logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

23/07/2017

16ème Dimanche 2017

Homélie du dimanche 23 juillet : 16éme dimanche du Temps Ordinaire


- 16ÈME DIMANCHE ORDINAIRE

 

 La patience de Dieu est celle-là même qui vient de l’Amour.


MALGRE LE MAL.


Le problème du mal est sans doute la plus grande objection que l’homme élève contre Dieu. Nous le savons au travers du Livre de Job. Chacun de nous, un jour ou l’autre, souffre dans sa chair par la maladie, dans son coeur par des blessures d’amour, dans sa conscience par la morsure du péché, dans sa famille, son travail et dans le monde entier par la difficulté des relations humaines.
Enfin la mort, pour tous, est le moment le plus douloureux quand un être aimé disparaît de notre vie. Cette fracture inéluctable et universelle est vécue comme une souffrance pour ceux qui restent, même si, dans la foi, nous savons que toute vie n’est que la préface que nous écrivons avant d’écrire le Grand livre de la vie éternelle.
Pourquoi y a-t-il tant de mal dans le monde ? Pourquoi l’arrivée du Royaume de Dieu n’a-t-elle pas balayé d’un seul coup toute souffrance et tout péché hors de ce monde ? Alors beaucoup vont jusqu’à dire : »S »il y avait un Dieu bon, tout cela n’existerait pas. »
Une réponse nous est donnée dans les paraboles de ce dimanche : l’ivraie, la graine de moutarde, le levain. Comme elle nous sera donné au dimanche de la Transfiguration
Le monde est le théâtre de deux semailles opposées : le Christ y sème le bon grain en vue de la moisson future. Un ennemi, qui peut prendre des visages différents selon les temps, y sème l’ivraie en vue de compromettre la moisson. Mais la moisson aura lieu, dit le maître avec un bel optimisme, certain des réjouissances futures des moissonneurs. L’Amour de Dieu sera vainqueur de tout mal « au jour final de la moisson, quand le Fils de l’Homme enlèvera de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et qui commettent le mal. »


DEUX REPONSES DE JESUS.


La première réponse que Jésus offre à notre foi, porte sur l’origine du mal. Le mal ne vient pas de Dieu, qui n’a semé que du bon grain dans le jardin d’Eden, mot hébreu qui signifie : »lieu de délices » ou « paradis » (Genèse 2.8). Personne ne serait assez fou pour semer du chiendent ou des chardons dans son jardin. Comment Dieu, suprêmement intelligent et bon, aurait-il pu semer du mal et de la souffrance dans son chef d’oeuvre, l’homme et la femme ?
Tout est bon dans la Création chante comme un refrain le livre de la Genèse « Et Dieu vit que cela était bon … très bon. »
La deuxième réponse est dans la dignité même de l’homme et de la femme. Si le mal ne vient pas de Dieu, il ne vient pas non plus du coeur de l’homme, ni même de sa nature humaine profonde. Il vient de celui que Jésus appelle « l’Ennemi ». Il y a deux semeurs : l’un sème en plein jour et en toute clarté ce qui est bon, l’autre survient « de nuit pendant que les gens dorment » pour semer le mal. C’est une expérience que nous connaissons bien, même en nous, où le péché s’infiltre sournoisement en profitant de nos moments d’inconscience. Souvent nous ne le reconnaissons qu’après coup.
Paradoxalement, la doctrine du « péché originel » (Genèse 3) réhabilite notre dignité. Le pécheur est d’abord « victime ». Le péché, le mal, la souffrance viennent de plus loin, du « Mauvais » par cette hérédité qui a marqué le comportement de notre nature humaine.


LA PEDAGOGIE DIVINE


« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson « , car la moisson se fera. Personne n’est tout bon ni tout mauvais. Même chez ceux dont la vie nous paraît n’être qu’un champ d’ivraie, Dieu nous demande de découvrir le blé qui peut y pousser et qu’il veut engranger dans son grenier.
Reste aussi à calmer notre impatience et à laisser le semeur lui-même opérer le tri que nous prétendons faire, avant l’heure et à sa place, selon nos propres jugements et nos propres décisions. « Ne jugez pas », nous a souvent répété Jésus.
Cette consigne de « laisser pousser ensemble le blé et l’ivraie » peut nous sembler choquante. C’est pourtant la troisième et merveilleuse réponse de Jésus sur le problème du mal.
Dans nos propres vies et dans le monde, il y a un mélange de bon et de mauvais, de douceur et de violence, d’amour et de non-amour, de solidarités admirables et d’individualisme détestable. Péché et grâce sont inextricablement mêlés en nos coeurs. « Je ne fais pas le bien que je voudrais faire, avoue saint Paul, je commets le mal que je ne voudrais pas faire. (Romains 7. 19)
Au jour de la moisson finale, le mal aura été détruit et il n’y aura plus que l’amour, celui de Dieu qui accepte l’imperfection de notre amour. Pour Jésus, la victoire de Dieu sur le mal ne fait pas de doute. A la fin, l’ivraie n’arrivera pas à étouffer le bon grain.
Il nous faut donc croire à la miséricordieuse patience de Dieu, comme le dit la première lecture de ce dimanche : »Tu as donné, Seigneur, à tes enfants, la douce espérance qu’après notre péché, tu nous laisses le temps de la conversion. » (Sagesse 12. 19) L’histoire est remplie de grands pécheurs qui sont devenus des saints.
Jésus va donc jusqu’à nous conseiller de ne pas prendre le risque d’arracher ce qui est bon, en extirpant trop tôt et avec violence, ce qui est mauvais. Dieu accepte de nous supporter imparfaits, acceptons-le de nous-mêmes et de tous ceux qui vivent avec nous, acceptons-les autrement que nous le souhaiterions. Les accepter jusqu’à l’ivraie dans la patience, difficile certes mais qui doit imiter la grande patience de Dieu envers nous.




Il y a une disproportion immense entre ce qui se vit en tout homme, et la grâce de Dieu qu’il reçoit. Le sénevé est la plus petite de toutes les graines et devient un arbre où les oiseaux peuvent y faire leurs nids. La minuscule pincée de levure dans les quarante kilos de farine fait lever toute la pâte.
C’est ainsi en nous-mêmes. C’est ainsi dans notre travail d’évangélisation. Le Royaume de Dieu semble dépourvu de tous les moyens qui assurent le succès du « marketing » des entreprises humaines. Jésus ne se faisait pas d’illusion sur la diffusion immédiate de son message. « Mon Royaume n’est pas de ce monde. » (Jean 18. 37) Mais il voyait plus loin, jusqu’à la fin des temps, quand Dieu sera tout en tous.
L’action de Dieu part de petits commencements pour réaliser de grandes choses. Malgré le mal qui prolifère mêlé au bien, malgré la petitesse de nos résultats aujourd’hui, nous croyons à l’Amour de Dieu. « Que ton règne vienne ! » Il est en train de grandir. C’est la vraie réponse au problème du mal.
Père Jc Fournier

 

18:02 Publié dans LITURGIE | Lien permanent | Commentaires (0)

19/07/2017

FESTIN DE NOCES INSOLITE


Festin de noces annulé : elle invite des dizaines de sans-abri

Capture d’écran 2017-07-19 à 17.13.32.png

 

Une jeune Américaine, ayant annulé son mariage à la dernière minute, a décidé avec son ex-futur mari d'offrir le repas prévu à des SDF. L'histoire fait le tour du web.
Il pourrait s’agir de la version moderne de la parabole du Festin de noces employée par Jésus pour décrire le Royaume des Cieux à ses disciples. Sauf qu’à la différence de celle-ci, ce ne sont pas les invités qui refusent de venir à la fête, mais les fiancés qui les ont décommandés. Et pour cause, Sarah Cummins et Logan Ajauro, un jeune couple de fiancés qui devait se marier récemment à Carmel, dans la banlieue d’Indianapolis, ont décidé d’annuler la noce, préparée depuis bientôt deux ans, une semaine avant le jour J. Les raisons de cette rupture n’ont pas été rendues publiques.
Mais à la tristesse des deux fiancées s’est vite ajoutée une problématique très matérielle. Car près de 170 personnes étaient invitées dans un bel hôtel de la ville, et les traiteurs ont refusé d’annuler les commandes — représentant un montant de 25 000 euros — dans un délai si bref. La jeune femme, étudiante en pharmacie, a eu alors une belle idée qu’elle a pu mettre en application avec l’accord de son ex-fiancé : offrir ce repas magnifique aux personnes démunies de la région. « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » : cette phrase que prononce Jésus dans la parabole (Mt 22, 9) aurait également pu être prononcée par Sarah, puisque que c’est exactement ce qui s’est produit. Plusieurs abris pour SDF ont été contactés par ses soins pour inviter leurs pensionnaires au festin.
Des cars ont été affrétés, la salle réarrangée, des commerçants ont même prêté des vêtements aux invités pour que la fête soit totale. De fait, pour les dizaines de personnes invitées, le mariage annulé a représenté une véritable bouffée d’oxygène et d’amitiés dans une vie marquée par de profondes difficultés. Sarah, entourée de sa mère et de plusieurs amies très chères, était présente tout au long de ce repas, multipliant les échanges avec ces invités qu’elle ne connaissait pas et grâce auxquels elle a pu donner du sens à sa tristesse.
(Aleteia)

17:22 Publié dans DIVERS | Lien permanent | Commentaires (0)

17/07/2017

LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE


Les Animaux malades

de la peste

 

Capture d’écran 2017-07-17 à 17.06.50.png


Un mal qui répand la terreur,


Mal que le Ciel en sa fureur


Inventa pour punir les crimes de la terre,


La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),


Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,Faisait aux Animaux la guerre.


Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :


On n’en voyait point d’occupés


À chercher le soutien d’une mourante vie ;


Nul mets n’excitait leur envie ;


Ni Loups ni Renards n’épiaient


La douce et l’innocente proie ;


Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.


Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis


Pour nos péchés cette infortune.


Que le plus coupable de nous


Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents


On fait de pareils dévouements.


Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence


L’état de notre conscience.


Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,


J’ai dévoré force moutons.


Que m’avaient-ils fait ? nulle offense ;


Même il m’est arrivé quelquefois de manger


Le berger.
J

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense


Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi ;


Car on doit souhaiter, selon toute justice,


Que le plus coupable périsse.


– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ;


Vos scrupules font voir trop de délicatesse.


Et bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce,


Est-ce un péché ? Non, non.

Vous leur fîtes, Seigneur,


En les croquant, beaucoup d’honneur ;


Et quant au berger, l’on peut dire


Qu’il était digne de tous maux,


Étant de ces gens-là qui sur les animaux


Se font un chimérique empire. »


Ainsi dit le Renard ; et flatteurs d’applaudir.


On n’osa trop approfondir


Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,


Les moins pardonnables offenses.


Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples Mâtins,


Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Âne vint à son tour, et dit :

« J’ai souvenance


Qu’en un pré de moines passant,


La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense


Quelque diable aussi me poussant,


Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ;


Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »


À ces mots, on cria haro sur le baudet.


Un Loup quelque peu clerc, prouva par sa harangue


Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,


Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.


Sa peccadille fut jugée un cas pendable.


Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !


Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait.

On le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,


Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Enregistrer

17:34 Publié dans CONTES | Lien permanent | Commentaires (0)

15/07/2017

DÉFENSE DE SE PLAINDRE!

Un écriteau offert au Saint Père par un célèbre psychothérapeute lors d’une audience générale a déclenché un joli buzz.

 

Capture d’écran 2017-07-15 à 11.33.22.png

 


Depuis quelques jours, un écriteau sur lequel figure la mention « Interdit de se plaindre », est accroché à la porte de l’appartement du pape François, à la maison Sainte-Marthe. Sous le message principal, un avertissement : « Tout transgresseur est passible de syndrome de victimisation avec pour conséquence une baisse d’humeur et de la capacité à résoudre ses problèmes. « La sanction sera doublée dès lors que la violation sera commise en présence d’enfants ». Et de conclure par une recommandation : « Pour obtenir le mieux de soi-même se concentrer sur son potentiel et non sur ses limites … ».
Ce petit panneau a été offert au pape François par l’écrivain, psychologue et psychothérapeute, Salvo Noè le 14 juin dernier, à l’issue de l’audience générale, place Saint-Pierre. A cette même occasion, rapporte le site Vatican Insider, cet auteur de plusieurs ouvrages sur les comportements sociaux, avait offert un livre sur le développement personnel et un petit bracelet. « Je le mettrai à la porte de mon bureau dans lequel je reçois les visiteurs », lui a dit le Saint-Père, amusé. Finalement, il ne l’a pas accroché à la porte de son bureau du palais apostolique, ce qui aurait peut-être été un peu trop audacieux compte-tenu de l’austérité des lieux, mais il l’a fixé à la porte de son appartement.
Il faut dire que pour un pape qui invite toujours les chrétiens à « prendre la vie comme elle est », en avançant avec joie et « sans se plaindre », le présent était parfaitement indiqué. A de multiples occasions, l’auteur de l’exhortation Evangelii gaudium (La joie de l’Evangile), a invité les chrétiens à quitter cette attitude de plainte contenue, de victimisation. « Tu veux guérir ? Tu veux être heureux ? Tu veux améliorer ta vie ? Alors lève-toi, prends ton brancard, et marche ! » avait exhorté le pape François, dans une homélie au cours d’une des ses messes matinales, à Sainte-Marthe. S’inspirant de l’injonction adressée par Jésus au paralysé dans l’Évangile du jour (Jn 5, 1-16), il avait appelé le chrétien à « une vie, quelle qu’elle soit, conduite avec joie, sans se plaindre et tomber dans l’acédie qui paralyse ». L’acédie, cette paresse de l’âme qui est pire que d’avoir « le cœur tiède », a dit le Pape, et plonge l’homme dans une sorte de torpeur, lui enlevant toute « volonté d’aller de l’avant, de faire quelque chose dans la vie », et lui faisant perdre la mémoire de la joie.
Contre le syndrome de la victimisation
Le Dr. Noè est très apprécié en Italie. Il est particulièrement réputé pour sa capacité à aider ses patients à rendre leur vie meilleure. Lui-même a adopté pour devise : « Arrête de te plaindre et agis pour changer ta vie en mieux ! », qui fut le thème d’un grand rassemblement, organisé en 2013  à Catane, dans le sud de l’Italie, et consacré à la perte des valeurs et à la décadence de la société. L’événement était en un spectacle, qui a rassemblé plus de 2500 spectateurs, mis face aux blocages et problèmes que la vie apporte inévitablement et auxquels tant de personnes tente d’échapper en usant de palliatifs comme l’alcool, les jeux de hasard ou la drogue…
(Aleteia)
 

11:41 Publié dans PAPE | Lien permanent | Commentaires (0)

14/07/2017

LA RÉSERVE DU TERRITOIRE

La réserve du Territoire oublié 

Evadailleurs
Grand Prix Automne 2017

Capture d’écran 2017-07-14 à 17.14.25.png

 

« Je me souviens... » écrivait Perec.



 

Au 3 de la rue Emile Zola, il y avait l’Auberge « Aux 4 vents ». Son enseigne affichait simplement Auberge, et si on lui avait adjoint cette précision éolienne, c’est parce que la patronne était bien obligée d’ouvrir en grand portes et fenêtres, pour aérer la salle où on ne vapotait pas. On fumait des Gauloises bleues, on roulait du tabac gris.
Une odeur âcre, un épais brouillard.
Atmosphère, atmosphère... aurait gouaillé Arletty.
Je ne sais ce qui emporta les clients, les gros rhumes ou les maladies pulmonaires, mais les anciens partirent tour à tour dans les volutes des fumées et les courants d’air intempestifs.
L’auberge est à vendre.

Le cinéma du Père Fix trônait vers le n° 30, après le garage du grand Marcel ; il y a belle lurette que le fier édifice a rendu l’âme, sans même avoir été occupé par une supérette qui aurait vendu des cornichons, des p’tits oignons sur un air de Nino Ferrer.
Trop petit. Pas de parking. Il est devenu... rien !
Restent deux lettres en néon de l’ancien Rex, roi déchu qui expose piteusement EX... ex, un symbole de ce qui fut un Ciné Paradiso. Lettres éteintes, bien sûr, avec un X à demi décroché qui gémit de douleur les jours de grand vent.

Le grand Marcel hante toujours son garage bien que les portes en restent closes. Du moins en apparence. Chut !... il travaille au noir. Faut bien vivre et ça arrange tout le monde. Garder son travail, c’est garder son orgueil. Et plus digne que le grand Marcel, il n’y a pas ! Il doit son surnom à sa haute stature, mais aussi à la fierté de son maintien. C’est un homme droit.
Avec ses mains d’or, chante Lavilliers, travailler encore, travailler encore...

La ville se brade, comme une pauvre fille affamée s’offre pour un steak frites. 
La rue est à vendre, de petites maisons en bordure de rivière, maisons de poupées, mais pour beaucoup encore, méticuleusement entretenues, peintes de blanc, ornées de géraniums par des générations de braves gens. Elles le resteront jusqu’à ce que leurs propriétaires qui se sont saignés aux quatre veines pour les acquérir, s’éteignent.
Les enfants ? Ils s’en sont allés chercher mieux ailleurs...
Pourtant que la montagne est belle... murmurait Ferrat.

Et l’une après l’autre, les coquettes maisonnettes, vieillissent, s’assombrissent, décrépissent et se font oublier dans des jardins où les mauvaises herbes ont la part belle.

C’est un lundi après-midi que commença le Grand Chambardement.

Le grand Marcel, casquette vissée sur le crâne, les mains dans le cambouis, changeait la tête du delco de la Clio de son voisin, le vieux Martin.
Alors qu’il s’essuyait le front avec un chiffon à la propreté douteuse, il vit se dresser dans l’entrée du garage, une silhouette singulière. Il crut d’abord à une apparition ou à un phénomène optique, lui dans l’obscurité, le visiteur, auréolé d’un divin soleil.
Puis sa vision s’accoutuma au phénomène lumineux et il distingua un grand escogriffe coiffé d’un chapeau de cow-boy, chaussé de santiags.
Son œil redevenu vif le rassura : ce type n’avait pas de flingue. C’est que, de nos jours, mieux vaut être sur ses gardes.
Mais il ne manquait qu’un air d’harmonica, la musique lancinante d’Ennio Morricone pour que se rejouât la scène fameuse d’Il était une fois dans l’Ouest. 
Seulement, c’est dans l’Est que cela se passait.

L’inconnu fit quelques pas, le grand Marcel saisit, à tout hasard, une clé à molette.
Que voulez-vous ?... Aujourd’hui, même dans les contrées les plus reculées, les agressions sont faits communs.
Y a pas qu’à Paris que le crime sévit. Nous, au village, aussi, l’on a, de beaux assassinats...
Brassens faisait ce même constat.

L’inconnu, contre toute attente, éclata de rire !
— Tu ne me reconnais pas ! J’ai tellement changé ?
La voix réveilla des souvenirs enfouis dans la mémoire du garagiste.
— Michel ? C’est toi ?
— Eh oui ! c’est moi, daddy !
— Ben ça alors ! Pour une surprise !

Le vieil homme s’assit sur une chaise en ferraille qui traînait là pour se remettre de ses émotions.
— Ça fait 20 ans que t’es parti sans crier gare !
— 22, old man ! J’avais 18 ans à l’époque...
— Et pas de nouvelles pendant 22 ans ! pas une lettre ! pas un coup de fil ! Et tu débarques comme ça, espèce de salopiaud !... Ta mère est morte de chagrin. Pourquoi tu réapparais ?
— Bon ! je ne m’attendais pas à un accueil chaleureux, ça se confirme. Tu m’offres une bière ?

Son père désigna d’un geste le réfrigérateur antédiluvien au fond de l’atelier.
— T’étais où , Michel ?
— Aux States, bien sûr ! Tu le sais bien, déjà, à 14 ans, j’en rêvais ! Le seul endroit où l’on peut faire fortune ! Mais si tu veux bien, oublie le Michel d’autrefois. Maintenant, je suis Mike.
— Hein !
— C’est mon prénom américain. Pour réussir, faut se fondre dans la masse, Michel Perrin c’était trop... français.
— Et alors ? t’as honte de ce que tu es ? Et ta réussite, elle est où ? T’as plutôt l’air d’un gars qui a enchaîné les déveines.
— T’énerve pas, papa... Disons que pour tisser un réseau influent, il faut ressembler aux gens qu’on côtoie.
— Ah ?... Et pourquoi tu reviens à Ste-Neuville, l’Amerlock .
— Papa !... parce que j’ai trouvé un moyen de tirer de la thune de ce patelin.
— Ce patelin vaut bien les patelins américains...
— Pas faux...
— Mais pour tirer de la thune ici, il va te falloir de l’imagination.
— J’en ai, p’tit père... Sinon, tu penses bien que j’aurais pas fait le voyage.
— Ça, je m’en doute, c’est pas pour ton vieux père que t’es venu en visite.

Mais déjà, Michel Perrin avait grimpé la volée d’escalier qui mène à l’appartement.
Il sourit en remarquant que rien n’avait changé en plus de vingt ans, rien que l’épaisse couche de poussière qui stratifiait les meubles. Le cadre représentant la basilique de Lisieux pendouillait au même endroit, le verre protecteur réparé d’une bande de scotch.
Les épis en cristal de Baccarat avait semé leurs grains, bien que protégés par un entrelacs de toiles d’araignées.
Il s’appuya au rebord de la fenêtre et crut revoir M.Pierre rouler ses barriques de vins d’un trottoir à l’autre, sans souci de la circulation routière. Là aussi, un panneau « à vendre » tintinnabulait sur l’ancienne demeure bourgeoise.

Ravi, il éclata de rire. « ça va marcher du feu de Dieu ! »
À son père, il ne dit rien de ses projets. Moins de deux heures après son arrivée à Ste-Neuville, il empruntait la voiture du vieux et filait chez le notaire.
Il y resta peu de temps. Il l’avait précédemment contacté par mails, et il ressortit de l’étude avec une pile de dossiers. Il avait racheté pour une bouchée de pain tout ce qui était en vente Rue Emile Zola.

Le lundi suivant, débarquait à Ste-Neuville une horde hétéroclite de voyageurs inhabituels. Ils parlaient fort, en un étrange dialecte. Des gaillards grands et larges, Stetson sur le crâne, des femmes en bermudas, d’autres en robes fleuries.

— C’est qui, ces drôles d’oiseaux ? s’exclamèrent en écarquillant les quinquets les vieux habitants qui, comme le grand Marcel, s’accrochaient encore à ce qui avait été leur « do mi si la do ré ».
Le vieux garagiste les regarda passer, les entendit baragouiner dans leur drôle de patois...

— P... de b... de Dieu ! Quelle connerie que t’as encore faite, espère de pauvre couillon ! Je parie que t’es pour quelque chose dans cette invasion, fit-il en regardant son grand dadais de fils.
— Tout juste, old man ! Je transforme ce quartier d’un autre âge en réserve ! Ne te plains pas, je le sauve en quelque sorte. Je te présente les tout premiers visiteurs de la Réserve des Territoires oubliés ! Et ce n’est là qu’une ébauche : je me suis engagé auprès du notaire à racheter toutes les propriétés au fur et à mesure de leur abandon...

Que veux-tu, je suis trop sentimental : un Américain pure souche, lui, n’aurait pas eu cette prévenance, il aurait mis tout le monde dehors ! Les vieux, c’est pas fait pour durer.
Alors, comme on ne peut pas présenter une Réserve vide d’habitants, j’embaucherai des jeunes, des intermittents du spectacle ; leur job sera de jouer des scènes d’autrefois : l’entretien du jardin, le ménage, la lessive au lavoir... toutes ces habitudes ancrées dans le ruralité française, au regard des Américains. 
Au besoin, je sélectionnerai trois ou quatre familles nombreuses, des gens du cru pour accentuer la couleur locale. Et des mères avec leurs marmots, rien de tel pour attendrir le bon peuple !

Nos premiers excursionnistes viennent du Texas, tu n’imagines pas le choc culturel ! Leurs domaines s’étendent sur des hectares, ici, ils se croient à Lilliput !

— Lili... p... ! ici ! à Ste-Neuville ! Tu prévois en plus une rue de maisons closes ! s’étrangla le pauvre homme.
Son fils éclata de rire.
— Je n’y avais pas pensé... mais je retiens l’idée ! La rue Emile Zola... Pourquoi ne pas la rebaptiser Nana’s street...


Les projets mirifiques de Mike, alias, Michel Perrin, prirent corps inexorablement : les gens étaient bien trop heureux de pouvoir fourguer leur petit bien immobilier à cet Américain ! même pour trois sous ! C’était le seul acheteur potentiel. 
Et les Réserves des Territoires oubliés se multiplièrent, s’agrandirent, prouvant qu’avec un peu d’imagination, on pouvait recycler des pays tout entiers en les transformant en musées vivants ou en décors de cinéma.
Vous avez aimé cette œuvre, partagez-la !

(ShortEditions)

17:19 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique