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15/04/2018

L'HÉRITAGE (nouvelle)

 

L'héritage

Florane

 

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— Non, je le crois pas ! T’as fait ça avec une Xalactienne dans un téléporteur ?
Gilbario regardait son coéquipier Tanco avec stupeur. Ce dernier se la jouait un peu en gardant les yeux fixés sur le radar de bord.
— Ouais mon pote, répondit-il. Et je peux te dire que ça décoiffe quand il y a dématérialisation. Tu voyages... C’est le cas de le dire.
— Ha ! Ha ! Y a qu'un fêlé comme toi pour oser un truc pareil. T’imagines à l’arrivée ? Et s’il y avait eu symbiose ?
— Bah ! Faut prendre des risques... Sinon tu traverses tes cycles sans peps ! A te demander pourquoi ta génémère t’a mis au monde.
Gilbario haussa les épaules. Les élucubrations de Tanco ne le faisaient pas rêver. Il se dit que son existence n’était pas si mal. En tant qu'hybride Zella, il avait la chance d’exister dans la classe évoluée des humains. Il aurait pu naître Stourb et gratter le sol à longueur de jour avec des mains spatulées sans avoir conscience d’exister. Il se recala dans le siège de l’Overland qui glissait sans bruit à dix mètres du sol. Il était trois heures du matin. Gilbario aimait ces patrouilles dans le secteur mort. Le noir total qui les enveloppait, le ronronnement du gyrosparc de bord. Ce soir, ils n’avaient eu à consigner qu’une intervention près d’un dépôt alimentaire. Une femelle Gojie et son petit qui tentaient de cisailler le grillage avec leurs dents. Ils les avaient abattus suivant le protocole. Gilbario était toujours impressionné de reconnaître la morphologie humaine de ces mutants, sous leur épaisse toison. Ils avaient dû vite partir car l’odeur de chair brulée par les tirs laser avait attiré toute la vermine trans-humaine du coin qui venait se disputer le dîner.
— 37 °C ! , fit Tango. Fait frisquet ce soir.
— On est en octobre. Tu sembles l’oublier.
— Tu parles si j’oublie. Je ne pense qu’à ça. Dans deux semaines, je me fais un Virto. C’est moi qui ai choisi le programme ! Je pars dans les Endrisses avec une droïde de chez Zaac. Ça m’a coûté un max mais elle va être à mes petits soins tout le temps. Tu devrais faire comme moi plutôt que de passer ton temps libre à faire de l’archéo-mes couilles ! Qu’est ce que t’en à foutre de retrouver tes ancêtres ?
— Mes ancêtres sont aussi les tiens... Et...
Le signal strident du détecteur l’interrompit. Une forme humanoïde s’afficha sur l’écran incorporé de leurs casques Viobul. L’individu courrait.
— Qu’est ce qu’il fout là celui la, fit Tanco. Il est fatigué de vivre pour se promener ainsi dans les zones irradiées ?
— Regarde ! Il est poursuivi. Sans doute des Poulçus qui ont dû sentir son odeur.
— Ouais et devant y en a d’autres qui l’attendent en embuscade. Il est foutu si on ne le sort pas de là.
— C’est peut être un mutant. On doit pas intervenir, faut laisser faire la nature.
— Trop grand ! Regarde sa signature thermique. C’est un évolué. Allez ! On va le chercher. Mets-toi au canon et pète-moi la vermine qu’il a autour !
Gilbario activa son implant neuronique et le canon se mit aux ordres de son cerveau. Il ne lui fallut que quelques instants pour atomiser les prédateurs qui avaient encerclé le fuyard.
Tanco, alluma les projecteurs de l’Overland et l’amena face à l’individu. Ce dernier s’était arrêté, complètement aveuglé.
— Police ! Vous êtes dans une zone interdite. Nous allons vous intercepter. N’opposez aucune résistance ou nous vous abattrons.
Les générateurs bio-neuroniques de l’Overland avaient instillé le commandement dans le cerveau de l’individu. Celui-ci avait compris les sommations et levait les mains au ciel.
— Allez, va le cueillir, ordonna Tanco à son coéquipier. T’en fais pas je le garde en point de mire.
Tanco déverrouilla la porte de la soute qui s’abaissa lentement vers le sol. Gilbario sauta dans la steppe marécageuse. Son capteur de radiation indiquait le taux constaté sur toute la planète depuis la guerre qui avait enseveli l’ancien monde, il y avait si longtemps. Gilbario s’approcha de l’individu. C’était un homme. Le policier eut un coup au cœur en découvrant le visage ridé, les cheveux blancs et les étranges vêtements de l’individu.
— Suivez-moi, lança t-il d’autorité, nous allons monter dans l’Overland. Dépêchez ! Ça grouille par ici... Vite !
Mais l’homme ne réagissait pas. Gilbario le poussa au devant de lui. Ils se retrouvèrent dans la soute alors que des bruits se faisaient entendre dans la nuit noire.
— Décolle nom de dieu !, fit Gilbario d’une voix au bord de la panique.
Tout autour de l’Overland, des êtres venaient de surgir dans la lumière des projecteurs. Gilbario venait d’en effacer deux qui avaient sautés sur la porte de la soute avant qu’elle ne se referme. Il grimaçait de dégoût face à la tête mi humaine, mi poisson de ces êtres amphibiens qui était restée à bord, guillotinée par le tir laser.
L’homme était prostré. Les yeux affolés. Il avait peur, très peur.
— Mets-le aux fers, ordonna Tanco. Je rentre au central. J’ai envoyé notre rapport. Ils nous attendent.
L’homme se laissa docilement entraver. Assis sur une sellette peu confortable, il semblait absent. Gilbario rejoignit le poste de pilotage.
— C’est étrange la façon dont cet homme est habillé, dit-il d’un air évasif.
— Quoi? Il ne porte pas la tenue du Erzh ? Le fou ! Il va se faire étriller.
— Non. Il porte ce genre de tenue que j’ai pu voir parmi les documents de la vie de nos ancêtres. Et puis ses cheveux aussi. Ils sont blancs et...
— Blancs ? Comment est-ce possible ?
L’Overland franchit le champ de force qui isolait la cité du reste de la planète dévastée. Sous la coupole virtuelle, la vie des hommes évolués s’était organisée en habitats verticaux. Le véhicule de police survola les rues, et les avenues encombrées de glisseurs à la queue-leu-leu. Un éclairage urbain intense pouvait faire croire qu’on était en journée. De très nombreux citoyens marchaient sur les immenses trottoirs, tous vêtus identiquement. Les deux hommes considéraient avec condescendance cette masse grouillante depuis leur véhicule volant. Ils jouissaient du privilège de ciel octroyé aux élites et à la police. Ils voulaient oublier qu’une fois leur service fini, ils retourneraient à la masse des rampants. Ils survolèrent un immense parc planté d’arbres gigantesques baignés d’un grand lac. Ils arrivèrent au central de police et l’Overland fut guidé jusqu’à leur unité.
Ils escortèrent le prévenu à travers les couloirs immenses du complexe, croisant des centaines de regards intrigués par l’allure du personnage. Ils l’introduisirent dans un bureau. Un homme se tenait près d’un pupitre holographique.
— Salut Hal, fit Tanco. Vise un peu ce qu’on t’amène !
L’homme porta son regard sur l’individu.
— Salut les gars, je viens de consulter votre rapport...
Il s’approcha de l’homme qui jetait des regards apeurés autour de lui.
— D’où tu sors toi ? Réponds ? Décline ton identité ?
L’homme ne répondit pas, pétrifié par la peur.
— Je l’ai passé au scanner dans l’Overland, dit Gilbario. Il n’a pas de puce d’identification. Et il n’en a jamais eu !
— Comment ça jamais eu ? Halbusian ouvrait des yeux ronds.
— Pas de bio implant dans le cou, pas de code de génémère. On dirait... Un naturel.
Halbusian et Tanco croisèrent leurs regards et éclatèrent de rire.
— Sacré Gilbario, fit Hal. Un Naturel. Tu l’as sorti de tes fouilles ? Le dernier naturel connu date de trois mille ans.
Il s’approcha de l’homme et s’adressa à lui en adoucissant sa voix.
— Est-ce que tu comprends ce que je dis ?
L’homme visiblement ne comprenait pas ce langage.
— Il faut communiquer avec lui par bio-neuronique, fit Gilbario. A moins que...
Il s’adressa à l’homme dans un étrange langage.
— « Quel est ton nom ? »
Les yeux de l’inconnu s’allumèrent d’une lueur d’espoir.
— « Je m’appelle Adrien Lormeau. Je suis né à Nevers le 18 octobre 1855. J’ai 63 ans ! », débita-t-il, telle une mitraillette.
Gilbario n’en croyait pas ses oreilles. Il avait à peu près compris la réponse de l’homme.
— Qu’est-ce qu’il raconte ? , le pressa Halbusian.
— Il dit qu’il a plus de 3000 ans. C’est un français. C'est-à-dire un des habitants de cette terre sur laquelle nous vivons et qui s’appelait France.
— C’est n’importe quoi !, s’exclama Tanco.
— Ah oui ? Et comment expliques-tu qu’il parle couramment un langage qui vient du fond des temps ? Un langage que je maîtrise à peine à partir de quelques documents retrouvés dans les fouilles. Regarde ses vêtements. Et surtout, le vieillissement de son corps. Il n’a pas été stoppé. Sûr ! Il n’a pas été crée par une génémère !
Gilbario fit assoir l’homme et lui fixa un récepteur bio-neuronique. Alors s’engagea un dialogue qui laissa stupéfaits les trois policiers.
L’homme expliqua être allé la veille, visiter son frère. Arrivé de nuit à la gare, il avait fini le trajet à pied. Une intense lumière l’avait soudain enveloppé et il s’était senti happé vers le ciel. Il avait aperçu une 'énorme maison volante' avant de perdre conscience. Il s’était réveillé dans le marécage où on l’avait découvert. Il s’était mis à courir devant lui complètement affolé.
— Vous croyez ces fadaises ?, fit Tanco.
— Je sais !, dit Gilbario. Il a été enlevé par des Aliens ! Ils l’ont emmené très loin. Sûrement pour l’étudier. Puis ils l’ont ramené. Avec la loi de la relativité, plus de trois mille ans se sont écoulés sur terre et quelques heures pour ce pauvre homme. C’est incroyable !
—Tu veux dire que c’est un fossile vivant ?
— Oui ! , s’enthousiasma Gilbario. Grâce à lui nous allons apprendre pleins de choses sur ces temps révolus. J’ai hâte de le présenter au comité.
Il n’en eut pas le temps. Deux jours plus tard, Adrien était pris de fortes fièvres et décédait rapidement de complications pulmonaires. Comme la totalité des habitants de la cité d’ailleurs. L’humanité n’utilisait plus depuis longtemps les médicaments. Ceci depuis que les génémères avaient introduit toutes parades aux maladies dans le génome de leurs progénitures. Toutes parades aux affections connues mais incapables de contrer la propagation, dans les organismes, de bactéries vieilles de trois mille ans. Mais Adrien avait transmis un autre héritage à ses lointains descendants : Un virus qui avait terrassé la population et donné le champ libre à l’attaque de ces bactéries. Un virus qu’on avait appelé en d’autres temps, la grippe espagnole.
ShortEditions

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26/03/2018

ÉVANGILE MÉDITÉ DU LUNDI SAINT 2018

 

EVANGILE MÉDITÉ DU 26 MARS 18


Evangile & méditation
26 mars 2018

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 12, 1-11)
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu'il avait réveillé d'entre les morts. On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus.
Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l'odeur du parfum. Judas Iscariote, l'un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l'on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait réveillé d'entre les morts. Les grands prêtres décidèrent alors de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.
 


 
Méditation de Benoît XVI
Hier, avec le Dimanche des Rameaux, nous sommes entrés dans la Semaine Sainte, et la Liturgie nous fait revivre les dernières journées de la vie terrestre du Seigneur Jésus. Aujourd'hui, il nous conduit à Béthanie, où, précisément "six jours avant la Pâque" - comme le notait l'évangéliste Jean - Lazare, Marthe et Marie offrirent un repas au Maître. Le récit évangélique confère un intense climat pascal à notre méditation: le repas de Béthanie est un prélude à la mort de Jésus, sous le signe de l'onction que Marie accomplit en hommage au Maître et qu'Il accepta en prévision de sa sépulture (cf. Jn 12, 7). Mais c'est également l'annonce de la résurrection, à travers la présence même de Lazare ressuscité, témoignage éloquent du pouvoir du Christ sur la mort. Outre l'importance de la signification pascale, le récit du repas de Béthanie porte en lui un écho déchirant, empli d'affection et de dévotion; un mélange de joie et de douleur: une joie festive pour la visite de Jésus et de ses disciples, pour la résurrection de Lazare, pour la Pâque désormais proche; une profonde amertume car cette Pâque pouvait être la dernière, comme le laissaient craindre les intrigues des Juifs qui voulaient la mort de Jésus et les menaces contre Lazare lui-même dont on projetait l'élimination.
 
Dans cet épisode évangélique, un geste attire notre attention, qui, aujourd'hui encore, parle de façon particulière à nos cœurs: à un certain moment, Marie de Béthanie, "prenant une livre de parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux" (Jn 12, 3). C'est l'un des détails de la vie de Jésus que saint Jean a recueillis dans la mémoire de son cœur et qui contiennent une profondeur expressive inépuisable. Il parle de l'amour pour le Christ, un amour surabondant, prodigue, comme l'onguent "de grand prix" versé sur ses pieds. 
 
[...] "... La maison fut remplie par l'odeur du parfum" (Jn 12, 3). Saint Augustin écrit, en commentant ce passage de l'Evangile de Jean: "La maison s'emplit de ce parfum ; c'est-à-dire que le monde s'est empli de la bonne nouvelle. Le bon parfum est la bonne nouvelle... Par le mérite des bons chrétiens, le nom du Seigneur est loué" (In Io. evang. tr. 50, 7).

 

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24/03/2018

COMMUNIQUÉ FINAL DE L'AEF. MARS 18

Communiqué final de l'assemblée des évêques de France

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L’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France s’est achevée ce vendredi 23 mars. Réunis à huis clos depuis le mardi 20 mars à Lourdes, les évêques de France ont travaillé sur différents sujets.

A l’issue du discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, les évêques ont commencé leur réunion par un échange sur l’actualité de l’Église et de la société.
En cette période où sont ouverts les États généraux de la bioéthique dans notre pays, les évêques ont fait le point sur la réflexion et la mobilisation de l’Église de France sur les sujets bioéthiques. Ils se sont unanimement et nommément engagés dans une déclaration mettant en garde contre la légalisation de l’euthanasie qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Dans cette déclaration, « ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres ».
Au cours de cette Assemblée, le jeudi 22, les évêques ont pris un temps notable pour échanger entre eux sur le phénomène migratoire et l’accueil des migrants dans notre pays. Ayant entendu des experts sur la réalité des migrations, ils ont ensuite échangé et se sont enrichis de leurs expériences diocésaines lors de forums.
Parmi les autres dossiers à l’ordre du jour, deux séquences furent dédiées à la lutte contre la pédophilie. Le Père Hans Zollner, jésuite, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, est venu témoigner de son expérience et de son approche de ce sujet au niveau mondial. La deuxième séquence a permis aux évêques de continuer à travailler sur la nécessité de manifester leur proximité et leur compassion aux victimes de la pédophilie dans l’Église.
Ces temps de travail réguliers permettent d’améliorer les dispositifs et de garder une extrême vigilance contre ce fléau.
Animée par un groupe de travail issu du Comité études et projets, une séquence de cette assemblée a voulu favoriser une prise de conscience des nouvelles ritualités civiles et de leur impact sur la société et l’Église. Monsieur Olivier Servais, historien et anthropologue, a notamment éclairé les évêques sur le surgissement de la question rituelle dans le monde virtuel. Il a présenté le champ de ces ritualités et en a proposé des clés d’interprétation anthropologique. Les évêques ont ensuite pu échanger lors de forums sur diverses facettes de ces nouvelles ritualités civiles : les rites liés à un événement (marches blanches…), les rites dans le champ des nouveaux moyens de communication (réseaux sociaux…), les paraliturgies qui répondent à ces besoins de rituels et les rituels qui se transforment dans l’accompagnement des étapes de la vie (naissances, mariages, deuils…).
En vue de la préparation du synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel (3-28 octobre 2018), les évêques ont préparé leur participation en échangeant, en forums, sur les points importants à faire remonter et à travailler lors de ce synode. Cette réflexion a permis aussi de partager sur la pastorale des jeunes de 16 à 29 ans dans l’Église de France tant au plan diocésain que national.
Les évêques ont aussi travaillé sur des sujets liés au fonctionnement de l’institution. Ils ont ainsi abordé les questions économiques et financières des diocèses avec leurs disparités, leurs enjeux à court et moyen terme, les perspectives d’évolution possible. Ils ont poursuivi leur réflexion sur l’évolution des structures de la Conférence des évêques de France en vue de la présentation, lors d’une prochaine Assemblée, d’un nouvel organigramme.
Enfin, dans la perspective de l’éventuelle révision des statuts de l’Enseignement catholique prévue lors de leur adoption il y a cinq ans, les évêques ont engagé un premier échange avant un débat plus approfondi lors de la prochaine Assemblée plénière de novembre 2018.
Lors de cette Assemblée de printemps, les évêques ont aussi procédé à divers votes.
Ont été élus :
• Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, président du Conseil famille et société, pour un premier mandat ;
• Mgr Norbert Turini, évêque de Perpignan, Président du Conseil pour la communication, pour un deuxième mandat ;
• Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, membre de la commission doctrinale, pour un premier mandat.
Par ailleurs, les évêques ont approuvé par vote :
• L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de Paulin Enfert
(1853 – 1922), fondateur de la Mie de Pain dans le diocèse de Paris ;
• L’ouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Gérin
(1797 – 1863), prêtre du diocèse de Grenoble ;
• La réouverture de la cause en vue d’une éventuelle béatification de l’Abbé Jean Bazin, prêtre du diocèse de Séez.
L’Assemblée s’est aussi prononcée favorablement pour la nomination de Saint Irénée de Lyon comme Docteur de l’Unité.
Par ailleurs, en marge de l’Assemblée, le Conseil permanent a nommé :
• Le Père Vincent Breynaert, de la Communauté du Chemin neuf, directeur du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations ;
• Mademoiselle Bernadette Mélois, vierge consacrée, directrice du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle.
Ces directeurs prendront leurs fonctions le 1er septembre 2018.
(Communiqué de la CEF)

11:19 Publié dans EGLISE | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2018

LE PAPE AUPRÈS DE SAINT PADRE PIO

PADRE PIO

Samedi dernier, 17 Mars 2018, le Pape s'est rendu en pèlerinage à PETRELCINA, lieu où a vécu et est mort le SAINT PADRE PIO DE PETRELCINA, à GIOVANNI ROTONDO( à l'occasion des 100 ans des stigmates reçus par le Saint)

 

17:33 Publié dans PAPE | Lien permanent | Commentaires (0)

17/03/2018

ENTRETIEN SUR LA LECTURE

Jean-Michel Blanquer, Cécile et Bernard Pivot :
«Les livres, c'est la vie»

Par Jean-Christophe Buisson

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INTERVIEW EXCLUSIVE - Le Salon du livre vient d'ouvrir ses portes à Paris. À cette occasion, nous avons organisé une rencontre entre le ministre de l'Éducation nationale, qui a mis la lecture au cœur de sa réforme de l'école, et «le roi Lire», qui publie avec sa fille, Cécile, un bel ouvrage en forme d'éloge de la lecture, des écrivains… et des lecteurs.
Un matin pluvieux, Rue de Grenelle, à Paris, dans le vaste bureau de Jean-Michel Blanquer. Par la fenêtre, on distingue sous le ciel grisâtre le majestueux platane planté avant la Révolution dans le petit jardin du ministère de l'Education nationale. Assis devant la cheminée où crépite un feu joyeux, le ministre accueille Bernard et Cécile Pivot qui viennent de publier Lire! (Flammarion), recueil superbement illustré de textes enlevés, drôles, enthousiastes, inédits, convaincants, nécessaires, où un père et sa fille dévoilent leurs rapports les plus intimes aux livres: comment et où ils les dévorent et les avalent, comment ils les rangent, ce qu'ils leur apportent, comment ils s'en débarrassent (ou non). Mais aussi leurs recettes pour lire en vacances, choisir un livre ou inciter les enfants à la lecture. Redonner le goût et le plaisir de la lecture chez les enfants et les adolescents est précisément un des objectifs prioritaires du ministre de l'Education nationale qui, depuis bientôt un an, multiplie les initiatives en ce sens. Ces trois-là étaient faits pour se rencontrer, quitte à parler, parfois, d'une seule voix…
Le Figaro Magazine - Quel est, à tous les trois, votre rapport initial au livre et à la lecture?
Jean-Michel Blanquer - Un rapport de plaisir. Je passe vite sur ma découverte de Bambi, si vous le voulez bien, mais que ce soient les petites histoires à lire en classe comme les «Contes et Légendes», les extraits de l'Iliadeet de L'Odyssée ou les contes traditionnels régionaux, russes, allemands, etc., ou encore les livres de la Bibliothèque verte comme Les Six Compagnonsou Bennett,enfant, j'ai très vite éprouvé un immense plaisir à lire. Au point de vouloir écrire. J'écrivais sans arrêt des petites histoires, des poésies ; une fois, j'ai gagné un prix en participant à un concours de nouvelles organisé par la collection «Signe de piste». Ma nouvelle s'appelait Le Meurtre de statueset le héros en était le commissaire Sentiment (rires). Adolescent, mon premier choc fut Le Rouge et le Noirde Stendhal.
Cécile Pivot -La Bibliothèque verte fut aussi fondatrice pour moi avec les enquêtes policières d'Alice. De même la Bibliothèque rose avec Fantômette et sa célèbre expression «Mille pompons!» Et aussi Oui-Oui, même si je suis consciente aujourd'hui qu'il s'agissait là d'une lecture affligeante: il n'y était presque question que d'argent! Ce furent ensuite les livres incontournables de ma génération comme La Gloire de mon père et Un sac de billes.
«La lecture isole en apparence mais en réalité nous ouvre un champ infini.»
Jean-Michel Blanquer
Bernard Pivot -Mon père étant prisonnier de guerre, ma mère s'était réfugiée après 1940 dans une maison du Beaujolais avec mon frère et moi. S'y trouvaient deux livres: un Petit Larousse et un choix des fables de La Fontaine. Jusqu'à mes 10 ans, je jouais à saute-mouton avec le dictionnaire que je picorais et dont je recopiais les mots qui me plaisaient. Puis je suis passé aux fables en me replongeant dans le Larousse lorsque je ne comprenais pas certains mots. L'amour des mots m'est donc venu d'une certaine manière grâce à la guerre! Et je n'ai découvert des auteurs comme la comtesse de Ségur, par exemple, qu'à 11 ans.
Jean-Michel Blanquer - Puisque vous parlez de La Fontaine, je vous ai apporté ce recueil de fables qui sera distribué en juin aux élèves de CM2 afin de prolonger l'initiative de l'an passé pour les écoliers de trois académies.
Vous aimez donc offrir des livres?
Jean-Michel Blanquer - Oui, comme vous le voyez: aux élèves de CM2 et aux Pivot!
Plus sérieusement, pourquoi La Fontaine?
Jean-Michel Blanquer -De même que la culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié, La Fontaine, c'est ce qui reste quand on n'a plus rien. Il est au cœur du patrimoine littéraire de la France et il y a quelque chose d'éternel chez lui. Sans parler de sa dimension éducative: à la fois dans la forme, par cette langue merveilleuse dont Fabrice Luchini sait si bien restituer la splendeur et la clarté, et sur le fond, par les leçons de vie qu'il véhicule.
Bernard Pivot - J'y ajouterai son «réalisme». Je me souviens d'un jour de mon enfance où, ramenant d'une ferme un bidon de lait, j'en avais renversé une partie en faisant l'imbécile. Immédiatement m'était revenue à l'esprit la fable La Laitière et le Pot au lait et je m'étais dit que La Fontaine racontait donc des histoires vraies.

Outre l'amour enflammé pour les mots qui font le sel de la langue française et le désir de voir la lecture reconquérir ses lettres de noblesse à l'école, Jean-Michel Blanquer, Cécile et Bernard Pivot partagent une même admiration pour La Fontaine. - Crédits photo : Eric Garault
Jean-Michel Blanquer, vous avez souhaité mettre la lecture au cœur de votre action ministérielle. Mais comment l'imposer dans une société du tout-image?
Jean-Michel Blanquer - Plus une société est technologique, plus il faut renforcer ce qui fait son humanité. Et cela passe par la lecture. La lecture isole en apparence mais en réalité nous ouvre un champ infini. D'ailleurs, les enfants les plus jeunes saisissent parfaitement cela: les études montrent que le goût de la lecture se maintient assez bien dans le primaire et ne se dégrade qu'à partir du collège. Comme l'exercice physique, d'ailleurs: les deux sont victimes des tablettes et des smartphones! Mon défi est donc de réinsuffler la notion de lecture-plaisir à tous les niveaux. Comment? Par une approche de la lecture moins technique - ce qui fut longtemps un peu la norme dans les programmes qui s'adressaient parfois plutôt à des doctorants férus de linguistique qu'à des prébacheliers. Parmi les outils dont je souhaite me servir pour permettre aux enfants de s'ouvrir aux textes et d'enrichir leur vocabulaire, il y a la chanson, la poésie ou la lecture à voix haute. Dans ce domaine, je m'appuie sur des initiatives comme celle d'Alexandre Jardin et son association Lire et faire lire qui invite des personnes de plus de 50 ans à venir lire des textes dans les écoles, ou encore Silence, on lit! soutenue par Danièle Sallenave et qui conduit dans un établissement à une lecture de quinze minutes en silence par tout le monde chaque jour.
«Les mots, ce sont nos maîtres et nos serviteurs, nos compagnons de route et nos proches».
Bernard Pivot
Bernard Pivot - Pardon, mais n'est-ce pas le meilleur moyen de laisser penser aux jeunes que lire est un truc de vieux? Vous devriez plutôt faire venir des gens de moins de 40 ans, des écrivains comme Joël Dicker ou Leïla Slimani plutôt que des gens sans cheveux comme vous ou avec des cheveux blancs comme moi!
Jean-Michel Blanquer - Je ne suis pas d'accord: vous avez peut-être raison pour les élèves de collège ou de lycée mais en primaire, les enfants sont très attachés à la figure de leur grand-père ou de leur grand-mère, ou d'une personne plus âgée de leur entourage qui offre souvent plus de temps pour lire, jouer, interagir. Cela rend cette rencontre intergénérationnelle si importante pour eux. Le lien entre les générations est un élément clé de surcroît d'humanité dont nous avons besoin.
Comment inciter les enfants à lire est une question que vous vous posez dans votre livre, Cécile Pivot…
Cécile Pivot -Oui, et j'insiste pour dire que les Français sont doublement chanceux: non seulement l'offre de lecture est considérable dans notre pays, mais elle n'est pas une affaire d'argent grâce aux associations, aux vide-greniers où fleurissent les livres d'occasion ou aux bibliothèques. Le rapport d'Erik Orsenna à ce sujet est formidable car il rappelle le rôle fédérateur des bibliothèques auprès des enfants et des adolescents, leur place centrale en tant que lieu de vie, dans les villages et les villes.
Jean-Michel Blanquer - Et dans les établissements scolaires! Un de mes combats prioritaires avec ma collègue et amie Françoise Nyssen est de remettre la bibliothèque au centre des écoles et des lycées en leur attribuant une double dimension: une dimension classique, éternelle (c'est l'endroit où on s'assoit et où on lit en silence), mais aussi une dimension plus conviviale, plus moderne, plus collective, plus bruyante, plus numérique, où on peut échanger, travailler à plusieurs. Le rapport d'Erik Orsenna va nous aider dans ce sens.
«La langue française, ne l'oublions pas, est ce qui permet à notre pays de 66 millions d'habitants d'exister et d'avoir un certain poids dans un monde peuplé de 7 milliards d'individus.»
Jean-Michel Blanquer
Bernard Pivot, que feriez-vous si vous étiez professeur?
Bernard Pivot - À Dieu ne plaise! Il me manque la principale des qualités: la patience.
Jean-Michel Blanquer -Mais vous avez la passion!
Bernard Pivot -Cela ne suffit pas, je suis trop impatient. Quoi qu'il en soit, si j'étais professeur de français ou de lettres, je commencerais mon premier cours de l'année par un éloge des dictionnaires. Car l'amour de la lecture passe par celui des mots. Les mots, ce sont nos maîtres et nos serviteurs, nos compagnons de route et nos proches. Chaque mot a une identité, un état civil, une histoire, des amis (les synonymes), des ennemis (les antonymes), une orthographe, qui est comme son esthétique, un ou plusieurs sens, qui sont sa ou ses raisons d'exister. Il faut donc apprendre à respecter chaque mot comme chaque être vivant.
Jean-Michel Blanquer -J'adhère totalement à cette définition presque biologique des mots. C'est d'ailleurs pour cela que nous travaillons beaucoup sur la manière d'encourager l'enseignement de la racine des mots. La conclusion d'un rapport que j'ai commandé sur la revitalisation des langues anciennes, qui sont la sève de notre langue, m'a conforté dans l'idée d'encourager une évolution pédagogique sur l'étymologie. Les enfants adorent creuser les mots, chercher ce qui se cache derrière eux, leurs origines…
La baisse de la pratique de la lecture n'est-elle pas imputable au fait que l'on ait beaucoup favorisé, à l'école, ces dernières décennies, les disciplines scientifiques, au détriment des matières littéraires?

«Chaque enfant renforce son sens esthétique et son sens logique en écrivant des dictées», explique Jean-Michel Blanquer. - Crédits photo : Eric Garault
Jean-Michel Blanquer - Je me garderai bien d'opposer science et littérature. L'humanisme du XXIe siècle consiste d'ailleurs à réuniversaliser la connaissance, donc à marier ces disciplines qui forment un tout que l'on peut rassembler sous le terme d'«humanités». Humanités littéraires et humanités scientifiques peuvent cohabiter. Julien Gracq était un géographe et il existe des esprits très mathématiques qui sont aussi très littéraires. En revanche, dans la réforme du lycée, je souhaite en effet «déhiérarchiser» les choses en multipliant notamment les passerelles entre les sections et en faisant en sorte que ceux qui choisissent la filière scientifique le fassent pour de bonnes raisons, liées à leur envie à eux et non à la «réputation» de cette filière. La philosophie de cette réforme est de permettre à ceux qui ont choisi une matière de l'approfondir davantage. Ce qui veut dire par exemple qu'un élève scientifique dans le futur fera neuf heures de maths et non plus huit. Je suis donc engagé pour un rebond du niveau des élèves en sciences. Mais je suis aussi engagé dans le rebond du niveau général en français, à l'écrit comme à l'oral. Dans le primaire, cela passe par la revalorisation du vocabulaire et de la grammaire, notamment grâce à la récitation et la dictée. Ainsi que par la compréhension des textes par le plaisir de la lecture. Et dans le tronc commun du lycée, par la revalorisation de la littérature et de la philosophie. Et la création d'une discipline nouvelle dès la classe de première, baptisée «humanités, philosophie et littérature».
Bernard Pivot -Je suis très heureux que vous remettiez au goût du jour la dictée, qui, je le rappelle, n'est pas un instrument de torture, mais un moyen simple d'intéresser les élèves à la vie des mots. Il faut que la dictée soit ludique, que les professeurs n'hésitent pas à choisir des textes contemporains plutôt que ceux de Balzac, dont je reste pourtant le lecteur.
Cécile Pivot -Il faut aussi que cet exercice se poursuive au-delà de la cinquième!
«Lire, ce n'est pas refuser le monde, mais y entrer par d'autres portes»
Bernard Pivot
Jean-Michel Blanquer - Il y a une épreuve de dictée au brevet des collèges: l'objectif est donc bien que la dictée continue jusqu'en troisième, je vous rassure. Tout simplement parce qu'elle permet, quelle que soit sa forme, de s'approprier la langue, d'en comprendre la structure, d'en assimiler le vocabulaire. Et de se poser des questions. La langue française, ne l'oublions pas, est ce qui permet à notre pays de 66 millions d'habitants d'exister et d'avoir un certain poids dans un monde peuplé de 7 milliards d'individus. Sa beauté et sa spécificité logique nous structurent et chaque enfant renforce son sens esthétique et son sens logique en écrivant des dictées.
Bernard Pivot - Je pense que toutes les familles devraient posséder dans leur cuisine un tableau sur lequel serait chaque jour inscrit un mot lu ou entendu dans la journée et que chacun pourrait découvrir, commenter, analyser, décrypter, approfondir.
C'est ce que vous faisiez chez vous?
Bernard Pivot - Non, cette idée m'est venue trop tard pour en faire profiter mes propres enfants!
Jean-Michel Blanquer - Il n'est jamais trop tard.
Cécile Pivot - Il n'y avait pas de tableau à la maison mais la présence de ces livres partout m'a incitée à m'y plonger très vite. Mon père en recevait une cinquantaine par jour!

«La dictée n'est pas un instrument de torture», rappelle Bernard Pivot qui est très heureux qu'elle soit remise au goût du jour. - Crédits photo : Eric Garault
Vous n'avez à aucun moment eu une réaction de rejet?
Cécile Pivot - Au contraire! Alors que j'étais une adolescente très pénible et assez rebelle, les livres, eux, n'ont jamais cessé de trouver grâce à mes yeux. Je n'étais pas bien dans ma vie, mais j'étais bien dans la vie des autres, celle que je découvrais dans les romans.
Bernard Pivot - Quand je suis heureux, j'ai du mal à lire. Mais si j'ai un chagrin ou que je suis mélancolique, je prends un roman qui me permet de relativiser mes malheurs ou mes souffrances en découvrant ceux des autres. Parce qu'au fond, lire, qu'est-ce que c'est? Lire, ce n'est pas refuser le monde, mais y entrer par d'autres portes ; lire, c'est prendre des nouvelles des autres ; lire, c'est se frotter à des idées ou à des personnages dont on ignorait l'existence ; lire, c'est étoffer son carnet d'adresses ; lire, c'est agrandir ce trésor en nous qu'est la culture générale ; lire, c'est parier sur l'intelligence ; lire, c'est vivre mieux.
«On a déshabitué les enfants à lire des textes “longs”. Or, ils en sont tout à fait capables»
Jean-Michel Blanquer
Finalement, l'enjeu de l'enseignement de la lecture n'est-il pas autant pour les professeurs que pour les élèves?
Jean-Michel Blanquer -J'ai une très grande confiance dans l'envie des professeurs de transmettre le goût voire la passion de la lecture qui est, par définition, ancré en eux - sinon, ils n'auraient pas choisi ce métier. Mais ils ont besoin d'un signal de l'institution pour se lancer encore plus en avant dans cette démarche. Il y a eu une époque qui a un peu bridé le plaisir de la lecture au profit d'un enseignement plus technique, voire techniciste, de la langue, qui consistait à faire apprendre à des enfants de 12 ans des figures de rhétorique plutôt que de leur faire lire et aimer de beaux textes. Dans l'évolution des programmes, je voudrais vraiment réinstaurer la lecture-plaisir, en la reliant d'ailleurs à l'histoire. Et je n'ai aucun doute sur la motivation des professeurs à aller dans ce sens.
Cécile Pivot - Moi, je suis choquée que les adolescents qui se préparent pour le bac ne soient pas obligés de lire des textes en entier, qu'il s'agisse de romans ou de poésies. Cette littérature du zapping m'effraie.
Jean-Michel Blanquer - Vous avez raison de le déplorer. C'est un paradoxe, car cela part, chez ceux qui ont eu cette initiative, d'un bon sentiment: ne pas «forcer» les élèves pour ne pas risquer de les faire fuir. Or, cette non-exigence, en fait, retire le plaisir. La preuve en a été donnée, en miroir inversé, par le phénomène Harry Potter où l'on voyait des enfants de 10 ans dévorer des livres de 400 pages spontanément, au nom de leur propre plaisir! C'est donc que c'est possible. Mais là encore, il faut s'y prendre avant, dès le primaire, où l'on a déshabitué les enfants à lire des textes «longs». Or, ils en sont tout à fait capables. Cela est d'autant plus nécessaire que cela permet aussi de réduire les inégalités.Car quels sont ceux qui, dans les années suivantes, seront le mieux préparés à affronter des textes plus longs, plus compliqués? Ceux qui, en dehors de la classe, grâce à un contexte familial ou social plus favorable, ont pu compléter leur travail scolaire. Or, l'objectif de l'école de la République est de réduire ces inégalités.

Aux côtés de Bernard Pivot, Jean-Michel Blanquer assure vouloir «réinstaurer la lecture-plaisir». - Crédits photo : Eric Garault
Bernard Pivot, les livres peuvent-ils aider les gouvernants à mieux gouverner?
Bernard Pivot - Oui, en particulier les romans. Trop souvent, les hommes politiques se contentent de lire des livres d'économie ou de sociologie. J'ai longtemps craint que François Mitterrand ne soit le dernier à s'inscrire dans une lignée de présidents amoureux de la littérature, ce qui faisait l'admiration envieuse des écrivains américains que je recevais dans mes émissions. D'où ma joie de voir aujourd'hui un président et un premier ministre renouveler cette tradition française!
Jean-Michel Blanquer -Vous pouvez même rajouter une ministre de la Culture éditrice, un ministre de l'Economie auteur chez Gallimard et une ministre du Travail qui écrit de la poésie…
Jean-Michel Blanquer, avez-vous, comme Bernard et Cécile Pivot, un lieu favori pour lire?
Jean-Michel Blanquer -Oui, car je crois que nous sommes comme les chats. Pour des raisons inexplicables, c'est souvent dans un vieux canapé fatigué et inconfortable que l'on préfère s'installer pour lire. Ou sur un siège en pierre comme ce rocher de Bretagne où Renan aimait lire, face à la mer, et qui a été baptisé «la chaise de Renan». Quand je m'assois là avec un livre à la main, je suis un homme heureux.

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