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29/03/2017

SAINT-AIMÉ

 

Saint-Aimé 

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Mathieu Kissa

Saint-Aimé est un petit bourg de trois bons milliers d’habitants, sympathique et accueillant, au carrefour de deux routes départementales.
Loin de la mer, loin de la montagne, loin des touristes, ce n’est pourtant pas un village isolé, ni arriéré. Pas de problème d’internet et ça capte bien. Les vacanciers qui vont loin vers la mer, ou loin vers la montagne, peuvent faire étape le midi au café-brasserie du Chien qui boie (le a est effacé), le soir à l’hôtel du Coup de Fusil (rendez-vous des chasseurs).
Mais ça reste la campagne... pas de pollution décelable, un paysage presque intact, c’est calme... les jeunes partent. Il y eut bien quelques tentatives de certains élus pour faire entrer la commune dans la modernité. Mais curieusement rien ne s’est fait, ni centre commercial, ni zone artisanale, à peine un malheureux rond-point (quand même !).

Alex venait à Saint-Aimé tous les étés, passer quelques semaines chez Pierre et Simone Sagard, des cousins éloignés de ses parents. Il restait deux semaines sur la Côte d’Azur avec ces derniers, qui possédaient un appartement en bord de mer ; puis, chaque année depuis cinq ans, il venait à Saint-Aimé. Il aurait pourtant pu s’offrir des vacances plus brillantes, ses parents en avaient les moyens, et lui-même avait un petit boulot pendant l’année scolaire. Il avait vingt-et-un ans, il suivait des études de mathématiques.
Seulement, à Saint-Aimé, il y avait la petite-cousine, Sophie... Et chaque année les beaux projets de vacances, aventureuses ou fastueuses, se brisaient sur Sophie. Et chaque année c’est le cœur battant qu’il reprenait la route de Saint-Aimé et de la ferme des cousins Sagard.
Sophie avait dix-neuf ans, aidait ses parents à la ferme et rêvait de partir à la ville. Là-bas, c’est sûr, elle serait plus libre, comme son cousin Alex...
Enfants, ils s’étaient vus souvent, pendant les vacances. Puis ils s’étaient perdus de vue pendant plusieurs années. Et c’étaient deux adolescents boutonneux et gauches qui s’étaient retrouvés, intimidés de ne pas reconnaître le compagnon de jeux de naguère. Mais très vite ils redevinrent amis, se firent des confidences, puis, les vacances finies, s’écrivirent régulièrement. Au fil des ans ils se sentirent plus proches.
Cette année, ils étaient tombés dans les bras l’un de l’autre à l’arrivée d’Alex et passaient leur temps à sillonner la campagne environnante à allure d’amoureux en vélo.

Ils étaient trop occupés d’eux-mêmes pour prêter attention à l’émoi qui agitait Saint Aimé et les bourgs alentour cet été-là. Précédée d’une rumeur qui s’était enflée rapidement, la nouvelle avait claqué comme un coup de tonnerre en début d’année : le maire avait obtenu le concours du conseil général et du conseil régional, pour son projet de parc d’attractions et de loisirs – « de dimension internationale ! » – sur la commune de Saint-Aimé... La population était divisée en deux camps. Les pour : ils espéraient tirer avantage d’un afflux de touristes, pour eux-mêmes (les plus nombreux) ou pour l’ensemble du canton (il y en avait quelques-uns). Les contre : tous les enracinés dans leur terre, habitués au calme et à l’harmonie de leur pays, et quelques écolos idéalistes, souvent pas natifs de Saint Aimé.
Le maire rêvait du prestige qu’il gagnerait dans le département, voire plus loin, en cas de réussite du projet. Le conseil municipal était partagé, moitié-moitié. Les mauvaises langues prétendaient que l’affaire avait été montée par Lachaume, puissant entrepreneur du chef-lieu, qui se battait depuis des années pour s’assurer une stature nationale. À cela, les pour avaient rétorqué que l’attribution du marché se ferait dans les règles, après l’enquête d’utilité publique. Lachaume avait obtenu le marché.
Le soir, à la table des Sagard, comme à celle de toutes les familles du bourg, la discussion revenait souvent sur le parc de loisirs. Les Sagard, ils étaient plutôt contre : Pierre se plaignait souvent de son gros travail et de son petit revenu, mais pour rien au monde il n’aurait renoncé à sa terre, et ne concevait pas de voir sa campagne abîmée, détruite en quelques semaines. Une mesure d’expropriation frappait l’un de ses champs, et ça le mettait en fureur, malgré la garantie d’une généreuse indemnisation. Lorsque Sophie ou l’un de ses deux frères plus jeunes se risquaient à émettre l’idée que peut-être ce projet leur permettrait de travailler au pays, Pierre se fâchait tout rouge et criait que ses fils reprendraient sa ferme et qu’il ferait bon voir que sa fille se vende aux marchands pourris de la ville et aux touristes, affublés d’épithètes divers et variés selon l’humeur et le jour.
Sophie sentait alors le feu de la révolte couver en elle. Ne voyait-il pas, ce père qu’elle aimait pourtant, qu’elle le quitterait pour aller à la ville si les choses ne bougeaient pas ici ?

Un soir, Simone dit qu’on parlait dans le bourg d’un accident survenu à un arpenteur qui travaillait à la préparation du chantier. Il s’était cassé une jambe dans un chemin creux. Tout le monde avait vaguement entendu parler de cette histoire, sauf Alex et Sophie, qui avaient passé la journée à la campagne et n’avaient pas mis les pieds au village.
— Je me demande bien comment il a fait, ce couillon, pour se casser une patte à cet endroit-là ! ricanait Pierre sans lever le nez de sa soupe.
— C’est vrai, renchérissait Simone, à la rigueur se tordre la cheville, c’est plein de cailloux et d’ornières dans ce chemin, mais se casser une jambe, c’est incroyable !
— Ces gens de la ville, c’est tous des empotés, il a dû se prendre les crayons dans les pieds de son appareil, ajouta Pierre en rigolant, imité par ses deux fils, puis toute la tablée.
— Et vous savez pas ce qu’il est allé raconter aux pompiers ? s’exclama Rémi, le frère cadet de Sophie... Qu’une grosse branche d’arbre lui était tombée dessus !
Et les rires de se déchaîner autour de la table. Il avait fait une chaleur à crever toute la journée, pas un poil de vent, et ce rigolo qui voyait des branches tomber toutes seules...
Alex s’arrêta de rire avant les autres. Ils y étaient passés en fin de journée, Sophie et lui, dans ce chemin, après l’accident de l’arpenteur, poussant leurs vélos à la main. Et il la revoyait parfaitement, cette branche, en travers du passage, fraichement arrachée d’un ormeau qui mourait à droite du chemin. Ils avaient dû soulever leurs bicyclettes pour franchir l’obstacle.

L’affaire fut rapidement oubliée. Les travaux d’été aux champs occupaient une bonne partie des gens, d’autres étaient partis en vacances. Pendant ce temps Gilbert Lachaume, patron de l’entreprise du même nom, avait décidé de garder ses bureaux ouverts, pour préparer les travaux qui devaient commencer dès la rentrée. Ingénieurs, géomètres, métreurs, inspecteurs de tous poils quadrillaient quotidiennement le territoire communal.
« On n’est plus chez soi, je l’avais bien dit ! » marmonnait le père Ducret en poussant une brouette de petit bois dans le bas de la rue des Fossés. Une camionnette Lachaume venait de l’obliger à serrer à droite, lui qui, à jeun, tenait le milieu de la rue avec sa brouette depuis cinquante ans.
Nos deux amoureux croisaient à tout instant, dans les recoins les plus reculés, des hommes pressés, pas souriants, malpolis. Ils en vinrent à se demander où ils pourraient se réfugier l’année prochaine, quand ce parc de malheur aurait dévoré leurs sentiers préférés, leurs caches secrètes au cœur de fourrés rafraîchissants.
Leurs vagabondages les menèrent de plus en plus souvent dans une petite clairière tapissée d’un épais herbage, entourée de hauts arbres vénérables. Ils n’avaient jamais rencontré d’intrus dans ce coin qu’ils trouvaient délicieux. Ils s’allongeaient l’un contre l’autre dans l’herbe douce et fraîche, à contempler le ciel d’azur, un léger nuage blanc qui passe là-haut, et le lointain feuillage des arbres qu’on a pourtant l’impression de pouvoir toucher en tendant le bras.
Leurs conversations étaient faites de niaiseries, de rires, de petites chamailleries qu’un baiser terminait, et de silences... Il arrivait, rarement, qu’ils parlent d’autre chose que d’eux-mêmes. Un jour, Sophie demanda à Alex :
— Tu crois que les arbres seront toujours là, l’année prochaine ?
— Ça m’étonnerait, répondit-il avec une moue attristée. Il y aura plutôt un train fantôme, ou un vaisseau de la mort, ou alors un parking. En tout cas ça fera du bois pour l’hiver...
Sophie soupira :
— À tout prendre, je préférerais un manège pour les petits, des chevaux de bois, avec à côté un marchand de glaces et une baraque à frites !
— Mais c’est complètement dépassé, voyons... Même les enfants trouvent ça ringard ! répliqua Alex, amer.
Elle tenta de le réconforter de son mieux, faisant des projets d’avenir à deux, mais elle-même, sentant la fin des vacances approcher, se sentait le cœur un peu lourd.
Toutefois elle était belle, ils étaient amoureux, elle sut trouver les mots et les gestes qu’il fallait pour dérider son compagnon. Quelques minutes plus tard, ils étaient bien trop occupés l’un de l’autre pour prêter attention aux grincements des hauts arbres qui les entouraient, agités par un vent venu de nulle part.

Le soir, au dîner, on parla d’un nouvel incident, arrivé dans la journée à un technicien de l’entreprise Lachaume. Rémi avait été l’un des premiers à lui venir en aide, et il avait vu la voiture :
— Le toit défoncé au milieu, jusqu’aux portières, avec une branche comme ça, énorme, tombée dessus ! Incroyable... L‘arbre avait pourtant l’air sain...
Et Rémi de continuer, après quelques cuillères de potages :
— Et vous savez pas ce qu’il nous a dit, le gars ? Que le chêne s’était mis à faire un raffut du diable, les branches bougeaient dans tous les sens, craquaient, tant et si bien qu’il en est tombée une !
— C’est la chaleur qui a dû lui taper sur la carafe, affirma Pierre. Il n’y avait pas un souffle d’air, les arbres s’agitent pas comme ça tout seuls...
On rit moins que la première fois. On l’avait quand même vue, cette branche qui avait aplati la voiture du géomètre. Une chance qu’il n’ait pas été dedans. Simone, qui parlait peu d’habitude, fit remarquer qu’on entendait des bruits bizarres la nuit dans les bois alentour, depuis quelque temps. Et comme les hommes commençaient à s’esclaffer, elle s’insurgea :
— Mais je ne suis pas la seule à l’avoir entendu, je pourrais vous nommer bien des gens qui disent comme moi ! Et elle poursuivit gravement : Qui sait si la forêt ne se défend pas contre les misères qu’on lui prépare...
Les hommes voulurent se moquer d’elle, mais leurs sarcasmes n’ébranlèrent pas Simone.

La semaine suivante, il ne se passa pas une journée sans qu’un incident du même genre ne se produisît. Plusieurs personnes furent blessées, et pas seulement des techniciens ou des ouvriers de Lachaume, mais aussi un touriste qui prenait des photos dans les bois, et un employé municipal qui débroussaillait un fourré.
Tous paraissaient choqués par leur mésaventure. Les témoignages concordaient : l’impression soudaine d’une menace indéfinissable mais terriblement angoissante, puis, très vite, l’accident brutal, dans un vacarme assourdissant. Toutes les victimes prétendaient avoir été agressées, mais par qui ?
Personne ne riait plus à Saint-Aimé. Bien sûr, ici comme ailleurs, on n’est pas superstitieux. On ne croit plus depuis longtemps aux sorcières jeteuses de sorts. N’empêche ! Quand personne n’est capable de donner une explication rationnelle, qu’est-ce qui reste ? Car enfin, il en faut bien, une explication, sinon c’est encore pire... Alors des rumeurs commencèrent à circuler : unetelle avait un don pour guérir les aphtes, ne saurait-elle pas aussi jeter un sort sur le maire, sur tout le village, même ? Ou bien, c’était Lachaume qui avait le mauvais œil, un concurrent évincé plantait des aiguilles dans son effigie en chiffon.
Les plus chauds partisans du projet, inquiets, s’insurgeaient contre ces âneries. Tous les incidents affaiblissaient leur position dans l’opinion publique, et les rumeurs ne feraient qu’aggraver leur situation.
D’ailleurs beaucoup d’opposants, comme Pierre Sagard, étaient aussi irrités de ces rumeurs. Maintenant qu’elle était là, mieux valait laisser la gendarmerie faire son enquête et attendre le résultat.
En effet, aux agents de Lachaume s’étaient ajoutés les gendarmes sur les routes et les chemins environnants, et quelques journalistes venaient humer les premières effluves de sensationnel.
Alex et Sophie les croisaient sans plus les voir. C’étaient les derniers jours de vacances, leurs derniers jours ensemble. Ils n’avaient plus le temps de penser à autre chose qu’aux quelques heures de bonheur qu’il leur restait, et ils étaient bien les seuls à ne pas être oppressés par cette avalanche d’accidents... Les seuls à oser encore se promener dans les chemins de la forêt, sans hâter le pas en jetant des regards inquiets de droite et de gauche.
Ils passaient de longs moments dans leur clairière favorite, qui, curieusement, restait épargnée par les visites et inspections des géomètres.
La chaleur devenait étouffante sur la région quand, enfin, l’orage éclata une nuit, un de ces gros orages qui annoncent la fin de l’été. On ne dormit pas beaucoup cette nuit-là sous les toits de Saint-Aimé : aux coups de tonnerre venait se mêler le hurlement de la tempête qui tordait les arbres et les faisait grincer, gémir affreusement.

Le lendemain, l’air était plus frais, plus léger, et le soleil faisait son grand retour dans un ciel nettoyé. Les villageois se sentaient mieux, comme libérés, débarrassés de leur tension des jours précédents.
Les deux amoureux partirent tôt sur leurs bicyclettes, le cœur un peu serré : plus que trois jours ensemble... Ils roulèrent longtemps, refirent les routes, les sentiers empruntés durant ces semaines de bonheur. Et tout naturellement ils se retrouvèrent l’après-midi dans « leur » clairière, sous leur chapiteau de verdure, à l’abri des vénérables hêtres.
L’orage avait fait des dégâts, des branches mortes gisaient sur l’herbe. Ils s’allongèrent sur leur couche fleurie, plus silencieux que d’habitude. Les mots venaient difficilement, posés entre de longs silences, bercés par le bruissement des feuillages.
— Tu m’écriras ? demanda Sophie timidement, mais sûre de la réponse.
— Tous les jours, jura Alex en se disant qu’il téléphonerait : il entendrait ainsi la voix aimée, et surtout il doutait de sa capacité à renouveler chaque jour son inspiration poétique.
— D’ailleurs ça ne sera pas trop long, à la Toussaint, à la Noël au plus tard, je te rejoindrai. J’aurai eu le temps de convaincre mes parents de me laisser partir, d’ici là.
Alex ne répondit pas tout de suite. Un sourire lui donna le temps de réfléchir, un instant. Il lui semblait que Sophie brûlait les étapes. Ce n’était pas une question d’argent : son travail leur permettrait de subsister, et il savait pouvoir compter sur ses parents en cas de besoin. Mais, plus encore que la rupture avec le confort de sa vie de célibataire, c’est pour Sophie qu’il craignait le déracinement et l’exil dans une ville inconnue, dans un milieu d’étudiants si différent du petit monde de Saint Aimé.
— Tu es sûre que ton père ne va pas t’enfermer dans ta chambre jusqu’à ce que tu m’oublies ? finit-il par lui demander.
— Mais non, je le connais ! Il crie un peu mais il n’a jamais rien su me refuser...
Ils regardèrent le ciel pur et calme à travers les trouées du feuillage. D’où ils étaient, les branches paraissaient entraîner les troncs dans leur balancement régulier et gémissant, juste au-dessus d’eux. Une vague inquiétude s’emparait d’Alex.
Après quelques instants Sophie poursuivit, élevant la voix :
— De toute manière, je n’ai plus envie de travailler au parc d’attraction. Et d’ici la Toussaint tous les bois seront rasés, et à Noël on ne reconnaîtra plus Saint-Aimé, le parc sera en chantier et il y aura des parkings et des routes partout ! Je préfère ne pas voir ça... Elle criait presque.
Alex ne trouva rien à dire. Il regardait le ciel. Le malaise s’accentuait. Il serra Sophie contre lui, ne quittant pas les branchages des yeux. Quelque chose d’anormal se passait. Les gémissements des arbres étaient devenus des grincements sinistres, les branches se tordaient dans tous les sens, les troncs se balançaient sous l’action d’une véritable tempête.
Ils ne sentaient aucun souffle sur leur visage, et le ciel était toujours aussi serein. Mais les oiseaux ne chantaient plus, n’étaient plus là.
— Mais qu’est-ce qui se passe ? s’écria Sophie, en se serrant plus fort contre Alex, les hurlements des arbres couvrant sa voix. Le garçon se redressa. Est-ce qu’il devenait fou ? Il voyait nettement les branches, les troncs se plier, se tordre vers eux, et se sentait étouffer sous la menace de ces géants devenus hostiles, qui les encerclaient.
Sophie poussa un cri : la branche la plus proche s’était projetée sur elle dans un affreux grincement. La jeune fille avait pu se jeter en arrière, et la grosse branche gisait à ses pieds, arrachée à l’arbre qui se tordait de plus belle.
— Sauvons-nous ! lança Alex, entraînant sa compagne hors de la clairière. Au même instant, une autre branche écrasait leurs vélos couchés sur l’herbe. Ils coururent plusieurs minutes avant de s’apercevoir que tout était redevenu calme, le long de la petite route qui sortait de la forêt. Sans parler, se tenant par le bras et titubant parfois, ils marchèrent jusqu’à la ferme.

Simone ne comprit rien à leurs propos, plutôt décousus ; elle courut chercher Pierre et les garçons qui travaillaient aux champs. Ceux-ci se rendirent à la clairière en compagnie du maire qu’ils avaient alerté.
Arrivés sur place, ils trouvèrent les vélos enroulés autour d’une énorme branche, deux autres branches de même calibre écrasées dans l’herbe, et tous les arbres alentour endommagés, les troncs blessés, tordus...
Le maire, qui pensait à des actes de malveillance contre son projet, prévint les gendarmes qui interrogèrent Alex et Sophie. Leur récit fut cette fois plus cohérent, mais embarrassa fort le maréchal des logis chargé de l’enquête.

Le lendemain, Gilbert Lachaume, venu rassurer tout le monde et reprendre fermement la direction des opérations, n’arriva pas à Saint-Aimé. Sur la route, à un kilomètre du bourg, son beau 4X4 Mercedes noir aux vitres teintées fut aplati par une énorme branche de platane.
On enterra Gilbert Lachaume et le projet de parc de loisirs le jour du départ d’Alex. Les deux amoureux n’étaient pas retournés dans les bois.


Ils se sont mariés, ont deux enfants et ils vivent en ville, à quelques centaines de kilomètres de Saint-Aimé, où ils passent deux semaines tous les étés. Ils sont même retournés se balader en forêt, après plusieurs années d’hésitations. Mais ils ont frissonné lorsqu’ils sont arrivés à leur clairière abandonnée.
Pourtant, plus aucun incident n’est survenu dans les environs depuis le décès de Lachaume. La forêt a pansé ses plaies et Saint-Aimé est redevenu un petit bourg paisible, où plus rien ne se passe.
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(Short Editions)

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28/03/2017

MA PETITE SOEUR VA ENTRER AU COUVENT

 

Ma petite soeur a 21 ans et elle entre au couvent

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Dans un monde qui accorde de moins en moins de place à Dieu, qu’est-ce qui pousse une jeune femme à devenir religieuse ?
Ma petite sœur, avec qui j’ai grandi – et qui passait son temps à chanter, à dessiner et à me chaparder mes vêtements – s’apprête à couper sa chevelure bouclée et à prendre l’habit pour devenir religieuse dans un ordre contemplatif cloîtré. Voici plusieurs mois que j’essaie de me faire à cette idée. J’ai enfin réussi à prendre un peu de temps avec elle pour lui poser les questions qui me brûlent les lèvres.
Aleteia : À quel moment t’es-tu dit que tu avais peut-être la vocation ? 
Je me rappelle, quand j’avais environ 12 ans, j’allais à la messe en semaine. Je pensais à Dieu le matin mais après je l’oubliais pour le reste de la journée. Et j’avais pourtant envie de rester dans l’église et de ne pas oublier Dieu. Je pense que mon désir a commencé là. Bien sûr, ce désir n’était pas encore très clair dans mon cœur, mais il a grandi au fil du temps.
Tu as seulement 21 ans ! Comment sais-tu que tu es prête à faire un tel choix de vie ?  
Eh bien, je n’ai pas dit que je l’étais. Mais le couvent est un lieu pour se former. Saint Benoît considère le couvent comme une école de l’amour. On ne va pas à l’école si l’on sait déjà tout. On va à l’école pour apprendre. Or, je me sens prête à apprendre, à être formée. Donc d’une certaine manière, je ne suis pas encore prête pour le couvent car je ne suis pas encore religieuse. Je ne suis pas encore celle que j’espère devenir après avoir été religieuse toute ma vie.
On comprend facilement pourquoi les ordres apostoliques sont si nécessaires – ils enseignent, ils s’occupent des mourants, ils accomplissent d’innombrables belles œuvres. Mais pourquoi le monde a-t-il besoin de religieuses contemplatives ?
Parce que Dieu écoute nos prières. Il veut que l’on prie. Dieu nous a créés dotés de la capacité à prier les uns pour les autres et à s’entraider. Nous tous qui appartenons à la famille humaine sommes liés par le corps du Christ. Par ce lien d’amour, nous pouvons nous offrir les uns les autres à Dieu et être ainsi des transmetteurs de la grâce de Dieu les uns pour les autres.
Il y a tant de besoins dans le monde pour lesquels la prière est la seule réponse possible. Voilà pourquoi le monde a besoin de religieux contemplatifs.
Qu’espères-tu offrir au monde par cette vocation ? 
Eh bien, je ne sais pas ce que je peux faire pour le monde. C’est l’affaire du Seigneur. Je ne peux pas faire grand-chose à moins que Dieu n’élève ma prière et ne la rende utile à quelqu’un d’autre quelque part. Jésus a promis que si nous demeurions en Lui, nous porterions beaucoup de fruits. Donc j’ai simplement l’intention de demeurer en Lui, et peut-être qu’au ciel je verrai les fruits que Dieu a produits avec ma vie.
As-tu un peu peur ?
Oui, bien sûr. Quand les gens apprennent que je vais devenir religieuse dans un ordre cloîtré, ils ont tendance à imaginer que je dois adorer me lever en pleine nuit, manger du pain blanc, me promener pieds nus dans mes sandales l’hiver… Eh bien non, je n’aime pas ça.
Mais j’ai l’espoir qu’après une vie passée à l’école de l’amour, je finirai par apprécier cela. Oui, j’appréhende un peu l’âpreté de cette vie, à laquelle je ne suis pas habituée, au niveau humain.
N’as-tu pas peur de t’ennuyer à la longue ? 
Il est certain que l’ennui est une des croix qui se présentent à nous, de même qu’une mère est confrontée au stress. Les religieuses contemplatives ne connaissent pas le stress. Mais elles peuvent connaître l’ennui.
Ceci dit, leur vie faite de prière et de travail est agréablement rythmée, et la sympathique heure de récréation le soir permet de se retrouver pour discuter ou chanter. Et puis il y a de si belles amitiés ! Si bien qu’elles connaissent de grandes joies dans leur mode de vie simple et austère.
As-tu déjà remis en question ta vocation ? Comment as-tu traversé ces moments de doute ? 
J’ai bien sûr pu vouloir renoncer à certains moments. Je pense que ce qui m’a vraiment aidée, c’est de me rendre « pour de vrai » dans un couvent de rencontrer des religieuses, et de réaliser qu’elles sont des êtres humains normaux vivant des journées ordinaires et heureuses. Cela a contribué à dissiper toutes les images idéalistes que je m’étais créées.
Si on commence à se dire que les bonnes sœurs ne vivent pas comme des humains normaux, on en conclue logiquement  : « Je ne pourrais jamais vivre comme ça, car moi, je suis un humain ordinaire. »
Les religieuses n’aiment pas toujours prier ! Il leur arrive d’être distraites, comme tout le monde. Elles ne sont pas tout le temps dans les hauteurs de la contemplation. Mais on entre au couvent pour se donner à Dieu dans sa nature humaine propre, pour simplement vivre avec lui au jour le jour.
Que ressens-tu à l’idée de quitter ta famille et tes amis ? 
Alors là, c’est très dur. J’aime tellement mon chez moi. J’aime ma famille. Franchir la grille du cloître est un geste absolu.
C’est clairement le plus grand sacrifice que j’ai jamais fait pour Dieu. Ce qui rend le fardeau léger (Mt 11, 30), c’est que je quitte une famille pour entrer dans une autre. Ce n’est pas comme si je m’engageais toute seule dans la souffrance et les difficultés.
J’entre dans une famille merveilleuse, avec une mère et des sœurs. Et Jésus.
Propos recueillis par Anna O’Neil.

ALETEIA

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26/03/2017

4è DIMANCHE DE CARÊME


4ème DIMANCHE DE CARÊME (A)

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Guérison de l’aveugle-né
 
Ce 4ème dimanche du Carême est celui de la joie. C’est la joie d’un peuple déporté en terre d’exil qui entend une bonne nouvelle. Le prophète Isaïe lui annonce que Dieu est là au cœur de ses détresses. Il intervient pour apporter le salut à ce peuple opprimé. C’est aussi la joie des catéchumènes qui vivent la 2ème étape de leur baptême. Des enfants d’âge scolaire et des adultes se sont mis en route pour ce grand événement.
Tout au long de ce carême, nous sommes invités à « changer nos cœurs ». Les textes bibliques de ce jour nous invitent à changer notre regard sur les personnes et les événements : « Dieu ne regarde pas comme les hommes. Les hommes regardent l’apparence. Dieu voit le cœur. Avoir le cœur de Dieu c’est voir les qualités et la grandeur de celui qui est petit, faible et méprisé. C’est reconnaître que, lui aussi, est capable de grandes choses.
Au jour de notre baptême, nous avons été introduits dans le monde de la lumière. Saint Paul nous dit que cela n’est devenu possible que par la grâce du Christ. Il est la « lumière du monde ». Lui-même nous appelle à vivre en « enfants de lumière ». Ce qui doit nous guider c’est la Lumière qui est en Jésus, c’est son amour. Il est toujours là pour nous apprendre à voir les autres avec le regard de Dieu, un regard plein de miséricorde.
Dans l’Évangile, nous voyons Jésus qui guérit un mendiant aveugle de naissance. Il lui ouvre les yeux deux fois. Il commence par lui rendre la vue qui lui permettra de voir les personnes et le monde qui l’entoure.  Et  dans un deuxième temps, il lui ouvre les yeux de la foi. Tout cela se fait progressivement. Dans un premier temps, l’homme guéri parle de « l’homme qu’on appelle Jésus » ; ensuite il voit en lui un prophète ; puis quand il se trouve devant lui, il se prosterne en disant : Je crois, Seigneur. »
Comme cet homme, nous sommes appelés à passer des ténèbres à la foi. Nous aussi, nous sommes souvent aveugles ou malvoyants. Cet aveugle-né est le symbole de l’humanité plongée dans les ténèbres. Mais par le baptême, elle découvre la Lumière du Christ. Pour ces nouveaux convertis, c’est une illumination. C’est la Parole de l’Évangile de saint  qui s’accomplit : « Le Verbe était la Lumière, qui, en venant en ce monde, illumine tout homme.
Face à cet homme guéri et sauvé, il y a tous ceux qui sont aveugles dans leur esprit et dans leur cœur ; il y a ceux qui s’enfoncent dans leur aveuglement qui est celui du péché. Comme le hibou ou la chouette, ils sont aveuglés par la lumière du jour. La Lumière de Dieu, la Lumière de la Vérité leur fait peur. Mais nous ne devons pas avoir peur de la Lumière de Jésus Christ ; il se présente à nous comme le soleil qui rendra lumineuse notre vie.
Autre constat : il arrive parfois que le soleil se cache : il y a des nuages, des épreuves ; il y a aussi la nuit. Mais quand il fait nuit, il ne nous vient pas à l’idée de douter de l’existence du soleil même si nous ne le voyons pas. L’amour du Seigneur est toujours bien présent, même quand tout va mal. Il est toujours là pour nous éclairer et, souvent c’est lui qui nous porte. Il veut nous conduire jusqu’à la victoire sur le péché et sur la mort. Tout l’Évangile nous dit qu’il est venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus. « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant » dit saint Irénée.
La suite de l’Évangile nous parlera des souffrances, de la Passion et de la mort de Jésus ; c’est là qu’il a assumé toutes les misères et tous les handicaps du monde. Jésus nous révèle un Dieu qui  n’explique pas les souffrances, qui ne condamne pas mais qui prend sur lui le péché du monde. Il devient solidaire de tous ceux qui sont « nés comme ça ». Et surtout, il devient source de toute guérison et de la santé totale de l’homme.
Dieu ne prend pas son parti de la misère de l’homme. Il l’assume. La croix n’est pas un signe d’échec, de résignation ; c’est une protestation, une victoire sur tout ce qui abîme l’homme. Jésus nous donne un signe de cette victoire  pascale en ouvrant les yeux de l’aveugle-né et en lui donnant un accès à une autre lumière, celle de la foi. C’est aussi à cette lumière que la Samaritaine a pu accéder (Évangile de dimanche dernier). Et dimanche prochain, nous découvrirons Jésus qui redonne vie à Lazare. À travers ce signe, il s’affirmera maître de tous les handicaps, y compris le dernier, la mort.
Vivre le Carême, c’est accueillir cette lumière qui vient de Jésus. Cette lumière c’est celle de la foi. Elle nous aide à voir les personnes et les événements avec le regard de Dieu. Comme l’aveugle guéri, nous deviendrons des témoins du Christ. Nous pourrons proclamer notre foi avec fierté : « Je crois en Dieu qui est lumière, Je crois en Dieu, il est mon Père. » Amen
Abbé jean COMPAZIEUX

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4ème DIMANCHE DE CARÊME (A)


4ème DIMANCHE DE CARÊME (A)

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Guérison de l’aveugle-né
 
Ce 4ème dimanche du Carême est celui de la joie. C’est la joie d’un peuple déporté en terre d’exil qui entend une bonne nouvelle. Le prophète Isaïe lui annonce que Dieu est là au cœur de ses détresses. Il intervient pour apporter le salut à ce peuple opprimé. C’est aussi la joie des catéchumènes qui vivent la 2ème étape de leur baptême. Des enfants d’âge scolaire et des adultes se sont mis en route pour ce grand événement.
Tout au long de ce carême, nous sommes invités à « changer nos cœurs ». Les textes bibliques de ce jour nous invitent à changer notre regard sur les personnes et les événements : « Dieu ne regarde pas comme les hommes. Les hommes regardent l’apparence. Dieu voit le cœur. Avoir le cœur de Dieu c’est voir les qualités et la grandeur de celui qui est petit, faible et méprisé. C’est reconnaître que, lui aussi, est capable de grandes choses.
Au jour de notre baptême, nous avons été introduits dans le monde de la lumière. Saint Paul nous dit que cela n’est devenu possible que par la grâce du Christ. Il est la « lumière du monde ». Lui-même nous appelle à vivre en « enfants de lumière ». Ce qui doit nous guider c’est la Lumière qui est en Jésus, c’est son amour. Il est toujours là pour nous apprendre à voir les autres avec le regard de Dieu, un regard plein de miséricorde.
Dans l’Évangile, nous voyons Jésus qui guérit un mendiant aveugle de naissance. Il lui ouvre les yeux deux fois. Il commence par lui rendre la vue qui lui permettra de voir les personnes et le monde qui l’entoure.  Et  dans un deuxième temps, il lui ouvre les yeux de la foi. Tout cela se fait progressivement. Dans un premier temps, l’homme guéri parle de « l’homme qu’on appelle Jésus » ; ensuite il voit en lui un prophète ; puis quand il se trouve devant lui, il se prosterne en disant : Je crois, Seigneur. »
Comme cet homme, nous sommes appelés à passer des ténèbres à la foi. Nous aussi, nous sommes souvent aveugles ou malvoyants. Cet aveugle-né est le symbole de l’humanité plongée dans les ténèbres. Mais par le baptême, elle découvre la Lumière du Christ. Pour ces nouveaux convertis, c’est une illumination. C’est la Parole de l’Évangile de saint  qui s’accomplit : « Le Verbe était la Lumière, qui, en venant en ce monde, illumine tout homme.
Face à cet homme guéri et sauvé, il y a tous ceux qui sont aveugles dans leur esprit et dans leur cœur ; il y a ceux qui s’enfoncent dans leur aveuglement qui est celui du péché. Comme le hibou ou la chouette, ils sont aveuglés par la lumière du jour. La Lumière de Dieu, la Lumière de la Vérité leur fait peur. Mais nous ne devons pas avoir peur de la Lumière de Jésus Christ ; il se présente à nous comme le soleil qui rendra lumineuse notre vie.
Autre constat : il arrive parfois que le soleil se cache : il y a des nuages, des épreuves ; il y a aussi la nuit. Mais quand il fait nuit, il ne nous vient pas à l’idée de douter de l’existence du soleil même si nous ne le voyons pas. L’amour du Seigneur est toujours bien présent, même quand tout va mal. Il est toujours là pour nous éclairer et, souvent c’est lui qui nous porte. Il veut nous conduire jusqu’à la victoire sur le péché et sur la mort. Tout l’Évangile nous dit qu’il est venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus. « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant » dit saint Irénée.
La suite de l’Évangile nous parlera des souffrances, de la Passion et de la mort de Jésus ; c’est là qu’il a assumé toutes les misères et tous les handicaps du monde. Jésus nous révèle un Dieu qui  n’explique pas les souffrances, qui ne condamne pas mais qui prend sur lui le péché du monde. Il devient solidaire de tous ceux qui sont « nés comme ça ». Et surtout, il devient source de toute guérison et de la santé totale de l’homme.
Dieu ne prend pas son parti de la misère de l’homme. Il l’assume. La croix n’est pas un signe d’échec, de résignation ; c’est une protestation, une victoire sur tout ce qui abîme l’homme. Jésus nous donne un signe de cette victoire  pascale en ouvrant les yeux de l’aveugle-né et en lui donnant un accès à une autre lumière, celle de la foi. C’est aussi à cette lumière que la Samaritaine a pu accéder (Évangile de dimanche dernier). Et dimanche prochain, nous découvrirons Jésus qui redonne vie à Lazare. À travers ce signe, il s’affirmera maître de tous les handicaps, y compris le dernier, la mort.
Vivre le Carême, c’est accueillir cette lumière qui vient de Jésus. Cette lumière c’est celle de la foi. Elle nous aide à voir les personnes et les événements avec le regard de Dieu. Comme l’aveugle guéri, nous deviendrons des témoins du Christ. Nous pourrons proclamer notre foi avec fierté : « Je crois en Dieu qui est lumière, Je crois en Dieu, il est mon Père. » Amen
Abbé jean COMPAZIEUX

17:39 Publié dans LITURGIE | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2017

LES FRÈRES LUMIÈRE


Lumière ! L'aventure commence


Plongée dans un monde disparu qui est aussi le nôtre


                                       ARRIVÉE D'UN TRAIN À LA CIOTAT


27 janvier 2017 : passionné de cinéma, Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière (Lyon) et délégué général du Festival de Cannes, nous offre un film très personnel : un enchaînement de 108 « vues Lumière » de 50 secondes chacune, tournées entre 1895 et 1905. Ébouriffant.

Avec ces vues qui s'enchaînent au pas de course et leurs commentaires par Thierry Frémaux lui-même, nous découvrons un monde à la fois très proche et très lointain, celui de nos arrière-grands-parents, avec ses bourgeois et ses ouvriers, ses enfants et ses troupions, ses villes saturées comme jamais par la circulation... hippomobile.
Ce film réalise un très vieux rêve de Thierry Frémaux : démontrer que les frères Louis et Auguste Lumière et leur père Antoine n'étaient pas seulement des industriels et des inventeurs. Avec un goût très sûr et une grande ouverture sur le monde, ils ont inventé l'art de filmer, avec des cadrages et une mise en scène très calculés, avec des procédés qui feront la gloire des réalisateurs à venir : trucages, travelling, contrechamp etc.
D'emblée, on découvre le premier remake du cinéma. Le premier film de l'histoire, La sortie des usines Lumière, a été en effet tournée en trois versions au moins en mars 1895 avec de surprenantes variantes : ici une carriole tirée par un cheval, là une grosse berline à cheval.
Même chose d'ailleurs pour le premier film comique, L'arroseur arrosé, dont le succès a conduit les Lumière a réalisé plusieurs remakes.
Le comique, parfois involontaire, vient aussi de quelques vues surréalistes comme ces chasseurs alpins à l'exercice ou ces soldats espagnols exécutant un bal improvisé.
Autrement plus troublant, dans l'Annam (centre du Vietnam), alors colonie française, ces femmes de notables coloniaux distribuant à la volée des piécettes à une nuée d'enfants et de mendiants.
On est saisi d'émotion aussi par ces rameurs au visage dur que le « Cinématographe » (nom officiel donné par les Lumière à leur appareil de prise de vues) saisit au rythme du balancement de leur chaloupe. Le commentaire fait très justement un parallèle avec le cinéma d'Eisenstein. Et 
Thierry Frémaux a réussi sa démonstration : les Lumière ont bien inventé l'art de filmer. À preuve les applaudissements qui saluent le générique de fin (au moins dans la salle où nous l'avons vu).
André Larané

Herodote.net

 
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