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11/05/2017

- HISTOIRE DE FATIMA

Fatima : le message de paix de Marie

© Francisco Leong/ AFP PHOTO


Samedi 13 mai, le pape François se rend à Fatima (Portugal). Dans le sanctuaire où a retenti en 1917 un appel prophétique à la prière pour la paix, il canonisera deux des enfants auxquels la Vierge Marie s’est manifestée.
« Quand j’ai entendu annoncer, à la fin de la messe, "il reste une place pour le pèlerinage à Fatima",  je me suis dit que c’était pour moi », se souvient Anne, 63 ans. Cette ancienne bibliothécaire a ainsi fait, avec sa paroisse de Meximieux (Ain), une expérience heureuse autant que nouvelle. Elle a été touchée en profondeur par le message de paix délivré dans le grand sanctuaire. « Nous nous sommes d’abord imprégnés de la culture du Portugal en visitant Lisbonne et ses environs. Cela m’a permis de comprendre la ferveur des pèlerins à Fatima. Les jeunes comme les plus âgés font à genoux les dernières dizaines de mètres vers la chapelle des apparitions », remarque-t-elle. Anne a perçu intuitivement ce que le pape François a exprimé précisément : la piété populaire qui s’exprime à Fatima, comme à Lourdes et dans d’autres lieux de pèlerinage, est « un trésor de l’Église », déclarait-il en 2013, car elle garde « vivant le lien entre la foi et les cultures des peuples » (1).

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Les jeunes témoins de l'apparition mariale en 1917 : Lucia dos Santos et ses cousins, Francisco et Jacinta Marto (de g. à d.) © Lusa/AFP

Ce samedi 13 mai, le pape argentin pourra, une fois de plus, honorer cet élan de foi populaire qu’il affectionne, parmi la foule des grands jours. Il passera en effet quelques heures à Fatima pour le centenaire des apparitions, et proclamera la canonisation de deux des trois voyants de 1917, Francesco Marto et sa sœur Jacinta. Les enfants, emportés par la grippe espagnole en 1919 et 1920, deviendront les plus jeunes saints non martyrs de l’histoire de l’Église. Lucia, la plus âgée au moment des apparitions – elle avait 9 ans – n’est morte qu’en 2005.
L’apparition du 13 mai 1917 comporte trois « secrets » : une vision de l’enfer, assortie de la promesse de la paix si l’on met en œuvre les demandes de la Vierge ; une demande à venir de consacrer la Russie à son Cœur Immaculé ; une vision où un évêque vêtu de blanc est tué par balles. Selon Lucia, Marie demande de garder secrètes ces prophéties « durant un temps ». Ce qui alimentera longtemps les spéculations. La révélation concernant la Russie est précisée lors d’apparitions entre 1921 et 1930 : le pape doit prononcer la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, en union avec les évêques du monde entier et en faisant mention de la Russie. En 1937, le pape Pie XI est informé de cette demande. Ce n’est qu’en 1984 que l’acte de consécration fut réalisé selon toutes ces conditions, cinq ans avant la chute du mur de Berlin.

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Le 3 mai 1982, Jean-Paul II rencontrait sœur Lucia, dernier témoin des apparitions de Fatima. © Catholic press photo

Mettre Dieu au centre
Entre-temps, deux guerres mondiales avaient ensanglanté la planète. La révolution bolchevique, éclose la même année que les apparitions, avait enfanté en Russie le régime soviétique, comptable de millions de morts et d’une persécution acharnée des chrétiens orthodoxes. L’actualité du message de la Vierge à Fatima, si liée à l’histoire du XXe siècle en Europe, est-elle pour autant derrière nous ? Ni plus ni moins qu’à Lourdes ou dans d’autres lieux de pèlerinage reconnus par l’Église, si l’on veut bien remarquer que remettre Dieu au centre de sa vie et le prier est l’invariable contenu de ces manifestations prophétiques, comme des Évangiles. Sans compter que le monde d’aujourd’hui, comme celui d’hier, languit pour la paix. Nul doute que le pape François soit sensible à cet aspect du message de Fatima, lui qui a estimé à plusieurs reprises qu’une « troisième guerre mondiale par morceaux » se déroulait sous nos yeux. L’imbrication des événements de Fatima avec l’histoire du XXe siècle est trop riche pour être résumée ici (2).

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À Fatima, dans la province portugaise du Beira Litoral, la basilique Notre-Dame-du-Rosaire a été construite (1928-1953) sur le lieu d'apparition de la Vierge en 1917. © Bruno Perousse/ Hemis.fr


La tentative d’assassinat dont fut victime le pape Jean-Paul II, le 13 mai 1981, jour anniversaire de la première apparition, est le sommet d’une histoire surpassant n’importe quel roman policier. Conduit à la clinique Gemelli de Rome, entre la vie et la mort, le pape se fit apporter pendant sa longue convalescence le « dossier Fatima ». Il put notamment y lire le texte du « troisième secret » confié par la Vierge à Lucia, le 13 juillet 1917. Sur ordre de ses supérieurs, la carmélite avait consigné ce message dans un texte communiqué au pape Pie XII en 1957. Le pape polonais se reconnut alors dans « l’évêque vêtu de blanc… tué par un groupe de soldats » que décrivait sœur Lucia. Un an après, le 12 mai 1982, Jean-Paul II se rendit à Fatima pour rendre grâce à la Vierge de l’avoir sauvé… et y subit une nouvelle agression : un prêtre intégriste muni d’une baïonnette se jeta sur lui, vociférant : « Je t’accuse de détruire l’Église ! À mort Vatican II ! » Le forcené fut maîtrisé.
La paix, à l’horizon des prophéties
Les apparitions de Fatima soulèvent en effet des passions chez certains catholiques intégristes. Peut-être parce que Lucia rapporte ses visions en parlant de « pénitence », de « sacrifice », et en décrivant l’ « enfer », autant de termes qui rejoignent leur spiritualité. Mais ces mots sont à prendre avec un peu de recul, comme le suggère une réflexion du pape François : « La piété populaire est une voie qui conduit à l’essentiel si elle est vécue dans l’Église », insiste-t-il (1).
Aujourd’hui, l’Église nomme autrement la pénitence, le sacrifice et la perspective de l’enfer évoqués par Lucia. Elle parle plutôt de conversion à Dieu, de don de soi et de choix mortifères. Une relecture des événements de Fatima par l’Église est d’ailleurs donnée par le cardinal Ratzinger dans un lumineux commentaire théologique qui a accompagné en 2000 la publication du « secret » (3). Le futur Benoît XVI y rappelait que les « révélations privées », telles celle de Fatima, n’ajoutent rien à la foi, même si l’Église leur reconnaît une dimension prophétique. Les fidèles peuvent y trouver « une aide valable pour comprendre et mieux vivre l’Évangile », sans être tenus d’y croire. En attendant, ce 13 mai, Notre-Dame de Fatima va réunir des artisans de cette paix qui est au cœur de l’Évangile. Juan Manuel Santos, président de Colombie et prix Nobel de la paix, a annoncé sa venue aux côtés du pape François. Un signe de reconnaissance pour la médiation de l’Église qui a permis la signature de l’accord conclu avec la rébellion Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), mettant fin à cinquante ans de guerre civile. La paix est aussi un don du ciel. 

(1) Homélie pour la messe de la journée des confraternités et de la piété populaire, 5 mai 2013.
(2) Lire Fatima. Vérités et légendes, d’Yves Chiron, Éd. Artège, 248 p. ; 15,90 €.
(3) La dernière voyante de Fatima. Ce que m’a dit sœur Lucia, du cardinal Tarcisio Bertone avec Giuseppe De Carli, Éd. Bayard, 192 p. ; 18 €.

(Source : Pèlerin)

17:11 Publié dans FATIMA | Lien permanent | Commentaires (0)

05/05/2017

C'est un Juif! (nouvelle)


C’est un Juif, Monsieur le Commissaire 

 

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Un Juif ???



par Fergus

Finaliste
Grand Prix Printemps 2017

Ce matin, j’ai eu du mal à émerger. Je me sentais fatigué. Beaucoup plus fatigué que d’habitude. Il est vrai qu’hier n’a pas été une journée comme les autres : j’ai soufflé neuf bougies sur un énorme gâteau. Neuf bougies de cire, toutes marquées d’un dix : quatre-vingt dix balais ! J’avais beau fanfaronner, ça m’a fichu un coup. Peut-être à cause de tout ce monde rassemblé autour de moi, comme pour une dernière représentation de l’artiste avant ses adieux définitifs à la scène. La plupart des membres de la famille sont venus fêter l’événement à La Tuilerie, la grande maison près de Rambouillet où m’ont recueilli mon fils Pierre, l’avocat pénaliste, et ma bru Catherine, lorsqu’il est devenu trop difficile pour moi de vivre seul dans mon appartement du Faubourg Saint-Antoine. Même les Auvergnats sont montés en nombre malgré les moissons. Ça m’a fait chaud au cœur de voir tout ce monde réuni autour d’un vieux bonhomme comme moi. D’autant plus que je n’avais pas revu certaines têtes depuis des années. Je ne connaissais même pas mes derniers arrières-petits-enfants, l’espiègle Julie par exemple, mignonne à croquer avec ses boucles blondes et le rire cristallin de ses quatre ans, ou le petit Michel, trois ans seulement et déjà l’air d’un Gavroche entêté. Les gosses exceptés, tout le monde a copieusement arrosé l’anniversaire du patriarche. En tant que héros du jour, j’ai naturellement eu droit à une coupe de champagne. Elle m’a été servie par Claire, toute pimpante dans sa robe d’été quelque peu provocante. Je n’ai rien dit à ma petite-fille, mais j’ai bu le vin sans plaisir. Au fil des ans, on perd le goût des choses.

Assis sur un banc de pierre, je me dore au soleil, tel un vieux lézard. Peu à peu, la fatigue s’estompe au profit d’une agréable torpeur. Sous mes paupières closes dansent en un tableau sans cesse recomposé les nuances les plus chaudes du rouge et de l’orange. Je m’évade, hypnotisé par les couleurs. Soudain, des éclats de voix venus du grand salon me ramènent à la réalité : une fois de plus, Catherine se dispute avec sa sœur cadette Nathalie, restée quelques jours à La Tuilerie sur l’invitation de Pierre. Ces deux-là, décidément, ne pourront jamais passer une journée sans se chamailler. Tandis que les frangines se querellent, probablement pour une peccadille, mon regard vagabonde sur les massifs de dahlias, impeccablement entretenus par André, le factotum de La Tuilerie. Cachés parmi les fleurs, quelques restes de la fête, emportés par la brise nocturne, ont échappé ce matin à l’inspection de Catherine : ici, un fragment de serviette en papier ; là, un lambeau d’emballage de chips ; un peu plus loin, un... un... Tiens, on dirait une photo. Intrigué, je me lève avec difficulté du banc de pierre. Il s’agit bien d’une photo. Une de ces photos sépia aux bords dentelés, comme on en conserve dans les albums pour garder l’image des aïeux. Sans doute a-t-elle été chipée puis égarée par l’un des enfants au cours de la fête. À l’aide de ma canne, je la ramène par étapes successives au bord du massif avant de m’en saisir, au prix de douloureux élancements dans les reins. Prudemment, je retourne m’asseoir sur le banc.

Par chance, il n’y a pas eu de rosée durant la nuit. La photo n’en est pas moins abîmée, victime du temps qui passe. Veinée de crevasses, racornie aux angles, couverte de tavelures brun foncé, on y distingue avec difficulté un homme, une femme et un garçon d’une vingtaine d’années. Tous trois posent avec un air emprunté devant la porte d’un débit de boissons reconnaissable aux inscriptions peintes en lettres blanches sur la vitrine : café, vins, liqueurs d’un côté ; spécialités de vins auvergnats de l’autre. Aucune indication ne figure au dos de la photo. Ce serait d’ailleurs inutile : je sais qui sont ces gens. Quant à la date, elle reste gravée dans ma mémoire : octobre 1942. Peu à peu, les souvenirs remontent à la surface. Une bouffée d’émotion m’envahit... 

La jeune femme était vêtue d’un élégant manteau noir bordé de fourrure au col et aux poignets ; ses mains étaient gantées, et sa tête coiffée d’un chapeau gris ceint d’un galon noir. Elle est entrée dans le café un jour de novembre 1947 en fin d’après-midi, à l’heure où les ateliers se vident. Il faisait un temps de chien marqué par de fréquentes averses et des bourrasques de vent à décorner un bœuf. Des ouvriers du voisinage, la musette en bandoulière et le béret vissé sur la tête, buvaient un vin chaud au comptoir en attendant une accalmie pour filer vers le métro. Un groupe d’habitués, tous ébénistes et ferronniers retraités du Faubourg Saint-Antoine, tapait le carton près du vieux poêle en fonte en claquant les atouts sur le tapis de jeu d’un geste ostentatoire mille fois répété. Dans l’arrière salle, une poignée d’étudiants, garçons et filles, comparaient bruyamment les chances respectives de Blum et de Schuman au lendemain de la démission du cabinet Ramadier. Après avoir secoué puis replié son parapluie sur le pas de la porte, l’inconnue a fait quelques pas sur le carrelage avant de s’arrêter, indécise et décontenancée, devant le tablier ensanglanté de Morizot, le tripier, venu descendre une petite côte avec son voisin, le cordonnier Zakarian. Assise sur une banquette, Margot la prostituée sirotait comme chaque jour son Picon bière avant d’aller prendre son service rue de la Roquette. Elle regardait avec une curiosité teintée d’amusement cette bourgeoise égarée dans un monde qui n’était pas le sien. J’étais seul derrière le comptoir, mollement occupé à essuyer des verres, un œil ici, une oreille là, prêt à répondre à la moindre sollicitation, qu’il s’agisse d’une commande ou d’une simple envie de bavardage. Valérie, mon épouse, était à l’étage, dans l’appartement ; elle préparait notre dîner.
— Qu’est-ce que je vous sers, Madame ?
La jeune femme a sursauté, comme prise en faute.
— Euh, rien... Enfin, si... Un... un café, s’il vous plaît... Je m’assois là.

Elle a pris place sur la banquette, à bonne distance de Margot, sans ôter ni son manteau, ni son chapeau, ni même ses gants. Tout en préparant son café, je l’épiais discrètement dans la glace murale, intrigué tout à la fois par sa présence et par son attitude. La femme pouvait avoir dans les vingt-cinq ans. Elle était très séduisante. Que diable pouvait-elle faire là ? Manifestement ce n’était pas une habituée des débits de boisson, ou alors de ces grandes brasseries chics de Montparnasse ou de l’Opéra. D’ailleurs son regard explorait les lieux avec une sorte d’avidité, s’attardant ici sur le comptoir en zinc, là sur la pompe à bière, ou bien encore sur la pendule murale, comme pour s’imprégner du moindre détail de tous ces objets. 

Lorsque je lui ai servi son café – dans une tasse au lieu du simple verre destiné aux clients habituels –, j’ai vu que ses mains tremblaient, malgré ses efforts pour le masquer. Elle m’a adressé un regard chargé de souffrance. Ses lèvres se sont entrouvertes pour parler, mais aucun son n’est sorti de sa gorge nouée. J’allais m’éloigner. Elle m’en a empêché en agrippant mon bras comme on s’accroche à une bouée de secours.
— S’il vous plaît, monsieur, ne partez pas... 

Quelques secondes se sont écoulées. En silence. Sensible à l’émotion de l’inconnue, j’attendais patiemment, de crainte d’ajouter à son désarroi. Elle a fini par s’exprimer d’une voix hésitante :
— Je... Il faut que je vous parle... de... de Daniel.
— Daniel ?... Lequel ? J’en connais au moins trois, des Daniel.
— Daniel Renard... Vous ne l’avez pas oublié, n’est-ce pas ? 
Daniel Renard !... Bien sûr que non, je ne l’avais pas oublié. Ça faisait quoi ? Cinq ans ? Six ans ? Et zut ! À quoi bon replonger dans les années noires de l’Occupation ? La page était tournée. Et puis, je l’avais si peu connu, le gars Daniel, malgré toutes ces journées passées côte à côte. Par égard pour la femme en noir, j’ai gardé mes réflexions pour moi.
— Qu’est-ce qu’il est devenu, Daniel ?
Les yeux de l’inconnue se sont embués.
— Il... il est mort... Je suis sa sœur.

J’ai fait la connaissance de Daniel en 1940. Valérie et moi avions repris le bistrot un an plus tôt, lorsque mon frère aîné Albert avait été contraint, la mort dans l’âme, de troquer son tire-bouchon contre un fusil de guerre au lendemain de la mobilisation. Le destin avait voulu que je sois disponible : en 38, un accident agricole m’avait coûté deux doigts, l’index et le majeur de la main droite, tranchés net par une lame de faucheuse. Faute de pouvoir presser la détente d’un Lebel pour casser du boche, la République Française m’avait réformé. Mon frère n’est jamais revenu ; il est mort en juin 40, éparpillé par les bombes allemandes dans les dunes de Zuydcoote. Constance, ma belle-sœur, est repartie avec ses deux gosses cicatriser sa détresse dans le Cantal, en nous laissant l’appartement.

Malgré la conjoncture difficile et le départ massif des hommes en âge de se faire casser la pipe, l’affaire marchait plutôt bien. À tel point que j’ai rapidement dû chercher de l’aide. Faute de garçons disponibles – la plupart attendaient l’ennemi de pied ferme aux frontières, engoncés dans leurs lourdes vareuses et leurs bandes molletières désuètes –, j’ai tout d’abord employé une serveuse, recrutée dans les annonces de L’Auvergnat de Paris, l’incontournable auxiliaire des limonadiers de la capitale. Lydie était une belle plante, solide et travailleuse, mais doublée d’une opportuniste : moins de six mois plus tard, elle partait avec un négociant en vins et spiritueux, au compte en banque beaucoup plus séduisant que la physionomie. Nous étions en mai 40, quelques semaines avant l’entrée des troupes allemandes dans Paris. C’est à cette époque que j’ai embauché Daniel, par l’entremise de Maxime, un vieux menuisier du Faubourg au foie rongé par la Suze. Le garçon, en rupture avec les études, avait alors dix-neuf ans. Plutôt grand, le cheveu en bataille et le regard vif, il s’est adapté sans problème à son travail, alliant l’efficacité du geste à la répartie verbale indispensable à qui veut se faire respecter dans ce milieu de prolétaires gouailleurs. Daniel n’était pas un bavard pour autant. Hormis quelques broutilles, jamais je n’ai rien su de sa vie, ni de sa famille, ni de ses idées politiques ou religieuses. Pas même lorsque nos rapports sont devenus plus étroits au fil du temps. Mais après tout, ce n’était pas mon problème, libre à lui de parler ou de se taire, pourvu que son boulot soit bien fait, ce qui était le cas. Ce mutisme persistant m’intriguait pourtant bien un peu. Et je n’étais pas le seul. Aurélie Fontanier, la mercière, avait même son idée : « Si vous voulez mon avis, je ne serais pas surprise d’apprendre que Daniel s’est engagé dans la résistance. Vous allez voir qu’un de ces jours, il va nous lâcher sans préavis » m’avait-elle chuchoté à l’oreille entre deux lampées de Viandox peu après l’exécution de Guy Môquet. J’avais approuvé sans commenter, par manque de conviction.

Un an s’était écoulé depuis l’arrivée de Daniel. Les restrictions étaient devenues beaucoup plus pénibles pour tous, notamment pour les classes populaires, privées des produits du marché noir qui circulaient ici et là sous le manteau. Dans le commerce, la crise était partout. Y compris pour les bistrots, frappés de plein fouet par le couvre-feu et les lois restrictives sur l’alcool. Les mesures anti-juives et le spectacle des uniformes allemands dans les rues de la capitale ajoutaient au malaise ambiant. Les parisiens, moroses, sortaient de moins en moins de chez eux. Naturellement, le chiffre d’affaires du bistrot s’en ressentait chaque mois un peu plus. Dès lors, nous aurions dû, en bons gestionnaires, nous séparer de notre employé. J’ai pourtant décidé, contre l’avis de Valérie, de garder Daniel à notre service, à la fois par sympathie et pour lui éviter le S.T.O. auquel il aurait été dangereusement exposé par un licenciement. Depuis ce moment, Valérie m’accablait chaque semaine un peu plus de récriminations et d’ultimatums. « On n’est pas l’armée du Salut ! » me reprochait-elle un jour. « Plus question d’écorner notre revenu. Ce sera lui ou moi ! » me lançait-elle un autre jour sur un ton provocateur. À sa décharge, il faut reconnaître que notre situation financière s’était sérieusement dégradée. Malgré les exhortations répétées et les menaces de mon épouse, j’ai pourtant tenu bon. Et Valérie était restée.

Un matin, Daniel n’est pas venu travailler. Un jour, deux jours, trois jours se sont écoulés. Toujours pas de Daniel. À ma demande, Valérie est partie s’enquérir de lui, à son domicile de Belleville, rue Ramponneau. En vain : le jeune Renard s’était volatilisé.
— Je vous l’avais bien dit ! m’a lancé la mercière sur un ton triomphant en apprenant la nouvelle. À l’heure qu’il est, sûr qu’il a rejoint les F.T.P. !
J’ai répondu en grommelant à la vieille dame : 
— C’est bien possible, madame Fontanier. N’empêche que ça nous met dans l’embarras, Valérie et moi, rapport au service. Et puis, c’est pas correct : on prévient quand on s’en va !
La mercière a souri.
— Allez, ne faites pas le mauvais caractère. Surtout que vous n’aviez plus besoin de lui. D’ailleurs, je suis sûr qu’au fond de vous-même vous êtes plutôt fier du garçon.

Elle avait raison. Malgré sa disparition subite, sans avertissement ni adieux, je ne gardais pas de rancune à Daniel. La preuve : son long corps surmonté d’une tête ébouriffée s’affichait au coin du bar, entre Valérie et moi, sur une photo prise trois semaines plus tôt devant la porte du bistrot par Lucien Fourquet, un chasseur d’images du quartier.
Cette même photo que je tiens aujourd’hui entre mes doigts déformés par l’arthrose.
Nous étions en octobre 1942.
Je n’ai jamais revu Daniel. 

Des morts avant l’âge, on en a tous connu à cette époque. Des soldats. Des civils. Des combattants de l’ombre. Des victimes innocentes. Rien que dans ma famille, il en est tombé trois : mon pauvre frère Albert, bien sûr, mais aussi deux de mes cousins d’Auvergne, écrasés en 1944 avec leurs camarades de lutte dans l’anéantissement des maquis de la Margeride. Jusqu’à Morizet, bêtement tué par une balle perdue lors de la Libération de Paris alors qu’il déployait un drapeau tricolore sur sa vitrine dans l’euphorie du moment. Daniel n’était qu’un mort de plus sur une liste déjà longue. Malgré tout, l’annonce de sa disparition m’avait touché. 
— Il est mort comment, Daniel ?
La jeune femme est restée muette. D’une main tremblante, elle a sorti une enveloppe de son sac à main et l’a posée sur la table. Du bout des doigts, elle l’a poussée vers moi. 
— C’est pour vous, m’a-t-elle dit. Tout est là... Vous la lirez lorsque je serais partie. 
Machinalement, j’ai saisi l’enveloppe. Écrite à l’encre bleue, la suscription indiquait simplement « Monsieur Martial Freyssinet ». Entre temps, l’inconnue avait déposé une pièce de monnaie près de la tasse. Déjà, elle se décalait sur la banquette pour partir. Elle n’avait pas touché à son café. J’ai tenté de la retenir : 
— Écoutez... c’est trop bête, ne partez pas comme ça... Attendez, j’appelle Valérie...
— Surtout pas !
La jeune femme a presque crié tandis qu’elle se levait d’un bond tel un pantin à ressorts surgi de sa boîte. Dans le mouvement, sa tasse s’est renversée sur la table. Dans le café, les conversations se sont tues. L’instant d’après, la femme en noir disparaissait dans la pénombre de la rue. 

Oublié près de la porte, son parapluie continuait de goutter sur le carrelage du bistrot.
— Bon, c’est pas tout ça, faut que j’aille au turbin.
Margot s’est levée à son tour tandis que j’épongeais la flaque de café sur le sol. L’enveloppe dépassait de la poche de ma chemise. D’un coup de menton, la belle de nuit a désigné le rectangle de papier.
— Y s’pourrait bien que la guerre soye pas finie pour tout l’monde ! a-t-elle lâché sur un ton sentencieux.
J’ai haussé les épaules sans répondre. Répondre quoi, d’ailleurs ? 

J’ai attendu la fermeture du café pour ouvrir l’enveloppe. Elle contenait deux lettres. L’une avait été rédigée par la femme en noir d’une écriture nerveuse. Quant à l’autre, froide et implacable... j’en serre encore les poings de rage et de honte.

L’inconnue était née rue du Roi-de-Sicile, au cœur du quartier juif de Paris. Elle relatait comment sa mère, Yaël, avait rencontré puis épousé en 1920 le maroquinier Jacob Fuchs. Dix ans plus tard, à la suite d’un revers de fortune, le couple émigrait vers la Rhénanie pour s’installer à Mayence, lointain berceau de la famille Fuchs. Le couple avait deux enfants : une fille, Muriel, âgée de neuf ans, et un fils, Élie, de deux ans son cadet. Au début, tout allait pour le mieux : les affaires étaient plutôt bonnes, et les enfants grandissaient sans problème dans la double culture franco-germanique, malgré l’agitation croissante du parti nazi et les mesures anti-juives qui prévalaient sur l’autre rive du Rhin depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir. La situation s’était brusquement dégradée en mars 36 lorsque les troupes allemandes, en violation des accords internationaux, avaient réoccupé la Rhénanie démilitarisée. Dès lors, entre injures et boycott, les choses n’avaient fait qu’empirer pour les Juifs sous la pression d’une partie de l’opinion, manipulée par l’immonde Völkischer Beobarter et les agitateurs du parti nazi. Comme beaucoup d’autres, les Fuchs avaient courbé le dos en attendant des jours meilleurs. En 38, au lendemain de l’Anschluss et des violentes réactions antisémites de la population autrichienne, Jacob avait compris que des lendemains tragiques se profilaient pour les juifs d’Allemagne. Durant plus de six mois, le maroquinier avait tenté de vendre son affaire pour retourner en France le plus rapidement possible. En vain : on ne lui proposait que des sommes dérisoires. Alerté par la multiplication des incidents et des arrestations arbitraires, Jacob s’était pourtant résigné à liquider son commerce à vil prix pour fuir avec sa famille. Il n’en eut pas le temps. Dans la nuit du 9 novembre, une vague de haine anti-juive orchestrée par les nazis submergea l’Allemagne. Durant cette horrible Nuit de Cristal, la boutique et l’appartement des Fuchs furent incendiés. Les corps de Yaël et Jacob, battus à mort, furent trouvés au petit matin dans une cour voisine. Par chance, Muriel et Élie avaient passé la nuit chez un cousin. Fidèle à la volonté de Jacob, celui-ci renvoya les adolescents vers la France. Toute sortie de Juifs du territoire allemand étant « streng verboten », strictement interdite, il leur avait au préalable fait établir des faux papiers aux identités dénuées de toute consonance juive. C’est ainsi qu’Élie Daniel Fuchs était devenu Daniel François Renard. Un an et demi plus tard, en mars 1940, Muriel épousait un médecin suisse et partait vivre avec lui à Lausanne, non sans avoir longuement insisté pour emmener son frère. Malgré son jeune âge, 19 ans, et les supplications de sa sœur, Élie avait préféré rester à Paris. Sous l’identité de Daniel Renard, il avait pris une chambre en ville et abandonné ses études pour gagner sa vie.

Muriel n’avait plus jamais revu son frère. Dès la libération du territoire français, elle était revenue à plusieurs reprises à Paris pour chercher sa trace, savoir ce qu’il était advenu de lui. Sans succès : toutes les pistes se terminaient en impasse. Trois années s’étaient écoulées. Trois longues années ponctuées d’épisodes dépressifs hantés par l’image du frère disparu. Sur la proposition du docteur Hirsch, le mari de Muriel, un enquêteur spécialisé dans ce type d’affaires avait été engagé. L’homme avait la réputation d’être efficace et habile. Et de fait, un mois plus tard, il livrait à ses clients suisses un rapport détaillé accompagné d’une lettre, volée contre récompense par un fonctionnaire vénal dans les archives de la police parisienne.

Muriel Hirsch concluait par ces mots : « Je voulais connaître la vérité sur mon frère. C’est désormais chose faite, et si ma blessure est profonde, je sais du moins qu’elle pourra cicatriser au fil du temps. Quant à cette lettre que je joins à mon propre courrier, je n’ai pas le cœur d’en parler de vive voix. Faites-en ce que bon vous semble, je n’ai pas de goût pour la vengeance. »
Un frisson glacé m’a parcouru le dos lorsque j’ai déplié la seconde lettre, après avoir reconnu cette écriture si familière...

Monsieur le Commissaire,
Je vous écris pour vous signaler le cas d’un nommé Daniel Renard. 
Moi et mon mari, on a repris le café La Truyère en 39. Au début, ça tournait bien. C’est pour ça qu’on a embauché ce Daniel Renard au printemps 40. Il avait 19 ans à cette époque. Depuis, la vie est devenue beaucoup plus dure, rapport à la guerre et aux privations. Normalement, on aurait dû renvoyer notre employé, vu qu’il y avait moins d’ouvrage et vu que sa paye nous étranglait. Par pure charité chrétienne, on l’a pourtant gardé à notre service.
À aucun moment, Daniel Renard n’a proposé de partir. Il voyait bien pourtant qu’il était devenu inutile et qu’on se sacrifiait pour lui. Tout ça pour rien : ni reconnaissance, ni remerciement. Froid et calculateur, voilà comment il est, le Daniel Renard, sous ses airs de pas y toucher. Du jour où j’ai compris que c’était un parasite sans scrupule, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de pas clair chez lui. Alors j’ai fouillé son vestiaire des fois que ça soye un terroriste. Dans sa veste, j’ai trouvé une photographie de pique-nique. On y voyait un homme et une femme en chemise, assis sur une couverture au bord d’un fleuve, et un gamin d’une douzaine d’années, debout derrière eux. Le môme, c’était Daniel Renard plus jeune, pas d’erreur possible. Au dos de la photo, y’avait une inscription que je vous livre telle que je l’ai notée : « Bingen – Juin 34 – Élie le lendemain de sa bar mitzvah. ». Vous pensez si j’ai sursauté en lisant ce nom de Élie et ces mots bizarres de bar mitzvah dont on ne peut pas dire qu’il soyent très chrétiens. Et puis je me suis dit que des Élie, y’en a aussi par chez nous, chez les catholiques d’Auvergne, et plus encore chez les parpaillots des Cévennes. J’ai quand même voulu en avoir le cœur net au sujet de cette bar mitzvah. Renseignement pris, c’est en quelque sorte la communion solennelle des garçons israélites. Contrairement à ce que je pensais, c’est le gamin qui se nommait Élie et pas l’homme comme je l’avais cru au début, vu que le môme était censé s’appeler Daniel !
Voilà, vous savez tout, Monsieur le Commissaire : Daniel Renard est un Juif ! Un Juif qui se terre chez nous sous une fausse identité. Un Juif qui profite sans vergogne de notre naïveté et de notre générosité pour se soustraire aux lois concernant les gens de sa race. Évidemment, il est plus question qu’on le garde à notre service. Pour pas lui donner l’éveil, je continuerai pourtant de faire semblant jusqu’à votre intervention. À ce sujet, je m’en remets à vous pour pas venir au café, rapport à la clientèle et à mon mari qu’est pas au courant, mais directement au domicile du Juif : 23, rue Ramponneau dans le 20e arrondissement.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Commissaire, mes salutations distinguées et patriotiques.
Une citoyenne respectueuse des lois et consciente de ses devoirs,
Valérie Bastide, épouse Freyssinet.

Une légère brise agite les dahlias. Quelques notes de piano s’échappent du salon. La voix haut-perchée d’une flûte soprano leur répond. Catherine et Nathalie se sont réconciliées, unies comme toujours par la musique. Je ne prête pas attention à leur duo : dans ma vieille tête les souvenirs continuent de défiler. La scène terrible avec Valérie. Son départ précipité pour l’Auvergne par le Paris-Béziers dès le lendemain de la révélation. Le divorce, facilité – Dieu soit loué ! – par l’absence d’enfant. Puis mon second mariage avec Isabelle ; la naissance de Pierre, celle de sa sœur Jeanne... Et l’oubli, les années passant...

Jusqu’à cette émouvante visite du Mémorial de la Shoah dans le sillage de mes enfants. Jusqu’à ce nom : Élie Fuchs, gravé dans la pierre parmi 76 000 autres, morts à Auschwitz, à Maidanek, à Treblinka ou dans d’autres lieux d’horreur, victimes dans des conditions effroyables de la folie criminelle des barbares nazis, mais aussi de la veulerie et de la bêtise des gens ordinaires...

Terrible, l’oubli ! Il enfonce chaque jour un peu plus les morts dans le néant. Cette histoire, je ne l’ai jamais racontée à quiconque. Par honte. Ni Pierre ni Jeanne n’ont jamais rien su des véritables circonstances de ma rupture avec Valérie. Pas même cette bonne Isabelle lorsqu’elle a été condamnée par le crabe...

Mes mains se crispent sur la photo. Ce soir, je parlerai. En mémoire de la jeune femme en noir, en mémoire de ses parents martyrs, en mémoire surtout de son frère Élie... Pour que le souvenir de Daniel se perpétue.
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02/05/2017

LE CENTENAIRE DES APPARITIONS


CANONISATION À FATIMA

 

 

 



ET À ORLÉANS?

 

 

Fatima, signe d’espérance pour notre temps
Célébration du centenaire des apparitions de Notre Dame de Fatima – 1917/2017
Cathédrale d’Orléans, les 20 et 21 mai 2017

« Mais qu’est-ce que vous nous voulez ? ». Cette interrogation que les trois petits bergers adressaient chaque fois à la Dame vêtue de lumière, dans ce coin montagneux du Portugal, continue de nous questionner à l’occasion de la célébration du centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima.

Dans un monde marqué par le feu de la première guerre mondiale, le message de Marie à Francisco, Jacinta et Lúcia, résonne de manière prophétique dans le monde d’aujourd’hui, lui aussi en feu par la violence, le refus de l’autre, les pauvretés de toutes sortes. L’invitation à la prière, à la conversion, à la pénitence et à l’engagement pour la paix répétée par la Vierge à Fatima veut seulement enlever les obstacles qui se dressent devant les hommes et femmes que nous sommes et qui nous empêchent de faire l’expérience de la bonté qui vient de Dieu et qu’Il a déposé dans nos cœurs. Ce message, dans le langage d’il y a un siècle, a fait ouvrir les consciences à une mission ecclésiale enracinée dans la mort et la résurrection du Christ : ne pas nous laisser entraîner dans l’indifférence face à tant de souffrances, respecter la mémoire de tant de victimes innocentes, ne pas laisser notre cœur devenir insensible au mal qui devient banal. Les petits bergers de Fatima ont reçu le message de la Vierge comme une invitation à collaborer à la volonté d’un Dieu de miséricorde, « comme une fenêtre d’espérance que Dieu ouvre à l’homme quand celui-ci lui ferme la porte »

Comme le constatent les évêques du Portugal, depuis un siècle, la dévotion et le pèlerinage à Notre Dame de Fatima ont redonné vie à beaucoup de croyants fatigués et suscité la conversion de bien des cœurs endurcis. Ils ont aussi renouvelé l’appartenance ecclésiale de beaucoup de baptisés éloignés et entraîné une dévotion populaire qui a nourri la vie du peuple chrétien non seulement au Portugal mais un peu partout dans le monde. Cette spiritualité incarnée dans la culture des simples que notre pape François considère comme « une manière légitime de vivre la foi, une façon de se sentir partie prenante de l’Eglise et une manière d’être missionnaire » nous l’avons approchée, depuis des décennies, dans notre diocèse par la présence des nombreux travailleurs portugais et leurs familles. L’image de la Vierge de Fatima a fait, avec eux, le voyage de leur migration. Elle est en bonne place dans leurs maisons et dans beaucoup de nos églises nous rappelant qu’en Marie « nous célébrons les grandes œuvres de Dieu, qui jamais ne se lasse de se pencher avec miséricorde sur l’humanité, affligée par le mal et blessée par le péché, pour la guérir et pour la sauver ».

Les 20 et 21 mai prochain, en notre cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, nous célébrerons le centenaire des apparitions en union avec le pèlerinage du Pape à Fatima et en union avec les milliers de portugais de notre diocèse.

Je souhaite que cette célébration diocésaine constitue une occasion de renouvellement de notre engagement missionnaire faisant nôtre la question des petits bergers « Mais qu’est-ce que vous nous voulez ? » Que les mois qui nous conduisent à cette date soient mis à profit pour nous approcher les uns des autres ; pour bâtir des ponts à la place des murs ; pour ouvrir notre regard à la vie simple et trop souvent pleine de souffrances des hommes et femmes de toutes origines qui viennent jusqu’à nous ; pour que dans nos communautés paroissiales nous donnions de la valeur à l’expression simple de la foi des chrétiens venus d’ailleurs.


Dans ce monde en feu, accueillons le message de Notre Dame de Fatima comme source de paix et d’espérance.


+ Jacques BLAQUART
Évêque d'Orléans pour le Loiret

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01/05/2017

CANONISATION À FATIMA

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21/04/2017

LA PHOTO

La photo 

par Ulysse 21

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DUNKERQUE : HÔTEL DE VILLE

Un mardi, je reçus une carte postale de Dunkerque. Au dos de l’hôtel de ville, quelques lignes étaient tracées d’amitié. La signature, indéchiffrable, ne me dit rien. Mais, comme le verso, sans porter ni nom, ni adresse, indiquait un numéro de téléphone, je me promis, intrigué, d’appeler le soir même.
Je ne me souvenais d'avoir eu des amis dans le Nord, mais il se pouvait que certains aient déménagé pour cette région, je suppose dans un but professionnel ou conjugal. Irait-on dans le nord pour d’autres raisons ?
Cependant, le procédé m’intriguait : quelle idée d’indiquer son numéro de téléphone quand écrire une adresse est si simple. Peut-être mon correspondant n’avait-il pas de domicile fixe : le numéro était celui d’un portable...
Le soir venu, impatient, je composai les dix chiffres et, évidemment, tombai sur le répondeur. Cette situation est si fréquente – cependant moins éprouvante que de tomber sur le sifflet perçant d’un fax – que je me demande s’il n’existe pas un appareil qui permette de stocker tous les messages à expédier et, après avoir programmé les numéros, de les faire acheminer de mon répondeur à mes correspondants. 
« Les répondeurs parlent aux répondeurs », nouvelle version de la communication au temps d’Internet !
Pour l’instant, le répondeur a ceci de sympathique qu’il me donne le nom du signataire de la carte, ce dont je le remercie, et je le prie de mettre dans un coin de sa mémoire mes coordonnées afin qu’il les retransmette à qui de droit. Le tout après le bip traditionnel.

*

Marc M...... était un collègue rencontré lorsqu’il enseignait, comme moi, au collège de T......., petite sous-préfecture de la brousse ivoirienne des années soixante, que nous avions rejoint tous deux dans le cadre de la coopération. Ingénieur chimiste de profession, il avait pensé, non sans arguments, qu’entre le service militaire « actif » , et un poste d’enseignant en Afrique, même s’il devait retarder un peu plus son entrée dans la vie professionnelle, le choix s’imposait : c’est ainsi qu’il était devenu, avec un certain succès, enseignant dans notre collège.
Le petit nombre de professeurs, tous très jeunes et sensiblement du même âge que les plus vieux de nos élèves, avait permis de créer un climat de confiance et des amitiés étaient nées, qui durent encore. Revenu plusieurs fois à Abidjan, j’avais entendu parler de lui par des amis ivoiriens. Sans nous croiser jamais, nous passions quelquefois, à quelques mois d’intervalles, chez des connaissances communes, qui donnaient à chacun des nouvelles de l’autre.
Nos intérêts pour la photographie et la chasse aux papillons nous avaient rapprochés et nous étions connus, à des kilomètres à la ronde, pour nos courses en plein soleil, – à l’heure où l’homme sage se repose à l’ombre de l’apatam* – le filet en avant et l’appareil photo en bandoulière, à la poursuite d’un papillon remarquable ou d’un insecte-volant-non-identifié. Sortant le nez de l’ombre, les plus jeunes des enfants venaient au devant de l’automobile – connue sous le nom emblématique de « S’en fout la mort » par les collégiens – en appelant « Mon père ! mon père ! ». Ils nous prenaient pour des missionnaires comme il en existait partout en Afrique de l’ouest, seuls européens à oser braver les pistes les plus étroites, les moins entretenues, pour arriver au plus lointain campement : la volonté de Dieu ignore les cassis de la piste et les gémissements d’un vieil amortisseur.
De ces équipées de chasseurs pacifiques – inutile de demander leur avis aux papillons qui ne seraient certes pas d’accord – , nous avons gardé des souvenirs attachants et une patience amusée : rencontres de pêcheurs sur le Bandama, le fleuve qui coule boueux sur les photos européennes, et d’un bleu hollywoodien sur les clichés made in USA des professeurs américains ; chargement inattendu de 300 kilos d’avocats pour rendre service aux villageois, qui nous avaient sortis du « poto-poto », marais boueux qui barrait la piste où nous nous étions enlisés ; chasse au python, signalé dans un trou et qu’il avait fallu déterrer à la houe, pour le sortir à la main : photo « saisissante ! » ; séjour prolongé chez le mécanicien d’un village abandonné des taxis-brousse, qui nous avait réparé, plusieurs fois dans l’après-midi, la même chambre à air de rustines superposées, qui se décollaient au bout de quelques mètres. Chaque « au revoir » était accompagné d’un « Si Dieu veut » mais Dieu ne voulait pas vraiment : la dernière rustine tint juste le temps pour nous d’atteindre le prochain garage, à peine mieux approvisionné que le premier, mais où nous avons pu acheter une chambre à air neuve... presque aux dimensions de la jante.

Tous ces moments, de découvertes, d’attente, de rencontres tissent une amitié qui résiste au temps et à l’éloignement. C’est pourquoi, lorsque le téléphone sonna et que je décrochai, je fus particulièrement heureux de reconnaître la voix.
« J’ai retrouvé ton adresse par Koffi André, à Abidjan. J’ai bien pensé que tu reprendrais contact... Veux-tu qu’on se voie à Nancy la semaine prochaine : je suis en déplacement pour ma boîte... Si ça te dit... »
Ça me disait. Nous avons convenu de nous rencontrer rue des Maréchaux le mardi suivant.
C’est de ce repas pendant lequel nous avons évoqué les souvenirs de cette époque d’aventures et d’amitié que j’ai choisi de rapporter l’anecdote qui va suivre et que je voulais intituler : « Vingt ans après ».
Mais comme le titre est déjà pris par un illustre connu, et qu'elle se situe plutôt trente ans après, je l’appellerai : « La photo ».

*

« Tu te souviens de Kouadio, le tailleur ? »

Je me souvenais. Il habitait une petite maison dans la quartier Sokradja, qui bordait la piste principale, future route goudronnée de l’axe Abidjan-Bamako.
La cour de la concession* était aménagée en cuisine, avec ses tabourets de bois, les trois môles d’argile qui délimitaient le feu, les bassines et cuvettes de plastique, et les marmites de fonte, autour desquelles tout un peuple de poules et de bouquetins erraient à longueur de journée à la recherche d’épluchures, sous le regard rieur du bébé planté à l’ombre sur sa natte. À l’intérieur, dans la pièce du fond, une machine à coudre à pédalier – Singer ou Bernina – et Kouadio qui officiait...

Nous montions souvent à la boutique du tailleur, qui devint notre ami. Il avait toujours un pantalon ou une chemise de retard : le travail au champ, la maladie du petit, des funérailles au village, les répétitions fréquentes de l’orchestre de tams-tams, tout le retardait. Bavard, il nous accueillait avec un sourire, échangeait les salutations d’usage, nous invitait à nous asseoir et, comme il était bientôt l’heure où les cueilleurs de bangui* – le vin de palme – venaient vendre leur récolte, il abandonnait son pédalier pour prendre un repos mérité. Alors sa femme apportait des verres et, avec les voisins venus s’installer à nos côtés après les salutations traditionnelles, on partageait la boisson du soir en parlant de ceci et de cela : la prochaine récolte du café, le champ d’ignames ou de manioc, le déplacement dominical de l’équipe de foot. C’est autour du bangui que nous avons découvert ce petit coin d’Afrique et sa vie de tous les jours.
Parfois, un collégien ou l’autre venait prendre des nouvelles d’un vêtement promis depuis longtemps, ou emprunter aiguille et fil pour recoudre un ourlet ou un bouton..
Le ciel descendait, la chambre devenait sombre. Alors nous sortions avec nos verres. Nous assistions aux derniers préparatifs du repas. Tout le quartier résonnait des pilons écrasant les mortiers pour préparer foutou* d’igname ou de banane plantain*. Dans l’ombre, nous apprenions pourquoi le planton de la sous-préfecture portait la trace de coups sur le visage, vengeance de sa femme honteusement trompée ; pourquoi telle collégienne depuis longtemps absente était retournée au village... De temps en temps venaient des personnalités, Bouabré, l’homme le plus fort d’Afrique, au moins sur le territoire de la sous-préfecture, Sékou, le plus petit et le plus vif des petits boxeurs, poids super-mouche ou plume, qui rentrait d’une saison difficile à la capitale se refaire une santé et avec lequel nous bavardions de cimetières et de sortilèges d’ici et là-bas...

Il y avait, derrière la maison de Kouadio le tailleur, entre la piste et la petite fenêtre de la chambre où il avait installé sa machine, un espace non-construit d’environ 10mètres sur 10 où s’était installé tout un petit commerce routier : vendeuses d’oranges à demi épluchée, dont on suce la pulpe écrasée ; petits marchands de « bonbons glacés », avec leur glacière cabossée ; boutique-restaurant, construction de quelques planches recouvertes de chaume où se grillaient poissons et brochettes...
Les passants s’y arrêtaient, parfois les taxis-brousse, emmenant dieu sait où, et même plus loin, leur nuage de poussière. Le matin, on y trouvait quelques paysannes apportant tomates et poivrons, courgettes et aubergines, de quoi faire la sauce sans courir au grand marché.
Les voisins de la placette installaient le soir leur petit banc de bois ou leur chaise longue en tiges de palmier tressé pour des discussions interminables auxquelles venaient se mêler les promeneurs. Les vendeuse d’alocco* proposaient leurs bananes frites avec un doigt de piment sur une feuille, les cueilleurs de bangui arrivaient, le canari* sous le bras...

— Tu te souviens des photos qu’on prenait par la fenêtre ? »
Tout en discutant avec l’ami tailleur, nous guettions d’un œil cet espace particulier où se croisaient toute la vie du quartier. Nous le faisions sans nous cacher, mais avec discrétion : nous donnions nos meilleurs photos aux gens de connaissance. Nous savions, par Kouadio, les clichés – et les personnes – qu’il fallait éviter.
C’est pourquoi les enfants, et leurs mamans, étaient nos principales cibles, ainsi que quelques artisans et commerçants qui utilisaient nos « poses » pour leur publicité...
— On avait pris ce soir là toute une famille. Il y avait là les deux mamans, assises sur leur banc de palmier, camisoles de cotonnade bariolées, tissu de tête assorti et pagne de couleur. Tu te souviens ? »
Il me tendit la photo en question, passablement jaunie par le temps...
Derrière elles, deux enfants jouaient à la dinette. Le garçon, vêtu d’un boubou bleu, plongeait ce qui pouvait être une louche d’aluminium dans une grande boîte de sauce tomate vide, étiquette carmin sur fond de tôle, tandis que la petite fille, à peine plus haute que trois boîtes empilées, devant un mortier de bois presque aussi grand qu’elle, tentait de piler, reins cambrés, un foutou imaginaire...
La photo de ces deux enfants avaient tant plu à Kouadio et à sa femme qu’elle avait fait le tour de la concession. Nous l’avions fait tirer en quatre exemplaires, dont deux agrandissements que nous avions donné aux deux mamans, pour leur plus grand bonheur.
Nous avions eu droit, en guise de remerciements, à deux pains d’igname « ploplo » de la meilleure qualité.
— Tu sais que je suis retourné en Côte d’Ivoire au vacances de février... Là, je monte en taxi-brousse jusqu’à T.......... pour revoir un peu le Collège, devenu un Lycée... Il y a eu pas mal de changements en quelques années. Koffi dit « Ponceau », que j’ai revu à la gare des taxis, m’a fait visiter les chambres qu’il loue aux étudiants du côté du nouveau lac. C’est lui qui m’a dit que Kouadio, que je croyais décédé, habitait toujours au même endroit, dans le quartier de Socradja. Je le quitte dans son lotissement, tu verras, c’est pas mal, et je longe le « goudron » jusqu’au croisement, en essayant de repérer la petite place qui donnait sur son établi de tailleur... j’arrive juste avant le croisement : pas de place, tout était construit. C’est vrai que la sous-préfecture a doublé depuis l’arrivée de la route goudronnée... Je regarde autour de moi, un peu paumé, mais certain d’être à l’emplacement de la placette d’autrefois : voilà qu’un femme sort de l’ombre d’un apatam, devant une maison d’agglos de ciment :
— Blaufoué, blaufoué*, viens-là
Elle me fait signe avec insistance, je m’approche, elle me détaille longuement des pieds à la tête pendant que je la salue comme le veut la coutume.
Son inspection terminée, elle me salue à son tour et termine, sur un ton amusé mais encore interrogatif :
— C’est toi, la photo !? 

Elle me prend par la main, me fait entrer et me guide dans la grande pièce carrelée de rouge qui sert, dans les maisons d’Afrique de l’ouest bâties à l’européenne, à la fois d’entrée et de salon. Au dessus du buffet bas, seul meuble de rangement de la vaste salle, elle me montre un sous-verre encadré de bois rouge :
— La petite fille, là, blaufoué, c’est moi !
C’était elle, en effet : figeant le temps, la photo prise près de trente ans auparavant l’avait fixé pour toujours à quelques mètres du mortier de bois où, un soir de la saison sèche, elle avait pilé un foutou illusoire sous l’œil amusé de sa maman. Elle avait bâti sa maison , organisé sa vie, le destin lié, dessiné par une « pose » qu’un « blanc-grand» avait pris par la fenêtre de son voisin. Elle en riait, heureuse de la visite et assez malicieuse pour savoir que je n’étais pas au bout de mes surprises.
Elle me prend à nouveau la main, contente à l’avance :
— Toi, tu cherches Kouadio, le tailleur, viens ! 
Je me laisse guider à travers les concessions voisines pour revenir par la rue qui mène depuis
toujours du collège à la maison de Kouadio. Elle passe, très fière de sa conquête et répétant à l’entour les mêmes paroles, dans lesquelles je ne comprends que le mot « blaufoué » qui me désigne ici depuis longtemps. La rumeur a circulé depuis sa maison plus vite que notre courte promenade, si bien que lorsque nous arrivons devant la maison de Kouadio, toute la concession est déjà au courant de mon arrivée.
Pendant que je m’assieds devant mon ami retrouvé et que nous échangeons la « nouvelle » – salutations rituelles et échange des situations familiales et professionnelles –, je vois bien que mon guide féminin est toute impatiente de me faire une autre surprise...
Quand elle a jugé que le temps de la politesse est décemment passé, elle me désigne un homme encore jeune qui, le verre de bangui à la main, discute avec Théodore, le fils de la maison :
— Mon mari........ c’est le petit garçon ! 
Et tout le monde éclate de rire, comme d’un bon tour qu’on joue au « blaufoué », cette photo que chacun connaît et qui, depuis des années, est devenue l’une des légendes de la rue, la photo qui fixe le temps et les gens dans le vieux quartier de Socradja où le « blanc-grand » est revenu...
Ce fut une belle soirée : je ne sais pas combien de litres de bangui et de bière nous avons bus et je crois bien que nous avons mangé tout l’alocco du quartier. Vers deux heures du matin, après je ne me souviens plus, j’ai sorti mon appareil...

Il me tendit une photo : devant la vieille maison de Kouadio, sous l’apatam de chaume de palmier, la famille et les amis sont réunis, souriants et graves à la fois. Il savent bien que le cliché les fixe ensemble pour une nouvelle éternité. Ils n’en ont pas peur, comme si la première photo contenait déjà une promesse de continuité et, dans une vie difficile, un petit morceau de bonheur...


_____

Banane plantain : la banane plantain est une grande banane (la banane fruit que nous consommons est plus petite) qu’on fait blanchir et qu’on écrase au pilon dans un mortier de bois pour en faire une sorte de purée très compacte qui se présente sous la forme d’un « pain » de couleur orangée : c’est le foutou-banane qui se mange avec une sauce.

Alocco : banane plantain coupée en tranche fine et que l’on fait frire dans de l’huile de palme ; se mange avec une purée de piment ( à utiliser avec modération)

Apatam (se prononce comme tam-tam) : sorte de préau ou de hangar de bois, sans murs extérieurs, recouvert de chaume. On y installe le marché s’il est grand ; petit, il est d’usage de s’y reposer à l’ombre.

Bangui : boisson naturelle et légèrement alcoolisée des régions de palmier dont on extrait la sève. Le bangui, ou vin de palme se boit pur ou allongé d’eau. Il fermente durant la journée.

Canari : petit récipient de terre qui sert de bouteille et permet de garder la boisson au frais.
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