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21/04/2017

LA PHOTO

La photo 

par Ulysse 21

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DUNKERQUE : HÔTEL DE VILLE

Un mardi, je reçus une carte postale de Dunkerque. Au dos de l’hôtel de ville, quelques lignes étaient tracées d’amitié. La signature, indéchiffrable, ne me dit rien. Mais, comme le verso, sans porter ni nom, ni adresse, indiquait un numéro de téléphone, je me promis, intrigué, d’appeler le soir même.
Je ne me souvenais d'avoir eu des amis dans le Nord, mais il se pouvait que certains aient déménagé pour cette région, je suppose dans un but professionnel ou conjugal. Irait-on dans le nord pour d’autres raisons ?
Cependant, le procédé m’intriguait : quelle idée d’indiquer son numéro de téléphone quand écrire une adresse est si simple. Peut-être mon correspondant n’avait-il pas de domicile fixe : le numéro était celui d’un portable...
Le soir venu, impatient, je composai les dix chiffres et, évidemment, tombai sur le répondeur. Cette situation est si fréquente – cependant moins éprouvante que de tomber sur le sifflet perçant d’un fax – que je me demande s’il n’existe pas un appareil qui permette de stocker tous les messages à expédier et, après avoir programmé les numéros, de les faire acheminer de mon répondeur à mes correspondants. 
« Les répondeurs parlent aux répondeurs », nouvelle version de la communication au temps d’Internet !
Pour l’instant, le répondeur a ceci de sympathique qu’il me donne le nom du signataire de la carte, ce dont je le remercie, et je le prie de mettre dans un coin de sa mémoire mes coordonnées afin qu’il les retransmette à qui de droit. Le tout après le bip traditionnel.

*

Marc M...... était un collègue rencontré lorsqu’il enseignait, comme moi, au collège de T......., petite sous-préfecture de la brousse ivoirienne des années soixante, que nous avions rejoint tous deux dans le cadre de la coopération. Ingénieur chimiste de profession, il avait pensé, non sans arguments, qu’entre le service militaire « actif » , et un poste d’enseignant en Afrique, même s’il devait retarder un peu plus son entrée dans la vie professionnelle, le choix s’imposait : c’est ainsi qu’il était devenu, avec un certain succès, enseignant dans notre collège.
Le petit nombre de professeurs, tous très jeunes et sensiblement du même âge que les plus vieux de nos élèves, avait permis de créer un climat de confiance et des amitiés étaient nées, qui durent encore. Revenu plusieurs fois à Abidjan, j’avais entendu parler de lui par des amis ivoiriens. Sans nous croiser jamais, nous passions quelquefois, à quelques mois d’intervalles, chez des connaissances communes, qui donnaient à chacun des nouvelles de l’autre.
Nos intérêts pour la photographie et la chasse aux papillons nous avaient rapprochés et nous étions connus, à des kilomètres à la ronde, pour nos courses en plein soleil, – à l’heure où l’homme sage se repose à l’ombre de l’apatam* – le filet en avant et l’appareil photo en bandoulière, à la poursuite d’un papillon remarquable ou d’un insecte-volant-non-identifié. Sortant le nez de l’ombre, les plus jeunes des enfants venaient au devant de l’automobile – connue sous le nom emblématique de « S’en fout la mort » par les collégiens – en appelant « Mon père ! mon père ! ». Ils nous prenaient pour des missionnaires comme il en existait partout en Afrique de l’ouest, seuls européens à oser braver les pistes les plus étroites, les moins entretenues, pour arriver au plus lointain campement : la volonté de Dieu ignore les cassis de la piste et les gémissements d’un vieil amortisseur.
De ces équipées de chasseurs pacifiques – inutile de demander leur avis aux papillons qui ne seraient certes pas d’accord – , nous avons gardé des souvenirs attachants et une patience amusée : rencontres de pêcheurs sur le Bandama, le fleuve qui coule boueux sur les photos européennes, et d’un bleu hollywoodien sur les clichés made in USA des professeurs américains ; chargement inattendu de 300 kilos d’avocats pour rendre service aux villageois, qui nous avaient sortis du « poto-poto », marais boueux qui barrait la piste où nous nous étions enlisés ; chasse au python, signalé dans un trou et qu’il avait fallu déterrer à la houe, pour le sortir à la main : photo « saisissante ! » ; séjour prolongé chez le mécanicien d’un village abandonné des taxis-brousse, qui nous avait réparé, plusieurs fois dans l’après-midi, la même chambre à air de rustines superposées, qui se décollaient au bout de quelques mètres. Chaque « au revoir » était accompagné d’un « Si Dieu veut » mais Dieu ne voulait pas vraiment : la dernière rustine tint juste le temps pour nous d’atteindre le prochain garage, à peine mieux approvisionné que le premier, mais où nous avons pu acheter une chambre à air neuve... presque aux dimensions de la jante.

Tous ces moments, de découvertes, d’attente, de rencontres tissent une amitié qui résiste au temps et à l’éloignement. C’est pourquoi, lorsque le téléphone sonna et que je décrochai, je fus particulièrement heureux de reconnaître la voix.
« J’ai retrouvé ton adresse par Koffi André, à Abidjan. J’ai bien pensé que tu reprendrais contact... Veux-tu qu’on se voie à Nancy la semaine prochaine : je suis en déplacement pour ma boîte... Si ça te dit... »
Ça me disait. Nous avons convenu de nous rencontrer rue des Maréchaux le mardi suivant.
C’est de ce repas pendant lequel nous avons évoqué les souvenirs de cette époque d’aventures et d’amitié que j’ai choisi de rapporter l’anecdote qui va suivre et que je voulais intituler : « Vingt ans après ».
Mais comme le titre est déjà pris par un illustre connu, et qu'elle se situe plutôt trente ans après, je l’appellerai : « La photo ».

*

« Tu te souviens de Kouadio, le tailleur ? »

Je me souvenais. Il habitait une petite maison dans la quartier Sokradja, qui bordait la piste principale, future route goudronnée de l’axe Abidjan-Bamako.
La cour de la concession* était aménagée en cuisine, avec ses tabourets de bois, les trois môles d’argile qui délimitaient le feu, les bassines et cuvettes de plastique, et les marmites de fonte, autour desquelles tout un peuple de poules et de bouquetins erraient à longueur de journée à la recherche d’épluchures, sous le regard rieur du bébé planté à l’ombre sur sa natte. À l’intérieur, dans la pièce du fond, une machine à coudre à pédalier – Singer ou Bernina – et Kouadio qui officiait...

Nous montions souvent à la boutique du tailleur, qui devint notre ami. Il avait toujours un pantalon ou une chemise de retard : le travail au champ, la maladie du petit, des funérailles au village, les répétitions fréquentes de l’orchestre de tams-tams, tout le retardait. Bavard, il nous accueillait avec un sourire, échangeait les salutations d’usage, nous invitait à nous asseoir et, comme il était bientôt l’heure où les cueilleurs de bangui* – le vin de palme – venaient vendre leur récolte, il abandonnait son pédalier pour prendre un repos mérité. Alors sa femme apportait des verres et, avec les voisins venus s’installer à nos côtés après les salutations traditionnelles, on partageait la boisson du soir en parlant de ceci et de cela : la prochaine récolte du café, le champ d’ignames ou de manioc, le déplacement dominical de l’équipe de foot. C’est autour du bangui que nous avons découvert ce petit coin d’Afrique et sa vie de tous les jours.
Parfois, un collégien ou l’autre venait prendre des nouvelles d’un vêtement promis depuis longtemps, ou emprunter aiguille et fil pour recoudre un ourlet ou un bouton..
Le ciel descendait, la chambre devenait sombre. Alors nous sortions avec nos verres. Nous assistions aux derniers préparatifs du repas. Tout le quartier résonnait des pilons écrasant les mortiers pour préparer foutou* d’igname ou de banane plantain*. Dans l’ombre, nous apprenions pourquoi le planton de la sous-préfecture portait la trace de coups sur le visage, vengeance de sa femme honteusement trompée ; pourquoi telle collégienne depuis longtemps absente était retournée au village... De temps en temps venaient des personnalités, Bouabré, l’homme le plus fort d’Afrique, au moins sur le territoire de la sous-préfecture, Sékou, le plus petit et le plus vif des petits boxeurs, poids super-mouche ou plume, qui rentrait d’une saison difficile à la capitale se refaire une santé et avec lequel nous bavardions de cimetières et de sortilèges d’ici et là-bas...

Il y avait, derrière la maison de Kouadio le tailleur, entre la piste et la petite fenêtre de la chambre où il avait installé sa machine, un espace non-construit d’environ 10mètres sur 10 où s’était installé tout un petit commerce routier : vendeuses d’oranges à demi épluchée, dont on suce la pulpe écrasée ; petits marchands de « bonbons glacés », avec leur glacière cabossée ; boutique-restaurant, construction de quelques planches recouvertes de chaume où se grillaient poissons et brochettes...
Les passants s’y arrêtaient, parfois les taxis-brousse, emmenant dieu sait où, et même plus loin, leur nuage de poussière. Le matin, on y trouvait quelques paysannes apportant tomates et poivrons, courgettes et aubergines, de quoi faire la sauce sans courir au grand marché.
Les voisins de la placette installaient le soir leur petit banc de bois ou leur chaise longue en tiges de palmier tressé pour des discussions interminables auxquelles venaient se mêler les promeneurs. Les vendeuse d’alocco* proposaient leurs bananes frites avec un doigt de piment sur une feuille, les cueilleurs de bangui arrivaient, le canari* sous le bras...

— Tu te souviens des photos qu’on prenait par la fenêtre ? »
Tout en discutant avec l’ami tailleur, nous guettions d’un œil cet espace particulier où se croisaient toute la vie du quartier. Nous le faisions sans nous cacher, mais avec discrétion : nous donnions nos meilleurs photos aux gens de connaissance. Nous savions, par Kouadio, les clichés – et les personnes – qu’il fallait éviter.
C’est pourquoi les enfants, et leurs mamans, étaient nos principales cibles, ainsi que quelques artisans et commerçants qui utilisaient nos « poses » pour leur publicité...
— On avait pris ce soir là toute une famille. Il y avait là les deux mamans, assises sur leur banc de palmier, camisoles de cotonnade bariolées, tissu de tête assorti et pagne de couleur. Tu te souviens ? »
Il me tendit la photo en question, passablement jaunie par le temps...
Derrière elles, deux enfants jouaient à la dinette. Le garçon, vêtu d’un boubou bleu, plongeait ce qui pouvait être une louche d’aluminium dans une grande boîte de sauce tomate vide, étiquette carmin sur fond de tôle, tandis que la petite fille, à peine plus haute que trois boîtes empilées, devant un mortier de bois presque aussi grand qu’elle, tentait de piler, reins cambrés, un foutou imaginaire...
La photo de ces deux enfants avaient tant plu à Kouadio et à sa femme qu’elle avait fait le tour de la concession. Nous l’avions fait tirer en quatre exemplaires, dont deux agrandissements que nous avions donné aux deux mamans, pour leur plus grand bonheur.
Nous avions eu droit, en guise de remerciements, à deux pains d’igname « ploplo » de la meilleure qualité.
— Tu sais que je suis retourné en Côte d’Ivoire au vacances de février... Là, je monte en taxi-brousse jusqu’à T.......... pour revoir un peu le Collège, devenu un Lycée... Il y a eu pas mal de changements en quelques années. Koffi dit « Ponceau », que j’ai revu à la gare des taxis, m’a fait visiter les chambres qu’il loue aux étudiants du côté du nouveau lac. C’est lui qui m’a dit que Kouadio, que je croyais décédé, habitait toujours au même endroit, dans le quartier de Socradja. Je le quitte dans son lotissement, tu verras, c’est pas mal, et je longe le « goudron » jusqu’au croisement, en essayant de repérer la petite place qui donnait sur son établi de tailleur... j’arrive juste avant le croisement : pas de place, tout était construit. C’est vrai que la sous-préfecture a doublé depuis l’arrivée de la route goudronnée... Je regarde autour de moi, un peu paumé, mais certain d’être à l’emplacement de la placette d’autrefois : voilà qu’un femme sort de l’ombre d’un apatam, devant une maison d’agglos de ciment :
— Blaufoué, blaufoué*, viens-là
Elle me fait signe avec insistance, je m’approche, elle me détaille longuement des pieds à la tête pendant que je la salue comme le veut la coutume.
Son inspection terminée, elle me salue à son tour et termine, sur un ton amusé mais encore interrogatif :
— C’est toi, la photo !? 

Elle me prend par la main, me fait entrer et me guide dans la grande pièce carrelée de rouge qui sert, dans les maisons d’Afrique de l’ouest bâties à l’européenne, à la fois d’entrée et de salon. Au dessus du buffet bas, seul meuble de rangement de la vaste salle, elle me montre un sous-verre encadré de bois rouge :
— La petite fille, là, blaufoué, c’est moi !
C’était elle, en effet : figeant le temps, la photo prise près de trente ans auparavant l’avait fixé pour toujours à quelques mètres du mortier de bois où, un soir de la saison sèche, elle avait pilé un foutou illusoire sous l’œil amusé de sa maman. Elle avait bâti sa maison , organisé sa vie, le destin lié, dessiné par une « pose » qu’un « blanc-grand» avait pris par la fenêtre de son voisin. Elle en riait, heureuse de la visite et assez malicieuse pour savoir que je n’étais pas au bout de mes surprises.
Elle me prend à nouveau la main, contente à l’avance :
— Toi, tu cherches Kouadio, le tailleur, viens ! 
Je me laisse guider à travers les concessions voisines pour revenir par la rue qui mène depuis
toujours du collège à la maison de Kouadio. Elle passe, très fière de sa conquête et répétant à l’entour les mêmes paroles, dans lesquelles je ne comprends que le mot « blaufoué » qui me désigne ici depuis longtemps. La rumeur a circulé depuis sa maison plus vite que notre courte promenade, si bien que lorsque nous arrivons devant la maison de Kouadio, toute la concession est déjà au courant de mon arrivée.
Pendant que je m’assieds devant mon ami retrouvé et que nous échangeons la « nouvelle » – salutations rituelles et échange des situations familiales et professionnelles –, je vois bien que mon guide féminin est toute impatiente de me faire une autre surprise...
Quand elle a jugé que le temps de la politesse est décemment passé, elle me désigne un homme encore jeune qui, le verre de bangui à la main, discute avec Théodore, le fils de la maison :
— Mon mari........ c’est le petit garçon ! 
Et tout le monde éclate de rire, comme d’un bon tour qu’on joue au « blaufoué », cette photo que chacun connaît et qui, depuis des années, est devenue l’une des légendes de la rue, la photo qui fixe le temps et les gens dans le vieux quartier de Socradja où le « blanc-grand » est revenu...
Ce fut une belle soirée : je ne sais pas combien de litres de bangui et de bière nous avons bus et je crois bien que nous avons mangé tout l’alocco du quartier. Vers deux heures du matin, après je ne me souviens plus, j’ai sorti mon appareil...

Il me tendit une photo : devant la vieille maison de Kouadio, sous l’apatam de chaume de palmier, la famille et les amis sont réunis, souriants et graves à la fois. Il savent bien que le cliché les fixe ensemble pour une nouvelle éternité. Ils n’en ont pas peur, comme si la première photo contenait déjà une promesse de continuité et, dans une vie difficile, un petit morceau de bonheur...


_____

Banane plantain : la banane plantain est une grande banane (la banane fruit que nous consommons est plus petite) qu’on fait blanchir et qu’on écrase au pilon dans un mortier de bois pour en faire une sorte de purée très compacte qui se présente sous la forme d’un « pain » de couleur orangée : c’est le foutou-banane qui se mange avec une sauce.

Alocco : banane plantain coupée en tranche fine et que l’on fait frire dans de l’huile de palme ; se mange avec une purée de piment ( à utiliser avec modération)

Apatam (se prononce comme tam-tam) : sorte de préau ou de hangar de bois, sans murs extérieurs, recouvert de chaume. On y installe le marché s’il est grand ; petit, il est d’usage de s’y reposer à l’ombre.

Bangui : boisson naturelle et légèrement alcoolisée des régions de palmier dont on extrait la sève. Le bangui, ou vin de palme se boit pur ou allongé d’eau. Il fermente durant la journée.

Canari : petit récipient de terre qui sert de bouteille et permet de garder la boisson au frais.
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17:22 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

10/04/2017

LA NUIT...


La nuit, en juge intègre, exorcise les souvenirs




Novembre s’étire.

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L'AUTEUR

Les dernières feuilles rouillées filent vers la combe en tourbillons, si légères qu’elles virevoltent entre les vestiges d’herbes folles du fossé et les branches basses et nues. Les nuages s'affrontent avec le peu de bleu délavé d’un ciel cotonneux, gris de crasse. Sur la route Bertrand pédale avec obstination, en zigzaguant pour lutter contre la force aveugle du vent. Il fait corps avec l’antique mécanique qui le porte depuis de longues années, complice de ses périples à travers les campagnes. Mais il le sent, victimes de l'outrage des ans, ses jambes deviennent sourdes aux sollicitations de son cerveau. La merveilleuse puissance qu’il canalise et dompte pour avaler les obstacles de la route, par de robustes et précis coups de pédale, disparaît imperceptiblement dans une raideur musculaire et une insidieuse fatigue. Bref Bertrand vieillit. Et cela suffit pour déclencher chez lui une humeur de chien. Les dents serrées, il refuse cette fatalité en maintenant une parfaite cadence contre la perfidie du vent et le froid vif qui attaque ses joues devenues violettes. La vieillesse, cette lèpre de l’homme, qui crée un cruel écart entre une volonté d’acier et un corps de chair. Bertrand a toujours imposé à ce corps la dictature de son tempérament. Il transporte dans ses gènes la solide hardiesse de la race rurale, la race de ses ancêtres. Après la traversée du pont sur le Madon, la route serpente au travers des pâtures vallonnées et des faux plats, sournois briseurs de jambes. Un léger dérapage sur le bois humide du vieux pont déclenche chez lui un de ces accès de rage froide si redoutés de ses amis. Le ventre noué, il attaque la pente sinueuse comme un chevalier aguerri.

Le premier lacet est un véritable supplice mais c’est justement ce défi qui le stimule et interdit toute capitulation. Mais au second virage, juste au bord de l’à-pic, ses jambes le lâchent. L'homme et la machine glissent sur le gravier et tournoient interminablement le long de la pente abrupte.

Depuis toujours, le Madon creuse son sillon dans la tendre terre brune des pâtures au pied de la pente où les joncs côtoient les pierres blanches. Sous la machine, la jambe de l’homme forme un angle bizarre et une tache florissante rouge et profonde marque sa tempe. Rien ne bouge dans le froid cristallin. Sur un piquet de parc, une buse immobile semble surveiller Bertrand. La bise souffle son haleine glaciale sur le squelette des saules. Elle gonfle et enfle pour mieux hâter la mort de la saison. 
D'abord, c'est la douleur qui l'assaille. La réalité n'est perçue qu'après et avec la conscience des faits la douleur persiste. Elle lui vrille le crâne. Il a envie de se mettre en colère, mais sa fureur accentue la douleur. Alors il se fait tout petit et il accepte. Dans son champ de vision, Bertrand ne perçoit que le cadre du vélo enveloppant sa jambe à l’équerre, puis les accotements du fossé et l’eau vive. Le froid à présent anesthésie sa tempe sanglante. Instinctivement il se redresse et tente de faire basculer le vélo sur sa droite. La douleur est atroce et il tombe dans l’inconscience. 
Le crépuscule assombrit tout, des vignes aux bosquets de résineux, unique persistance de verdure entre les herbages jaunes et la rivière. Bertrand se ranime et relève le col de sa veste. Il cale son dos entre une pierre et une racine de saule. Il a réussi à supporter la tension de sa jambe gauche martyrisée, pauvre chose morte mais si présente à la fois. Plus aucun mouvement, plus de rage. Il se sent impuissant en attente de cette souffrance physique qu’il sait juste endormie. Sa première peur remonte à l’enfance. Les yeux se ferment et l’image du Madon surgit. 

Les vacances, aux reliefs d’août finissant, reflètent toute cette dépense d’énergie des garçons. Les baignades folles et la course dans les vergers gorgés de fruits sucrés résonnent de cette ivresse insatiable, de cette boulimie de vie. Bertrand se prend à penser à une éternité de vacances libre de toute contrainte, happé par les vents doux de l’été. Cet enivrement que procurent les grands espaces, les collines et l’odeur puissante des résineux sublimée par la chaleur. Seul obstacle à cet éden, la présence de Cloé. Elle se mêle aux sorties masculines, délaissant poupée et dînette. Cette incursion dans son univers restreint gêne Bertrand autant qu’elle le stimule. Depuis quelques mois, il regarde la gente féminine avec d’autres yeux. Inconsciemment, il perçoit cette fascination nimbée de mystère. Et ces états d’âme le plongent dans un obscur et indéfinissable trouble. A l’approche de Cloé, sa belle assurance fond. Il y a seulement un an, ils roulaient ensemble dans les herbes folles, dévalant les pentes, leurs cris et rires déchirant l’azur. Mais à présent, sous les formes naissantes de Cloé, on pressent la femme en devenir. Cela lui inspire une retenue et une attirance qui le laissent de mauvaise humeur. Il ne goûte plus parfaitement ce plaisir, cette folie de liberté. Pour se protéger il revêt un masque trop viril, voire provocateur qui ne leurre que les autres.

La rentrée sonne le réveil, la fin du rêve. Bertrand subit les longues heures de classe en enfilade. Il a vite adhéré à l’ennui, aux journées sobres en lumière. Il est presque un bon élève, sans enthousiasme exagéré. Il traverse juste l’hiver. Une image l’aide à vivre, son jardin secret, un regard appuyé de Cloé un jeudi après-midi au cours d’une rencontre. Il en est sûr, elle l’a dévisagé avec une lueur d'intérêt dans le bleu tendre de ses yeux. Un regard intense et profond. Il a tellement envie de l’aborder comme avant, de lui dire des banalités, de chahuter, de rire avec elle mais il sait que les paroles ne seront plus innocentes. Alors, pendant les longs cours de grammaire, il échafaude des situations où il aborde Cloé comme un homme d’expérience averti. Il se fait mille promesses pour la sortie du jeudi après-midi. Tout le reste lui paraît fade. Il vit l’école comme une parenthèse inutile et dérisoire. 
Depuis qu’il a découvert la magie du fer à la forge du vieux père Laurent, il sait que son avenir est ici. Charles Laurent, maître forgeron et homme d’initiative indispensable au village, n’a pas eu d’enfant. Il ne s’en est pas soucié jusqu’à l’âge de soixante dix ans quand la main et la tête ne sont plus si sûres. Maintenant il prend conscience de ce vide, de l'insignifiance de sa vie. Alors, quand le gamin vient le regarder dominer le feu et plier le fer à sa volonté, quand l’artisan le voit patient et silencieux, les yeux ronds, les oreilles toutes emplies du chant de l’enclume, il comprend ce cadeau de la providence. A petites doses, les jeudis ou après l’école, il transmet cette passion de la matière et du bel ouvrage. Bertrand est doué, il apprend vite et la connivence fonctionne entre le gamin et l’artisan. A la ferme, le père Munch ne l’entend pas de cette oreille. Lui aussi espère tôt ou tard la relève et Bertrand est son seul garçon. Ainsi est né le conflit qui dégrade la vie à la ferme depuis tant d’années. Bertrand, le rétif, avec au ventre la peur de rater son avenir face au père autoritaire qui voit bafouer ses volontés

Tous ces souvenirs s’imposent à lui ce soir d’hiver, au pied du virage du Guet, dans la grande solitude glacée. Bertrand ressent plus que jamais les attaques mordantes du froid. A présent, tout son corps se réveille à la douleur générée par l’écrasement des chairs : épaule, bras, flanc et cette jambe martyrisée. La souffrance, en incontrôlables tremblements, rivalise avec l’engourdissement. Muscles bloqués, il ne lutte plus, il se recroqueville, se fait insignifiant. Il est épuisé. Malgré lui, l’assoupissement le surprend. 
Une brume de sensations enveloppe le paysage. La lune noie la campagne d’une nuance indigo. Bertrand se réveille sous la douleur. Le vent est tombé. Le croissant céleste éclaire à contre-jour la silhouette de la buse, immobile, toujours postée sur le piquet de parc. Malgré la souffrance lancinante, il se demande pourquoi le rapace reste là à le surveiller, à attendre....quoi ?
Et cette impression insupportable d’immense solitude, comme si le monde s’était vidé de sa substance humaine pour une nuit ou pour l’éternité. Il en a pourtant rencontré des gens sur cette route en quarante années de labeur, de balades, de livraisons. Et ce soir, la route se métamorphose en désert où ne subsiste, heure après heure, que la vision de la morte nature. Jamais Bertrand n'a su ce que signifiait le mot résignation. Il a connu tant d'embûches, tant de luttes tout au long de sa vie d’homme sans jamais renoncer.
Ne serait-ce que la conquête de Cloé, qui à dix-huit ans rayonne, superbe plante lumineuse, phare de toutes les convoitises masculines au village. Bertrand sait qu’il ne lui reste que très peu de temps avant le service militaire pour s’imposer dans cette course à la séduction et la concurrence est rude. Sa fierté de jeune mâle bouillonnant ne l’aide pas. Il lui faut surfaire son image. Mais en présence de Cloé, malgré de muets et multiples encouragements, il perd tous ses moyens. Quelques jours avant son départ, rien n’est acquis, quand le destin et la providence lui sourient. Saint Nicolas traverse le village avec son cortège de gosses grouillants en joyeuses bousculades. La tradition veut que l’âne du père Munch tire la charrette du saint, suivie d’une carriole portant le baquet de bois où reposent les trois petits enfants sous l'emprise du boucher sanguinaire. La nuit s'empresse de recouvrir le défilé pour donner une note fantasmagorique aux torches allumées de part et d’autre. Tout à coup le cri déchirant de Petit Louis couvre les rires et les babillages. La foule enfantine s’écarte, laissant apparaître le gamin allongé, le gant ensanglanté, près de la roue de la carriole. Cloé, en état de choc, prend son frère dans ses bras et, courant pour quitter la place, se sent bloquée par deux solides bras. Bertrand retire doucement le gant et découvre le doigt coupé dont la dernière phalange n’a pas quitté le lainage. Avec le froid, l’enfant ne ressent pas immédiatement la douleur. Très vite, Bertrand installe Petit Louis et Cloé dans la Juva 4 et fonce vers l’hôpital de la ville.

Dans la salle d’attente des urgences, Cloé ne maîtrise plus son émotion. Alors les bras de Bertrand calment ses tremblements. Elle se détend et accepte cette enveloppe douce, puissante et protectrice. Petit Louis leur est rendu, la main recouverte d’un énorme pansement avec une bonne dose de calmants. De retour au village, c’est Cloé qui pose ses lèvres sur celles du jeune homme mais la suite se perd dans la nuit d’hiver. Une semaine après, Bertrand est incorporé à Nancy et dans les mois qui suivent, il débarque avec trois cents autres appelés au port d’Alger.

Le clapotis de l’eau, à côté de lui, ravive ses souvenirs de traversée bien qu’il soit fort éloigné du ressac des vagues sur la coque du "Ville d’Alger". Il lui revient, par bouffées, l’exaltation de l’arrivée sous l'éblouissant soleil qu’il n’aurait jamais imaginé dans ses rêves les plus fous. Et Alger la blanche, qui s’étale et le séduit comme une femme alanguie. Mais cet enthousiasme, il se souvient également qu’il fut tempéré de doutes. Comment peut-on faire la guerre dans un si beau pays ?

Puis le rideau tombe sur les souvenirs avec le retour de la bise et le froid qui pénètre la peau, la chair et l’esprit. L’absurdité de cette nuit cruelle le submerge comme une sentence. Quand la résistance se relâche, le corps et l’esprit s’engourdissent. La nuit règne sur la terre et fige hommes et bêtes. Puis c'est un doux contact frais et aérien dans l’obscurité qui enveloppe toutes choses ; tout d’abord le visage puis les mains. Bertrand, les yeux fermés, perçoit un changement. Une lueur laiteuse perce aux travers de ses paupières closes. Dans sa demi-conscience, il se demande comment il peut encore ressentir quelque chose. Les phases de veilles se mêlent aux épisodes d’inconscience, aux rêves qui s’étirent dans le labyrinthe déformant du film de sa vie. La fine pellicule blanche modifie la campagne et s’épaissit au fil du temps comme pour protéger l’être qui gît, pantin grotesque.
La chaleur d’un soleil africain vient le narguer jusque dans ses délires au plus profond de sa faiblesse. A peine débarqué, les camions les transportent au bled à cent kilomètres de nulle part. Les images se succèdent violentes et colorées. Une mine qui éclate, des blessés, les représailles, un village qui brûle et le regard de terreur d’une petite fille en pleurs. Des heures de marche en colonne, avec le sentiment que rien ne se passe. Et encore des villages, des interrogatoires et des situations difficiles à évoquer, que l’on ne cite dans aucune lettre adressée à la famille. Une percée dans les Aurès avec ses camarades de hasard. La lente progression dans les gorges rouges et, après quelques heures, au moment où les nerfs se détendent, c’est l'embuscade. Après quelques minutes l’ennemi décroche, laissant deux corps immobiles et une balle dans la cuisse de Bertrand. Pour lui c'est l'évacuation en hélicoptère et l’hôpital. Il ne pense qu'à revoir Cloé, enfin. Puis c’est la crainte d’y retourner après sa guérison qui l'angoisse. Les accords d’Evian le sauvent. Mais la marque laissée par la guerre ne s’effacera plus.

Malgré les tendresses de Cloé, son caractère se durcit comme le muscle de sa cuisse. Le père Laurent le reconnaît à peine mais poursuit son enseignement. Bertrand se livre totalement au métier, dur avec lui-même, dur avec les autres. Il apprend à dompter le fer, à lui imposer sa volonté. Il s’initie au langage des couleurs, quand le rouge cerise, au sortir des braises, donne son accord pour le travail à l’enclume. Il reconnaît le bleu qui monte le long de l’acier pour la deuxième trempe et l’odeur de chairs brûlées quand on cémente la lame.

Les belles couleurs du mariage adoucissent quelque peu la vie de Cloé au sein du couple. Mais les vieux démons sont toujours présents et les soirs de fièvre, l’alcool libère le jeune homme de leur emprise. 
Il se souvient du visage rayonnant de Cloé quand elle lui annonce sa grossesse. C'est l’étincelle qui lui manquait pour de nouveau croire en un avenir. Une onde de bonheur toute neuve l'envahit. Il danse sur place, il la couve. Les mois passent dans le cocon douillet des attentions. Le père Laurent a enfin passé le flambeau. Bertrand exulte d’énergie. Son fils... il va l’appeler Pierre. Il va lui donner tout et plus. Il lui montrera ses secrets d’enfance. Non, il lui montrera la vie, la beauté de l’eau vive, les chênes verdoyants entre les sombres sapins. Il lui apprendra à lire le ciel, à chasser, à attendre patiemment pour mieux attraper la perche ou la brème. Il a remisé au grenier les images trop lourdes de mines qui explosent, les souffrances. Les mois passent. Les joues de Cloé se colorent et son ventre s’arrondit comme un fruit d’août. Et c'est le drame. Pourquoi la vie ne lui laisse-t-elle aucun répit ? Il a suffi d’une marche mal scellée pour que tout bascule et que la perte du bébé gomme brutalement toutes ses certitudes.

La nuit n’en finit plus. Sous la pellicule blanche, tout se fond en formes souples et rondes. Sur son piquet, la buse veille immobile. Bertrand la voit, droit devant lui. Il lui suffit de lever les yeux. Il s’habitue à sa présence et la trouve rassurante. C’est la seule chose vivante qu'il perçoit. Il s’y raccroche entre deux périodes d’inconscience. Si l’espace reste figé, le temps s’étire et se contracte au gré de ses absences. L’homme est entré dans une dimension différente où l’existence s’est libérée des lois naturelles. Il ne s’étonne même plus quand son esprit se met à tourner les pages librement. Il est devenu le spectateur de sa propre vie. La seule logique est la chronologie de ses souvenirs. Quand les images s’imposent, le froid, la nuit, la douleur s’estompent pour s’effacer momentanément. 
Les visions plus ou moins nettes l'assaillent, comme la souffrance de Cloé quand il rentre ivre et passe sa rage sur les chaises et les meubles. Les reproches de tous, parents et amis lui reviennent en mémoire. L’impossibilité d’accepter l'épreuve qui l'a terrassé de douleur. Et cette lente glissade vers la déraison. Il revoit Cloé s’effacer, se recroqueviller pour devenir transparente et finalement disparaître un matin en laissant une enveloppe pleine d’adieux, de regrets, d’amour désespéré. Rien désormais ne freine son anéantissement. On le ramasse au fossé, ivre, sans plus de mobile. On le mène, blessé, à l’hôpital où le manque le rend fou. Passent les longs mois d'égarement puis de résignation. Une amnésie sélective favorise sa convalescence. Mais, lors du retour au village, une peur sourde lui noue le ventre. Il se sent incapable d’affronter quiconque ou quoi que ce soit sur les lieux d’un passé qu’il a eu tant de mal à refouler. Le père Laurent est mort. La forge est silencieuse et déjà les toiles d’araignées ont pris possession des lieux. L’accueil est assez froid. Bertrand évite le chemin du café. Quand il décide de rejoindre la ferme familiale, c’est Jeanne son amie qui l’accueille.

Le manteau neigeux qui protège plaines et collines dissimule toute vie même affaiblie, presque absente déjà. Seul, un rapace immobile semble veiller, dernier témoin paisible. Tout près de l’oiseau, une flamme essaye encore de lutter pour exister. Bertrand souffle sur cette neige qui, comme une lente marée blanche, envahit son visage, partage son intimité. Et son souffle creux témoigne encore de la vie sur ses lèvres. Il y a déjà quelque temps que ses membres ne le font plus souffrir. Combien d’heures, il ne le sait pas, il a perdu jusqu’à la notion de temps. La nuit est éternelle. La nuit nivelle les sentiments et les regrets. Les yeux se ferment et la longue procession des lambeaux de mémoire s’effiloche. 
Jeanne, c’est elle qui le conduit chez le notaire pour prendre possession de l’héritage du père Laurent. C’est elle également qui le tarabuste pour qu'il se remette à l’ouvrage. Elle soutient et guide ses pas balbutiants. Elle atténue par son infinie patience et sa ténacité le tremblement de ses mains. C’est encore Jeanne qui rallume dans ses prunelles, la petite lueur de vie, le semblant d’espoir qui peu à peu se métamorphose en véritable renaissance. Bertrand regarde de nouveau le village avec, au fond du cœur, la paix retrouvée. Alors, les coups sourds et réguliers martèlent de nouveau l’air, rythmant la vie du bourg. Bertrand se nourrit de la chaleur des braises, de la vapeur qui siffle et chuinte au plonger du fer rougi dans le seau. La puissance et la régularité de sa frappe donnent la mesure de sa vitalité toute retrouvée. Jeanne le seconde à la maison, veillant sur le ménage. Elle sait qu’il ne l’aimera que d’affection. Elle en accepte la règle, trop heureuse de partager sa vie au prix d’un lourd sacrifice. Bertrand ne veut pas d’enfant. Les années passent rythmant la vie. Le travail et les habitudes cicatrisent les plaies mais renforcent les caractères. 

Le vieil homme comprend que la dernière page de l’ouvrage vient de se tourner et une paix salutaire prend possession de son être, le détachant enfin de l’hiver. Il va se reposer. Il ne ressent aucune peur. Juste l’envie de quitter cet endroit, de passer à autre chose si autre chose existe. Il est prêt. La neige à présent recouvre son visage. Elle semble isoler et masquer tout un univers flou et dérisoire. La neige dilue toute passion. À l’aube naissante, mauve et crue, le grand silence de la nature reprend ses droits. Nuls battements de cœur ne le troublent. La buse, elle aussi, s’en est allée vers d’autres cieux.
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29/03/2017

SAINT-AIMÉ

 

Saint-Aimé 

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Mathieu Kissa

Saint-Aimé est un petit bourg de trois bons milliers d’habitants, sympathique et accueillant, au carrefour de deux routes départementales.
Loin de la mer, loin de la montagne, loin des touristes, ce n’est pourtant pas un village isolé, ni arriéré. Pas de problème d’internet et ça capte bien. Les vacanciers qui vont loin vers la mer, ou loin vers la montagne, peuvent faire étape le midi au café-brasserie du Chien qui boie (le a est effacé), le soir à l’hôtel du Coup de Fusil (rendez-vous des chasseurs).
Mais ça reste la campagne... pas de pollution décelable, un paysage presque intact, c’est calme... les jeunes partent. Il y eut bien quelques tentatives de certains élus pour faire entrer la commune dans la modernité. Mais curieusement rien ne s’est fait, ni centre commercial, ni zone artisanale, à peine un malheureux rond-point (quand même !).

Alex venait à Saint-Aimé tous les étés, passer quelques semaines chez Pierre et Simone Sagard, des cousins éloignés de ses parents. Il restait deux semaines sur la Côte d’Azur avec ces derniers, qui possédaient un appartement en bord de mer ; puis, chaque année depuis cinq ans, il venait à Saint-Aimé. Il aurait pourtant pu s’offrir des vacances plus brillantes, ses parents en avaient les moyens, et lui-même avait un petit boulot pendant l’année scolaire. Il avait vingt-et-un ans, il suivait des études de mathématiques.
Seulement, à Saint-Aimé, il y avait la petite-cousine, Sophie... Et chaque année les beaux projets de vacances, aventureuses ou fastueuses, se brisaient sur Sophie. Et chaque année c’est le cœur battant qu’il reprenait la route de Saint-Aimé et de la ferme des cousins Sagard.
Sophie avait dix-neuf ans, aidait ses parents à la ferme et rêvait de partir à la ville. Là-bas, c’est sûr, elle serait plus libre, comme son cousin Alex...
Enfants, ils s’étaient vus souvent, pendant les vacances. Puis ils s’étaient perdus de vue pendant plusieurs années. Et c’étaient deux adolescents boutonneux et gauches qui s’étaient retrouvés, intimidés de ne pas reconnaître le compagnon de jeux de naguère. Mais très vite ils redevinrent amis, se firent des confidences, puis, les vacances finies, s’écrivirent régulièrement. Au fil des ans ils se sentirent plus proches.
Cette année, ils étaient tombés dans les bras l’un de l’autre à l’arrivée d’Alex et passaient leur temps à sillonner la campagne environnante à allure d’amoureux en vélo.

Ils étaient trop occupés d’eux-mêmes pour prêter attention à l’émoi qui agitait Saint Aimé et les bourgs alentour cet été-là. Précédée d’une rumeur qui s’était enflée rapidement, la nouvelle avait claqué comme un coup de tonnerre en début d’année : le maire avait obtenu le concours du conseil général et du conseil régional, pour son projet de parc d’attractions et de loisirs – « de dimension internationale ! » – sur la commune de Saint-Aimé... La population était divisée en deux camps. Les pour : ils espéraient tirer avantage d’un afflux de touristes, pour eux-mêmes (les plus nombreux) ou pour l’ensemble du canton (il y en avait quelques-uns). Les contre : tous les enracinés dans leur terre, habitués au calme et à l’harmonie de leur pays, et quelques écolos idéalistes, souvent pas natifs de Saint Aimé.
Le maire rêvait du prestige qu’il gagnerait dans le département, voire plus loin, en cas de réussite du projet. Le conseil municipal était partagé, moitié-moitié. Les mauvaises langues prétendaient que l’affaire avait été montée par Lachaume, puissant entrepreneur du chef-lieu, qui se battait depuis des années pour s’assurer une stature nationale. À cela, les pour avaient rétorqué que l’attribution du marché se ferait dans les règles, après l’enquête d’utilité publique. Lachaume avait obtenu le marché.
Le soir, à la table des Sagard, comme à celle de toutes les familles du bourg, la discussion revenait souvent sur le parc de loisirs. Les Sagard, ils étaient plutôt contre : Pierre se plaignait souvent de son gros travail et de son petit revenu, mais pour rien au monde il n’aurait renoncé à sa terre, et ne concevait pas de voir sa campagne abîmée, détruite en quelques semaines. Une mesure d’expropriation frappait l’un de ses champs, et ça le mettait en fureur, malgré la garantie d’une généreuse indemnisation. Lorsque Sophie ou l’un de ses deux frères plus jeunes se risquaient à émettre l’idée que peut-être ce projet leur permettrait de travailler au pays, Pierre se fâchait tout rouge et criait que ses fils reprendraient sa ferme et qu’il ferait bon voir que sa fille se vende aux marchands pourris de la ville et aux touristes, affublés d’épithètes divers et variés selon l’humeur et le jour.
Sophie sentait alors le feu de la révolte couver en elle. Ne voyait-il pas, ce père qu’elle aimait pourtant, qu’elle le quitterait pour aller à la ville si les choses ne bougeaient pas ici ?

Un soir, Simone dit qu’on parlait dans le bourg d’un accident survenu à un arpenteur qui travaillait à la préparation du chantier. Il s’était cassé une jambe dans un chemin creux. Tout le monde avait vaguement entendu parler de cette histoire, sauf Alex et Sophie, qui avaient passé la journée à la campagne et n’avaient pas mis les pieds au village.
— Je me demande bien comment il a fait, ce couillon, pour se casser une patte à cet endroit-là ! ricanait Pierre sans lever le nez de sa soupe.
— C’est vrai, renchérissait Simone, à la rigueur se tordre la cheville, c’est plein de cailloux et d’ornières dans ce chemin, mais se casser une jambe, c’est incroyable !
— Ces gens de la ville, c’est tous des empotés, il a dû se prendre les crayons dans les pieds de son appareil, ajouta Pierre en rigolant, imité par ses deux fils, puis toute la tablée.
— Et vous savez pas ce qu’il est allé raconter aux pompiers ? s’exclama Rémi, le frère cadet de Sophie... Qu’une grosse branche d’arbre lui était tombée dessus !
Et les rires de se déchaîner autour de la table. Il avait fait une chaleur à crever toute la journée, pas un poil de vent, et ce rigolo qui voyait des branches tomber toutes seules...
Alex s’arrêta de rire avant les autres. Ils y étaient passés en fin de journée, Sophie et lui, dans ce chemin, après l’accident de l’arpenteur, poussant leurs vélos à la main. Et il la revoyait parfaitement, cette branche, en travers du passage, fraichement arrachée d’un ormeau qui mourait à droite du chemin. Ils avaient dû soulever leurs bicyclettes pour franchir l’obstacle.

L’affaire fut rapidement oubliée. Les travaux d’été aux champs occupaient une bonne partie des gens, d’autres étaient partis en vacances. Pendant ce temps Gilbert Lachaume, patron de l’entreprise du même nom, avait décidé de garder ses bureaux ouverts, pour préparer les travaux qui devaient commencer dès la rentrée. Ingénieurs, géomètres, métreurs, inspecteurs de tous poils quadrillaient quotidiennement le territoire communal.
« On n’est plus chez soi, je l’avais bien dit ! » marmonnait le père Ducret en poussant une brouette de petit bois dans le bas de la rue des Fossés. Une camionnette Lachaume venait de l’obliger à serrer à droite, lui qui, à jeun, tenait le milieu de la rue avec sa brouette depuis cinquante ans.
Nos deux amoureux croisaient à tout instant, dans les recoins les plus reculés, des hommes pressés, pas souriants, malpolis. Ils en vinrent à se demander où ils pourraient se réfugier l’année prochaine, quand ce parc de malheur aurait dévoré leurs sentiers préférés, leurs caches secrètes au cœur de fourrés rafraîchissants.
Leurs vagabondages les menèrent de plus en plus souvent dans une petite clairière tapissée d’un épais herbage, entourée de hauts arbres vénérables. Ils n’avaient jamais rencontré d’intrus dans ce coin qu’ils trouvaient délicieux. Ils s’allongeaient l’un contre l’autre dans l’herbe douce et fraîche, à contempler le ciel d’azur, un léger nuage blanc qui passe là-haut, et le lointain feuillage des arbres qu’on a pourtant l’impression de pouvoir toucher en tendant le bras.
Leurs conversations étaient faites de niaiseries, de rires, de petites chamailleries qu’un baiser terminait, et de silences... Il arrivait, rarement, qu’ils parlent d’autre chose que d’eux-mêmes. Un jour, Sophie demanda à Alex :
— Tu crois que les arbres seront toujours là, l’année prochaine ?
— Ça m’étonnerait, répondit-il avec une moue attristée. Il y aura plutôt un train fantôme, ou un vaisseau de la mort, ou alors un parking. En tout cas ça fera du bois pour l’hiver...
Sophie soupira :
— À tout prendre, je préférerais un manège pour les petits, des chevaux de bois, avec à côté un marchand de glaces et une baraque à frites !
— Mais c’est complètement dépassé, voyons... Même les enfants trouvent ça ringard ! répliqua Alex, amer.
Elle tenta de le réconforter de son mieux, faisant des projets d’avenir à deux, mais elle-même, sentant la fin des vacances approcher, se sentait le cœur un peu lourd.
Toutefois elle était belle, ils étaient amoureux, elle sut trouver les mots et les gestes qu’il fallait pour dérider son compagnon. Quelques minutes plus tard, ils étaient bien trop occupés l’un de l’autre pour prêter attention aux grincements des hauts arbres qui les entouraient, agités par un vent venu de nulle part.

Le soir, au dîner, on parla d’un nouvel incident, arrivé dans la journée à un technicien de l’entreprise Lachaume. Rémi avait été l’un des premiers à lui venir en aide, et il avait vu la voiture :
— Le toit défoncé au milieu, jusqu’aux portières, avec une branche comme ça, énorme, tombée dessus ! Incroyable... L‘arbre avait pourtant l’air sain...
Et Rémi de continuer, après quelques cuillères de potages :
— Et vous savez pas ce qu’il nous a dit, le gars ? Que le chêne s’était mis à faire un raffut du diable, les branches bougeaient dans tous les sens, craquaient, tant et si bien qu’il en est tombée une !
— C’est la chaleur qui a dû lui taper sur la carafe, affirma Pierre. Il n’y avait pas un souffle d’air, les arbres s’agitent pas comme ça tout seuls...
On rit moins que la première fois. On l’avait quand même vue, cette branche qui avait aplati la voiture du géomètre. Une chance qu’il n’ait pas été dedans. Simone, qui parlait peu d’habitude, fit remarquer qu’on entendait des bruits bizarres la nuit dans les bois alentour, depuis quelque temps. Et comme les hommes commençaient à s’esclaffer, elle s’insurgea :
— Mais je ne suis pas la seule à l’avoir entendu, je pourrais vous nommer bien des gens qui disent comme moi ! Et elle poursuivit gravement : Qui sait si la forêt ne se défend pas contre les misères qu’on lui prépare...
Les hommes voulurent se moquer d’elle, mais leurs sarcasmes n’ébranlèrent pas Simone.

La semaine suivante, il ne se passa pas une journée sans qu’un incident du même genre ne se produisît. Plusieurs personnes furent blessées, et pas seulement des techniciens ou des ouvriers de Lachaume, mais aussi un touriste qui prenait des photos dans les bois, et un employé municipal qui débroussaillait un fourré.
Tous paraissaient choqués par leur mésaventure. Les témoignages concordaient : l’impression soudaine d’une menace indéfinissable mais terriblement angoissante, puis, très vite, l’accident brutal, dans un vacarme assourdissant. Toutes les victimes prétendaient avoir été agressées, mais par qui ?
Personne ne riait plus à Saint-Aimé. Bien sûr, ici comme ailleurs, on n’est pas superstitieux. On ne croit plus depuis longtemps aux sorcières jeteuses de sorts. N’empêche ! Quand personne n’est capable de donner une explication rationnelle, qu’est-ce qui reste ? Car enfin, il en faut bien, une explication, sinon c’est encore pire... Alors des rumeurs commencèrent à circuler : unetelle avait un don pour guérir les aphtes, ne saurait-elle pas aussi jeter un sort sur le maire, sur tout le village, même ? Ou bien, c’était Lachaume qui avait le mauvais œil, un concurrent évincé plantait des aiguilles dans son effigie en chiffon.
Les plus chauds partisans du projet, inquiets, s’insurgeaient contre ces âneries. Tous les incidents affaiblissaient leur position dans l’opinion publique, et les rumeurs ne feraient qu’aggraver leur situation.
D’ailleurs beaucoup d’opposants, comme Pierre Sagard, étaient aussi irrités de ces rumeurs. Maintenant qu’elle était là, mieux valait laisser la gendarmerie faire son enquête et attendre le résultat.
En effet, aux agents de Lachaume s’étaient ajoutés les gendarmes sur les routes et les chemins environnants, et quelques journalistes venaient humer les premières effluves de sensationnel.
Alex et Sophie les croisaient sans plus les voir. C’étaient les derniers jours de vacances, leurs derniers jours ensemble. Ils n’avaient plus le temps de penser à autre chose qu’aux quelques heures de bonheur qu’il leur restait, et ils étaient bien les seuls à ne pas être oppressés par cette avalanche d’accidents... Les seuls à oser encore se promener dans les chemins de la forêt, sans hâter le pas en jetant des regards inquiets de droite et de gauche.
Ils passaient de longs moments dans leur clairière favorite, qui, curieusement, restait épargnée par les visites et inspections des géomètres.
La chaleur devenait étouffante sur la région quand, enfin, l’orage éclata une nuit, un de ces gros orages qui annoncent la fin de l’été. On ne dormit pas beaucoup cette nuit-là sous les toits de Saint-Aimé : aux coups de tonnerre venait se mêler le hurlement de la tempête qui tordait les arbres et les faisait grincer, gémir affreusement.

Le lendemain, l’air était plus frais, plus léger, et le soleil faisait son grand retour dans un ciel nettoyé. Les villageois se sentaient mieux, comme libérés, débarrassés de leur tension des jours précédents.
Les deux amoureux partirent tôt sur leurs bicyclettes, le cœur un peu serré : plus que trois jours ensemble... Ils roulèrent longtemps, refirent les routes, les sentiers empruntés durant ces semaines de bonheur. Et tout naturellement ils se retrouvèrent l’après-midi dans « leur » clairière, sous leur chapiteau de verdure, à l’abri des vénérables hêtres.
L’orage avait fait des dégâts, des branches mortes gisaient sur l’herbe. Ils s’allongèrent sur leur couche fleurie, plus silencieux que d’habitude. Les mots venaient difficilement, posés entre de longs silences, bercés par le bruissement des feuillages.
— Tu m’écriras ? demanda Sophie timidement, mais sûre de la réponse.
— Tous les jours, jura Alex en se disant qu’il téléphonerait : il entendrait ainsi la voix aimée, et surtout il doutait de sa capacité à renouveler chaque jour son inspiration poétique.
— D’ailleurs ça ne sera pas trop long, à la Toussaint, à la Noël au plus tard, je te rejoindrai. J’aurai eu le temps de convaincre mes parents de me laisser partir, d’ici là.
Alex ne répondit pas tout de suite. Un sourire lui donna le temps de réfléchir, un instant. Il lui semblait que Sophie brûlait les étapes. Ce n’était pas une question d’argent : son travail leur permettrait de subsister, et il savait pouvoir compter sur ses parents en cas de besoin. Mais, plus encore que la rupture avec le confort de sa vie de célibataire, c’est pour Sophie qu’il craignait le déracinement et l’exil dans une ville inconnue, dans un milieu d’étudiants si différent du petit monde de Saint Aimé.
— Tu es sûre que ton père ne va pas t’enfermer dans ta chambre jusqu’à ce que tu m’oublies ? finit-il par lui demander.
— Mais non, je le connais ! Il crie un peu mais il n’a jamais rien su me refuser...
Ils regardèrent le ciel pur et calme à travers les trouées du feuillage. D’où ils étaient, les branches paraissaient entraîner les troncs dans leur balancement régulier et gémissant, juste au-dessus d’eux. Une vague inquiétude s’emparait d’Alex.
Après quelques instants Sophie poursuivit, élevant la voix :
— De toute manière, je n’ai plus envie de travailler au parc d’attraction. Et d’ici la Toussaint tous les bois seront rasés, et à Noël on ne reconnaîtra plus Saint-Aimé, le parc sera en chantier et il y aura des parkings et des routes partout ! Je préfère ne pas voir ça... Elle criait presque.
Alex ne trouva rien à dire. Il regardait le ciel. Le malaise s’accentuait. Il serra Sophie contre lui, ne quittant pas les branchages des yeux. Quelque chose d’anormal se passait. Les gémissements des arbres étaient devenus des grincements sinistres, les branches se tordaient dans tous les sens, les troncs se balançaient sous l’action d’une véritable tempête.
Ils ne sentaient aucun souffle sur leur visage, et le ciel était toujours aussi serein. Mais les oiseaux ne chantaient plus, n’étaient plus là.
— Mais qu’est-ce qui se passe ? s’écria Sophie, en se serrant plus fort contre Alex, les hurlements des arbres couvrant sa voix. Le garçon se redressa. Est-ce qu’il devenait fou ? Il voyait nettement les branches, les troncs se plier, se tordre vers eux, et se sentait étouffer sous la menace de ces géants devenus hostiles, qui les encerclaient.
Sophie poussa un cri : la branche la plus proche s’était projetée sur elle dans un affreux grincement. La jeune fille avait pu se jeter en arrière, et la grosse branche gisait à ses pieds, arrachée à l’arbre qui se tordait de plus belle.
— Sauvons-nous ! lança Alex, entraînant sa compagne hors de la clairière. Au même instant, une autre branche écrasait leurs vélos couchés sur l’herbe. Ils coururent plusieurs minutes avant de s’apercevoir que tout était redevenu calme, le long de la petite route qui sortait de la forêt. Sans parler, se tenant par le bras et titubant parfois, ils marchèrent jusqu’à la ferme.

Simone ne comprit rien à leurs propos, plutôt décousus ; elle courut chercher Pierre et les garçons qui travaillaient aux champs. Ceux-ci se rendirent à la clairière en compagnie du maire qu’ils avaient alerté.
Arrivés sur place, ils trouvèrent les vélos enroulés autour d’une énorme branche, deux autres branches de même calibre écrasées dans l’herbe, et tous les arbres alentour endommagés, les troncs blessés, tordus...
Le maire, qui pensait à des actes de malveillance contre son projet, prévint les gendarmes qui interrogèrent Alex et Sophie. Leur récit fut cette fois plus cohérent, mais embarrassa fort le maréchal des logis chargé de l’enquête.

Le lendemain, Gilbert Lachaume, venu rassurer tout le monde et reprendre fermement la direction des opérations, n’arriva pas à Saint-Aimé. Sur la route, à un kilomètre du bourg, son beau 4X4 Mercedes noir aux vitres teintées fut aplati par une énorme branche de platane.
On enterra Gilbert Lachaume et le projet de parc de loisirs le jour du départ d’Alex. Les deux amoureux n’étaient pas retournés dans les bois.


Ils se sont mariés, ont deux enfants et ils vivent en ville, à quelques centaines de kilomètres de Saint-Aimé, où ils passent deux semaines tous les étés. Ils sont même retournés se balader en forêt, après plusieurs années d’hésitations. Mais ils ont frissonné lorsqu’ils sont arrivés à leur clairière abandonnée.
Pourtant, plus aucun incident n’est survenu dans les environs depuis le décès de Lachaume. La forêt a pansé ses plaies et Saint-Aimé est redevenu un petit bourg paisible, où plus rien ne se passe.
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(Short Editions)

18:01 Publié dans NOUVELLES | Lien permanent | Commentaires (0)

07/02/2017

PARADIS DES OISEAUX

Merci à D.Merlen!

 

18:14 Publié dans NATURE | Lien permanent | Commentaires (1)

11/06/2016

LE TYROL

LE TYROL DANS TOUTE SA SPLENDEUR

 

                                          LE TYROL

17:54 Publié dans NATURE | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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