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13/10/2018

BIOETHIQUE

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“La dignité de la procréation”, synthèse de la déclaration des évêques sur l’assistance médicale à la procréation
20 septembre 2018, synthèse du document des évêques de France sur la régulation juridique des techniques d’assistance médicale à la procréation


Afin d’offrir leur contribution au débat, « en proposant un discernement éthique posé en raison » et dans un esprit de dialogue, les évêques de France ont signé une déclaration sur la régulation juridique de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Rendu public le 20 septembre 2018, le document « La dignité de la procréation » est le fruit d’un travail pour lequel plusieurs expertises ont été sollicitées, explique dans son introduction Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail sur la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France. Un texte, explique-t-il encore, qui « prend en compte sur les principes éthiques et juridiques fondamentaux du “modèle français de bioéthique”, qui sont rappelés par le Conseil d’État ». Ce texte est également attentif à l’expression des citoyens formulée au cours des états généraux de la bioéthique. Une synthèse de la déclaration des évêques de France a été intégrée en fin d’ouvrage afin « d’entrer dans le dialogue ». C’est cette synthèse que La Documentation catholique propose ci-dessous.

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Donner la vie à un enfant est une expérience des plus fortes, une source d’émerveillement des plus profondes, une responsabilité des plus grandes. Les traditions bibliques considèrent l’enfant comme un don et une bénédiction de Dieu. Aussi, l’Église catholique se veut attentive au désir d’enfant et à la souffrance due à l’infertilité. Elle encourage les recherches qui visent à prévenir cette infertilité ou à la guérir. Elle insiste sur l’accueil et le respect bienveillants dus aux enfants, quels que soient les moyens utilisés pour leur venue au monde.
À l’occasion de la révision des lois relatives à la bioéthique, des projets d’accès aux techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) pour des couples de femmes ou pour des femmes seules ont été formulés et mis en débat. En tant qu’évêques de France, à l’écoute respectueuse des personnes et de leurs situations de vie, nous souhaitons apporter notre contribution à ces débats en proposant un discernement éthique posé en raison. Nous le faisons dans un esprit de dialogue où sont présentés les arguments.


Valeur et norme fondamentales de la procréation
• La dignité de la personne inclut la procréation
Le Conseil d’État a rappelé que la « dignité » est placée « au frontispice » du cadre juridique de la bioéthique française et qu’elle a une « valeur constitutionnelle ». Il a souligné également qu’« une conception particulière du corps humain » en « découle » et que « l’enveloppe charnelle est indissociable de la personne ». La dignité de la personne inclut donc le processus de la procréation – conception et gestation – où se développe notamment son corps.
• La procréation ne doit s’apparenter ni à une fabrication, ni à une marchandisation, ni à une instrumentalisation
Puisque toute personne, quelle qu’elle soit, a une dignité, elle doit être traitée comme une fin et jamais comme un simple moyen. Procréer, c’est désirer faire advenir une personne en la voulant pour elle-même. Aucune souffrance relative au désir d’enfant ne peut donc légitimer des procédés de fécondation et des modalités de grossesse qui s’apparenteraient à une fabrication, une marchandisation ou une instrumentalisation d’un être humain au service d’autres êtres humains, ou encore au service de la science ou de la société.
• La souffrance liée au désir d’enfant doit être accompagnée
La souffrance liée au désir d’enfant ne peut être ni minimisée ni abordée par le seul remède de la technique. Nous souhaitons le développement d’un accompagnement qui soit respectueux des personnes concernées, qui sache les informer loyalement pour que leurs décisions soient prises en conscience, de façon éclairée, et qui porte le souci de la dignité de la procréation.
Principaux problèmes éthiques liés aux pratiques actuelles de l’AMP
La loi actuelle encadre les techniques d’AMP en cherchant à calquer les structures fondamentales de la procréation naturelle, en particulier la double lignée paternelle et maternelle. C’est tout l’intérêt du modèle bioéthique français. Cependant, la mise en œuvre de ces techniques pose des problèmes éthiques dont la gravité diffère en fonction des types de dissociation qu’elles opèrent : corporelle (fécondation hors corps), temporelle (congélation des embryons) et personnelle (intervention d’un tiers donneur). Les trois principaux problèmes éthiques sont les suivants :
• Le devenir des embryons humains « surnuméraires »
Le devenir des embryons humains « surnuméraires » est soumis à l’appréciation des conjoints. Selon leur « projet parental », ils sont implantés pour devenir des enfants, ou détruits, ou remis à la recherche, ou encore donnés pour être accueillis par un autre couple. Pouvant tous conduire à une naissance, ces embryons sont pourtant dignes du même respect.
• Le recours à un tiers-donneur
Par le recours, dans certains cas, à un tiers donneur de gamètes, l’enfant n’est plus le fruit du lien conjugal et de la donation conjugale. Le recours à un tiers-donneur porte également atteinte à la filiation puisque l’enfant est référé à un tiers dont le droit institutionnalise l’absence par la règle de l’anonymat et prive ainsi l’enfant de l’accès à ses « origines ».
• Le développement de l’eugénisme libéral
L’extension des techniques de diagnostic, qui permettent de sélectionner les embryons humains in vivo (diagnostic prénatal [DPN]) ou in vitro (diagnostic préimplantatoire [DPI]), conduit au développement de l’eugénisme dit « libéral » parce qu’il résulte de la conjonction de décisions individuelles et non pas d’une décision d’État.
Principales difficultés éthiques du projet d’« AMP pour toutes les femmes »
Le projet d’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules écarte dès le principe la référence biologique et sociale à un père. La mise en œuvre de ce projet doit s’affronter à cinq obstacles éthiques majeurs :
• « L’intérêt supérieur de l’enfant » exige une référence paternelle
Puisque l’enfant doit être voulu pour lui-même, le bien de l’enfant devrait prévaloir sur celui des adultes. Le droit international semble le ratifier en consacrant la notion juridique d’« intérêt supérieur de l’enfant » dont la « primauté » est, pour le Conseil d’État, « incontestable ». Comment pourrions-nous nous contenter collectivement de l’instauration d’une sorte d’« équilibre » entre cet intérêt de l’enfant et celui des adultes ?
La suppression juridique de la généalogie paternelle porterait atteinte au bien de l’enfant qui serait privé de sa référence à une double filiation, quelles que soient ses capacités psychiques d’adaptation. Cette exigence de la référence à un père est confirmée par les citoyens qui se sont exprimés lors des États généraux de la bioéthique et dans deux sondages posant explicitement la question du père. La suppression juridique du père encouragerait socialement la diminution, voire l’éviction, des responsabilités du père. Une telle dérive poserait non seulement un problème anthropologique mais aussi psychologique et social. Pourrions-nous accepter collectivement que l’homme soit considéré comme un simple fournisseur de matériaux génétiques et que la procréation humaine s’apparente ainsi à une fabrication ?
Le maintien du principe de l’anonymat du tiers-donneur empêcherait les enfants et les adultes en souffrance d’accéder à leur « origine masculine », alors même que la légitimité d’un droit à connaître ses « origines » progresse dans la société. En minimisant ainsi l’intérêt des enfants, voire en l’occultant, un pouvoir injuste serait exercé sur eux. Devons-nous accepter cette injustice ?
Enfin, l’ouverture de l’AMP aux femmes seules impliquerait, selon le principe de non-discrimination, l’autorisation de l’AMP post-mortem au profit d’une femme seule en raison du décès de son conjoint. Est-ce l’intérêt de l’enfant d’être engendré orphelin de père et dans un tel contexte de deuil ?
• Le risque de marchandisation
Une demande croissante de sperme serait induite par l’ouverture de l’« AMP pour toutes les femmes ». Il n’est pas certain qu’une telle ouverture susciterait plus de dons. Le contraire est sans doute plus probable si le principe de l’anonymat était partiellement levé. Pour remédier à la pénurie prévisible, la tentation serait de rémunérer les donneurs, voire de charger l’État d’importer du sperme. Accepterions-nous collectivement que ce commerce ruine le principe de gratuité des éléments du corps humain et tende ainsi à ranger la personne du côté des biens marchands ?
Le principe de gratuité est essentiel pour traduire juridiquement que ni la personne ni aucun de ses éléments corporels ne sont assimilables à des choses. L’extension de l’« AMP pour toutes les femmes » ferait donc, selon le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), « courir le risque d’une déstabilisation de tout le système bioéthique français ». Puisqu’il y a, selon le CCNE, un consensus général sur le maintien de ce principe en raison de la dignité de la personne en son corps, il devrait être plus facile de renoncer collectivement à cette extension légale de l’AMP.
• L’impact de la transformation de la mission de la médecine
La légalisation de l’« AMP pour toutes les femmes » contribuerait à transformer le rôle de la médecine en y intégrant la prise en compte des demandes sociétales. Comment établir les priorités de soin et de son financement si le critère n’est plus celui de la pathologie médicale ? Sans ce critère objectif, comment fonder la justice relative à la solidarité et à l’égalité de tous devant le soin ? Comment réguler les désirs insatisfaits qui convoqueront la médecine ? Comment évoluera la relation au médecin qui risquera de devenir un prestataire de services ?
• Des conséquences prévisibles de la prépondérance du « projet parental »
L’ouverture de l’« AMP pour toutes les femmes » serait fondée sur le « projet parental » qui deviendrait le critère supérieur de régulation des techniques d’AMP. Il donne un poids prépondérant à la volonté individuelle au détriment d’une référence à la dignité de la procréation et à l’intérêt de l’enfant. Comment pourrait-on réguler le pouvoir de ce « projet parental » ? Que deviendrait la possible évaluation actuelle par le médecin de « l’intérêt de l’enfant à naître » pour accéder à l’AMP ? Si, comme l’imagine le Conseil d’État, deux femmes font une déclaration anticipée de filiation devant un notaire, quels seraient pour lui les critères d’évaluation de « l’intérêt de l’enfant à naître » ?
La seule référence au « projet parental », c’est-à-dire aux volontés individuelles, conduirait également à supprimer la règle juridique actuelle empêchant le double don (spermatozoïdes et ovocytes). Il n’y aurait plus aucun lien biologique de l’enfant avec ses parents, tout en étant conçu selon leur projet.
• L’impossible justification par le seul argument de l’égalité
Le seul argument de l’égalité pour justifier la légalisation de l’« AMP pour toutes les femmes » est utilisé à tort, comme le reconnaît le Conseil d’État. En effet, l’égalité juridique ne se justifie que pour des situations semblables. Or l’infertilité du couple homme-femme est une situation non identique à celle d’un couple de femmes dont la relation ne peut être féconde. Si l’argument d’égalité est brandi au bénéfice des femmes, alors l’ouverture de l’« AMP pour toutes les femmes » conduira à la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), même si celle-ci fait l’objet, pour l’instant, d’une large réprobation éthique. En effet, la référence à l’égalité, indissociable de la dignité, s’applique tout autant aux femmes qu’aux hommes.
***
Considérer l’enfant comme le fruit de l’amour durable d’un homme et d’une femme n’est pas devenu une option ; cela reste la norme éthique fondamentale qui doit encore configurer cette forme première de l’hospitalité qu’est la procréation. Sans nier ses difficultés, le lien conjugal stable demeure le milieu optimal pour la procréation et l’accueil d’un enfant. En effet, ce lien offre la pleine capacité d’hospitalité et le plein respect de la dignité des personnes, enfants et adultes.
Ces réflexions éthiques sur l’AMP ne sont pas déconnectées des autres problématiques sociales et politiques. Les manières d’organiser les liens de la procréation humaine rejaillissent sur toutes les relations sociales et politiques. Le droit ne fait pas qu’arbitrer des conflits, il institue des relations entre les personnes. Ces relations façonnent leur identité et doivent structurer les exigences propres à la fraternité. L’éthique relie indissociablement la dignité, source de droits, et la fraternité, source de reconnaissance mutuelle et de devoirs qui nous engagent tous à participer à la vie sociale et politique. Par égard pour la dignité des personnes et de la procréation, le droit ne peut pas contribuer à la marchandisation et à l’instrumentalisation de la procréation. Cela serait gravement contraire aux valeurs essentielles pour la vie de l’humanité et pour les relations tissées entre les êtres humains : la dignité, la liberté, l’égalité, l’hospitalité et la fraternité.
Il importe plus que jamais d’aborder l’ensemble des questions d’éthique biomédicale dans le cadre plus large d’une réflexion écologique qui relie la préoccupation des personnes à celle de l’environnement. Nous pouvons résister collectivement à la fascination des techniques et du marché qui s’en empare, en cultivant l’attention au mystère de la personne et à sa transcendance. N’est-ce pas la perception intuitive de ce mystère qui, dans les yeux des parents regardant avec amour leur enfant, éveille la joie, la gratitude, la sollicitude et une sorte de respect sacré devant ce qui les dépasse ?
Cette qualité du regard est un appel pour tous. Sans elle, les débats de bioéthique risquent de se réduire à des discussions techniques et financières, qui ne parviennent pas à s’ancrer dans la profondeur du mystère de la personne et de sa dignité. Les défis éthiques actuels nous invitent tous de façon instante à cette forme de considération et de contemplation qui s’affinent aussi dans le dialogue. Nous plaidons donc à nouveau pour le dialogue grâce auquel chacun s’engage à servir une vérité qui le dépasse comme elle dépasse chacun des interlocuteurs.

(*) Titre de La DC.

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11/06/2018

ACADÉMIE MUSICALE ND DE LIESSE

ACADÉMIE MUSICALE ND DE LIESSE

 

Dimanche dernier, 10 Juin 2018, la messe du"JOUR DU SEIGNEUR" était célébrée en direct depuis l'Abbaye de Notre-Dame de Liesse (Aisne), et les chants étaient animés par l'ACADÉMIE MUSICALE, école privée catholique vouée à la formation musicale de jeunes garçons.

 

Or, la chaîne France 2 avait dédié une émission à cette académie, il y peu d'années. C'est cette émission que nous vous proposons  ci-dessous.

 

L'ACADÉMIE MUSICALE ND DE LIESSE

18:04 Publié dans RELIGION | Lien permanent | Commentaires (0)

09/05/2018

AUDIENCE DU PAPE LE 09/05/18

18:00 Publié dans RELIGION | Lien permanent | Commentaires (0)

01/05/2018

MÉDITATION POUR LE 5ème DIM. DE PÂQUES

 


Evangile & méditation

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29 avril 2018 - Sainte Catherine de Sienne

 


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 1-8)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l'enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu'il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »
 

 

Méditation du père Raniero Cantalamessa
Dans ses enseignements, Jésus s'inspire souvent de choses familières aux personnes qui l'écoutent et qui sont sous les yeux de tous. Cette fois, il utilise l'image du sarment et de la vigne.
 
Jésus présente deux cas. Le premier est négatif : le sarment est sec et ne porte pas de fruits. Il est donc coupé et jeté ; le deuxième est positif : le sarment est encore vivant et bien vert ; par conséquent on l'élague. Ce contraste nous dit déjà que l'élagage n'est pas un acte hostile envers le sarment. Le vigneron attend encore beaucoup de ce sarment. Il sait qu'il peut porter des fruits, il a confiance en lui. C'est également ce qui se passe sur le plan spirituel. Lorsque Dieu intervient dans notre vie avec la croix, cela ne signifie pas qu'il est en colère contre nous. Bien au contraire.

Mais pourquoi le vigneron élague-t-il le sarment et fait-il « pleurer » la vigne comme on dit ? Pour une raison très simple : s'il n'est pas élagué, la force de la vigne se disperse. Il aura peut-être plus de grappes qu'il ne faut. Il ne réussira pas à les faire mûrir toutes et abaissera la teneur en alcool du vin. Si la vigne reste longtemps sans être élaguée, elle devient même sauvage et ne produit que du pampre et du raisin sauvage.
 
C'est ce qui se passe dans notre vie. Vivre signifie choisir et choisir signifie renoncer. Celui qui, dans la vie veut faire trop de choses, ou cultive un nombre infini d'intérêts et de « hobbies », se disperse ; il n'excellera en rien. Il faut avoir le courage de faire des choix, laisser tomber certains intérêts secondaires pour se concentrer sur quelques intérêts fondamentaux. Élaguer !
 
Ceci est encore plus vrai dans la vie spirituelle. La sainteté est comme la sculpture. Léonard de Vinci a défini la sculpture comme « l'art d'enlever ». Tous les autres arts consistent à « mettre » quelque chose : de la couleur sur la toile dans le cas de la peinture, pierre sur pierre pour l'architecture, note après note pour la musique. Seule la sculpture consiste à « enlever » : enlever les morceaux de marbre qui sont en trop pour faire ressortir la silhouette que l'on a en tête. La perfection chrétienne s'obtient également de cette manière, en enlevant, en faisant tomber les morceaux inutiles, c'est-à-dire les désirs, les ambitions, les projets, les tendances charnelles qui nous dispersent dans tous les sens et nous empêchent de réaliser quelque chose.
 
Un jour Michel-Ange, qui se promenait dans un jardin à Florence, vit, dans un coin, un bloc de marbre qui dépassait de terre, à moitié recouvert d'herbe et de boue. Il s'arrêta brusquement comme s'il avait vu quelqu'un et, se tournant vers les amis qui l'accompagnaient, s'exclama : « Dans ce bloc de marbre est renfermé un ange ; je dois le faire sortir ». Et, s'armant d'un burin, il commença à dégrossir le bloc de marbre jusqu'à ce qu'émerge la silhouette d'un bel ange.
 
Dieu aussi nous regarde et nous voit de cette manière : comme des blocs de pierre encore informes, et il se dit : « Une créature nouvelle et belle qui attend de venir à la lumière se cache ici ; de surcroît, l'image de mon propre Fils Jésus Christ y est cachée (nous sommes destinés à devenir ‘conformes à l'image de son Fils') ; je veux la faire sortir ! ». Et alors, que fait-il ? Il prend le burin qui est la croix, et commence à travailler ; il prend la cisaille de l'élagueur et commence à tailler. Nous ne devons pas penser à Dieu sait quelles croix terribles. Il n'ajoute en général rien à ce que la vie, seule, présente de souffrance, fatigue, épreuves ; il fait seulement en sorte que ces choses servent à notre purification. Il nous aide à ne pas les gâcher.
 

18:02 Publié dans RELIGION | Lien permanent | Commentaires (0)

11/03/2018

DONNE-NOUS AUJOURD'HUI

Les sept demandes du Notre Père (4/7).

Durant le Carême, « La Croix » invite à méditer sur ces requêtes. Aujourd’hui, « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

« Le Salut vient du ciel, mais pas sans la collaboration de l’homme ! »
Père Franck Chaigneau, Jésuite, fondateur et président d’honneur de la Table de Cana.

DONNE-NOUS AUJOURD'HUI...

Père F.CHAIGNEAU



« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour »…

Comment comprenez-vous cette requête ?

Père Franck Chaigneau : Cette expression est une demande vitale, celle d’être nourri. Si je ne mange pas, je tombe malade. Spirituellement, c’est aussi demander d’être nourri par les paroles de Dieu, habité par elles. Des paroles que je goûterai, qui éclaireront ma journée et me rapprocheront des hommes.
Cette demande peut justifier, pour certains, de ne pas croire en Dieu puisque, malgré leurs prières, beaucoup encore meurent de faim. Pour eux, Dieu n’agit pas, il reste silencieux ! Pour moi, cette demande est, au contraire,
la source de la reconnaissance de Dieu, de notre dépendance envers Lui. La réussite de l’humanité – faire en sorte que les gens n’aient plus faim –, Dieu la réalisera par l’action des hommes. Celui qui demande se met dans une attitude de pauvreté et reconnaît que seul, il n’y arrivera pas.
Cette demande évoque pour moi l’Eucharistie : par le moyen des fruits de la terre et du travail des hommes, le monde peut se nourrir de l’humanité de Jésus-Christ. L’Eucharistie ravive ma foi, mon espérance et ma charité pour ainsi actualiser le salut.
J’entends par salut la manière de faire face, grâce à l’aide de Dieu, au bien et au mal en moi et autour de moi. Cela nécessite de se mettre au travail. Le salut vient du ciel, mais pas sans la collaboration de l’homme !

En quoi La Table de Cana a-telle été votre « pain quotidien » dans votre vie de foi ?

P. F. C. : La création de La Table de Cana, alors que j’étais « prêtre au travail », a nourri ma foi. Dans l’informatique, j’étais loin des « pauvres », je trouvais de moins en moins de sens à cette vie. J’ai été encouragé par la demande de personnes sans domicile fixe et la fondation d’une entreprise d’insertion m’a permis de retrouver du sens.
La Table de Cana a changé mon regard sur les pauvres dont j’avais peur. J’ai appris que je ne savais rien faire, si ce n’est de faire travailler les autres. La Table de Cana est une réussite car elle est issue d’un collectif et est portée par lui : des personnes en insertion, des associations, des bénévoles, des permanents et desclients. C’est l’agrégation des compétences qui l’a fait démarrer.
Dans la prière du Notre Père, on dit bien « Donne-nous » et non « Donne-moi ». Dieu a donné La Table de Cana à plusieurs milliers d’hommes et de femmes, salariés et bénévoles, qui y sont passés depuis son origine.

Que signifie cette demande du Notre Père pour les personnes en insertion à La Table de Cana ?

P. F. C. : C’est une question de salut, de vie ou de mort. Pour les personnes en insertion, il s’agit de trouver ou de retrouver leur place dans la société. Leur pain quotidien, c’est d’abord de pouvoir travailler alors que toutes les portes étaient fermées. Des jeunes qui n’avaient jamais travaillé, des chômeurs de longue durée, des allocataires du RSA, des sortants de prison, des réfugiés politiques, des anciennes prostituées, des drogués… Autant de situations qui faisaient qu’un DRH d’une entreprise classique, au bout de trente secondes d’examen de leur curriculum vitae, passait au suivant.
Le salut, les personnes en insertion y croient lorsqu’elles pensent qu’elles peuvent acquérir une compétence qui leur permettra d’être embauchées par une entreprise classique au bout de deux ans maximum de travail à La Table de Cana. Cela leur demande beaucoup d’efforts afin de retrouver confiance en elles-mêmes et d’apprendre un métier qui a du sens pour elles. Un métier au service de la société, des clients et du bon fonctionnement de l’entreprise et pas uniquement en échange d’un salaire.

Comment les personnes en insertion sont-elles nourries par leur travail à La Table de Cana ?

P. F. C. : Souvent, au début, elles me disaient que le travail était une aliénation, mais plus tard, elles m’en redemandaient. C’était une sacrée conversion. Elles sentaient qu’elles avaient besoin des autres, au moins d’un chef pour apprendre leur métier, et de clients satisfaits. L’homme a besoin de se sentir utile, respecté, rendant service à la société. J’ai vu des personnes reprendre confiance, changer. Le salut, aujourd’hui, c’est, malgré le passé, de faire confiance à quelqu’un qui veut travailler et l’accompagner pour établir un projet personnel.
Le nom « La Table de Cana » renvoie au miracle des noces de Cana, l’eau transformée en vin sous l’impulsion de Marie qui croyait cela possible. Pour nous, c’est le passage de l’exclusion à l’insertion sociale, grâce à l’impulsion des encadrants qui, eux aussi, croient cela possible, lorsque les salariés en insertion font leur maximum pour satisfaire les convives, comme l’ont fait, dans la discrétion, Marie et les serveurs des noces de Cana.

En quoi La Table de Cana est-elle une réponse aux paroles de Jésus qui dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » ?

P. F. C. : Dans le récit de la multiplication des pains, Jésus met ses disciples au travail pour nourrir la foule ! Comme dans le Notre Père, cela fait allusion à l’Eucharistie, mais aussi au Règne de Dieu pour lequel tous les hommes sont appelés à travailler. Je suis convaincu que Dieu « compte » sur l’homme, qu’Il a «besoin» de l’homme, pour l’avènement de son Royaume. L’homme, pour y parvenir, doit repérer les valeurs évangéliques présentes déjà dans la société, les vivre lui-même là où il se trouve, parmi les croyants et les indifférents, et les promouvoir pour qu’elles soient opérationnelles dans la société.

La prière de demande est donc étroitement associée à l’action…

P. F. C. : C’est ce qui se passe à La Table de Cana qui fait, à sa mesure, advenir le Royaume en luttant contre l’exclusion ! À plusieurs reprises, on m’a dit : « Félicitations, tu t’occupes d’insertion…! » À quoi je répondais : « Non, ce sont les salariés eux-mêmes qui se prennent en charge et qui réussissent leur insertion, accompagnés dans leur démarche vers plus de liberté.»
Ils sont écoutés et aidés par des encadrants et des bénévoles très compétents, afin d’élaborer un projet personnel en fonction de leurs envies de réussite professionnelle, mais aussi de leur vie familiale, de leur apprentissage progressif. Pour faire référence à la multiplication des pains, plus les clients sont bien nourris et rassasiés, meilleure est l’insertion.
Quant aux 12 panières à ramasser dont parle l’Évangile, elles sont comptées par l’État qui distribue ses subventions en fonction du pourcentage d’insertions réussies !

Comment envisagez-vous la demande du pain de ce jour, aujourd’hui, fort de votre expérience à La Table de Cana ?

P. F. C. : Je demande à Dieu que son Règne progresse : que les structures humanitaires et politiques soient multipliées afin que tous puissent manger, que tous puissent être nourris par sa Parole et sauvés par les pratiques évangéliques.
« Cette demande évoque pour moi l’Eucharistie : par le moyen des fruits de la terre
et du travail des hommes, le monde peut se nourrir de l’humanité de Jésus-Christ. »


Père Franck Chaigneau,  jésuite, fondateur et président d’honneur de la Table de Cana
(Source: La Croix du 10 Mars 2018)

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