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05/02/2017

MIRACLE EN 1943

UN MIRACLE EN 1943 PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 


Quand je pense que certains navigants roulent des mécaniques dans leurs uniformes bien
propres du départ à l'arrivée !!!
( d'’après la signature, c’est le navigateur de la forteresse qui adresse la lettre à son épouse, et
comme tout le courrier passait par la censure, il s’adresse au censeur au début)
« S’il existait des lois, règles ou filtrage contre le fait d’'envoyer la photo ci-dessous à ma
femme, s'’il vous plait refermez le pli et retournez le moi ; c’est une prise de photo unique et je
détesterais la perdre. »
Merci. Signature

Capture d’écran 2017-02-04 à 18.19.52.png


En 1943 une collision en vol le 1er fevrier 1943, entre un B17 et un Chasseur allemand au-
dessus du port de Tunis est devenue l’objet de l’une des plus célèbres photographies de la
WWII. Un chasseur ennemi attaquant une formation de 97th Bomb Group perdit le control,
Probablement avec un pilote blessé, au court de sa descente mortelle contre la partie arrière du
fuselage de la forteresse volante nommée « All American », pilotée par le Ltt Kendrick R. Bragg
du 414th Bomb Squadron.
Lorsque le chasseur a percuté il s’est disloqué mais a laissé des morceaux dans le B17. La
partie gauche du plan fixe et l’aileron gauche ont été complètement arrachés.
Les 2 moteurs droits étaient HS et l’un de gauche avait une sérieuse fuite à la pompe à huile.
La partie de la dérive fixe et la partie mobile ont été endommagées, le fuselage a été
pratiquement entièrement sectionné seulement tenu par deux petites parties de la cellule,
Les radios et les systèmes électrique et oxygène endommagés. Il y avait aussi un trou sur le
dessus de plus de 4,80 m de long et 1,20 m de large sur la partie la plus large ; la rupture du
fuselage allait jusqu’à la tourelle du mitrailleur du haut.

Capture d’écran 2017-02-04 à 18.20.22.png


Bien que la queue cabossée se balançait dans le vent relatif, elle se tordait lorsque l’avion
tournait et tous les câbles furent sectionnés à l’exception d’un seul pour la profondeur qui
fonctionnait encore, et l’avion continuait miraculeusement à voler !
Le mitrailleur de queue était pris au piège car il n’y avait plus de plancher reliant la queue du
reste de l’avion. Les mitrailleurs du fuselage et de la queue utilisèrent des morceaux du
chasseur allemand et leur propre harnais de parachute afin d’éviter que la queue ne se détache
et que les deux côtés du fuselage ne se séparent.
Pendant que l’équipage essayait que le bombardier ne se déboite, le pilote continuait sur son
run et larguait ses bombes sur l’objectif
Lorsque les trappes de bombardement furent ouvertes, les turbulences furent telles qu’un des
mitrailleurs du fuselage fut soufflé dans la partie abimée de la queue. Cela prit plusieurs
minutes à quatre membres de l’équipage de lui passer des suspentes de parachute et de le
tracter vers l’avant de l’avion. Quand ils essayèrent de faire la même chose pour le mitrailleur
de queue, la queue se mit à battre tellement qu’elle commençait à se détacher. Le poids du
mitrailleur de queue ajoutait de la stabilité à la section arrière, aussi il retourna à sa place. Le
virage retour vers l’Angleterre dût être fait très lentement pour éviter que la queue ne se
détache. Ils parcoururent presque 70 nautiques pour faire le virage retour. Le bombardier était
tellement endommagé qu’il perdait de l’altitude et de la vitesse et se retrouvait bientôt seul dans
le ciel.
Pendant un bref instant deux autres chasseurs allemands Me-109 attaquèrent le « All
American ». En dépit des dommages progressant, tous les mitrailleurs furent capables de
répondre à ces attaques et bientôt éconduisirent les chasseurs. Les deux mitrailleurs de
fuselage se tenaient debout avec la tête dehors au travers du trou dans la partie supérieur du
fuselage pour braquer et tirer avec les mitrailleuses. Le mitrailleur de queue devait tirer de
courtes rafales parce que le recul faisait tourner l’avion.

Capture d’écran 2017-02-04 à 18.20.44.png


Des chasseurs P 51 alliés interceptèrent le « All American » comme il traversait la Manche et
prirent une des photos montrées. Ils prévinrent la base par radio en décrivant que l’appendice
surfait comme la queue d’un poisson et que l’avion ne pourrait pas se rendre à la base et qu’il
fallait envoyer des bateaux pour récupérer l’équipage lorsqu’ils sauteraient.
Les chasseurs restèrent avec la Forteresse, recevant des signaux manuels du le LTT Gragg et
les relayant à la base. Le Ltt Bragg signala que 5 parachutes et le spare avaient été utilisés,
aussi cinq membres d’équipage ne pourraient pas évacuer. Il prit la décision que s’ils ne
pouvaient pas évacuer en toute sécurité, il resterait dans l’avion pour le poser.

Capture d’écran 2017-02-04 à 18.20.57.png


Deux heures et demie après avoir été percuté, l’avion fit son dernier virage face à la piste alors
qu’il était encore à plus de 40 nautiques.
Il descendit pour un atterrissage d’urgence et fit un une décélération normale sur son train
d’atterrissage.
Lorsque l’ambulance s’approcha à côté, elle fut remerciée car aucun membre de l’équipage ne
fut blessé. Il était incroyable que l’avion ait pu continuer à voler dans de telles conditions. La
Forteresse se tient placidement jusqu’à ce que tout l’équipage sort par la porte d’accès et que
le mitrailleur de queue descende d’une échelle, et c’est à cet instant que toute la partie arrière
s’effondra.
Ce vieil oiseau a fait son boulot et a ramené l’ensemble de l’équipage sain et sauf à la maison.

Capture d’écran 2017-02-04 à 18.21.11.png


MERCI DE RETRANSMETTRE A QUELQU’UN D’AUTRE QUI
APPRECIERA CETTE INCROYABLE HISTOIRE.

17:55 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2017

- LE CHAT


Le chat, notre ami félin


Dieu ou diable

- LE CHAT

Comme tous les animaux, le chat a une histoire, assortie de légendes noires ou dorées, nourries de ses relations avec l’homme. Ce petit félin a également une préhistoire, bien plus ancienne que celle de l’homme, et il en garde la mémoire.
Les initiés prêtent volontiers sept vies au Chat, voire neuf. C’est dire la richesse et la complexité du personnage !
Michèle Ressi

- LE CHAT


Il était une fois… Il y a cinquante millions d'années
« Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et bien entendu, il trouva que c’était bien. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l’homme. Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d’esclave jusqu’à la fin des temps… », Jacques Sternberg, Contes glacés (1974)
Le chat a conquis la Terre il y a 50 millions d’années. À cette époque reculée, il était déjà ce petit carnivore au corps élancé et à la longue queue si familier.
Nos propres ancêtres, les premiers hominidés, ne sont apparus que quarante millions d’années plus tard. Le genre Homo arrive il y a 3 millions d’années, avec une lente évolution marquée par les outils de plus en plus perfectionnés dont il se sert au cours des trois Âges – de pierre, de bronze et de fer. Homo sapiens, notre ancêtre direct, est apparu il y a à peine 200 000 ans. 

L'homme et le chat, qui ne partagent guère de points communs, vont pourtant se rencontrer vers 7 500 avant J.-C. Commence alors l’« âge du chat » domestique.
Un fait remarquable est que le chat garde la mémoire de cette vie d’aventure. S’il dort au minimum 16 heures sur 24, ce n’est ni par paresse, ni par faiblesse, mais pour être toujours en pleine forme si on l’attaque, se réveillant en une fraction de seconde.
Il recouvre ses excréments de terre ou de litière, non par souci de propreté, mais pour dissimuler sa trace à l’ennemi ancestral. Il hérisse son poil pour paraître plus gros que nature, face aux autres félins ou prédateurs supérieurs en poids. Il rêve en grondant, vibrant de tout son être, en souvenir de chasses et de combats préhistoriques.
Armé d’une gueule carnivore aux douze incisives et de quatre pattes aux griffes rétractiles, ce guerrier poids léger fait reculer des molosses, au nom de la lutte des races toujours d’actualité entre chiens et chats. Tout cela vaut même pour le plus pacifique de nos minets domestiques – un sauvage, malgré tout.

- LE CHAT

 
Le chat, muse des poètes
« Dieu a inventé le chat pour que l'homme ait un tigre à caresser chez lui. », Victor Hugo. Les amis de l’auteur ont bien connu Chanoine, le chat (Abyssin) qui lui inspira ce mot célèbre. Il vécut avec un autre chat nommé Mouche, et offrit à sa petite-fille un Gavroche (nom du gamin des Misérables).

- LE CHAT

 
Champfleury, auteur lui aussi amoureux des chats, décrit l’animal qui habitait place Royale (actuelle place des Vosges) : « Au milieu s’élevait un grand dais rouge, sur lequel trônait un chat qui semblait attendre les hommages de ses visiteurs. Un vaste collier de poils blancs se détachait comme une pèlerine de chancelier sur sa robe noire. La moustache était celle d’un magyar hongrois, et quand solennellement l’animal s’avança vers moi, me regardant de ses yeux flamboyants, je compris que le chat s’était modelé sur le poète et reflétait les grandes pensées qui emplissaient le logis. »

L’Âge d’or du chat
Soucieux de son confort, le chat a élu territoire auprès de l’homme qui, séduit par son minois et son efficacité, le désigne volontiers par l'onomatopée « miaou », d'où dérive le verbe miauler. Mais l'animal restera toujours un peu sauvage ! Il est impossible de le dresser comme le chien ou le cheval, et avec lui, n’existe aucune relation de domination-soumission. L’homme peut simplement mettre à son service ses qualités innées de chasseur et l’accueillir en sa maison pour le plaisir partagé.
La première domestication remonte au IVe millénaire avant J.-C. Elle concerne le chat sauvage d’Afrique (Felis Libyca) cousin de l’Abyssin actuel. C'est un parfait chasseur en tenue de camouflage et grand amateur de petits rongeurs.

- LE CHAT


Les paysans égyptiens l'emploient pour protéger les silos à grain où ils entreposent les récoltes de blé, ressource vitale pour ce peuple de laboureurs. Il chasse aussi les vipères à cornes et sécurise les alentours du foyer où il est désormais le bienvenu, à côté du chien jaune et des petits singes verts.
Il se révèle si utile qu'il ne tarde pas à être divinisé. Un cas unique dans l’Histoire. La divinité Bastet, représentée sous la forme d'une chatte ou d'une femme à tête de chat, incarne la fécondité, la joie et la beauté.

Elle cohabite dans le panthéon égyptien avec le taureau Apis, symbole de puissance sexuelle, le bélier Amon, associé au soleil, le chien ou chacal Anubis qui préside aux funérailles, le serpent Apophis qui lutte avec le soleil etc. 
 

- LE CHAT


Animal sacré entre tous, le chat fait l’objet d’un culte particulier à Bubastis, capitale régionale du delta du Nil. À lui la plus joyeuse fête du calendrier égyptien et le plus beau temple ! Dans son enceinte, une foule de chats sacrés et de prêtres chats vivent en meute et se reproduisent à l’envi, respectés, comblés d’offrandes, mais exposés à des sacrifices périodiques - on choisit de préférence des chatons, dûment bénis, momifiés, puis vendus comme reliques sacrées. La ville fait aussi commerce de statuettes et d’amulettes.
Hérodote décrit les festivités qui entourent la déesse : « Péniches et bateaux de toutes espèces, remplies d'hommes et de femmes, flottaient tranquillement le long du Nil. Les femmes jouaient de la musique sur des cymbales et des tambourins et celles qui n'avaient pas d'instruments les accompagnaient avec des battements de main et des danses. Du vin de la vigne était bu en quelques jours plus que dans tout le reste de l'année. Tel était ce festival et, dit-on, pas moins de sept cent mille pèlerins célébraient la fête de Bast, en même temps ». On a cru que le « père de l’Histoire », témoin de l’événement au IVe siècle avant J.-C., avait grossi le nombre de pèlerins pour en exagérer l’importance, mais des fouilles récentes font justice à l’historien grec.

- LE CHAT


Le chat divinisé : Bastet
En la divinité Bastet, la femme symbolise la lumière, la chaleur et le soleil, cependant que la chatte représente le mystère, la nuit et la lune. Soignant les maladies, Bastet veille sur l’âme des morts. Lors de ses colères, elle peut devenir une redoutable guerrière, prenant parfois une tête de lionne, reflet de la double nature du chat et source d’une légende où Bastet fit miracle : le serpent cobra avait avalé le soleil, Râ (ou Rê) le magnifique : vallée plongée dans les ténèbres, chacals silencieux.
Envoyée sur terre pour sauver l’Égypte, Bastet mordit la nuque du cobra qui rendit l'âme…en même temps que le disque solaire. Et le Nil sortit de la nuit. Ayant planté ses crocs tout près du soleil, Bastet avala des parcelles de son éclat qu’elle transmit à sa descendance. Ainsi, lorsque la pupille du chat se rétracte (dans la lumière), ses yeux s’entourent d’un cercle doré, comme celui de Râ.
Les pharaons édictent des lois protectrices des chats, incarnations de Bastet : un homme qui tue un chat, même par accident, risque la peine capitale ! Les chats sont par ailleurs surprotégés : « Lorsqu'il survient un incendie, il arrive à ces animaux quelque chose qui tient du prodige. Les Égyptiens, rangés par intervalles, négligent de l'éteindre, pour veiller à la sûreté de ces animaux; mais les chats, se glissant entre les hommes, ou sautant par-dessus, se jettent dans les flammes. Lorsque cela arrive, les Égyptiens en témoignent une grande douleur » (Hérodote) (*).

- LE CHAT


Si grande est la vénération de l'animal qu’à sa mort, son maître se rase les sourcils en signe de deuil pendant soixante-dix jours, soit le temps de la momification. Plus la famille est riche, plus les funérailles sont pharaoniques et le sarcophage somptueux. Des souris embaumées accompagnent le défunt dans son autre vie pour le rassasier et le divertir.
À la fin du XIXe siècle, on a découvert à Tell Basta (ex-Bubastis) 300 000 momies de chats : corps cernés de bandelettes colorées, face couverte d'un masque où se devinent les yeux, les oreilles et les vibrisses (moustaches).

Entre légende et vérité, l’histoire du siège de Péluse, en Basse-Égypte (525 av. J.-C.) confirme cette vénération. Comme la ville résistait à l’armée des Perses, Cambyse leur chef aurait fait peindre des chats sur les boucliers de ses soldats : lors de l’attaque, pas un Pélusien n'osa toucher à l’image divine et Péluse tomba aux mains de l’ennemi ! 
Il existe une version plus prosaïque selon laquelle les Perses auraient propulsé des chats sur les défenseurs de la ville à coups de catapultes, ou pire encore, inventé la technique du bouclier félin, en y fixant de vrais chats.
Quoi qu'il en soit, ce fut la fin de l’Égypte indépendante. Ce fut aussi la fin de l'Âge d'or pour le chat. Les Perses, ensuite, l'ont vénéré, mais bien moins que les Égyptiens. Quant aux Grecs et Romains de l’Antiquité, ils furent nettement moins sensibles à sa grâce féline et l'employèrent surtout à garder les réserves de blé - même si les Romains étaient déjà pourvus en belettes apprivoisées, très bonnes chasseuses de rats.
Après le meilleur, le chat va connaître le pire. À l'évidence, cet animal suscite adoration ou haine, mais jamais indifférence.

Malheur aux chats noirs
Au Moyen Âge comme à la Renaissance, le chat garde une réputation de surnaturel héritée des cultes égyptiens. Mais son mystère et sa beauté sont interprétés comme autant de marques démoniaques.

Les procès d’animaux sont dans les mœurs du temps, mais le cas du chat est particulier. Il n’est pas jugé pour tel ou tel méfait, supposé ou réel. Symbolisant le Diable, il est fatalement criminel…
Et haro sur le chat noir ! Compagnon des sorcière ou diable incarné, c'est la principale victime de ce racisme religieux ! Brûlée dans les bûchers, crucifiée aux portes des maisons, noyée par sacs entiers, la race a quasiment disparue.
Quelques poils blancs sous le cou peuvent toutefois sauver la bête : « marque de l’ange » ou « doigt de Dieu ». Une superstition vaut même protection : arracher un poil blanc porte bonheur. Voilà pourquoi la plupart de nos chats noirs ne sont pas tout noirs, ils portent un petit médaillon blanc, souvenir d’une vieille et tragique histoire.

- LE CHAT


Mais aujourd'hui encore, le chat de race Bombay, même s'il affiche fièrement sa couleur - noir de noir -, est loin d'être aussi populaire que l'Abyssin, le Persan, le Siamois, le Birman et autre Chartreux... Et dans les refuges de la SPA, le chat noir (de gouttière) reste le dernier adopté et le premier euthanasié.
« Je suis le diable »

« Je suis le diable. Le diable ! Personne n’en doit douter. Il n’y a qu’à me voir d’ailleurs. Regardez-moi, si vous l’osez ! Noir, d’un noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux vert poison, veinés de brun, comme la fleur de la jusquiame. J’ai des cornes de poils blancs, raides, qui fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes ! Combien de griffes ? Je ne sais pas. Cent mille, peut-être. J’ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive – pour tout dire, diabolique. Je suis le diable, et non un simple chat », Colette, La Paix chez les bêtes (1916).
Noirs ou pas, les chats participent aux feux de la Saint-Jean. Le roi Louis XI va lui-même allumer les fagots où sont jetés les chats, criant et se démenant comme des diables, enfermés dans leurs sacs. La scène se passe à Paris, place de Grève : le peuple raffole du spectacle.
Henri IV interdira en 1604 ces bûchers de chats à la Saint-Jean, à la demande de son fils, futur Louis XIII, dauphin de trois ans. Mais il faudra attendre la fin du XVIIIe siècle pour que cette coutume disparaisse totalement.
Une autre fête a cours : le lancer de chats. La tradition l’associe à Ypres, en Flandre occidentale. Cette cité drapière importe la laine d'Angleterre. Une fois tissé, le drap est entreposé dans les Halles et attire les souris venues y nicher. Les autorités font appel aux chats pour manger les souris. Ils accomplissent si bien leur mission qu'ils en viennent à se multiplier à leur tour.
La solution trouvée contre la surpopulation féline ? Lors du Carême, lancer les chats depuis le beffroi des Halles aux draps. Aucun chat ne survit à une chute de 70 mètres. La tradition va perdurer jusqu’en 1817 !

- LE CHAT


Légendes et superstitions
Une légende entre mille : les sorcières ont un troisième sein, pour allaiter leur chat. Quand la bête a faim, elle suce le sein jusqu’au sang.
Plus connues, les danses de Sabbat : on s’y rend la nuit, de préférence le jeudi, en chevauchant un balai, ou un cochon, un bouc noir, un crapaud, un chat ou le Diable en personne. Après la panse (le repas, répugnant ou symbolique) vient la danse (en fait, la copulation). Les sorcières avouent le « coït diabolique ». Les chats sont acteurs ou témoins, selon l’imagination des participants. Les témoignages abondent, sous la torture ou sous le coup de l’hystérie.
La pharmacopée médiévale reflète les superstitions : selon le manuscrit des Kiramides au XIIe siècle, les testicules de chat noir, avec du sel, font fuir les démons, et un cœur de chat noir attaché au bras gauche supprime toute douleur. Plus couramment, des crottes de chat entrent dans la préparation de recettes contre la chute des cheveux ou l'épilepsie. La moelle de chat se retrouve dans les onguents contre l'arthrite et la goutte. La chair de chat soigne le mal de dos et les hémorroïdes. Suivant que l'affection est de cause chaude ou froide, on recourt au chat noir ou blanc.

Est-ce l'effet de ces traditions attachées à la sorcellerie ? Le fait est que le célèbre chirurgien et médecin Ambroise Paré a les chats en horreur : « Les chats n’infectent pas seulement par leur cervelle, mais aussi par leur poil, leur haleine, leur regard. » Le roi Henri III en a pour sa part une peur bleue. Il s’évanouit à leur vue et encourage leur massacre. 
Mais gardons-nous de généraliser ces outrances. Les chats demeurent appréciés pour leur utilité à divers titres. Certains sont sacrifiés aux besoins vitaux de l’homme. Les fourrures de chats domestiques, moins chères que le renard et l’agneau, sont destinées au peuple. Les pelletiers attrapent les vagabonds ou récupèrent les cadavres
Pour éviter que son chat ne finisse en couverture, carpette ou coussin, on conseille de lui brûler les poils… ou de le garder à la maison. 
Il arrive aussi que l'on se nourrisse de viande de chat en cas de famine ou de siège. En Espagne, le rôti de chat est même fort prisé, jusque sur les tables princières.
Mais les chats sont surtout appréciés pour leurs qualités de chasseurs, tant par les paysans dont ils protègent les greniers que des moines dont ils protègent les bibliothèques. 
Et les marins, traditionnellement très superstitieux, en font un porte-bonheur. Sur les bateaux, il empêche les rongeurs de s’attaquer aux cordages et aux voiles. Passager accueilli comme un sauveur, le chat marin mène une vie de Pacha ! « Peu importe que le chat soit gris ou noir, pourvu qu'il attrape les souris », proverbe chinois récité par Deng Xiaoping.
Muezza, la chatte du Prophète

Dans les pays orientaux, le chat est bienvenu dans les maisons, à l’inverse du chien. Les musulmans lui accordent même une place au paradis. Peut-être en souvenir de Muezza, une chatte qui aurait protégé Mahomet d'une attaque de serpent.
Aimée du Prophète, elle l'accompagnait au prêche, à la mosquée, où les chats sont encore admis et dorment en paix. Une tradition veut qu'un jour, pour ne pas la réveiller, Mahomet coupa la manche du plus précieux de ses manteaux.
Pour l’amour du chat
Au XVIe siècle, le petit félin sauvage, successivement dieu, puis diable, accède au statut d’animal de compagnie. L’Europe découvre le Persan, première race à poil long. Sa beauté, associée à sa rareté, attire les familles royales ainsi que l’aristocratie française et italienne. Les cours princières se montrent accueillantes à ces chats de luxe naturellement exotiques, signe extérieur de richesse et d’originalité, sans autre utilité que sentimentale.
Un cas unique comme le note Michel Tournier : « Le chat semble mettre un point d'honneur à ne servir à rien, ce qui ne l'empêche pas de revendiquer au foyer une place meilleure que celle du chien » (Le Miroir des idées, 1994).
« Le plus petit des félins est un chef-d'œuvre », écrit Léonard de Vinci qui ne laisse toutefois du chat que quelques études et dessins, rien de plus. Montaigne se montre plus prolixe à propos de sa chatte, Madame Vanity : « Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d’elle ? Nous nous entretenons de singeries réciproques. Si j’ay mon heure de commencer ou de refuser, aussi a elle la sienne » (Les Essais, 1580).
Sur les manuscrits de l'auteur des Essais, de grands espaces vides intriguaient les exégètes. Ils ont fini par comprendre : c’est la forme du corps de la chatte qui dormait et que sa plume a contourné, plutôt que de réveiller la belle ! Mahomet avait eu les mêmes égards pour sa Muezza.
 
Joachim Du Bellay pleure Belaud
En fait de sensibilité animale, le poète Joachim Du Bellay surpasse notre philosophe féliphile. La perte de son chat Belaud, qui précède de peu sa propre mort à 38 ans, lui inspire cette épitaphe, l’un des premiers poèmes du genre :
« Maintenant le vivre me fâche ;

Et afin, Magny, que tu saches


Pourquoi je suis tant éperdu,


Ce n'est pas pour avoir perdu


Mes anneaux, mon argent, ma bourse ;


Et pourquoi est-ce donc ? pour ce


Que j'ai perdu depuis trois jours


Mon bien, mon plaisir, mes amours.


Et quoi ? ô souvenance gréve !


À peu que le cœur ne me crève,

Quand j'en parle, ou quand j'en écris :


C'est Belaud mon petit Chat gris :


Belaud, qui fut par aventure


Le plus bel œuvre de que Nature


Fit onc en matière de Chats :


C'était Belaud la mort aux Rats,


Belaud, dont la beauté fut telle,
Qu'elle est digne d'être immortelle…  »


(Épitaphe d’un chat,1568).


Avec la guerre de Trente Ans, les chats et les souris s’introduisent dans le bestiaire historique. Quand Louis XIII et son ministre Richelieu entrent dans le conflit, leurs ennemis s'autorisent l'ironie. Printemps 1640, les Espagnols affichent un message en deux octosyllabes sur une porte de la ville d’Arras :
« Quand les Français prendront Arras
Les souris mangeront les chats. »
Mais les Français regagnent du terrain. Ils prennent Arras le 9 août 1640 et enlèvent une lettre audit message :
« Quand les Français rendront Arras
Les souris mangeront les chats. »
Louis XIII affectionne les chats qui sont rois à sa cour, mais son principal ministre les adore. Certes, le cardinal Richelieu reste dans l’Histoire comme le « sphinx à robe rouge » qui a « foudroyé plutôt que gouverné les humains » (Michelet). Mais pour les chats, c’est un amant sans égal qui déroge à l'hostilité habituelle entre les hommes de pouvoir et cette race réputée insoumise.

Richelieu, un cardinal cha(t)rmé
« Le tyran mitré de la France trouva pourtant un cœur de chair près de la miaulante engeance. Dans les rares et courts moments que les politiques tourments nécessitaient d’intermittence, Un panier de chatons charmants divertissait son Éminence. », François Maynard, poète en disgrâce. Épigramme vengeresse à la mort de Richelieu (1642).


Ce grand malade des nerfs invente la « ronron-thérapie ». Il joue chaque matin avec ses chats et dort avec ses favoris, Persans ou Angoras. Au Conseil des ministres, il cache des chatons dans ses manchons.
Au Palais Cardinal, l’actuel Palais Royal, deux domestiques sont affectés au service des chats, nourris au blanc de poulet. Une vaste pièce leur est réservée, la chatterie attenante à sa chambre, et son médecin personnel veille sur leur santé.
À la mort du cardinal, ses quatorze chats héritent d’une maison et d’une pension. Leurs noms pour le moins originaux, couchés sur son testament, entrent dans l'Histoire : Felimare (tigré), Gavroche (bâtard d’Angora), Gazette (l’indiscret), Lucifer (noir de jais), Ludovic le Cruel (tueur de rats impitoyable) et Ludoviska (son amante polonaise), Mimi-Paillon (Angora doré), Mounard le Fougueux (querelleur et capricieux), Perruque (tombée de la perruque du poète Racan), Pyrame et Thysbé (deux amoureux souvent entrelacés), Racan (du nom du poète et académicien), Rubis sur l’ongle (hyper soucieux de son apparence), Serpolet (adorateur du soleil), Soumise (sa favorite, Angora blanche).
À la génération suivante, à la cour de Louis XIV, la bonne société prend goût à ces animaux. Laurence Bobis, auteur d’une thèse sur l’histoire du chat, cite l’exemple singulier de « Mme de La Sablière, amie de La Fontaine, qui résolut de se défaire de sa passion des chiens en les remplaçant par des chats noirs et fut définitivement séduite par ces animaux. »
Notre fabuliste national lui-même érige les animaux, dont le chat, en personnages littéraires : « Je me sers des animaux pour instruire les hommes. » (La Fontaine, Fables, Dédicace au Dauphin, 1668). Nulle prétention scientifique chez l’auteur. Une douzaine de ses fables (sur 240) présentent le chat en tête d’affiche.

Dans Le Chat, la belette et le petit lapin, il dénonce la justice de son temps avec un chat à double visage qui porte deux noms empruntés à Rabelais : Raminagrobis et Grippeminaud :
« C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas... ».
Chez son contemporain Boileau, le chat devient un passant anecdotique :
« Je ne puis rien nommer, si ce n’est pas son nom,
J’appelle un chat un chat et Rolet un fripon. » (Satire I, 1668).  
Retenons encore de Molière la réplique culte du répertoire de L’École des femmes (1662). Le vieil Arnolphe, jaloux, veut tout savoir des nouvelles du jour. La réponse d’Agnès à son tuteur : « Le petit chat est mort. » Enfin, Le Chat botté ou Maître Chat, héros des Contes de ma mère l’Oye de Charles Perrault  (1697), va devenir mondialement célèbre. Une promotion qui anticipe sur la fin de l’histoire...
Source: Herodote.Net

 

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16/12/2016

OUTRE-TERRE

Outre-Terre

Le voyage à Eylau

 

- OUTRE-TERRE

JEAN-PAUL  KAUFFMANN

 

10 juin 2016 : le journaliste Jean-Paul Kauffmann nous régale avec ce récit hors du temps et de l'espace qui nous fait revivre la bataille d'Eylau (8 février 1807), l'une des plus meurtrières et des plus incertaines de l'épopée napoléonienne.
Grand Prix de la Société de Géographie

- OUTRE-TERRE



Jean-Paul Kauffmann s'est vu remettre le 18 novembre 2016 le Grand Prix de la Société de Géographie pour Outre-Terre et l'ensemble de son oeuvre. Une récompense méritée car le journaliste fait partie de l'élite des écrivains voyageurs à même de restituer l'âme des lieux, même cachée derrière la banalité du quotidien.
Fondée en 1821, la Société de Géographie est la plus ancienne association du monde dans sa spécialité. Avec un millier de membres, aujourd'hui présidée par Jean-Robert Pitte, elle se consacre à la promotion de la géographie et des explorations auprès de tous les publics.

Pas un roman ni un livre d'Histoire, encore moins un récit de voyage.
Outre-Terre mérite d'être qualifié d'« essai » au sens que Montaigne lui-même a donné à ce mot : un texte qui entremêle souvenirs intimes, observations du moment, réflexions politiques ou philosophiques et récits historiques. L'ensemble se lit avec délectation et gourmandise.
Jean-Paul Kauffmann, irrépressiblement attiré par les terres lointaines et le mythe napoléonien, nous a déjà livré un beau livre sur l'île de Sainte-Hélène, La Chambre noire de Longwood (1997). Il récidive avec ce livre qui fait suite à un voyage - un pèlerinage plutôt - sur le site d'Eylau en 2007, à l'occasion du deux centième anniversaire de la bataille.
Eylau a troqué son nom prussien contre celui de Bagrationovsk, en l'honneur du général géorgien Bagration, l'un des adversaires de Napoléon. C'est aujourd'hui une petite ville sans aucun charme dans l'enclave russe de Kaliningrad (ex-Königsberg, Prusse orientale).
L'auteur a souhaité s'y rendre avec sa femme et leurs deux garçons en vue de renouer avec ses souvenirs de jeunesse : la toile célèbre du baron Gros supposée montrer Napoléon au lendemain de la bataille, le regard levé vers le ciel cependant qu'un lancier polonais blessé, à ses pieds, lui rend hommage ; le roman de Balzac qui raconte comment le colonel Chabert, qu'on avait cru mort après la charge de cavalerie de Murat, aurait miraculeusement survécu et, de retour en France après plusieurs années d'absence, tenté de retrouver sa femme, ses biens et ses titres.

Jean-Paul Kauffmann raconte la toile de Gros, une commande de Napoléon destinée à édifier les foules, tout comme le colonel Chabert, un destin avec lequel il se voit des affinités, lui qui fut otage au Liban, à l'isolement complet pendant trois ans.
Il fait revivre pour nous la geste napoléonienne et les affres de l'Empereur, qui n'hésite pas à se mettre en danger dans le fameux cimetière d'Eylau, pour coordonner au mieux les mouvements de ses troupes malgré le froid hivernal et le manque de visibilité.
Passionné de stratégie militaire, il raconte aussi les risques endossés par Napoléon au cours de cette bataille qui a failli mal tourner. Il s'en est fallu de peu en effet que le Prussien Lestocq, poursuivi par la cavalerie de Ney, n'arriva avant celui-ci sur le champ de bataille, comme Blücher à Waterloo huit ans plus tard.
Mais Jean-Paul Kauffmann raconte aussi la déprussification du village et de l'enclave par les Soviétiques, le remplacement des populations et plus encore la reconstruction de la mémoire russe autour de la « Guerre patriotique » livrée à Napoléon.
Nous voici avec sa guide-interprète Julia, qui se prend peu à peu de passion pour la bataille d'Eylau, et les reconstituants et historiens russes qui la rejouent à deux cents ans de distance, avec d'autant plus d'enthousiasme que de leur point de vue, elle fut une victoire russe même si Napoléon resta maître du terrain. 
Mais le héros muet de l'histoire demeure tout au long du livre le clocher de l'église d'Eylau au sommet duquel Jean-Paul Kauffmann brûle de monter. Napoléon a eu soin de le faire représenter sur la toile de Gros car c'est de là qu'il put suivre la bataille et diriger ses troupes au moment décisif. Le fameux clocher est aujourd'hui un triste moignon au-dessus d'une usine délabrée d'appareils frigorifiques. L'auteur ne pourra en définitive jamais y accéder !

- OUTRE-TERRE


Au terme de la lecture, nous voilà à notre tour pénétrés d'émotions et d'images à la seule évocation d'Eylau. Miracle de la littérature qui donne chair et vie aux chroniques anciennes.  
André Larané

19/11/2016

UN FUTUR SAINT À MANILLE?

 

Matthieu Dauchez


Plus fort que
les Ténèbres

 

 

 

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« Un homme, ça peut être détruit mais pas vaincu ! »Ernest Hemingway
Le vieil homme et la mer.


En hommage à Darwin,
avec toute ma reconnaissance.
Préambule

Darwin a vécu les six dernières années de sa vie dans le cadre de la fondation « Tulay ng kabataan » (ANAK-Tnk) qui œuvre en faveur de l’enfance défavorisée à Manille, aux Philippines.
www.anak-tnk.org

La fondation a mis en place quatre volets distincts pour venir en aide aux enfants les plus en danger :
les enfants des bidonvilles,
les enfants chiffonniers,
les enfants des rues,
les enfants des rues avec un handicap.
C’est dans le cadre de ce dernier programme que Darwin a rejoint « Tulay ng Kabataan » qui est devenue sa deuxième famille.
La sainteté exemplaire de sa vie a motivé les pages qui suivent dans l’espoir de constituer un dossier qui puisse mener un jour à sa canonisation.
Tous les faits rapportés sont authentiques. Ils sont tirés soit du témoignage direct de l’auteur et des personnes impliquées, soit d’une enquête approfondie menée par l’assistante sociale auprès de la famille notamment.
*

Le dimanche 16 septembre 2012 fut le commencement de l’ultime semaine de Darwin sur cette terre.
Lorsque le Christ, acclamé par les foules, entre à Jérusalem, il marque le début de la grande Semaine sainte que les chrétiens du monde entier fêtent solennellement. Elle culmine par la Veillée pascale qui célèbre la résurrection du Christ.
Les derniers jours de la vie de Darwin semblent symboliquement suivre pas à pas les étapes de la Passion.
C’est ce que nous avons voulu raconter ici en reprenant chaque jour de la semaine et en les associant aux différentes étapes de sa vie.
*

Que toutes les personnes qui recevraient des grâces par l’intermédiaire de Darwin aient la gentillesse de nous en informer en nous contactant :
info@tnkfoundation.org
CHAPITRE I

Le petit âne attaché

« Plus les hommes mènent une
existence pauvre et menacée,
plus leur tâche est dure et leur avenir
incertain, moins ils peuvent s’offrir
le luxe d’être égoïste. »
Gustave Thibon
L’équilibre et l’harmonie
Évangile de saint Marc (11, 1-10)

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers. Jésus envoie deux de ses disciples :
« Allez au village qui est en face de vous. Dès l’entrée, vous y trouverez un petit âne attaché, que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘‘Que faites-vous là ?’’ répondez : ‘‘Le Seigneur en a besoin : il vous le renverra aussitôt.’’ »
Ils partent, trouvent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire.
Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus.
Alors, beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d’autres, des feuillages coupés dans la campagne.
Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de notre père David. Hosanna au plus haut des cieux ! »
Dimanche 16 septembre 2012

Les Rameaux

– Mon Père, venez vite. Darwin ne va pas bien, il respire très mal. Je suis aux urgences.
Je raccroche mon téléphone portable et j’enfile rapidement un pantalon, l’esprit encore un peu embué par ce réveil brusque. Puis j’attrape les clés de ma petite moto et sors du presbytère. Je ne sais pas très bien l’heure qu’il est. Minuit ou une heure du matin peut-être. Peu importe d’ailleurs car il faut aller vite, je le sens. Joseph, l’aide-soignant de la fondation qui accompagne Darwin depuis plus de six ans avait une voix inquiète.
Il ne me faut pas plus d’une dizaine de minutes pour rejoindre l’hôpital en empruntant la grande avenue circulaire de Manille. Il y a peu de circulation. C’est un vrai petit miracle pour cette métropole de dix-huit millions d’habitants qui est en agitation constante de jour comme de nuit. Je roule vite, trop vite, je le sais bien, mais j’ai un mauvais pressentiment et je parle tout haut dans mon casque, l’angoisse me prenant aux tripes.
Je prie.
– Pas maintenant, Seigneur, s’il vous plaît. Pas encore. Je ne veux pas le perdre, mon Dieu. Je ne suis pas prêt.
Aux urgences, je gare rapidement mon deux-roues sur le parc de stationnement entre deux ambulances. Puis ignorant les appels du gardien que je feins de ne pas voir, je m’engouffre parmi les nombreux badauds qui attendent l’appel de leur numéro. La liste est longue, le désordre palpable. C’est un hôpital pour enfants avec cette atmosphère propre au lieu. De nombreux dessins colorés jonchent les murs représentant des personnages de dessins animés. Les scènes joyeuses croquées sur les murs jurent un peu d’ailleurs avec les cris et les pleurs qui règnent dans cette cour des miracles où les parents tentent maladroitement de rassurer leur progéniture sans pour autant réussir à cacher leur propre inquiétude. Chacun s’observe sans rien dire, en échangeant parfois un sourire gêné.
Je m’oriente immédiatement vers les soins intensifs, le ICU (Intensive Care Unit), me doutant bien que c’est là, dans cette grande pièce, que Darwin est soigné. Il est devenu un habitué du lieu. Les médecins le connaissent bien car il a vécu des moments particulièrement difficiles ces derniers mois dus à l’inexorable évolution de sa maladie.
Darwin est atteint de la myopathie de Duchenne, maladie incurable qui lui grignote petit à petit toutes ses forces musculaires. Depuis plusieurs années, inéluctablement son corps décline.
En entrant dans la grande salle, je suis pris à la gorge par cette émanation d’éther ou d’alcool qui couvre d’autres odeurs plus nauséabondes. Il y a une trentaine de lits installés côte à côte, tous occupés par des enfants, dont la plupart sont encore des bébés. Ils ont tous à leurs côtés l’un ou l’autre de leurs parents. Une maman essuie religieusement le front de son enfant endormi avec un sourire plein d’amour. Une autre essaie désespérément d’obtenir plus d’informations auprès d’infirmières dépassées par les événements. Un papa, quelques mètres plus loin, est endormi assis sur une chaise en plastique, son front posé sur ses bras en croix au coin du brancard où est allongé son fils d’une douzaine d’années qui semble dormir d’un sommeil agité.
Assez près de l’entrée, j’aperçois Darwin, seul, les yeux fermés. Les sourcils se froncent par moments, signe discret des intenses douleurs qu’il ressent. Il est allongé sur un lit dont le dossier a été relevé au maximum pour le maintenir dans une position assise. Amaigri par ces années de combat contre la maladie, ses muscles s’éteignent petit à petit. C’est un petit corps affaibli dont il ne reste que la peau sur les os.
Mais la première chose qui me frappe en le voyant, c’est la couleur inhabituelle de sa peau. Elle est jaunâtre. Je m’approche doucement de lui car je ne veux surtout pas le réveiller s’il dort. Je pose mon casque et enlève ma veste. Il ouvre alors les yeux, m’aperçoit et me fixe aussitôt de ses deux billes noires si expressives. Pas de sourire cette fois-ci. Darwin est grave et son regard inquiet. Surtout il semble respirer très difficilement et par toutes petites secousses. Ses poumons n’ont plus de force.
Joseph, l’aide-soignant, arrive juste après moi. Il revient de la petite pharmacie de l’hôpital où il est allé chercher les premiers médicaments prescrits par le médecin de garde. Il me salue rapidement et jette immédiatement un coup d’œil complice à Darwin feignant de ne pas voir son inquiétude. Il s’intercale alors entre nous, puis lui tourne le dos et me dit d’une voix à peine audible pour éviter que notre jeune patient n’entende :
– Lorsque je suis arrivé dans le foyer cet après-midi, j’ai tout de suite vu que Darwin était très éteint, peu souriant. Et je le connais mon garçon, s’il ne me montre pas son grand sourire quand je viens le voir, c’est qu’il ne se sent pas bien.
– Tu l’as amené immédiatement ici ?
– Non, car Darwin m’assurait que tout allait bien. Une petite crise passagère seulement, disait-il. Mais, un peu plus tard, lorsque j’ai vu que ça ne s’améliorait pas, j’ai insisté. Je lui ai demandé s’il voulait aller à l’hôpital. Darwin n’a rien dit. Les yeux baissés, il a juste hoché la tête en signe d’acquiescement.
Darwin est atteint de la myopathie de Duchenne, maladie incurable qui lui grignote petit à petit toutes ses forces musculaires. Depuis plusieurs années, inéluctablement son corps décline.
En entrant dans la grande salle, je suis pris à la gorge par cette émanation d’éther ou d’alcool qui couvre d’autres odeurs plus nauséabondes. Il y a une trentaine de lits installés côte à côte, tous occupés par des enfants, dont la plupart sont encore des bébés. Ils ont tous à leurs côtés l’un ou l’autre de leurs parents. Une maman essuie religieusement le front de son enfant endormi avec un sourire plein d’amour. Une autre essaie désespérément d’obtenir plus d’informations auprès d’infirmières dépassées par les événements. Un papa, quelques mètres plus loin, est endormi assis sur une chaise en plastique, son front posé sur ses bras en croix au coin du brancard où est allongé son fils d’une douzaine d’années qui semble dormir d’un sommeil agité.
Assez près de l’entrée, j’aperçois Darwin, seul, les yeux fermés. Les sourcils se froncent par moments, signe discret des intenses douleurs qu’il ressent. Il est allongé sur un lit dont le dossier a été relevé au maximum pour le maintenir dans une position assise. Amaigri par ces années de combat contre la maladie, ses muscles s’éteignent petit à petit. C’est un petit corps affaibli dont il ne reste que la peau sur les os.
Mais la première chose qui me frappe en le voyant, c’est la couleur inhabituelle de sa peau. Elle est jaunâtre. Je m’approche doucement de lui car je ne veux surtout pas le réveiller s’il dort. Je pose mon casque et enlève ma veste. Il ouvre alors les yeux, m’aperçoit et me fixe aussitôt de ses deux billes noires si expressives. Pas de sourire cette fois-ci. Darwin est grave et son regard inquiet. Surtout il semble respirer très difficilement et par toutes petites secousses. Ses poumons n’ont plus de force.
Joseph, l’aide-soignant, arrive juste après moi. Il revient de la petite pharmacie de l’hôpital où il est allé chercher les premiers médicaments prescrits par le médecin de garde. Il me salue rapidement et jette immédiatement un coup d’œil complice à Darwin feignant de ne pas voir son inquiétude. Il s’intercale alors entre nous, puis lui tourne le dos et me dit d’une voix à peine audible pour éviter que notre jeune patient n’entende :
– Lorsque je suis arrivé dans le foyer cet après-midi, j’ai tout de suite vu que Darwin était très éteint, peu souriant. Et je le connais mon garçon, s’il ne me montre pas son grand sourire quand je viens le voir, c’est qu’il ne se sent pas bien.
– Tu l’as amené immédiatement ici ?
– Non, car Darwin m’assurait que tout allait bien. Une petite crise passagère seulement, disait-il. Mais, un peu plus tard, lorsque j’ai vu que ça ne s’améliorait pas, j’ai insisté. Je lui ai demandé s’il voulait aller à l’hôpital. Darwin n’a rien dit. Les yeux baissés, il a juste hoché la tête en signe d’acquiescement.
Darwin nous regarde fixement, avec une certaine inquiétude dans les yeux. Je vois bien qu’il cherche en même temps à capter mon regard mais je feins de l’ignorer pour laisser Joseph continuer. Je veux entendre son rapport jusqu’au bout car je crains d’entendre « la » mauvaise nouvelle, la condamnation des médecins, comme un verdict qui tombe, une sentence sans appel.
– As-tu parlé aux médecins ? Que disent-ils de son état ?
– Ils ne savent pas encore, me répond Joseph. Ils ont fait plusieurs tests et prises de sang. Ils essaient de comprendre où en est Darwin dans l’évolution de sa maladie, car ils craignent tout de même une nouvelle étape dans la dégradation. Probablement les poumons qui faiblissent.
Darwin continue inlassablement de remuer avec difficulté son corps affaibli pour attirer notre attention. Je m’approche de lui et lui prends la main, en faisant attention de ne pas toucher la perfusion qui l’alimente en dextrose. Sa main est chaude et il serre ses doigts sur la mienne sans me quitter des yeux, en esquissant, pour la première fois depuis mon arrivée aux urgences, un petit sourire. Notre simple présence semble le soulager un peu.
Il ferme de temps en temps les yeux mais ne lâche pas ma main. Joseph s’approche des médecins de garde pour leur soutirer quelques informations supplémentaires mais cela devient un jeu de langage et les termes techniques utilisés, accessibles uniquement aux initiés, se multiplient et se compliquent pour finalement ne dire que l’impuissance des soignants. Il faut attendre le résultat des contrôles et l’avis du pneumologue qui ne reviendra que le lendemain.
Je regarde ce spectacle avec un certain étonnement mêlé de dégoût. Les palabres remplacent l’attention, la technique se substitue aux soins et un snobisme médico-intellectuel détrône petit à petit l’humanité de ces médecins qui semblent pourtant tenir la vie de notre enfant dans leurs mains. À chacun de leurs mots ou de leurs gestes, aussi futiles soient-ils, s’accroche notre espérance. « Ce n’est rien », « une petite infection passagère », « il va pouvoir rentrer très vite à la maison ». Des expressions de rien du tout dont rêvent tous les parents d’enfants malades. Quelques mots tout simples qui ne viennent pas. Il faut attendre. Le surveiller et attendre. Il restera à l’hôpital cette nuit.
Je sens que Darwin me serre la main entre son pouce et son index. Je le regarde et il semble vouloir me dire quelque chose. Ses lèvres bougent un peu. Il parle difficilement à cause de sa respiration irrégulière et je n’entends pas grand-chose mais ses yeux grands ouverts m’interpellent. Il fronce les sourcils comme pour me supplier. Il doit avoir besoin de quelque chose, il a soif peut-être, ou bien mal. J’approche mon oreille de sa bouche pour entendre la voix faible de mon petit bonhomme et ce qu’il veut me dire.
Darwin prend une grande respiration, ce qui lui demande un réel effort afin de sortir un son audible car il est à bout de souffle. Et forcissant un peu le son de sa voix saccadée par la douleur, il me dit lentement pour que je comprenne chacun de ses mots :
– Mon Père, un immense merci pour tout.
Merci. C’est tout. Il voulait me dire merci.
Darwin résumait ainsi sa vie en un mot. Une action de grâce. Ce mot « merci », il ne cessait de le répéter : lorsqu’on venait le voir au centre, lorsqu’un éducateur passait devant lui, lorsqu’il était poussé par ses camarades ou encore si on lui présentait des invités de la fondation. Darwin marquait profondément tous ceux qui le rencontraient par son sourire et ses mots affectueux. Ce soir-là, alors que commence la dernière étape de sa passion, il ne déroge pas à la règle. Bien que prononcer quelques mots est une véritable épreuve pour lui, il veut le dire ce « merci ».

PÈRE DAUCHEZ

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10/11/2016

11 NOVEMBRE 1918



11 novembre 1918


Un armistice met fin à la Grande Guerre

 

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Lundi 11 novembre 1918, 11 heures. Dans toute la France, les cloches sonnent à la volée. Dans les villes et les villages, c'est la liesse. On sort dans la rue, on rit, on s'embrasse et l'on pleure... 
Au front, les clairons bondissent sur les parapets et sonnent le « Cessez-le-Feu », « Levez-vous », « Au Drapeau ». La « Marseillaise » monte des tranchées. Même soulagement en face, dans le camp allemand. Mais des deux côtés, pas de cris de joie, pas d'embrassades. On est soulagé. C'est tout. Et l'on pense à l'enfer passé et aux copains morts dans la boue.
Pour la première fois depuis quatre ans, Français et Allemands peuvent se regarder sans s'entretuer. Un armistice a été conclu le matin entre les Alliés et l'Allemagne, dernière des Puissances Centrales à rendre les armes. Il laisse derrière lui huit millions de morts et six millions de mutilés.
Les survivants ont perdu la foi dans les valeurs morales et spirituelles qui ont fait la grandeur et l'unité de l'Europe. Mais ils veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la « der des der »...

 

La défaite inéluctable de l'Allemagne

Dès l'échec de leur contre-offensive de juillet 1918, les Allemands ont compris qu'ils n'avaient plus aucun espoir d'arracher la victoire.
Les troupes américaines, potentiellement fortes de quatre millions d'hommes, arrivent en renfort des Anglais et des Français.
La 1ère armée américaine du général John Pershing lance sa première offensive dans le saillant de Saint-Mihiel, près de Verdun, le 12 septembre 1918. Ce tardif engagement suffit à convaincre les Allemands de leur infériorité. Les Alliés mettent aussi en ligne en nombre croissant des chars blindés (« tanks ») qui ont raison des barbelés qui protègent les tranchées allemandes.
Le 28 septembre 1918, le quartier-maître général (« Generalquartiermeister ») Erich Ludendorff, chef des armées allemandes et véritable maître du pays, apprend que ses alliés bulgares s'apprêtent à signer un armistice.
Au quartier général allemand de Spa, en Belgique, Ludendorff, abattu, a un entretien dramatique avec l'empereur Guillaume II. Il lui révèle que la situation militaire est désespérée et que l'armistice est devenu inévitable.
Il encourage l'empereur à démocratiser le régime et donner le pouvoir au Parlement, tout simplement parce qu'il veut transférer aux civils la responsabilité de la défaite et que « ceux qui nous ont mis dans cette situation se chargent de nous en sortir ! » (*).
Le 3 octobre, résigné, l'empereur Guillaume II appelle donc à la chancellerie, sur proposition du Reichstag, le prince Max de Bade, un modéré dont il espère qu'il saura obtenir des conditions de paix raisonnables de la part des Alliés. 
Le nouveau chef du gouvernement adresse aussitôt au président américain une demande d'armistice basée sur les Quatorze Points énoncés en janvier par Wilson. Mais ce dernier refuse toute négociation avec l'empereur comme avec les militaires. Maladroit, il en appelle à l'avènement d'un régime démocratique à Berlin.
De leur côté, les chefs alliés présents à Paris au même moment, le président du Conseil Clemenceau, le Premier ministre britannique Lloyd George et le président du Conseil italien Orlando, encaissent mal cette négociation en solo du président américain avec les Allemands, estimant à juste titre que leur pays ont supporté tout l'effort de guerre pendant quatre ans et qu'il leur revient de négocier avec les Allemands.
Le 26 octobre, Guillaume II, ne sachant que faire, demande et obtient la démission de Ludendorff


Les Puissances Centrales se délitent

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L'Allemagne bascule dans l'anarchie et la guerre civile.
Le 3 novembre, dans le port de Kiel, les marins de la flotte de guerre refusent d'aller à nouveau au combat. Ils se mutinent et entraînent les ouvriers de la ville. La contagion révolutionnaire se répand à Hanovre, Cologne et Brunswick. À Munich, le 7 novembre, un socialiste, Kurt Eisner, dépose le roi de Bavière et installe un Conseil ouvrier. La Bavière menace de faire sécession !
Entre temps, l'un après l'autre, les alliés de l'Allemagne cessent les combats et signent des armistices (l'armistice est un arrêt des combats dans l'attente d'un traité de paix en bonne et due forme).
Les Bulgares, bousculés par l'armée du général Louis Franchet d'Esperey, signent un armistice dès le 29 septembre. Le 30 octobre, c'est le tour des Turcs. Ils signent à Moudros, sur l'île de Lemnos, en mer Égée, un armistice avec les Britanniques (ces derniers négligent d'associer les Français à la signature).
De l'Autriche-Hongrie se séparent les Tchécoslovaques le 28 octobre et les Hongrois le 1er novembre. L'empire croupion de Charles 1er signe le 3 novembre à Villa Giusti un armistice avec l'Italie après que celle-ci eut enfin réussi une percée victorieuse à Vittorio-Veneto.
Le 9 novembre au matin, la contagion révolutionnaire gagne Berlin. Une émeute éclate à l'instigation des spartakistes, un groupe très actif de militants marxistes-léninistes conduit par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Le prince Max de Bade téléphone à l'empereur, à Spa. « Votre abdication est devenue nécessaire pour sauver l'Allemagne de la guerre civile », lui dit-il. Comme ses propres généraux plaident aussi en faveur de l'abdication, Guillaume II s'y résout enfin.

 



L'ancien empereur part en exil aux Pays-Bas. Ses six fils jurent de ne lui succéder en aucun cas.
À Berlin, le même jour, le prince Max de Bade cède la chancellerie au leader social-démocrate Friedrich Ebert tandis que, dans une atmosphère révolutionnaire, un autre chef social-démocrate, Philipp Scheidemann, proclame la République. L'inquiétude est générale. Le quotidien parisien La Liberté titre dans son édition du 10 novembre : La Révolution maîtresse de Berlin, L'armée a pactisé avec les révolutionnaires...


Un armistice mal accepté

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Les militaires s'étant défaussés, c'est à un civil, Matthias Erzberger, que revient la pénible tâche de négocier l'armistice (cela lui vaudra d'être assassiné par les nationalistes allemands le 26 août 1921).
Les négociateurs n'ont pas attendu la démission de l'empereur pour préparer l'arrêt des combats. Partis de Spa le 7 novembre à midi dans cinq voitures, ils ont franchi les lignes ennemies avec un drapeau blanc et sont arrivés à La-Capelle-en-Thiérache (Aisne) le soir même.
En France, leur demande d'armistice fait débat. Le président de la République Raymond Poincaré et surtout le général Philippe Pétain voudraient profiter de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique, envahir l'Allemagne elle-même et signifier à celle-ci l'étendue de sa défaite.
Mais le généralissime des troupes alliées, Ferdinand Foch, qui a été élevé au maréchalat le 6 août 1918, le général Maxime Weygand et le chef du gouvernement, Georges Clemenceau, ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ne croient pas l'armée française capable de se battre encore longtemps et souhaitent en finir au plus vite. Ils craignent aussi qu'à trop tarder, l'Allemagne ne devienne comme la Russie la proie des révolutionnaires bolcheviques.
Surtout, chaque jour qui passe renforce dans le camp allié le poids des Américains, alors que ceux-ci, arrivés très tard, ont encore très peu participé aux combats. En cas de prolongation des hostilités, Foch et Clemenceau craignent non sans raison que les Américains ne tirent toute la couverture à eux et ne relèguent la France à la deuxième place.

La délégation allemande est conduite par Matthias Erzberger, le général von Winterfeldt et le capitaine de vaisseau Vanselow. Les plénipotentiaires sont reçus le soir du 10 novembre dans le wagon spécial du généralissime Foch, au carrefour de Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne. On les fait patienter autour de quelques mets raffinés qui sont consommés en silence.
Erzberger s'inquiète de ne rien connaître encore des propositions adverses alors que le délai pour conclure l'armistice expire le lendemain à 11 heures. Ses inquiétudes redoublent quand il reçoit un télégramme non chiffré du chancelier Ebert : « Le gouvernement allemand accepte les conditions de l'armistice qui lui ont été imposées le 8 novembre ». À  la lecture de ce télégrame en clair, les Alliés ont pu, comme lui, comprendre que les Allemands signeront quoi que ce soit.

Arrive le moment des négociations. À la délégation allemande font face, dans le wagon, l'amiral Sir Rosslyn Wemyss, Premier Lord de l'Amirauté britannique, et le maréchal Ferdinand Foch. Le général Maxime Weygand assiste les deux plénipotentiaires alliés.
Au lieu des « propositions » qu'ils attendent, les Allemands, « à la merci des vainqueurs » selon Foch, se voient soumettre des « conditions ». Aucune marge de négociation ne leur est laissée ! Erzberger, accablé, ne se fait pas faute, toutefois, de contester chaque article et de négocier des concessions  avec le général Weygand, son interlocuteur direct. Ainsi obtient-il que 25.000 mitrailleuses soient livrées au lieu de 30.000...  
Au total, l'Allemagne se voit imposer la livraison de 5000 canons, 25000 mitrailleuses, 1700 avions, de leurs sous-marins et de sa flotte de guerre (celle-ci se sabordera dans la rade britannique de Scapa Flow).
Son armée est sommée d'évacuer sous quinze jours les territoires envahis ainsi que l'Alsace-Lorraine, et sous 30 jours la rive gauche du Rhin et trois têtes de pont sur la rive droite, Coblence, Cologne et Mayence.
L'armistice est enfin conclu le 11 novembre à 5h15 du matin. Des officiers allemands le signent la larme à l'oeil. Erzberger reste quant à lui impassible : « Un peuple de 70 millions d'hommes souffre, mais il ne meurt pas », se contente-t-il de commenter. 
L'arrêt des combats est fixé ce 11 novembre, à 11 heures. Les Français ne manquent pas de noter que ce jour est la fête du saint patron de leur pays, Saint Martin.
L'armistice est conclu pour 36 jours mais sera régulièrement renouvelé jusqu'au traité de paix du 28 juin 1919.
Le dernier...
Ce 11 novembre 1918, dès 9h30, le maréchal Foch s'empresse de remettre le texte d'armistice au Président du Conseil Georges Clemenceau, à Paris. Malgré ses efforts, celui-ci ne peut garder l'information secrète. Les journaux se hâtent d'imprimer des éditions spéciales. La rumeur d'un cessez-le-feu se répand assez vite et atteint le front où l'on se garde de toute action périlleuse.
Tout est calme... ou presque. À la 11ème heure du 11ème jour du 11ème mois de l'année 1918, après 51 mois de conflit, l'agent de liaison Auguste Trébuchon (40 ans) est atteint par une balle alors qu'il portait un ordre concernant le rassemblement du régiment pour le ravitaillement des troupes. C'est le dernier soldat français tué pendant la Première Guerre mondiale. Il repose aujourd'hui dans le cimetière communal de Vrigne-Meuse.

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André Larané

17:05 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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