mais ça m’a secouée. J’ai pleuré.
Comment vivez-vous ce qui vous arrive depuis dimanche et que répondez-vous aux sceptiques ?
Je suis chargée de témoigner, pas de vous faire croire. Mais ce qui m’arrive est étrange car je ne suis pas une star, juste une petite sœur. Je pense beaucoup à Bernadette Soubirous, qui a dû vivre un peu la même chose. Je vis le moment présent, et je pense que je vais me faire conseiller pour ne pas être débordée. J’ai aussi une vie en communauté et je ne voudrais pas qu’elle en pâtisse, même si je suis très entourée par mes sœurs de Bresles.
Beauvais, Vatican d’un jour
Près de 50 journalistes, dont certains venus de Suisse et d’Italie, se sont pressés au diocèse de Beauvais, ce mardi, pour écouter le témoignage de Bernadette Moriau. Cette soudaine notoriété, le diocèse espère « en tirer des retombées, admet Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais. Nous espérons que nous aurons plus de monde pour les pèlerinages à Lourdes. » Une messe est déjà prévue, le 4 mars, à Bresles, et Mgr Benoit-Gonnin s’attend à « une église remplie ». Bernadette Moriau, elle, « a déjà des demandes pour aller témoigner un peu partout en France, explique le diocèse. Elle ira à Lourdes cet été, et devrait aller dans plusieurs diocèses pour livrer le récit de sa guérison. »

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TEMOIGNAGE AUDIO :

http://media.vaticannews.va/media/audio/s1/2018/2/14/13/134285533_F134285533.mp3

 

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29/01/2018

MARTYRS D'ALGÉRIE

 

Algérie: reconnaissance du martyre de Mgr Claverie, des moines de Tibhirine et de 11 autres religieux et religieuses


Un peuple meurtri


Anita Bourdin

Témoins de la foi

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Le « martyre » de Mgr Pierre Claverie, dominicain, évêque d’Oran, des sept moines trappistes de Tibhirine, tous Français, et de leurs compagnons, religieux et religieuses, tués « en haine de la foi » – selon l’expression consacrée -, en Algérie entre 1994 et 1996, est reconnu par un décret de la Congrégation pour les causes des saints dont le pape François a approuvé la promulgation, le 26 janvier 2018.
Sur ces 19 martyrs, 16 sont Français, deux sont des religieuses Espagnoles et un missionnaire est Belge.
Les onze autres martyrs sont :
-un frère mariste, Henri Vergès et sœur Paul-Hélène Saint-Raymond, des petites Sœurs de l’Assomption, assassinés le 8 mai 1994 à Alger;
-le 23 octobre 1994 à Babael Oued, soeur Esther Paniagua Alonso, et soeur Caridad Álvarez Martín, religieuses espagnoles des Sœurs Augustines Missionnaires;
-quatre pères blancs – trois Français et un Belge -, assassinés à Tizi Ouzou, le 27 décembre 1994, Jean Chevillard, Charles Deckers, Alain Dieulangard et Christian Chessel;
-le 3 septembre 1995 sont assassinées deux sœurs missionnaires de Notre-Dame des Apôtres: Angèle-Marie Littlejohn et Bibiane Leclercq;
-le 10 novembre 1995, sœur Odette Prévost, des petites Sœurs du Sacré-Cœur, est tuée à Alger.
Les moines de Tibhirine sont Christian de Chergé, Luc Dochier, Christophe Lebreton, Michel Fleury, Bruno Lemarchand, Célestin Ringeard, Paul Favre-Miville.
Ils pourraient être rapidement béatifié: le Vatican n’a encore fixé ni la date ni le lieu,  mais Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger a évoqué le sens de cette béatification dans une interview du journal algérien « Reporters » publiée par le site de l’Eglise catholique en Algérie: « Nous avons bien conscience que nos dix-neuf frères et sœurs martyrs ne sont qu’une toute petite goutte dans un océan de violence qui a vraiment meurtri l’Algérie pendant une dizaine d’années, et nous ne pouvions pas penser à nos martyrs sans penser à tous les martyrs d’Algérie; ceux et celles qui ont donné, eux aussi, leur vie, en fidélité à leur foi en Dieu et à leur conscience. Je pense en particulier, nous l’avons rappelé au Saint-Père, à cette centaine d’imams qui sont morts pour avoir refusé de signer ou de cautionner des fatwas justifiant la violence. Je pense aussi aux intellectuels, aux journalistes, aux écrivains… mais surtout à ces petites gens, des hommes, des femmes, des papas et des mamans qui refusaient d’obéir aux ordres des groupes armés. »
Mgr Desfarges, Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, et le p. Thomas Georgeon, postulateur, ont été reçus en audience par le pape François le 1er septembre 2017: « Nous avons alors voulu dire au Saint-Père que cette béatification, nous souhaitions que, lors de son annonce, elle soit une source de paix, de paix pour tous. Certes dans notre Eglise nous sommes dans la paix, nous sommes dans le pardon, mais nous souhaitons qu’elle soit aussi une grâce pour tout le peuple algérien. Qu’elle nous aide tous à avancer ensemble sur le chemin de la paix et de la réconciliation et, si la grâce est donnée, du pardon. Le Saint-Père a été très sensible à tout cela. Il nous a écoutés avec beaucoup d’attention et nous a dit combien était vraie la souffrance que le peuple algérien a endurée il y a vingt ans et a dit comprendre que les plaies ne soient pas encore refermées. Ainsi il nous a dit : «Soyez très délicats car il ne faut pas blesser; il faut que l’évocation de ce souvenir soit une occasion de se tourner vers l’avenir. Nous désirons le vivre ainsi». »
Il rappelle le jeune Mohamed, assasiné en même temps que Mgr Claverie, le 1er août 1996, à Oran: « Monseigneur Pierre Claverie est justement mort à Oran, assassiné en même temps qu’un jeune Algérien, Mohamed, qui avait lui-même écrit dans un petit carnet qu’il acceptait de risquer sa vie en gardant des relations avec cet évêque, une relation d’amitié. Monseigneur Pierre Claverie avait dit lui-même que «rien que pour un jeune comme Mohamed, je suis prêt à rester». C’est là un beau signe que nos martyrs sont morts avec des frères et des sœurs au milieu d’un peuple meurtri, un peuple aussi de martyrs, d’hommes et de femmes qui ont perdu leur vie en voulant rester fidèles à Dieu et à leur conscience. Le sang de tous les martyrs est mêlé. »

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28/09/2017

LE RÊVE BRISÉ DE NATHALIE


Le rêve brisé de Nathalie

par Fergus

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Samuel Frydman s’affala sur son fauteuil avec une indicible volupté en émettant un grognement de satisfaction. D’un geste malhabile, il déboutonna le bas de son gilet pour donner un peu d’aisance à son obésité naissante. Fameuse, cette fricassée de poissons de roches. Quant à ce klevner, si délicieusement fruité, quelle belle trouvaille ! Comme chaque jour, les yeux du producteur se portèrent sur le Modigliani qui trônait en face de lui : un portrait de femme brune au visage émacié, acquis à prix d’or onze ans plus tôt chez Christie’s au détriment d’un pétrolier texan et d’un lord de l’Amirauté britannique. La femme était entièrement vêtue de noir, à l’exception d’une fine cravate rouge ornée d’une épingle dorée. Elle posait sur le quinquagénaire un regard ambigu fait d’un curieux mélange d’humanité et de cynisme. Tout le charme de la toile était là, dans ce regard étrange et paradoxal. Frydman était connu dans les milieux artistiques pour l’acuité de son jugement et la finesse de ses analyses de la chose humaine. En dépit de cette réputation maintes fois vérifiée, il ne parvenait pourtant pas, après de longues années d’observation, à définir avec certitude quel sentiment profond animait cette mystérieuse brune au regard noir...

Venue de l’interphone, la voix d’une autre femme le tira de sa rêverie :
— Un certain Gérard Delhumeau désire vous rencontrer pour vous soumettre un projet de scénario, monsieur. 
— Delhumeau ? Connais pas. Cet homme a-t-il rendez-vous avec moi ?
— Non, monsieur...
— Eh bien, ma petite Hazel, renvoyez-le comme d’habitude sur Melle Finzi ou M. Serfati. Je les paye pour ça, non ?
— Certainement, monsieur. Mais je vous rappelle que Melle Finzi et M. Serfati sont partis hier soir vous représenter à la Mostra de Venise pour le film de Kassavetz : Drogue, sexe et vielle à roue.
— Ah, c’est vrai, j’oubliais la Mostra. Eh bien, cet homme attendra leur retour, voilà tout !
— C’est que... ce M. Delhumeau insiste pour être reçu aujourd’hui même. En fait, il est déjà venu plusieurs fois depuis ce matin, et je ne parviens pas à m’en débarrasser. Naturellement, j’aurais pu faire appel à la sécurité, mais ce Delhumeau affirme être un ami de Jack Lang...
— En clair, vous voudriez que je m’en charge, n’est-ce pas ? Impossible, ma bonne Hazel, vous savez bien que j’attends Depardieu d’une minute à l’autre.
— Vous avez rendez-vous avec lui à 15 heures, monsieur. Dans 22 minutes ! Et il sera en retard, comme d’habitude. En retard et aviné.
Frydman soupira.
— C’est bon, Hazel, faites entrer ce Chalumeau.
— Delhumeau, monsieur.

Une poignée de secondes plus tard, l’homme franchissait la porte capitonnée. Á vue de nez, il pouvait avoir dans les quarante-cinq ans. Il était vêtu d’un costume de prêt-à-porter bon marché, passablement lustré aux genoux, et tenait dans sa main droite une serviette de cuir datant au bas mot du paléozoïque. Frydman lui trouva une ressemblance avec James Stewart. Comme l’acteur américain, ce Delhumeau était grand et plutôt embarrassé de sa taille. La comparaison toutefois s’arrêtait là : aucun charme particulier n’émanait de ce visage oblong au nez légèrement dévié. La boxe peut-être ? En outre, l’homme était pâle comme un bidet, d’aspect presque maladif : M. Smith au Sana ! Le producteur réprima un sourire. Il fit asseoir le visiteur et se composa un visage sévère, comme il sied à un personnage de son importance.

— Ainsi, monsieur Destrumeau, vous êtes un ami personnel de Jack Lang ?
— Delhumeau. Ami personnel, c’est beaucoup dire. J’ai fait sa connaissance au hammam. À poil dans la buée, ça nivelle les différences sociales et ça crée des liens, forcément.
— Je vois... Écoutez, mon vieux, je suis complètement surbooké et nous n’avions pas rendez-vous, fit observer Frydman d’une voix autoritaire. J’ai donc très peu de temps à vous consacrer, aussi je vous prie d’être le plus bref possible. Que puis-je pour vous, monsieur Désormeaux ?
— Delhumeau, Gérard Delhumeau, précisa le visiteur sans se laisser démonter par le ton de son interlocuteur.
— Au fait, monsieur Delhumeau, au fait ! 
Le visiteur frappa son porte-documents élimé du plat de la main. Quelques particules de cuir s’échappèrent sur la moquette. 
— J’ai là un scénario qui va vous intéresser.
— Eh bien, laissez-le moi, suggéra Frydman en faisant mine de se lever pour clore l’entretien. S’il s’inscrit dans notre ligne de production, mes collaborateurs ne manqueront pas de vous le faire savoir dans les plus brefs délais.

Vissé sur son siège, Delhumeau n’avait pas bougé d’un pouce.
— Permettez-moi au moins de vous présenter le synopsis. Titre du film : « Le rêve brisé de Nathalie ». C’est l’histoire d’un producteur, un type dans votre genre, embarqué dans une histoire sordide. 
Frydman s’était confortablement réinstallé dans son fauteuil. Une petite lueur brilla dans ses yeux. Après tout, cet intermède imprévu pouvait se révéler amusant.
— Un producteur ? Une histoire sordide ? Allons bon !

Imperméable à l’ironie, Delhumeau poursuivit : 
— Au début du film, notre homme, un dénommé Feldmann...
— Pourquoi Feldmann ?
— Pourquoi pas Feldmann ? Notre homme, donc, n’est qu’un professionnel de troisième zone qui vivote en produisant, par manque de moyens, des nanars tournés avec des équipes d’inconnus ou de has been. Naturellement, pas question pour lui d’en rester là : sa place est au Festival de Cannes, en haut des marches, avec les stars. Seulement voilà, y’a une sacrée concurrence dans son business, enfin vous êtes bien placé pour le savoir...
— Je vous le confirme, en effet. Mais continuez, dit Frydman en se grattant in petto les neurones avec perplexité.
— Notre homme est très ambitieux, genre les dents qui déchirent la moquette, si vous voyez ce que j’veux dire. Manque de bol, son chiffre d’affaires ne progresse pas aussi vite qu’il l’aurait souhaité. Feldmann se lance alors dans une série de magouilles financières pour booster son compte en banque. Et ça marche : entre les fausses factures, les sociétés écran et les déclarations fiscales bidon, sans compter les aides détournées du CNC, il parvient très vite à se constituer une pelote confortable...

Imperceptiblement, le producteur avait froncé les sourcils. Cette histoire, c’est grosso modo la sienne. Jusqu’au nom, Feldmann, qui ressemblait à son propre patronyme. Après toutes ces années, serait-il possible que... ? Frydman se fit plus avenant :
— Un cigare, monsieur Bellotaux ? Je les fais venir directement de La Havane. Ou préférez-vous un drink ? Whisky ? Gin ? Vodka ? Tequila ?
— Delhumeau... Non merci, j’ai arrêté de fumer il y a dix ans, et je ne bois jamais d’alcool. 

Le type avait répondu calmement, sans signe apparent d’animosité ou de tension. Frydman se sentit rassuré : l’individu était manifestement inoffensif... Encore que...
─ Notre homme dispose désormais d’un paquet de fric assez conséquent. Dès lors, il peut larguer les bras cassés qui l’entourent et travailler avec des professionnels sérieux. Les succès commerciaux s’enchaînent. Deux ou trois films obtiennent des Césars. L’un d’eux décroche même le Prix Louis-Delluc. En moins de dix ans, Feldmann accumule une petite fortune...

Frydmann frémit : décidément, ce scénario ressemblait de plus en plus à sa propre histoire ! Difficile de croire à un simple hasard. Le producteur sentit la nervosité le gagner. Delhumeau, lui, gardait un calme olympien. 
─ C’est alors que survient Nathalie. Depuis qu’elle est gamine, Nathalie rêve de faire du cinéma. À force de ténacité, elle finit par s’introduire dans le milieu par le biais de la figuration, puis elle réussit à décrocher des petits contrats. Rien de bien folichon. Rien à voir surtout avec les rêves dont elle s’est nourrie durant des années. Son histoire bascule un soir d’été sur un tournage en Provence. Feldmann est venu en voisin de son luxueux mas du Luberon. Les prises de vue terminées, tout le monde se retrouve dans un restaurant de Manosque. Nathalie est un peu éméchée. Elle monte dans la Porsche de Feldmann...

Frydmann tressaillit. Son rythme cardiaque s’accéléra. Sa tension fit un bond. Sa main gauche, posée sur l’accoudoir du fauteuil, se mit à trembler légèrement. Prenant sur lui, le producteur raffermit pourtant sa voix :
— Et bien sûr, la fille se fait sauter. Beaucoup trop conventionnel, monsieur Debureaux ! 
— Delhumeau... Nathalie ne se fait pas sauter, elle est violée par ce gros porc. Pour éviter les complications, il lui promet un rôle important dans une prochaine production. Les mois passent, Nathalie reste au bord du chemin avec ses illusions perdues et sa vertu outragée. Un soir de juin, une ambulance dépose une jeune suicidée aux urgences de l’hôpital Cochin. Les médecins réanimateurs sont impuissants : Nathalie emporte dans la nuit ses rêves de cinéma...

Le visiteur renifla avant de poursuivre :
─ Le lendemain du suicide, le père de Nathalie, un employé de la SNCF, découvre une lettre dans laquelle la jeune fille a vidé son sac. Nathalie, il l’a élevée seul depuis la mort de sa femme, emportée douze ans plus tôt par un cancer. Elle est sa « petite princesse », son « rayon de soleil » dans une vie terne et déprimante d’agent des gares. Fou de rage et de désespoir, le cheminot se procure une arme...
Nouveau reniflement.
─ Il se procure une arme et fonce chez Feldmann, bien décidé à trouer la peau de ce fumier. Mais avant de mourir, cette ordure doit souffrir...

Delhumeau plongea sa main droite dans la poche de sa veste. Frydman avait déjà positionné la sienne dans le tiroir de son bureau.
Trois coups de feu retentirent. Le visiteur s’affaissa sur son siège. Deux tâches rouges s’élargissaient sur sa poitrine et une fontaine de sang s’écoulait à gros jets de sa gorge ; la moquette buvait l’offrande avec avidité.

Quelques secondes s’écoulèrent. Hazel, affolée par les détonations, surgit dans le bureau. Frydman était prostré dans son fauteuil. Un pistolet était posé sur le sous-main de cuir vert. Le producteur de tourna vers sa secrétaire pour se justifier :
— Il... il était venu pour me tuer... Il avait une arme dans sa poche droite... J’ai tout compris : c’était le père de la petite que j’ai... Celle qui s’est suicidée... Nathalie Delhumeau, son nom m’est revenu... Je n’avais pas le choix : c’était lui ou moi. 
Hazel haussa les épaules en soupirant.
— Debonneau, elle s’appelait la suicidée, Valérie Debonneau !

Entre temps, la secrétaire, surmontant sa répugnance, s’était approchée du cadavre. D’un geste tremblant, elle tira le bras droit de la victime. La main surgit de la poche, crispée sur un paquet de kleenex. 

Frydman écopa de dix-huit ans de réclusion ferme.
Détenu à Clairvaux, il a désormais accompli la moitié de sa peine. Il est le seul prisonnier français à posséder un Modigliani dans sa cellule.
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