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20/08/2017

HOMMAGE DE KTO À MGR LUSTIGER

HOMMAGE DE KTO À MGR LUSTIGER

07/08/2017

CONVERSION FULGURANTE


Conversion fulgurante : Israël Zoller ou la promesse de la synagog

par Isabelle Cousturié

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À l'issue de la Seconde Guerre mondiale et de sa conversion soudaine, le Grand Rabbin de Rome demande le baptême. Il prend pour prénom Eugenio, en l'honneur de Pie XII et en reconnaissance de son action en faveur des juifs durant la guerre.
Israël Zoller, dont le nom fut italianisé en Zolli sous les lois antisémites de Mussolini, est né en 1881, à Brody en Galicie (sud-est de la Pologne), aux confins de l’empire austro-hongrois. Sa mère, qui descend d’une longue lignée de rabbins, rêve pour lui du rabbinat. Il accomplit des études supérieures à Vienne, puis à Florence, et parallèlement assiste aux cours du collège rabbinique de la ville. En 1918, il est nommé à 39 ans à peine grand rabbin de Trieste — alors un des centres israélites les plus importants d’Europe — fonction qu’il assumera une vingtaine d’années. En 1939, alors que l’Europe va basculer dans la guerre, il devient grand rabbin de Rome. Lorsque l’Allemagne occupe une large partie de l’Italie en 1943, la communauté juive locale entre à son tour dans le cycle infernal des déportations et des exécutions de masse perpétrées par les nazis et leurs complices.
L’apparition soudaine
Dans cette tourmente, le Christ apparaît subitement au Grand Rabbin en octobre 1944, alors qu’il se trouvait à l’intérieur de la grande synagogue romaine, le jour de Yom Kippour (expiation) :

« Ce fut comme si un brouillard se glissait peu à peu à l’intérieur de mon âme. Il devint plus dense, et je perdis le contact avec tous ceux m’entouraient (…) Soudain, je vis avec les yeux de l’esprit, une grande prairie, et, debout au milieu de l’herbe verte, se tenait Jésus revêtu d’un manteau blanc… À cette vue, j’éprouvai une grande paix intérieure, et au fond de mon cœur, j’entendis ces paroles : “Tu es ici pour la dernière fois. Désormais, tu me suivras”. Je les accueillis dans la plus grande sérénité et mon cœur répondit aussitôt : “Ainsi soit-il, ainsi le faut-il”… Une heure plus tard, après le souper, dans ma chambre, ma femme me déclara : “Aujourd’hui, tandis que tu te tenais devant l’Arche de la Torah, il me semblait que la figure blanche de Jésus t’imposait les mains, comme s’Il te bénissait”. J’étais stupéfait… À ce moment là, notre plus jeune fille, Myriam, qui était retirée dans sa chambre et n’avait rien entendu, m’appela pour me dire : “Vous êtes en train de parler de Jésus-Christ. Tu sais, Papa, ce soir j’ai vu en rêve un grand Jésus tout blanc”. Je leur souhaitai une bonne nuit à toutes les deux et, sans aucune gêne, je continuai de réfléchir à la concordance extraordinaire des événement ».
L’appel de Dieu ne se refuse pas
Quelques jours plus tard, le Grand Rabbin renonce à sa charge et va trouver un prêtre pour être instruit des vérités de la foi. Sa conversion est décidée car, expliquera-t-il plus tard dans ses Mémoires, quand Dieu vous appelle il faut répondre :
« Un homme ne choisit pas le moment de sa conversion, mais il est converti lorsqu’il reçoit cet appel de Dieu. Alors, il n’y a plus qu’une chose à faire  : obéir. Rien de prémédité, rien de préparé  : il n’y avait que l’Amant, l’Amour, l’Aimé. C’était un mouvement venant de l’Amour, une expérience vécue en la lumière tempérée par l’Amour  ; tout était accompli en la connaissance que l’Amour accorde ».
Après le baptême, précarité et calomnies
Le 13 février 1945, alors que les Allemands ont été repoussés de la majeure partie du sol italien il reçoit donc le sacrement du baptême et choisit comme prénom chrétien celui d’Eugenio, en signe de gratitude envers le pape Pie XII pour son action déterminante en faveur des juifs pendant la guerre. Son épouse, Emma, est baptisée avec lui, et leur fille, Myriam, suivra ses parents après un an de réflexion personnelle. Une décision qui ne fut pas sans conséquence : Eugenio Zolli se retrouve tout à coup confronté à de graves problèmes de subsistance — une situation, dit-il, qu’il accepta avec le plus grand détachement : « Je demande l’eau du baptême et rien de plus. Je suis pauvre et je vivrai pauvre. J’ai confiance en la Providence » – et à une pluie de calomnies, selon lesquelles il se serait converti par intérêt. Par intérêt ? Sa pauvreté fut sa réponse : « Aucun motif intéressé ne m’a amené à faire cela ; lorsque ma femme et moi embrassâmes l’Église, nous perdîmes tout ce que nous avions au monde. Nous devons maintenant nous procurer du travail ; Dieu nous aidera ». D’ailleurs, confie-t-il dans ses Mémoires, « les juifs qui se convertissent aujourd’hui, comme à l’époque de saint Paul, ont tout à perdre en ce qui concerne la vie matérielle et tout à gagner en vie de la grâce ».
Et lorsqu’on demandait à Zolli pourquoi il avait renoncé à la synagogue pour entrer dans l’Église, il n’hésitait pas une seconde :
« Mais je n’y ai pas renoncé. Le christianisme est l’achèvement de la synagogue. Car la synagogue était une promesse et le christianisme, l’accomplissement de cette promesse. La synagogue indiquait le christianisme ; le christianisme présupposait la synagogue. Ainsi, vous voyez que l’une ne peut exister sans l’autre. Ce à quoi j’ai été converti, c’est au christianisme vivant. »
« Le converti comme le miraculé… »
Son baptême était en effet pour Eugenio Zolli l’aboutissement d’une longue évolution spirituelle :
« Cet événement, dans mon âme, était comme l’arrivée d’un hôte bien-aimé. Je commençais seulement à entendre la voix du Christ exprimée plus clairement et plus fortement dans les Évangiles. Dans mon âme, Dieu ne se révélait point par les moyens de la tempête ni du feu, mais à travers un doux murmure… Je devenais conscient d’un Dieu que j’aimais, un Dieu qui veut qu’on L’aime et qui Lui-même aime… Le converti, comme le miraculé, est l’objet (celui qui reçoit), et non le sujet (l’auteur) du prodige. Il est faux de dire de quelqu’un qu’il s’est converti, comme s’il s’agissait d’une initiative personnelle. Du miraculé on ne dit pas qu’il s’est guéri, mais qu’il a été guéri. Du converti, il faut en dire autant ».
Eugenio Zolli meurt le 2 mars 1956. Pour de nombreux historiens incontestés, son témoignage sur l’aide, des bienfaits et du soutien apportés par l’Église auprès des victimes de la Shoah, fut déterminant pour dénouer la controverse sur « le silence » du Saint-Père, face aux atrocités nazies, mais son grande message aujourd’hui fait appel surtout à « un renforcement du lien qui unit spirituellement les juifs et les chrétiens depuis toujours
(ALETEIA)

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04/08/2017

- 4 AOÛT 2007 : MORT DU Cal LUSTIGER

Jean-Marie LUSTIGER, converti et baptisé à Orléans par Mgr COURCOUX, fut aussi un éphémère évêque d'Orléans, avant d'être nommé archevêque de Paris. Nous honorons ce 4 août 2017 le 10ème anniversaire de sa mort.

 

07/07/2017

SSIMONE VEIL


Avec Simone Veil, morte le 30 juin, disparaît un grand témoin du XXe siècle.

 

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La tragédie des camps de concentration, la lutte des femmes pour l’égalité et la volonté de construire l’Europe. Telle fut la triple obsession de Simone Veil, décédée le 30 juin, chez elle, à Paris, à l’âge de 89 ans. Ceux qui ont eu la chance de la croiser et de partager ses combats soulignent unanimement la force de conviction qui se dégageait de sa personne. Une détermination qui lui permit de faire adopter la loi, aujourd’hui encore controversée, sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et la dépénalisation de l’avortement. Son opiniâtreté à défendre ce texte, adopté en 1975, lui vaudra bien des attaques.

Comment ne pas se souvenir de la photo prise à l’Assemblée nationale, lors de l’intervention d’un député hostile à la loi, où l’on voit Simone Veil pleurer, la tête entre les mains, sous les propos injurieux ? Ancien maire de Versailles et député UMP des Yvelines, Etienne Pinte se souvient de cette période houleuse. « Je côtoyais Simone Veil tous les jours. Son texte sur l’IVG fut, pour moi, un cas de conscience déchirant. Nous étions du même parti mais, chrétien convaincu, le terme d’avortement m’effrayait. Dans un tête-à-tête, je l’ai priée d’ajouter les mots « interruption volontaire de grossesse dans des cas de détresse » (ce qui fut fait, NDLR).»

Quand ses collègues, hostiles à cette loi, lui demandaient ce qu’il pouvait bien trouver à Simone Veil, Etienne Pinte répondait : « Sa beauté, sa prestance. Elle n’était pas seulement une jolie femme, elle respirait l’intelligence, elle était dotée d’une incroyable charge d’âme. Et puis nous avions un point commun : la Résistance. Mon père avait été gaulliste de la première heure. Comme elle, ma famille avait connu l’horreur des camps. Cela nous rapprochait. Nous avions horreur de l’injustice.»

Les droits des femmes furent donc un des grands combats de Simone Veil. Françoise Gaspard, ancienne députée socialiste d’Eure-et-Loir (1981-1988) et féministe de la première heure, confie que, pour les mouvements de libération des femmes, « Simone Veil était inattaquable. Son passé de rescapée des camps, sa rigueur et son honnêteté politique étaient admirés par les plus progressistes. Ses prises de position en faveur des femmes avaient dix ans d’avance ».

Mais d’où lui venait ce goût de la réforme et de la révolte sociale, elle qui avait grandi dans une famille plutôt conservatrice ? Les nombreux témoignages de ses proches convergent : Simone possédait un esprit d’indépendance inouï. Enfant, elle était la seule à oser tenir tête à son père, un homme très autoritaire. En politique, ses uniques maîtres furent la justice et le droit. « Elle croyait aux idées plus qu’aux idéologies », dit d’elle sa tante Suzanne Weismann (1).

Ministre de la Santé sous Valéry Giscard d’Estaing (1974-1979), ministre des Affaires sociales de François Mitterrand (1993-1995), elle appuya la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, avec la même conviction. Née le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes), Simone Jacob est la benjamine d’une fratrie de quatre enfants. Une enfance choyée qu’elle raconte dans sa biographie (2) : « Les photos conservées le prouvent : nous formions une famille heureuse. Nous voici, les quatre frère et sœurs, serrés autour de maman. Quelle tendresse entre nous ! » confie Simone Veil.

André, son père, architecte de talent, reçoit le Prix de Rome en 1919. Sa mère, Yvonne, s’occupe non seulement de ses enfants, mais aide aussi des familles frappées par la crise économique des années 1930. Simone héritera de la générosité maternelle, l’aiguillon qui l’aidera à conduire ses missions.

Si les fées s’étaient penchées sur son berceau, le bonheur fut de courte durée. Simone est frappée très tôt par la tragédie. Dès 1940, les lois anti juives l’obligent à quitter le giron familial pour aller vivre à Carcassonne (Aude) avec ses trois frère et sœurs. À 13 ans, elle connaît ainsi sa première rupture. Des années terribles, qu’elle passe dans la clandestinité, sous un nom d’emprunt. Elle s’accroche et réussit tout de même son baccalauréat, avant d’être arrêtée le 30 mars 1944 par la police française. Elle est déportée, avec ses parents, frère et sœurs.

La famille est dispersée dans différents camps de la mort. Elle se retrouve à Auschwitz-Birkenau (actuelle Pologne). Au milieu de l’horreur, elle lutte pour rester digne. Sa compagne de captivité, Anne-Lise Stern, raconte qu’elle était « la seule à se laver le visage après une journée de travail sous le fouet des gardes-chiourme du camp ». Simone ne reverra jamais son père et son frère Jean, morts en déportation, quelque part en Lituanie. Sa mère mourra du typhus en mars 1945.

À la Libération, Simone a 18 ans. La volonté de témoigner de l’horreur décuple sa volonté. L’envie de vivre et le goût de la justice ne la quitteront jamais. La justice surtout ! Est-ce pour cette raison qu’elle s’inscrit, dès son retour à Paris en 1945, à la faculté de droit ? Elle y rencontre son futur mari, Antoine Veil (mort en 2013), futur inspecteur des finances, qu’elle épouse l’année suivante. Trois fils naîtront de leur union.

Brillante, opiniâtre, travailleuse, Simone Veil, ses études terminées, choisit d’être magistrat plutôt qu’avocate, par passion pour les affaires publiques. Elle se distingue par son talent. « Quand elle s’était décidée à défendre une cause, elle ne lâchait jamais rien, se remémore Jean d’Ormesson, qui la côtoya à l’Académie française. Elle avait le don de rester ferme sans jamais élever le ton, s’emporter ou être blessante envers un adversaire. » En 1970, elle est élue secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, un poste où elle se fait remarquer par Valéry Giscard d’Estaing, le futur président de la République. C’est le début de sa carrière politique. En 1974, ce dernier, élu Président, la nomme ministre de la Santé. C’est à ce poste qu’elle s’engage pour faire adopter la loi sur l’IVG.

Le troisième grand épisode de la vie de Simone Veil sera la construction de l’Europe. En 1979, c’est elle qui conduit la liste de l’Union pour la démocratie française (UDF) aux premières élections européennes. Simone Veil, qui a vécu l’horreur de la guerre et des camps, est viscéralement attachée aux idées d’une Europe unie et forte. Présidente du Parlement européen (1979-1982), elle cite souvent les Pères de l’Europe, Jean Monnet et Robert Schumann. Comme eux, elle œuvre au rapprochement franco-allemand, base sur laquelle se construira la future Europe. Elle en est persuadée.

Lors de sa réception à l’Académie française, en 2010 – elle fut la sixième femme de l’Histoire à revêtir l’habit vert brodé d’or -, elle fait graver sur son épée d’immortelle son matricule de déportée (78651, tatoué sur son avant-bras) ainsi que deux devises : celle de la République française - « Liberté, égalité, fraternité » - et celle de l’Union européenne -« Unis dans la diversité ». « Elle avait compris bien avant tout le monde que l’Europe était l’avenir de la France », estime Valéry Giscard d’Estaing.

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Les discours de Simone Veil sont réunis dans Mes combats, Éd. Bayard, 474 p. ; 19,90 €.

(1) Dans Simone Veil Destin, de Maurice Szafran, Éd. Poche/ J’ai lu, 381 p. ; 6,70 €.

(2) Simone Veil, une vie, Éd. Le livre de poche, 343 p. ; 7,60 €.
(Pèlerin)

04/03/2017

EDITH STEIN (ALETEIA)


Edith Stein : l’extraordinaire histoire d’une carmélite d’origine juive exécutée à Auschwitz


Connue sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix, Jean-Paul II la proclama sainte de l’Église Universelle.

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« L’Esprit de Dieu est sens et force. Il donne à l’âme une nouvelle vie, il la rend capable de ce qu’elle n’aurait pu entreprendre par sa seule nature […] »
Il y a des âmes sur terre qui ne trompent pas. Le regard profond et sincère de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix contemple en toute intimité le Verbe incarné en Vérité. Au cours de son expérience de vie, conciliant la foi et la raison, elle découvrit que tout être est animé par la force de l’Éternel. Elle est « une âme ivre de Dieu et perdue en lui » écrit Lucy Gelber. Mais elle est avant tout, pour l’Église Universelle, le témoignage d’un cœur consumé par l’Amour du Christ crucifié.
Il était une fois : Édith Stein…
Breslau, le 12 octobre 1891… Jour de la fête de Kippour, Siegfried et Augusta Stein accueillaient leur dernière enfant : Édith. Elle grandit dans une famille juive pieuse de la Haute-Silésie où la figure maternelle allait avoir un impact important dans sa vie. Car Monsieur Stein rendit son dernier souffle entre Frauenwaldau et Goschütz, un jour de juillet 1893, alors qu’il fit un voyage d’affaires sous un soleil de plomb. Édith âgée de deux ans écrit qu’elle était dans les bras de sa mère lors de ce dernier adieu qu’elle fit à son père, tandis qu’il prit la route pour ne jamais revenir. Après la mort de Siegfried Stein, la famille toute entière fit face à des difficultés économiques. Mais Augusta Stein, en bon chef de famille, fit tout ce qui était nécessaire afin de redresser la situation financière tout en élevant ses sept enfants.
De son enfance, nous savons qu’Édith était une petite fille agile, délicate et toujours pâlichonne, elle manifesta très tôt sa soif de connaissance. Son entourage s’étonnait d’ailleurs qu’elle puisse être un « puits de sagesse » à son jeune âge. Elle se souvient que pendant les premières années de sa vie « elle était d’une pétulance de vif-argent, toujours en mouvement, débordant d’idées drôles, effrontée et fourrant partout son grain de sel, et avec cela montrant une volonté que rien ne pouvait ébranler, piquant des colères lorsque sa volonté rencontrait un obstacle ». Édith avait toutes les qualités d’une fille ordinaire : drôle, énergique, colérique… Mais déjà une ténacité vive se ressentait.
La soif de connaissance d’Édith se fit sentir lorsque sa sœur, Erna, avait commencé à aller à l’école. Ne pouvant pas la suivre, Édith fut donc inscrite, contre son gré, dans un jardin d’enfants. Cette décision l’a rendue bien malheureuse, estimant cela comme au-dessous de sa « dignité » et considérant que seule l’école allait fournir à son esprit vif une « nourriture solide ». En 1896, avec l’aide de sa sœur aînée, Else, Édith fit son entrée à la « grande école » de Viktoria où elle excella et ses matières préférées étaient l’allemand et l’Histoire.
En 1911, Édith entra à l’Université de Breslau. Elle avait une passion pour l’Histoire, la littérature, la philosophie… Et pendant un temps, elle s’intéressa à « la psychologie expérimentale ». Mais elle se rendit compte que cette matière était très « ennuyeuse » et « ridicule », car la psychologie était encore à ses balbutiements. C’est pourquoi elle s’orienta définitivement vers le courant philosophique de la phénoménologie…

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Édith en toute « empathie ».
C’est par l’intermédiaire d’un ami qu’Édith découvrit la phénoménologie. Elle part à Göttingen en 1913 pour se former auprès de celui qu’elle appelait le « maître » : Edmond Husserl (1859-1938). Ce courant philosophique s’intéresse à l’étude des phénomènes par le prisme de l’expérience vécue. Trois philosophes ont joué un rôle majeur dans le façonnement de sa pensée : Edmond Husserl, Max Scheler (1874-1928) et Adolf Reinach (1883-1917). Aller au cœur des phénomènes et de l’expérience de vie personnelle, voilà ce qu’Édith voudrait étudier. C’est donc de manière évidente qu’elle choisit comme sujet de thèse l’Einfühlung que l’on traduit par l’empathie. L’empathie, selon elle, est cette faculté de saisir des valeurs issues des expériences vécues d’autrui et de les traduire en une unité de sens compréhensible pour soi. Cette thèse, même si Édith l’a obtenu avec la mention summa cum laude, a été une rude épreuve puisque l’écriture s’est faite lorsque la Grande Guerre éclatât…
En effet, en 1914, voyant tous ses amis s’engager, Édith prit également part à cette guerre en devenant infirmière bénévole au sein de la Croix-Rouge. Elle fut envoyée dans un hôpital militaire à Mährisch-Weisskirchen. Confrontée à la mort, elle fit face de manière quotidienne à l’agonie des blessés. Ambiance austère, pesant et pleine de tensions… Cette expérience en tant qu’infirmière elle le raconte avec beaucoup d’émotions dans Vie d’une famille juive : « J’étais de garde de nuit depuis quelques jours lorsqu’un soir, à mon arrivée dans le service, les infirmières me reçurent avec la nouvelle qu’un mourant venait d’être admis ; elle l’avait gardé pour que je veille sur lui pendant la nuit. On m’enjoignit de lui faire une piqûre de camphre toutes les heures. Pendant plusieurs nuits, j’entretins ainsi à grand-peine jusqu’au matin la petite étincelle de vie en lui […] Je surveillais, de ma place, sa respiration – brusquement elle s’arrêta. J’allais jusqu’à son lit : le cœur ne battait plus ».
À cette dure réalité de la guerre, s’ajoutait la mort d’Adolf Reinach survenue en novembre 1917. Au cours du conflit, alors plongé dans l’horreur des tranchées, Adolf Reinach fit la découverte intime de Dieu. De cette découverte, il prit la plume pour traduire en termes philosophiques son expérience avec cet Être qui sonde intimement nos âmes à chaque instant. C’est en ce sens qu’Édith fut marquée par la figure d’Adolf Reinach.
Sur le chemin de la Vérité !
Un été à Francfort et en compagnie de Pauline Reinach, la sœur d’Adolf, Édith a été confrontée pour la première fois à une situation bien particulière puisqu’elle observe une femme catholique en prière. Son souvenir est intact : « Nous sommes entrées pour quelques minutes dans la cathédrale et, pendant que nous nous tenions là dans un silence respectueux, une femme est entrée avec son panier à provisions et s’est agenouillée sur un banc pour une courte prière […] Là, quelqu’un venait, au beau milieu de ses occupations quotidiennes, dans l’église déserte comme pour un entretien intime. Je n’ai jamais pu l’oublier ». En bon phénoménologue, Édith tenta d’analyser cette situation par empathie. Elle défini ainsi la prière comme un « entretien intime »…
En 1921, une lecture va profondément bouleverser le court de sa vie : sainte Thérèse d’Ávila. Édith reconnait à travers les lignes majestueuses du Livre de la Vie de cette sainte de l’Espagne du Siècle d’Or, un témoignage vrai et sincère, celui d’un cœur consumé de l’intérieur par la présence de Dieu. Si bien que la légende voudrait qu’en ayant achevé la lecture de ce joyaux spirituel, Édith s’est exclamée en disant : « Ceci est la vérité » ! Quoi qu’il en soit, le 1er janvier 1922, dans la petite église de Begzabern, Édith fut baptisée par le père Breitling, prenant le nom de Thérèse Hedwige en hommage à sainte Thérèse d’Ávila et sa marraine, Hedwige Conrad-Martius. Le lendemain, elle fut confirmée par Monseigneur Ludwig Sebastian, évêque de Spire. Dès lors, elle fit part de sa volonté intérieure d’entrer dans l’Ordre du Carmel. Mais son père spirituel de l’époque, le père Schwind, lui conseilla de prendre un poste d’enseignante à l’internat des dominicaines de Spire. C’était un vieux et grand couvent où se trouvait gravé sur le fronton un mot d’une très grande importance dans le cœur d’Édith : Veritas…
D’autres saints ont aussi eu un impact dans sa vie intellectuelle et spirituelle, tels sainte Élisabeth de Hongrie, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte de Face… Ou encore saint Thomas d’Aquin pour qui la lecture est une autre étape décisive. Saint Thomas d’Aquin est avant tout une figure philosophique éminente qui croit en l’Être divin et en son Amour. À travers sa démarche intellectuelle, ne recherchant que la Vérité, il ne désire qu’une chose : servir Dieu. C’est comme cela qu’Édith entendait mener ses travaux philosophiques.
Mais la montée du nazisme la prive de mener sa profession d’enseignante en raison de son origine juive. Soit ! Si telle était la volonté de Dieu, alors le temps est venu de réaliser son rêve : entrer au Carmel !
« Secretum meum mihi » : Mon secret est à moi…
Le jour de la fête de sainte Thérèse d’Ávila, le 15 octobre 1933, Édith franchit le seuil du Carmel… Car c’est au Carmel qu’elle trouva en toute intimité le Dieu d’Amour pour qui elle voulait se donner entièrement. En avril 1934, elle reçu l’habit et devint sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Quatre ans plus tard, en avril 1938, elle fit sa profession perpétuelle. Entre les murs de son couvent, dans le silence et la contemplation, elle composa un de ses chefs d’œuvres philosophiques, L’Être fini et l’Être éternel. De même, à la suite de saint Jean de la Croix, elle poursuivit sa quête du Tout-Puissant en intériorisant le mystère de la passion de Notre Seigneur. Elle commenta alors la Monté du Carmel et la Nuit Obscure, Vive Flamme d’Amour et le Cantique Spirituel, cherchant à saisir l’unité de l’être de Saint Jean de la Croix. Sous sa plume, la Science de la Croix est avant tout une science de l’Amour, car c’est par la croix que l’âme parvient à être transformée en Dieu. Dans la plénitude du Carmel, elle expérimenta tout un univers insaisissable à toute logique d’entendement. Son secret : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes forces ». Pour sœur Bénédicte, la découverte de l’Être éternel est l’aboutissement d’une quête à la fois intellectuelle, existentielle et spirituelle.
Le nazisme gagnant du terrain, et particulièrement hostile aux juifs, sœur Bénédicte se vit dans l’obligation de quitter l’Allemagne pour le couvent d’Echt en Hollande. Là-bas, elle rédigea un acte d’offrande où elle manifeste son désir de « s’offrir au Cœur de Jésus comme victime d’expiation pour la vraie paix ». Ne reniant en aucun cas ses origines juives, elle se considérait à la fois comme fille d’Israël et fille de l’Église catholique. Mais la Gestapo vint jusqu’à la porte de son couvent pour l’arrêter, elle et sa sœur Rosa, qui s’était convertie et était membre du tiers ordre du Carmel. Avec courage et une foi infaillible, sœur Bénédicte consola Rosa, lui murmurant à l’oreille : « Viens, nous allons pour notre peuple » ! Toutes deux furent ainsi transportées à Auschwitz où elles arrivèrent le 9 août 1942, remettant humblement leurs vies dans les mains de l’Éternel…
Dans Vie d’une famille juive, elle écrit : « Je rêvais de bonheur et de gloire car j’étais convaincue que j’étais destinée à quelque chose de grand ». Le courage qu’elle a eu de se tenir debout dans les ténèbres de ce monde, pour la seule gloire de Dieu, est un témoignage inestimable pour l’Église. Saint Jean-Paul II porta le destin de cette femme au rang des plus grands en la proclamant sainte de l’Église Universelle et la reconnaissant martyre. Benoît XVI, quant à lui, voit dans cette figure le témoin de la Vérité et la considère comme une « lumière dans une nuit de ténèbres ».
Ô Sainte Thérèse ! Vous qui êtes bénie par le mystère de la Croix, daignez intercéder pour nous auprès du Christ afin qu’Il nous conduise, comme Il vous a conduit sur le chemin de Vérité avec sagesse…
Aleteia

 

 
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