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05/03/2018

JEANNE D'ARC 2018

 

Jeanne d’Arc

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En 2016, les fêtes étaient présidées à Orléans par M.Macron


Dans la bonne ville d’Orléans, un jury hardi a désigné une jeune et belle métisse, âgée de dix-sept ans, pour jouer le rôle de Jeanne d’Arc lors des festivités qu’organise la ville à la fin du mois d’avril et au jour du 8 mai.
C’est elle qui caracolera sur un cheval lors des défilés organisés en ville pour honorer la « pucelle d’Orléans ».

Dès que la nouvelle fut connue se déclencha sur les réseaux dits sociaux, ces forums où n’importe quel zozo anonyme peut déverser ses pensées les plus moches et les plus fausses, un tollé, un tombereau d’injures racistes et d’une stupidité sans nom, telle que même des sites « identitaires » les on condamnés. Marine Le Pen a stigmatisé nettement la sottise de ces opposants à la « Jeanne métisse ».

Était-il tolérable, expliquaient les maniaques anonymes des forums du Web, qu’une métisse, fût-elle jolie, née d’un père du Bénin et d’une mère de Pologne, représentât notre Jeanne, de pure race franco-franque, Lorraine sans mélange ? N’était-ce pas trahir d’un seul coup d’un seul et l’histoire et la France, sa vérité et notre identité à nous les « purs souchiens » ?

Ces considérations, bien liées au penchant de la sottise le plus froussard et le moins généreux de l’époque traduisent le flottement des liens névrotiques entre la terre et l’esprit, la nation et les hommes, tel qu’il se manifeste en France depuis que des mouvements politiques en ont fait leur fonds de commerce, quitte à dénoncer les aberrations des dérives auxquelles elles conduisent dans l’anonymat de la lâcheté numérique. On veut croire que la foule d’Orléans, sauvant l’honneur de la France, fera un triomphe à la jolie métisse.
Bruno FRAPPAT (LA CROIX)

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ANNEXE

Je ne connais pas les personnes chargées du choix de la jeune fille qui doit incarner Jeanne d’Arc aux fêtes d’Orléans…Mais je pense qu’elles ont commis une énorme bêtise en choisissant celle de 2018: car il y a eu un précédent qui aurait dû les faire réfléchir avant ce choix malencontreux: il y a déjà pas mal d’années, mais les vieux Orléanais ne peuvent l’avoir oublié, c’était du temps de Mgr PICANDET, l’élue était une Portugaise… Résultat (il n’y avait pas encore de « réseaux dits sociaux »: le soir du 7 mai, lors de la remise de l’Etendard, Mgr Picandet, qui s’était félicité du choix d’une non-orléanaise (qu’avait-il fait là?) s’est fait copieusement huer par la foule, avant de recevoir, les jours suivants, des courriers incendiaires: preuve que les Orléanais sont stupidement chauvins et qu’i vaut mieux ne pas les exciter! On aurait pu et dû y re-penser cette année! (G.Jeuge)

 

 

 

 

 

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02/03/2018

LE SOURIRE DANS LA BRUME

 

Le Sourire dans la Brume

Helkagé

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Le soleil venait d’entamer son inéluctable chute entre deux colosses bétonnés au moment où Al avait quitté son bureau. « Maudit vent qui ne s’arrête jamais », grommelait-il en toussant dans le froid de décembre. Le retour dans son modeste appartement s’annonçait délicat. Les hautes tours du centre-ville dessinaient un immense couloir dans lequel l’intarissable souffle s’engouffrait, ignorant avec facilité les futiles barrières de tissus qu’Al tentait de lui opposer. Il leva la tête et remarqua les cimes des immeubles happées par un ciel de nacre, dont s’échappaient malgré tout quelques pâles rayons dorés. De là surgissaient les gargouilles des façades gothiques du centre-ville qui se volatilisaient en un instant, rendant la scène irréelle. La tête et le cœur égarés dans une contemplation béate, Al fut brusquement ramené sur terre lorsque, jalouses l’une de l’autre, ses chaussures entamèrent un éphémère mais fatal pugilat. Il se releva, les vêtements recouverts de limon brunâtre, et tituba quelques instants sous des regards à la fois empathiques et moqueurs avant de reprendre tant bien que mal son chemin.
Le ciel s’obscurcit et, goutte après goutte, se mit à cracher sa haine. « Allons bon, il ne manquait plus que ça ! » pesta Al en regardant le ciel au travers des flaques qui s’amoncelaient sur son chemin. Idylle cruelle entre l’air et l’eau, le crachin sournois et la bourrasque mordante, chaque souffle semblait lacérer jusque l’intérieur même de ses os. C’est la vision d’un verre ambré de scotch près de son petit âtre recouvert de suie, accompagnée d’un sursaut de fierté qui redonna un rythme soutenu à ses pas. Il attrapa à temps le tramway bondé, empêchant la trombe hivernale de perpétuer sa sale besogne. Une vieille dame était assise à côté de lui et le dévisagea sans gêne. Quand Al lui rendit son regard, elle fit mine de vouloir l’ignorer et cela lui convint parfaitement. Al n’aurait pas supporté une de ces causeries sans avenir qui pouvait, en s’éternisant, raviver chez lui des souvenirs douloureux, et également le confronter à son actuelle situation. Al avait en effet une passion dévorante dont il valait mieux éviter de se vanter... Elle se manifestait les soirs de grande solitude, prenant la forme d’Erica, blonde sculpturale au minois ravageur qui racolait près des quais. Voire Sarah, aguicheuse brune aux lèvres de sang et à l’opulente poitrine de l’angle de la 4ème et Shedstreet. L’offre comme la demande ne manquaient pas ici-bas. Il les avait toujours traitées avec respect et s’efforçait de donner ce qu’il croyait être de l’amour dans l’espoir naïf d’en recevoir un peu à son tour. Illusion maladive qui l’abandonnait une fois seul. Quand assis nu sur le lit défait, les draps imprégnés d’odeurs de corps et de parfum bon marché, voyant le pitoyable mendiant d’amour qu’il était, il pleurait.
Cela durait déjà depuis de longues années lorsqu’il avait rencontré Rose. Elle l’avait interpellé de sa petite voix fluette un soir de printemps. L’empreinte délicieuse de Rose s’était insinuée dans son esprit par-delà les murs d’indifférence qui enserraient son cœur depuis des lustres. Peu à peu Al se rendit compte qu’il manquait toujours un petit quelque chose aux autres filles, simplement car il n’y avait qu’une Rose. Il rêvait d’elle la nuit, se mettant en quête de son corps dans les ruelles poisseuses chaque soir où la solitude l’acculait. Il s’était souvent posé la question : mais pourquoi diable cette gamine-là ? Elle, toute menue, sans courbe tentatrice, ni franchement expérimentée, qui l’amenait à se battre contre des pauvres bougres surpris à faire leur sale affaire avec elle au mauvais moment.
Il avait un jour appris son âge, mais la honte et le dégoût avaient été rapidement étouffés par la fusion de leurs lèvres. Peut-être était-ce son visage qui le troublait tant, taillé par l’union de virtuoses sculpteurs dans le marbre le plus éthéré. Un ovale aérien, dessinant une mâchoire tranchante de douceur, accompagné de pommettes assumées, épaulant un nez aux arêtes angéliques et à la pointe subtilement tendue. Ses yeux noisette, tracés par la caresse d’un pinceau voluptueux, allaient de pair avec sa longue chevelure qui, une fois nue, recouvrait tendrement ses seins presque mûrs. Lui seul la voyait ainsi, les autres passaient chaque soir devant ce joyau dans un écrin de fange, ne voyant qu’une paire de jambes juste bonne à assouvir leur pathétique besoin. Il voulait l’aimer, comme il avait su le faire. Car Al n’avait pas toujours été cet employé solitaire, dépendant du service des filles œuvrant sous la Lune. Il avait été profondément amoureux, et aussi surprenant que cela puisse paraître, elle l’avait été aussi.


Elle, c’était Margaret. Ils s’étaient rencontrés à l’arrivée d’Al sur la côte Est, vers ses quatorze ans. Tout de suite, une complicité ambigüe était apparue entre eux. Peut-être le fait d’être les seuls jeunes du même âge dans le voisinage avait aidé, toujours est-il qu’une dizaine d’années plus tard le fruit d’un amour sincère arrondissait le ventre de Margaret. Seulement, au cours du sixième mois, Margaret fut prise de fièvre et d’hallucinations. Jour après jour son visage s’émacia, son teint devint cadavérique, et ses propos fluctuèrent entre obscénités et plaintes malignes. Incapable de s’occuper d’elle-même, Al ne travaillait qu’à mi-temps redoutant ce qu’il trouverait chez lui chaque soir. Un jour, elle se figea pendant une conversation, le regard perdu dans les méandres d’une imagination fertile et perturbée. Vinrent alors des murmures d’aliénée évoquant un être étrange qui la scrutait là où se tenait un vieux fauteuil vide. « Alphonse, la chose elle... elle est revenue, je t’en prie fais-la partir. » Les premières fois il avait tenté de la calmer avec douceur en lui assurant qu’ils étaient seuls dans l’appartement, mais ses pleurs et supplications l’incitèrent ensuite à s’exécuter, chassant d’un revers de main un vide empli d’effroi. Le souvenir de la femme qu’il aimait disparut peu à peu, et la peur de se perdre à son tour l’obnubilait à chaque heure. Les semaines passèrent sans aucune amélioration, Al alla alors quérir les rares médecins qu’il pouvait se payer. Chaque auscultation ressemblait à la précédente, Margaret se débattant violemment contre des songes qui en avaient après son enfant, inconsciente du danger qu’elle représentait elle-même. La stupéfaction et l’impuissance des médecins eurent raison des derniers espoirs d’Alphonse. On lui proposa un internement qu’il refusa sans même y réfléchir.
Un jour pourtant, Margaret s’éveilla consciente de ses propres actes. Al, ému aux larmes devant la lucidité retrouvée de sa moitié, fut aux petits soins toute la journée. Margaret le lui rendit par un nombre incalculable de remerciements et de témoignages d’affection. Les rires qui avaient déserté l’appartement il y a une éternité refirent surface, répit bénit brisant les semaines de peine et de résignation passées. Al, rempli d’une fougue qu’il pensait perdue, proposa de préparer un dîner digne de ce nom. La rue, la ville, le monde – son monde – paraissaient plus beaux, chargés d’espoirs et de promesses. Sur le chemin, en allant vers les petits commerces qui assureraient un repas plein de saveurs, Al pensa pour la première fois depuis longtemps à son futur enfant autrement que comme un fardeau. La tâche insurmontable pour un homme seul, devant également veiller sur un autre poids sans commune mesure, s’avérait maintenant être une perspective merveilleuse. Il profita du temps printanier et fit durer sa virée jusqu’aux premier signes du crépuscule. Lorsqu’il retourna à son immeuble, Al fut accueilli par le regard glacial d’un voisin qui sortait mais l’ignora magistralement, il fallait bien plus que cela pour entamer son enthousiasme. Puis marche après marche, en regagnant son 4ème étage, il sentait que quelque chose clochait. Palier après palier, de plus en plus de personnes étaient dehors sur leur perron, murmurant à son passage. Puis il les entendit. Lointain et caverneux d’abord, stridents et intolérables ensuite, des hurlements dont le timbre lui était atrocement familier. Il lâcha ses paquets et entama une course effrénée sous les regards médusés de ses voisins. « On en a assez Alphonse, faites que ça cesse ! » lui cracha-t-on en plein visage alors qu’une bile amère était à deux doigts de s’échapper de ses lèvres. Les quelques secondes qu’il mit pour ouvrir sa porte furent semblables à des heures. Là, derrière, l’amour de sa vie vociférait sa peur comme si la mort elle-même se glissait dans sa couche. Le spectacle se jouant devant lui le tétanisa. Margaret se trainait jusqu’à lui depuis leur chambre au travers du petit salon. Derrière elle, un long tapis de limon rougeoyant témoignait de l’horreur qui avait eu lieu ici. Il se précipita vers elle sans pouvoir dire un mot. Margaret s’agrippa à ses chevilles avec force en pleurant.
— Notre bébé... il veut notre bébé ! Alphonse, ne lui laisse pas... Je t’en prie !
Al remonta la terrifiante strie du regard et tomba au pied du lit sur une chétive forme sans vie, promesse quelques heures plus tôt d’une toute autre réalité. Alors il s’écroula, brisé, sur sa femme en pleurs. Cette fois-ci, nulle fierté ne put contenir son terrifiant appel à l’aide.
Margaret ne s’en remit jamais, affirmant droit dans les yeux de son mari et des médecins qu’un être ignoble ressemblant à un enfant couronné, drapé de brume noire, avait plongé ses mains en elle et en avait aspiré le bébé, d’étranges tâches noires présentes sur son ventre étaient pour elle l’ultime preuve de sa bonne foi. On lui expliqua que dans de très rares cas de telles marques apparaissaient lorsque le nourrisson s’avérait mort-né, mais elle n’en démordait pas, hurlant à s’en briser la voix qu’elle savait ce qu’elle avait vu. Nul ne l’écoutait désormais, et même Al la laissait seule dans une psychose qui la dévorait.
La semaine suivante, les lèvres pâles de Margaret ne criaient plus.
Le soleil était haut dans le ciel et la chaleur d’août rendait les corps moites dans les habits noirs. La cérémonie se déroula sans encombre, Al lui offrit une dernière gerbe de fleurs, assortiment parfait de lys et de roses. Il ne lui en avait jamais offert de si beau. Ce dernier remord lui arracha une larme furtive qui disparut au sein d’une barbe négligée. La famille, les rares amis et quelques voisins témoins du drame se retirèrent alors, le laissant seul quelques instants pendant que l’on déversait la terre sur la tombe de sa femme. Il s’en retourna alors et erra dans le cimetière. Au bout de l’allée centrale se tenait un majestueux olivier dont les tortueuses branches formaient un large parasol. Un enfant se trouvait là, à l’abri du soleil qui éblouissait Al. S’approchant pas à pas, il remarqua l’absence de parents aux alentours, il devait s’agir d’un tout jeune adolescent qui était parti à l’aventure, laissant des parents morts d’inquiétude à la maison. Al trouva étrange l’immobilité impériale de l’enfant, et puis quels étranges habits ce gosse portait-il là ? Une sorte de longue cape flottait anormalement. Il n’y avait pas la moindre brise en ce jour. Alphonse se figea, car chez cet enfant, inexplicablement, tout le rebutait. Ce dernier se retourna alors pour laisser apparaitre une face où nul visage n’était présent. Seul demeurait un infâme masque noir s’enfonçant dans une chair grisée. Alphonse fixa la chose avec horreur, avant qu’elle ne disparaisse en un battement de cils. Non, c’était impossible, le soleil tapait sûrement trop fort et l’ombre dessinée par les branches de l’arbre lui avait joué un mauvais tour. Mais alors une idée terrible germa et ne le quitta pas depuis. Et si Margaret avait dit vrai ?

Perdu dans ses pensées, Al sentit à peine une main se poser sur son épaule.
— Monsieur ? Vous vous sentez bien ? demanda inquiète, de sa voix chevrotante, sa voisine de train.
Assurant à la petite dame qu’il allait bien, malgré son teint blafard, il descendit du tramway à l’arrêt de Shedstreet. Ces troublants souvenirs ne s’étaient pas manifestés depuis des lustres. Peut-être que le temps sombre ainsi que la fièvre qu’il couvait avaient œuvré en sa défaveur.
Al n’avait plus qu’une centaine de mètres à parcourir avant de retrouver le perron de son immeuble. Il gravit les quatre étages non sans mal et s’affala dans son fauteuil face à la cheminée. Son corps était parcouru de frissons tellement intenses qu’il brisa six allumettes avant de réussir à en allumer une. Les flammes qui s’élancèrent dans l’âtre effacèrent le souvenir du vent glacial qui soufflait toujours dehors. Après quelques minutes, il se leva et ôta sa chemise suante en gagnant la salle de bains. Il enclencha le jet d’eau et s’écroula dans la baignoire, confortablement bercé par la pluie fumante qui se déversait sur lui. Il n’eut même pas la force de retirer son pantalon. L’eau coula pendant près d’une demi-heure avant que le souffle chaud et humide ne se tarisse et laisse soudainement place aux griffes d’une gerbe glacée. Violemment tiré de sa torpeur, Al se jeta hors de la baignoire dans un réflexe maladroit et embrassa lourdement le carrelage gelé.
Il se réveilla dans son lit, la tête dans l’étau et l’arcade ouverte. Il n’eut pas le temps de se souvenir de quoi que ce soit que des pas feutrés firent grincer le vieux parquet du salon. Un joli visage couronné de longs cheveux couleur miel fit irruption dans l’entrebâillement de la porte.
— Rose ? murmura-t-il étonné, en tentant de se relever.
La jeune femme entra le regard baissé, une tasse fumante entre les mains.
— Oui, détends-toi trésor, dit-elle en s’asseyant sur le bord du lit, je t’ai préparé un thé.
— Merci, mais qu’est-ce que tu fais là ?
— Eh bien je ne sais pas si toi tu te souviens d’une petite promesse chuchotée au coin d’un oreiller mais moi oui, dit-elle en embrassant le creux de son cou.
— Ecoute, je ne sais pas si tu as remarqué mais je ne me porte pas comme un charme alors je...
— Si j’ai remarqué ? Bien sûr que j’ai remarqué ! Comment aurais-je pu passer à côté du gros veau inconscient étalé dans la salle de bain ? Qui a dû te trainer jusque dans ton lit d’après toi ? Et d’ailleurs tu as pris un peu de poids. Mon Alphonse se laisse aller et je n’aime pas trop ça.
— Ton Alphonse ?
— Oui, celui-là même qui m’avait promis un diner en tête à tête ce soir !
— Rose regarde nous, lâcha-t-il comme à une enfant, je suis un petit employé de bureau veuf et aigri, qui se rabat à la moindre frustration sur les services d’une p... Le regard qu’elle lui lança reteint ses paroles mais le message était suffisamment clair. Il se reprit. D’une... d’une jeune et jolie femme qui, si elle le veut, peut quitter la rue dès qu’elle le souhaite.
— C’est vraiment tout ce que je suis pour toi, une pute c’est ça ?
— Non, écoute on pourrait faire ça une prochaine fois, je ne sais plus ce que je dis...
Elle leva sa frêle main mais ne l’abattit pas. Le geste inachevé cantonna la douleur à l’âme. Un instant après, elle était partie. Al se posta à sa fenêtre, la jeune femme marchait pour disparaitre dans la nuit noire en direction des quais. Il regagna son lit et éteignit la lumière. Un lugubre rayon perçait par l’entrebâillement de la porte, elle avait dû laisser le salon allumé. Esquissant le geste de se lever, il s’arrêta net. Le rayon de lumière était obstrué par un corps, gonflant les ténèbres à mesure qu’il approchait. Al balbutia quelques sons inaudibles. Un nuage noirâtre pénétra dans la chambre, précédant les pas de l’intrus. Une main fit voir ses doigts écorchés en saisissant le montant de bois. Dans l’ombre, un œil d’une blancheur lunaire observait, depuis le reste d’un visage qui n’en était pas un, caché derrière la porte. L’enfant impie était là. La porte lentement s’ouvrit et Al se sentit aspiré par une force implacable. Il jaillit hors de son lit.
La lumière du jour qui perçait par la fenêtre le réveilla. Nulle trace d’une quelconque entité. Al, en sueur, se dit alors que c’était le pire cauchemar qu’il n’eut jamais fait. Il se releva fébrilement et tomba nez à nez avec l’endroit où l’effroyable créature avait posé sa marque. Trois sillons noirs creusés là où les doigts de la chose avaient rencontré le bois.
Pendant toute la matinée Al resta cloîtré chez lui, les symptômes de la veille s’étaient atténués mais l’hideuse vision le paralysait dans son vieux fauteuil mal tanné. Il tenta vainement de rationaliser la chose. Bien sûr il était fiévreux et s’était assommé comme un crétin dans la salle de bain, cela ne pouvait pas arranger les choses mais dans ce cas, si cela n’était qu’un rêve, qui avait finalement éteint la lumière du salon et d’où venaient ces entailles brunes ?

On ne revit pas Alphonse de la semaine. Au bureau on le décréta malade sans même chercher à le joindre. Ses voisins chuchotaient quant à eux que la folie l’avait à son tour gagné et Rose était encore trop remontée pour se soucier de lui. Sa seule compagne était la peur abyssale et dévorante de l’être brumeux. Les jours comme les vivres défilèrent, forçant Al à sortir sur Shedstreet. Il héla le premier gamin qui passait, lui donna dix dollars et lui promit le double pour aller chercher de quoi remplir ses placards. Ce petit manège dura des semaines, jusqu’au jour où le jeune garçon évoqua un attroupement au coin de la rue, juste en amont des quais. « On veut pas me laisser voir mais les gens disent qu’il y a une catin qui flotte ! », dit-il. Les images défilèrent devant ses yeux. Non, tout sauf ça...
Al se rua péniblement vers l’attroupement au loin, jouant des coudes jusqu’à la limite fixée par la police. Les notes banales de vase, de charbon, et de vieux poisson du fleuve Flay, étaient accompagnées par un relent morbide qui installa chez lui un début de nausée. Une odeur de mort, dont la source était bien trop proche. Puis vint ce bruit, par-delà les murmures de la foule, si simple et banal au premier abord, un choc léger au rythme soutenu. Cela venait de l’escalier verdâtre qui plongeait dans le Flay. Al descendit du regard chaque marche, se rapprochant d’une vérité qu’il redoutait. Il aperçut alors l’orchestre macabre à l’origine de cette perturbante mélodie. La peau grisonnante du cadavre dégoulinait de son crâne, ce dernier venant frapper une marche à chaque remous du fleuve. Bizarrement il ne détourna pas le regard de cette putréfaction, au contraire il observa hypnotisé le corps jadis pulpeux à la chevelure brune de Sarah. Nulle tristesse ne se fit sentir, seul un soulagement malsain l’inonda. Une main glacée vint se nicher dans la sienne. La frêle et adorée Rose se blottit contre lui, de longues traces de mascara cisaillant ses pommettes, « Rentrons » souffla-t-il.
Sur le chemin Al épiait chaque recoin plus sombre que les autres, chaque forme stagnante dans la foule, car il en était persuadé, ce qui était advenu de Sarah était un avertissement, on l’observait, et il serait le prochain. Peut-être était-il fou, s’admettre comme tel aurait été bien plus commode. Cela aurait permis de renvoyer la chose dans les dédales brumeux de sa démente imagination, de la sceller dans ce monde de cauchemars auquel elle appartenait. Mais il ne se posa pas la question, il en était incapable. Il veilla tard ce soir-là mais rien ne se produisit, ni aucun autre soir de cette sombre semaine. Rose resta avec lui, le voyant faire chaque soir les cent pas en se rongeant les sangs. « Si ce démon doit réapparaître je dois être prêt, qu’importe le moyen, je n’ai plus la force de fuir maintenant » chuchotait-t-il tout bas, passant devant Rose qui assistait impuissante au délirium funeste d’un être qu’elle avait sincèrement aimé. Pour Al, il ne pouvait s’agir d’un hasard. Il en avait trop vu pour que cela ne soit qu’un mauvais rêve. Dans sa bibliothèque clairsemée, se tenait un petit carnet à la couverture cabossée, ultime manière d’ancrer ses songes perturbés dans le même monde que Rose allongée plus loin. Al avait tourné ces pages un nombre incalculable de fois et se demandait comment elles tenaient encore en place. Il y couchait toutes les choses qui le tourmentaient depuis les premiers hurlements de la défunte Margaret, cela lui permettait à l’époque de prendre du recul et de maintenir son esprit à flot, au-dessus des vagues de malheur qui s’abattaient alors sur lui. Al saisit précautionneusement le vieux carnet, on y décelait le moment où l’homme sain d’esprit s’était éteint. Là où la calligraphie propre et lisse laissait place à un griffonnage bancal et tremblant, comme guidé par une main à moitié tétanisée. Mais, au fil des pages, les mots trahissaient leur but premier et s’insinuaient en Al, le mettant face à ses choix passés, contés d’une manière plus sombre et plus cruelle. Ce sont ses sanglots qui réveillèrent Rose, lui était assis dans son fauteuil, le carnet pendant au bout des doigts, elle le regardait avec stupeur et incompréhension. Où était passé l’homme qui la réconfortait suite à l’odieuse découverte flottante dans le Flay ?
— Au final ma... ma femme n’était pas malade, ni folle, dit-il les yeux rouges de honte.
— Alphonse écoute-moi, ces choses dont tu m’as parlé n’existent pas, tu es perturbé par la fièvre de ces derniers jours et ce coup sur la tête qui t’ont fait voir des choses, lui dit-elle en lui prenant les mains.
— Mais tu ne comprends pas ! lâcha-t-il en bondissant de son fauteuil. J’ai abandonné l’être que je chérissais le plus, je l’ai regardée dans les yeux et l’ai traitée de cinglée, la laissant seule dans cette chambre en compagnie de cette horreur. Elle hurlait jusqu’à s’évanouir, et moi je priais juste pour qu’elle se taise. Comment pourrais-je me le pardonner ? Le véritable monstre dans cet appartement c’était moi.
— Allons calme-toi, le passé est passé, tu as fait tout ce que tu pouvais pour ta femme, tu as veillé sur elle jour et nuit, tu as fait venir des médecins et aucun d’eux n’a pu faire quoi que ce soit, tu ne peux pas t’en vouloir... et puis tu m’as moi maintenant non ?
— Tout ça c’est la faute de cette chose.
— Al, non...
— Cet enfant du diable, je dois m’en débarrasser, peut-être, oui c’est ça, Margaret pourrait me pardonner si je la débarrassais de cette atrocité, elle me l’a tant demandé.
— Al je t’en prie, tu me fais peur.
— Elle ne s’arrêtera pas tant que quelqu’un n’y aura mis un terme !
— Arrête, arrête ! Ça n’existe pas Alphonse ! Cette chose c’est dans ta tête, c’est la fièvre, tu te laisses envahir par la folie, reste avec moi, regarde-moi Alphonse...
— Tu me crois fou ! cria-t-il en l’empoignant par le bras la trainant jusque dans la chambre. Et ça, c’est de la folie aussi alors !
Il plaqua sa tête contre le montant arborant les trois traces noirâtres, vestiges pour elle de la gaucherie d’un ouvrier, comme Al le lui avait raconté bien avant que son esprit ne s’égare vers une autre vérité.
Elle pleurait. Une fine perle de sang ruisselait sur son front, là où le bois vieilli avait mordu sa peau si délicate.
— Al tu me fais mal... sanglota-t-elle à demi-mot.
La larme rougeoyante se répandit le long de son bras, marquant la chair d’une fine trainée. Son attitude changea brusquement et, sans mots dire, il relâcha son emprise. Il n’en fallut pas plus pour que Rose se précipite hors de l’appartement. L’unique et écarlate témoignage de sa présence poursuivant sa lente chute sur la peau d’un Alphonse figé.
Il passa le reste de la soirée adossé contre son lit, assis sur le parquet baigné par la lumière lunaire. Il attendit des heures durant les nébuleuses prémices et, contrairement aux autres soirs, il les désirait ardemment. Comme une preuve tangible qu’il n’avait pas fait tout cela en vain. Il n’en vit aucune volute, et pourtant son obsession ne fit qu’empirer, l’entraînant dans les dédales d’une démence insatiable.

L’été arriva sur Flayton, Rose marchait dans l’après-midi, plus belle que jamais. Habillée d’un large chapeau rehaussant un magnifique tailleur hors de prix, elle embaumait l’air de parfum français. La jeune femme avait délaissé la rue depuis sa rencontre avec un jeune modiste talentueux qui avait trouvé en elle une muse parfaite. Elle s’appuyait à son bras lorsqu’ils arrivèrent sur Shedstreet, le modiste fit mine de vouloir éviter la triste rue mais Rose le reteint sans vouloir s’expliquer. Ils marchèrent, attirant les regards, cela mettait le modiste mal à l’aise. Rose ralentit l’allure lorsqu’elle passa devant le vieil immeuble d’Alphonse, elle n’avait jamais évoqué leur histoire devant le modiste et ne le ferait sans doute jamais. Il vaut mieux taire certaines choses, pensa-t-elle. Rose fixa quelques instants la fenêtre du quatrième étage aux rideaux clos, et crut y déceler un mouvement furtif. Pendant un instant elle eut envie de grimper les marches, d’ouvrir la porte et de se jeter dans les bras d’Alphonse, mais qu’y trouverait-elle ? Un homme décharné, au regard cerné, et aux longs cheveux gras, enlaidi par la démence. Et pour lui dire quoi ? Qu’elle allait se fiancer et partir dans quelques semaines à Paris ? Non, elle n’était pas si sotte, ni si cruelle. Alors elle l’embrassa une dernière fois en rêve et pria de toutes ces forces pour que l’image lui parvienne.
Lui ne vit qu’un regard jeté dans sa direction, et l’homme jeune et élégant accroché à son bras. Lui, cela aurait dû être lui, pas un dandy arrogant et hautain. Il noya sa tristesse dans l’alcool cette nuit-là, comme il ne l’avait pas fait depuis bien longtemps. Il vécut la vie qu’il aurait eue avec Rose, ses défis et ses échecs. Il s’allongea sur le vieux tapis du salon, recroquevillé autour de sa bouteille de scotch et imagina Rose, ses lèvres chaudes sur les siennes lui donnant un dernier baiser, sa voix émergeant tel un murmure dans l’air. Puis il repensa à ses visions et, dans un élan d’audace imbibé de liqueur, se mit à les provoquer... « Comment en est-on arrivé là, Al, hein ? Elle croit pouvoir tout mettre sur mon dos, saloperie informe va ! Moi je sais ce que j’ai vu, mais tu peux rien contre moi en fait, avoue-le. T’es juste une image dans ma tête, une saleté que ma femme a déposée là. Mais c’est fini tout ça, fini, demain je me casse d’ici et toi tu disparais... », braya-t-il avant de s’écrouler dans un bruyant sommeil.
Le soleil inondait la rue de sa chaude lumière, mais inexplicablement c’est l’obscurité qui régnait dans l’appartement, enclave indiscutée aux ténèbres. Al n’y prêta nulle attention, et s’habilla. Il inspira fortement, traversa son salon et saisit la poignée de sa porte d’entrée. Impassible, il resta de longs instants sans bouger. Une présence, comme un frémissement dans l’air, se fit sentir. Il lui suffisait d’abaisser la poignée et de sortir, mais Alphonse n’en fit rien. Il se retourna et, stupéfait, fit face à son vieux fauteuil trônant, vide, en plein milieu du salon, à une place qui n’était nullement la sienne. Son souffle devint plus sourd, son corps moite et tremblant. De son aplomb de la veille ne subsistait qu’un flou nauséeux accompagné de forts vertiges. Il s’adossa à la porte et se laissa lentement glisser au sol. « Non... non, ça n’existe pas Alphonse concentre toi, ferme les yeux, tout ça n’est pas réel. » murmura-t-il en couvrant son visage de ses mains. Il resta prostré avant de lentement rouvrir ses paupières.
Ses côtes luttèrent douloureusement pour maintenir son cœur en place.
Le trône était maintenant occupé par l’être infâme, enveloppé d’une épaisse brume noirâtre lui tombant du haut des épaules et se répandant au sol telle une large cape. Autour de son crâne se dressait une sorte de couronne, de longues épines noires entrelacées avec une complexité dérangeante, s’élevant vers les cieux. Tout chez cette chose le révulsait. Son visage était dissimulé par un masque anguleux arborant des dessins impies dont perçaient deux pupilles d’une blancheur lunaire, vides et sans vie, contrastant avec la noirceur de l’immonde toile qui se dessinait là. Al se leva aphone et tenta d’ouvrir la porte, mais rien n’y fit et la porte demeura close. Il marcha, hagard, en direction de sa chambre. L’enfant de mort ne bougea pas. Il ferma à nouveau les yeux et pria pour que la chose disparaisse, mais à chaque regard, la brume s’étalait toujours, ondulant sur le plancher vieilli. Il s’enferma dans la chambre, et poussé par un cœur gorgé de remords, demanda pardon à Margaret, pardon de ne pas l’avoir crue, pardon de ne pas l’avoir protégée. Il était seul à présent, seul comme elle l’avait été, enfermée dans ce lieu maudit en compagnie du démon. La nébuleuse noire se glissa sous la porte, et la poignée pivota. Il lui fallait sortir, il ne pouvait plus endurer cela, pas une nouvelle fois.
Les rayons chaleureux qui perçaient l’accueillirent avec bienveillance, mais les fragiles carreaux ne purent contenir le geste démentiel d’Alphonse.
Un bris de glace suivi du bruit sourd du corps s’écrasant sur les pavés retentirent dans l’aube endormie. Les rares badauds se hâtèrent sur les lieux du drame. Là où un homme à l’esprit gangrené avait choisi d’en finir. On montra le quatrième étage et sa fenêtre brisée. Les fins rideaux blancs lacérés ondoyaient au gré du vent, dévoilant une chambre obscure et vide. Pourtant, là-haut, par-delà le voile de certitudes de la foule, le sibyllin prince d’un royaume fait uniquement d’ombres contemplait son œuvre. Sous son obscur masque se dessina alors un énigmatique et glacial sourire, dont aucun témoin ne verrait jamais l’esquisse.
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27/02/2018

VISITE DU PAPE À LA PAROISSE ST GÉLASE


LE PAPE VISITE LA PAROISSE

ST GÉLASE

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AVEC DES PERSONNES ÂGÉES


Le Pape François en visite dans une paroisse romaine
En cet après-midi frais et pluvieux du dimanche 25 février 2018, le Pape François est sorti du Vatican pour visiter une paroisse du quartier de Ponte Mammolo, au nord-est de Rome.

Cyprien Viet - Cité du Vatican
Le Pape François n’est pas que le chef de l’État de la Cité du Vatican : il est aussi, et avant tout, l’évêque du diocèse de Rome, et à ce titre, visite le plus régulièrement possible les paroisses de son diocèse. Plutôt que les paroisses du centre de Rome, le Pape François préfère visiter les paroisses des périphéries de Rome, ce qui lui permet d’aller au contact de la population. Il s'agit ce dimanche de sa première visite en paroisse en cette année 2018, et de la 16e de son pontificat.

La paroisse Saint-Gélase 1er qu’il visite ce dimanche après-midi porte le nom d’un Pape du Ve siècle, mais elle est relativement récente, puisqu’elle n’a été érigée qu’en 1972, dans le contexte du développement urbain de la ville de Rome dans la seconde moitié du XXe siècle.
Résister à la pluie
Comme à son habitude, le Pape François a débuté sa visite, à partir de 16h, par un temps de rencontre avec les enfants et les familles sur le terrain de sport adjacent à la paroisse. Le Pape a tout d’abord remercié les enfants de l’avoir attendu avec courage et avec patience malgré le froid et la pluie. «La vie ressemble un peu à cette après-midi, parce que parfois il y a le soleil, mais parfois les nuages arrivent, avec la pluie et le mauvais temps. Vous savez ce que doit faire un chrétien ? Aller de l’avant avec courage, dans les beaux temps et les mauvais temps». «Il y aura des tempêtes, dans la vie», mais il faut garder confiance car «Jésus nous guide», a-t-il expliqué.
La sagesse des anciens, une «braise sous les cendres»
François est ensuite rentré dans la salle du théâtre paroissial pour rencontrer les personnes âgées. «Vous êtes les braises du monde sous les cendres», leur a-t-il expliqué. «Sous les difficultés, sous les guerres, il y a ces braises, des braises de foi, des braises d’espérance, des braises de joie cachée.» Même si le feu finit par s’éteindre, les braises demeurent plus longtemps : il faut donc les entretenir pour pouvoir raviver le feu, a expliqué le Pape, invitant les personnes âgées à écouter les jeunes, à les laisser parler. «Ils ont besoin de votre expérience, ils ont besoin de ce feu caché qui est dans vos braises», a insisté François.
Après ces temps d’échanges informels, le Pape devait aussi s’entretenir avec les pauvres et les membres de la Caritas. Il devait aussi rencontrer deux jeunes Gambiens de 18 et 25 ans, pris en charge par la paroisse, avant de prendre quelques fidèles en confession, puis de présider la messe de ce 2e dimanche du Carême dans l’église de la paroisse.
Après ces temps d’échanges informels, le Pape a salué les pauvres et les membres de la Caritas. Il a aussi rencontré deux jeunes Gambiens de 18 et 25 ans, pris en charge par la paroisse, avant de prendre quelques fidèles en confession, puis de présider la messe de ce 2e dimanche du Carême dans l’église de la paroisse.
Le Pape commente l’épisode de la Transfiguration
Dans son homélie, le Pape est revenu sur l’épisode de la Transfiguration : «Jésus se fait voir aux Apôtres comme il est au Ciel : glorieux, lumineux, triomphant, vainqueur. Et ceci, il le fait pour les préparer à supporter la Passion, le scandale de la Croix, parce que eux ils ne pouvaient pas comprendre que Jésus serait mort comme un criminel : ils ne pouvaient pas le comprendre»,  a rappelé François. «Ils pensaient que Jésus serait un libérateur, comme les libérateurs terrestres, ceux qui gagnent les batailles, ceux qui sont toujours triomphants. Mais la voie de Jésus est une autre : Jésus triomphe à travers l’humiliation, l’humiliation de la Croix.»
Mais à travers la Transfiguration, Jésus montre ce qu’il y a après la Croix, et ce qui nous attend tous, après l’épreuve : «Cette gloire et ce ciel». «Jésus ne nous laisse pas seuls dans les épreuves de la vie : il nous prépare toujours, il nous aide, comme il les a préparés, eux, avec la vision de sa gloire», pour les aider à supporter ensuite «le poids de l’humiliation».
Il faut aussi retenir le fait que Dieu le Père nous invite à «écouter» son Fils, il faut donc «s’arrêter et écouter Jésus», dans les bons moments comme dans les mauvais moments, a insisté François. Dans la vie quotidienne, au milieu de tous nos problèmes, il faut se poser cette question : «Qu’est-ce que Jésus me dit, aujourd’hui ?». Il faut se souvenir du conseil simple que Dieu le Père formule dans l’Évangile : «Écoutez-le.» Et aussi prendre en compte ce que la Vierge Marie dit dans l’épisode des noces de Cana : «Faites ce qu’il vous dira.»
 Vatican News

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26/02/2018

HISTOIRE DU MONSIEUR...


L'histoire du monsieur qui racontait l'histoire des ballons

Arcubius

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Il était une fois un vieux monsieur. Un vieux monsieur gris et courbé, avec une barbe et des cernes et un sourire triste. Un vieux monsieur qui poussait lentement un caddie qui grinçait. Un vieux monsieur, en fait, semblable à tous ces autres vieux messieurs que l'on croise parfois dans la rue mais que l'on oublie aussitôt.
La seule différence entre ce vieux monsieur et les autres, c'était les ballons. Car, accrochés à son caddie, il y avait trois magnifiques ballons. Un rouge, un bleu et un vert, de ces ballons que l'on ne trouve jamais quand on en cherche, brillants, flottants au dessus du caddie, oscillants au bout de leurs longues ficelles. Et, si vous demandiez gentiment, le vieux monsieur s'arrêtait, arrêtait son caddie et, d'une voix douce, il vous racontait l'histoire des ballons.

Le ballon bleu, disait-il, avait un jour, il y a très longtemps, appartenu à un petit garçon comme tous les autres petits garçons. Il avait un frère avec lequel il se disputait beaucoup et jouait encore plus, et une sœur qui lui semblait très étrange puisqu'elle aimait le rose mais pas le football. Il avait des genoux écorchés et des baskets sales et il riait beaucoup. Il avait un jour gagné le ballon bleu dans une fête foraine et il en était très fier. En seulement deux coups, il avait fait tomber toute la pile de boites de conserves vides et c'était là un exploit dont il pourrait se vanter longtemps auprès de ses copains. De plus, le ballon était très beau et c'était donc un sujet d'orgueil légitime pour son propriétaire. Et pendant trois semaines, il ne quitta pas le ballon. Il l'emmenait à l'école, dormait avec, jouait avec, même quand ses copains étaient là, et il dînait avec, malgré les protestations de sa maman. Malheureusement, un jour de grand vent avait mis fin à cette belle histoire. Il courait dans la rue, le ballon bleu voletant derrière lui, quand une forte bourrasque lui avait arraché la ficelle des mains. Il avait alors dû regarder, des larmes pleins les yeux, le ballon s'envoler loin, loin, loin... Et il ne le revit plus jamais.

Le ballon vert, racontait ensuite le vieux monsieur, était un voyageur. Un jour, une maîtresse d'école avait eu une idée, et elle avait acheté le ballon vert. Elle l'avait donné à un petit garçon de sa classe, un petit garçon timide qui n'avait pas d'ami parce qu'il ne savait pas encore comment faire. Elle lui avait dit d'écrire une lettre, une lettre dans laquelle il mettrait tout son cœur, une lettre destinée à l'ami qu'il voudrait avoir, une lettre pleine de lui, une lettre d'ami à venir. Et le petit garçon avait écrit. Quand sa lettre fut terminée, il l'avait accrochée au bout de la ficelle du ballon vert et il l'avait laissé s'envoler, en espérant très fort. Mais le ballon vert avait voyagé longtemps sans trouver de destinataire. Et puis un jour, longtemps, longtemps après le début de son voyage, la ficelle du ballon vert s'était emmêlée dans les cheveux d'une petite fille. Et la petite fille avait trouvé la lettre du petit garçon. Elle l'avait lue et elle s'était dit que ce petit garçon devait être malheureux. Mais aussi qu'il devait être gentil. Alors elle aussi, elle avait écrit une lettre. Une lettre pour le petit garçon, une lettre pleine d'elle, une lettre d'ami trouvé. Et elle avait renvoyé le ballon avec la lettre. Cette fois, le ballon vert avait voyagé à toute vitesse pour retrouver le petit garçon. Et quand le petit garçon avait vu le ballon dans le ciel au dessus de son école, il avait compris qu'il avait maintenant un ami.

Le ballon rouge, continuait le vieux monsieur, venait de la boutique d'un hôpital. Il y était resté longtemps avant que quelqu'un ne l'achète enfin. Une vieille dame avec des cheveux blancs et des joues roses. Elle avait offert le ballon rouge à sa petite fille, patiente dans cet hôpital, en cancérologie. La petite fille avait été tellement heureuse de ce cadeau. Elle avait des yeux très bleus, une tête chauve et un beau sourire édenté et elle adorait le ballon rouge. Il lui tenait compagnie. Il allait avec elle pendant les séances de groupe, il veillait sur elle pendant qu'elle dormait, il la consolait quand les médecins venaient et lui disaient encore et toujours la même chose. Il était son ami, son compagnon, son confident et un bien meilleur docteur que tous les autres. Et la petite fille, même si elle était de plus en plus malade, ne perdait pas le sourire parce qu'elle avait le ballon rouge. Ils étaient heureux tous les deux, et ils auraient pu être heureux encore longtemps si la vie n'en avait pas décidée autrement. La petite fille devint si malade qu'elle ne pouvait plus sortir de son lit, mais là encore elle garda le ballon rouge près d'elle. Puis, un soir, après un long soupir, la petite fille mourut, la ficelle du ballon rouge bien serrée dans son petit poing.

Après quoi le vieux monsieur se tait. Il a l'air un peu triste, un peu content aussi, comme s'il était heureux que vous ayez demandé, comme s'il était heureux d'avoir pu raconter l'histoire des ballons. Et comme lui, on se sent un peu triste, et un peu content aussi.

Et puis un jour, on ne vit plus le vieux monsieur dans la rue. On ne s'en était pas rendu compte tout de suite bien sûr. Mais on avait l'impression que quelque chose manquait. Comme un léger grincement. Et puis on finit par retrouver le vieux monsieur. Recroquevillé dans le coin d'une rue vide, à côté de son caddie, la mort lui donnait l'air encore plus vieux, encore plus gris, encore plus courbé. Et dans son poing, bien serré, la ficelle du ballon rouge.
Du ballon vert et du ballon bleu, aucune trace. Mais depuis ce jour, on peut parfois apercevoir dans le ciel une tâche verte et l'on sait alors qu'un autre enfant vient de trouver un ami. Et parfois aussi, on voit passer une petite fille ou un petit garçon, les yeux brillants, tirant fièrement derrière lui un ballon bleu.
Alors on pense à l'histoire des ballons que le vieux monsieur nous racontait quand on lui demandait gentiment. Et on sourit.
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18/02/2018

"QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ"

QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ

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Que signifie cette première demande du Notre Père ? « Sanctifier » est un terme un peu abscons…

Père Benoît Standaert :

Je suis toujours très touché par cette première demande que je suis tenté de considérer comme la plus importante et la plus belle. Mon maître en exégèse, le père Jacques Dupont, disait que le passif « soit sanctifié » est un passif théologique, une façon très polie de dire : « Sanctifie ton nom. » Dieu n’est jamais passif, il est toujours en action. Dans le Notre Père, on demande que Dieu soit pleinement Dieu, car Dieu est sainteté, que lui-même rayonne de toute sa plénitude.

Dans le Livre d’Ézéchiel (36, 20-25), Dieu dit : « Vous avez profané mon nom parmi les nations, néanmoins, par honneur pour mon nom, je vais sanctifier mon nom. » Dans ces versets splendides, Dieu annonce qu’il va tout recréer à partir du coeur de l’homme. Et la création tout entière va elle-même baigner dans une nouvelle alliance. Sauve-nous, restaure-nous, rebâtis ta ville, renouvelle ton alliance avec ton peuple : voilà ce que, en priant, on demande dans ce nom.

Prier le « nom », c’est bien s’adresser à une personne, pas à un concept ?

P. B. S. : Le nom, c’est la personne.
Ici, il est rattaché directement à l’invocation qui précède, « Notre Père ». Il s’agit donc aussi de demander que le nom de Père soit sanctifié. Mais il y a un paradoxe : appeler Dieu « Notre Père » nous parle de sa proximité et, en même temps, lorsqu’on dit « qui es aux cieux », cela évoque sa transcendance.
La philosophe Simone Weil faisait remarquer une certaine ironie dans cette tension : Dieu est tout proche et disparaît dans les cieux…

N’est-ce pas Dieu lui-même qui dévoile son nom dans la tradition biblique ?

P. B. S. : Le nom par excellence, c’est celui qu’Il a révélé lorsque le peuple hébreu était en souffrance en Égypte, et que Moïse se trouvait devant le buisson ardent : YHWH, c’est ce qu’on appelle
le tétragramme. La tradition biblique utilise le terme Adonaï (Seigneur) pour éviter de prononcer le nom de Dieu, par révérence.
Et par une sorte de discipline : je l’honore en ne mettant pas la main sur lui.
Dans ce nom-là, la tradition rabbinique entend toujours le Dieu de miséricorde. Tandis que dans l’autre nom rabbinique, Elohim, elle entend le Dieu juge. Dieu est à la fois justice et miséricorde.


Et nous le rencontrons d’après ce que nous avons vécu. Vos oeuvres de miséricorde vous conduisent à rencontrer le Dieu de miséricorde, vos oeuvres d’injustice le Dieu qui juge. Donc convertissez-vous à la miséricorde si vous voulez rencontrer le Dieu de miséricorde.

               

P. B. S. : Oui, et Maxime le Confesseur voit une gradation dans ces premières invocations : le Père dans la première, le Fils
dans la sanctification, l’Esprit Saint dans la venue du règne. Puis on prie « que ta volonté soit faite » en passant du ciel – par les anges – à la terre – par les hommes : il y a un mouvement de descente. Le Notre Père est comme une échelle qui descend
du ciel sur la terre, qui rejoint ma réalité, depuis le Très Haut jusqu’au très bas que je suis.

Pour nous aujourd’hui,de quelle sainteté parle-t-on ?

P. B. S. : L’appel à la sainteté se trouve au coeur de la Torah de Moïse : « Soyez saints parce que moi je suis saint », dit le Seigneur. Les premiers chrétiens ont repris cette invocation. « Soyez parfaits comme votre Père est parfait. »
Mais c’est Lui qui nous communique sa propre sainteté. Je n’ai pas à me préoccuper de la mienne. Dans le Notre Père, on
demande à Dieu de faire rayonner sa sainteté jusque dans notre réalité. Et pour le reste, je vais me faire silence, je vais faire le vide, m’abandonner et non prétendre à une certaine perfection ou sainteté.
Que ton nom rayonne avec ta sainteté dans toute mon existence et dans l’univers entier.
« Jésus nous appelle à nous décentrer de nous-mêmes »

Vous-même comme ermite pouvez être tenté de vous laisser déborder par les soucis du quotidien…
Quels conseils donnez-vous pour faire place à ce Dieu saint ?

P. B. S. : Je m’attache à ne pas me laisser envahir par des préoccupations trop individuelles ou trop soucieuses. Sainte Thérèse d’Avila, dans un moment de prière, entendit le Christ lui dire : « Désormais tes affaires sont mes affaires et mes
affaires sont tes affaires. » Dès que j’entre en prière, mes soucis, mes préoccupations, mes affaires, je les confie à Dieu tandis que moi dans la prière, je me préoccupe de ses affaires. Quelles sont-elles ?
Le nom, le règne, la volonté.
Laissons s’accomplir sa volonté. Dans une certaine passivité, j’autorise la volonté de Dieu à rayonner à travers moi. On peut commencer sa journée avec ces quelques mots du Notre Père.
Dans la Règle de saint Benoît, on le prie deux fois par jour en entier.
Les autres fois, c’est fragmenté : on commence tout haut – Notre Père –, puis on continue, chacun, en silence. Dans ce silence, je m’arrête souvent à la première demande. Il y a déjà une forme d’adoration dans cette demande. J’invite à laisser résonner ces mots en soi. Notre Père, Notre Père, qui
es aux cieux, qui es aux cieux…
Il ne s’agit pas de remplir les mots intellectuellement, mais d’adhérer par le coeur à ce qu’on dit, de s’enfermer dans ces paroles jusqu’à ce qu’elles deviennent chair de ma chair, esprit de mon esprit, sentiment de mes sentiments, acquiescement
de mon acquiescement. Et ça, c’est prier. Tout homme baptisé doit avoir des exercices de ce genre dans sa vie quotidienne.

Pouvez-vous nous dire quels échos cette prière trouve dans votre itinéraire spirituel ?

P. B. S. : À l’âge de 16 ans, j’ai été paralysé de la tête aux pieds, une paralysie due au syndrome de Guillain-Barré, qui est viral et peut être mortel. On a dû faire une trachéotomie et me nourrir par une sonde. C’était assez spectaculaire.
Mais le physique est assez secondaire par rapport à ce qui se passe dans l’esprit. Mon système nerveux, ma lucidité étaient extrêmes.
Ma vie spirituelle n’avait pas commencé à 16 ans. Je me souviens de ma première communion, reçue à 6-7 ans, non pas
avec les autres, car j’avais été malade, mais seul, le jour de Pâques.
J’avais communié avec une grande lucidité, heureux.
À 16 ans, il y a eu une étrange coïncidence avec cette paralysie.
Un ami m’a écrit : Pourquoi cela t’arrive-t-il, à toi ? Je ne voyais pas pourquoi j’aurais été à l’abri d’une telle maladie que je ne considérais d’ailleurs pas comme une punition.
Mais j’ai été frappé par tous les messages de soutien des amis de mes parents. D’où venait cette bonté pour moi ? C’est alors qu’il y a eu un déclic : le Christ en vis-à-vis s’est révélé comme un abîme de bonté et d’amour, lui qui était le souffrant innocent. J’ai pris conscience que tout le monde était soucieux pour moi, mais on n’avait pas un regard pour lui qui est un abîme de bonté et d’amour innocent. L’amour n’est pas aimé, dit saint François d’Assise. Pourquoiaucun regard vers lui ? Cela a orienté toute ma vie. Un maître spirituel, un jour, m’a dit : « Ce que tu as vu en face de toi et au fond de toi doit maintenant te traverser. »
Recueilli par Céline Hoyeau
La Croix 17/02

 

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